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mercredi 22 octobre 2008

Les coeurs pétrifiés

Une question me taraude depuis quelques jours ; j'avais prévu de vous parler de la timidité et du physique, du dire "je t'aime", de l'infidélité, et aussi de raconter quelques anecdotes rigolotes, mais ce sera pour une autre fois, parce qu'une conjonction de conversations, de lectures et sans doute aussi mon propre petit état de petit moi, soulèvent quelques nouvelles interrogations ... Nous savons, c'est une évidence, que selon les âges, nous n'avons pas les mêmes attentes amoureuses : on n'aime pas à vingt ans comme à trente ou à quarante, voire plus. Un petit minet de 20 ans et tout gentil tout plein, attend des valises de "je t'aime" par jour, fait des cadeaux (et en attend), vers les quarante, c'est un peu différent : deux chiens, qui se reniflent, se jaugent, se sourient et sont heureux ensemble, mais qui n'hésitent pas à mordre le cas échéant...
Sans doute les années, la vie, une certaine maturité transforment nos attentes amoureuses. Difficile de généraliser, ce sont des constats que nous serons tous amenés à faire, et pour cause, des années de plus, nous en connaissons au moins une fois par an... J'entendais Benoîte Groult un soir, qui expliquait à quel point elle était contente d'être vieille et physiquement diminuée car depuis, elle n'avait plus à se préoccuper de l'amour, qui, selon elle, restait une histoire de jeunes et traduisaient des troubles, des questionnements, des errements qu'elle pense avoir résolus avec la sagesse et l'apaisement que confère la vieillesse. Certains moines tibétains, mais aussi de nombreux chrétiens, expliquent savamment que l'arrêt du plaisir charnel, la fin des questionnements sentimentaux, sont des buts à atteindre, et qu'avant cela, il faut expérimenter, errer, s'user un peu, se faire les dents. Une de mes copines, en couple avec une fille depuis dix ans, m'explique qu'à 60 ans passés, finalement, ce sont ses amis qui auront plus compté...
Après une déconvenue sentimentale, après la colère, le chagrin, la tristesse, la baise tout azimut, arrive ce que j'appelle le "coeur pétrifié", un peu comme si notre corps coupait toute envie d'amour, comme si, après un essai atomique, il fallait laisser le jardin reprendre tranquillement son souffle, il fallait laisser la terre le temps de se regénérer avant de cultiver à nouveau. Je choisis l'image atomique, parce que parfois, cette régénération est très longue ; et plus on vieillit, plus elle est longue (l'attente). Alors, comme on le disait avec un ami, on vit, on mange, on boit, on travaille, on baise, mais notre corps est comme mort, comme si tous les élans d'affection étaient orientés on ne sait où. C'est une période sans doute un peu angoissante, indiquant vraisemblablement qu'avant de nous occuper d'un autre, il faut certainement s'occuper de soi. La grande question est : combien de temps cela va durer ? Passés les trente ans, on est plus pépère, plus tranquille, on sort moins, on se replie peut-être plus facilement. Il me plaît de penser que tout cela tient peu de temps, une année tout au plus, et que c'est une réaction normale. On rencontre des mecs, mais ils nous plaisent sans plus, et comme on a pris un peu d'expérience, on se dit qu'on ne va peut-être pas essayer, ainsi va la vie... Parfois, il arrive, en boîte, au bordel, de voir tous ces types sans doute très beau et très bien (nous le sommes tous, je crois, même mes ex...) mais ils ne nous attirent pas. Le courant est coupé. Alors, on fait comme ils disent dans les bouquins, on se bouge le derrière, mais c'est peine perdu. Un de mes ex, qui a mon âge, me disait : "je n'ai plus envie de me mettre avec quelqu'un "pour essayer"" ; l'image est vraie, plus jeunes, comme on a moins d'expériences, on est sans doute moins frileux, moins difficile, et ensuite, on a, je pense, un peu peur. Personnellement, j'avoue que j'ai un peu de mal à me dire : je vais retenter le couple, mais bon, je me ferai encore plaquer dans trois ans, et avec le temps, se faire plaquer, c'est un tantinet lassant, je ne suis pas sûr qu'on s'en remette sans une certaine sagesse, voire une certaine ironie de soi, qui n'arrive qu'avec l'âge et les expériences...
Eh oui, le prince charmant n'existe pas, mais les mecs bien sont là, seulement, parfois dans la vie, on n'a pas besoin d'un mec bien, notre coeur hiberne, il n'en désire pas. Alors on attend, parce qu'on aime ça quand même : attendre le coup de fil, recevoir un mail, de promener le soir au bord de la Seine, dire des conneries très classes sur les mecs et s'engueuler avant de se réconcilier... Il faut juste s'amollir un peu, et ne pas craindre la douleur, qui, d'ailleurs, parfois n'arrive jamais !

