Nous exploitons des ressources infinies afin d'alimenter ce blog et d'en faire quelque chose de constructif : d'abord, quand même, nos expériences, qui sont, vous vous en doutez, incroyablement exemplaires et dignes du plus haut intérêt, que ce soit en matière de rencontres, de râteaux, de plantages, de coups de foudre, de "tu crois que je le rappelle ou j'attends encore", de "merde, mon ex, attends, j'ai pas envie de le voir...", de "purée, il me saoule celui-là avec son numéro masqué...".... En bref, une expérience de pédale parisienne lambda, ni encore trop névrosée, ni plus assez, normale en somme...
A cette flamboyance existentielle s'