Bon vent !

"Il existe peu de choses auxquelles les êtres humains s'acharnent davantage qu'au malheur. Si nous avions été mis sur la terre par un créateur malveillant dans le but exclusif de souffrir, nous aurions de bonnes raisons de nous féliciter de notre enthousiasme à entreprendre cette tâche. Les raisons d'être inconsolable abondent : la fragilité de notre corps, l'inconstance de l'amour, le manque de sincérité de la vie sociale, les compromis de l'amitié, l'effet anesthésiant de l'habitude. Face à des maux si persistants, nous pourrions tout naturellement nous attendre à ce qu'aucun événement ne soit attendu avec plus d'impatience que notre propre extinction."
Alain de Botton. Comment Proust peut changer votre vie. 10/18.

mercredi 6 août 2008

Les Nouveaux Romantiques (Merci Karen !)

Bon, cinq points de moins sur votre brevet de pédale si vous n'avez pas saisi la référence...
Dans les petites annonces, ou même lors du premier rendez-vous, on affirme, souvent : "je suis assez romantique", ou, au contraire : "non, moi, les mecs romantiques, ça me gave."
Quelle image avons-nous du mec romantique ? Passionnément amoureux, épris de sensations fortes, plaçant le sexe dans son acception la plus sentimentale qui soit : le romantique ne baise pas, il fait l'amour. Le romantique, on se moque souvent de lui, ou au contraire, on l'envie. Romantique, nous ne sommes un peu tous, en début de relation, mais nous ne pouvons pas le demeurer longtemps, il s'agit d'une conception littéraire somme toute assez récente, qui n'a pas grand chose à voir avec le couple et sa pérennité... Explications.
Le romantisme remonte au XIXème siècle, et il nous vient d'Allemagne (le jeune Werther, à lire !) : l'amour absolu, l'étreinte, la passion, le corps, le détachement des choses communes pour accéder au paradis avec l'autre, notre moitié, à une forme d'amour proche de l'absolu, quasiment divin. Ophélie, chez Shakespeare, Werther, Adolphe chez Benjamin Constant, sont des héros romantiques. Ils sont jeunes, ils souffrent (le romantique doit souffrir pour accéder à l'absolu), et ne tardent guère à mourir.
Il y a en effet du chrétien dans le romantique, et ce n'est pas un hasard si des Vigny, des Chateaubriand ou des Lamartine ("ô temps, suspends ton vol"), ces auteurs chrétiens, sont aussi rangés parmi les romantiques.
La meilleure définition du romantique nous vient à mon avis de Madame de Staël (De la Littérature, II, 5) qui nous parle de "L'Incomplet de la Destinée" :

"Ce que l'homme a fait de plus grand, il le doit au sentiment douloureux de l'incomplet de sa destinée. Les esprits médiocres sont, en général, assez satisfaits de la vie commune ; ils arrondissent, pour ainsi dire, leur existence, et suppléent à ce qui peut leur manquer encore par les illusions de la vanité ; mais le sublime de l'esprit, des sentiments et des actions, doit son essor au besoin d'échapper aux bornes qui circonscrivent l'imagination."

Tout est dit dans cette simple phrase : le romantique ne peut se contenter de terre à terre, de quotidien ; selon lui, l'homme ne saurait créer que dans le sublime, au-delà du quotidien, sans quoi, sa vie serait vouée à demeurer morne et médiocre...
On devrait faire un procès à la de Staël, à cause d'elle, des tas de pédales pleines de bonnes intentions passent à côté de l'amour. Nous baignons, que nous le voulions ou non, dans ce magma culturel qui veut que l'histoire d'amour soit forcément sublime, presque divine, pratiquement détachée des choses terrestres. Alors, conformément à ce modèle, nous sommes démunis face à des choses très quotidiennes comme la lassitude, la routine, les habitudes, en gros, le "médiocre" aux yeux des romantiques...
N'oubliez pas : le héros romantique ne survit jamais dans la littérature, il est constamment insatisfait, et passe en général à côté de son destin. Je me demande si nous, surtout nous les pédés, nous n'avons pas dans nos gênes et notre éducation un conditionnement qui fausserait quelque peu notre image du couple... Bon, surtout surtout, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, je ne généralise pas, mais chez beaucoup de jeunes, et de moins jeunes, on se paralyse un peu rapidement au nom d'une idée de l'amour qui n'est finalement qu'un petit délire littéraire...
Je laisse la parole à Chateaubriand, qui conclura mieux que moi (Les Martyrs, Génie du christianisme) :

"Cymodocée commençait à sentir une vivre frayeur, qu'elle n'osait toutefois laisser paraître. Son étonnement n'eut plus de bornes lorsqu'elle vit son guide s'incliner devant un esclave délaissé qu'ils trouvèrent au bord d'un chemin, l'appeler son frère, et lui donner son manteau pour couvrir sa nudité.
-Etranger, dit la fille de Démodocus, tu as cru sans doute que ce esclave était quelque dieu caché sous la figure d'un mendiant, pour éprouver le coeur des mortels ?
-Non, répondit Eudore, j'ai cru que c'était un homme.''"


Soyons tous des Eudore dans nos rencontres... ! Bon vent !

samedi 19 avril 2008

des goûts et des couleurs

Rimbaud, dans Voyelles, s'était amusé à associer sensations, couleurs et lettres, et force est de constater qu'il avait vu juste, le bougre. Les sentiments, les souvenirs, se teintent, avec le temps, d'une nuance, d'une ligne directrice plus ou moins monochrome. L'idée de ce blog permet parfois de poser des mots sur les choses, et d'illustrer quelques idées qui partiraient au gré des vents sans être jamais fixées. Donner une couleur à ses ex, quelle drôle d'idée. Et pourtant, avec le temps, ce sont des couleurs qui reviennent. Moi, j'ai eu l'ex vert, l'ex rouge et l'ex bleu. Le vert, le premier amour, où tout était improvisé, ou chacun découvrait une nouvelle vie, de nouvelles identités, de nouvelles sensations. Avec l'ex vert, les choses étaient neuves, les visites, les bars, les boîtes, les sorties, les amis. L'ex vert, comme un fruit à peine éclos, était un peu acide, était pétri de fougue et de jeunesse, se cherchait autant qu'il me cherchait. L'ex vert a fini par mûrir, et s'en est allé, un jour. Je sais qu'il va bien. Quelques années plus tard, après désillusions, faux espoirs, enthousiasmes débridés, soirées arrosées, arriva l'ex rouge, rencontré dans un bordel. L'ex rouge, était un sanguin, un vif, un vrai lion (c'était d'ailleurs son signe astrologique). L'ex rouge, il était forcément gay ou triste, hésitant ou sûr de lui, il ne connaissait pas la nuance. Il était empreint de sauvagerie et d'animalité. L'ex rouge, c'est le mec parfait avant trente ans, il est blindé d'énergie, de désirs, d'envies de tous ordres ; il est reparti un jour, sans regarder en arrière, et son énergie souffle encore. Et puis il y a l'ex bleu. La couleur des sages, des calmes, des tranquilles. L'ex bleu n'élève pas la voix, il attend, écoute, pense sans doute beaucoup mais laisse venir. L'ex bleu est forcément plus mature, il en a vu autant que vous, il est à la frange entre l'espoir, forcément l'espoir, et la désillusion. L'ex bleu lit beaucoup, s'informe, partage, enrichit autant qu'il s'enrichit. Lui aussi, s'en est allé, et doit décorer d'autres vies, calmement, à son habitude... Vert, rouge, bleu, quelques couleurs qui ont coloré une vie, et qui, avec le temps, dessinent une bien jolie fresque.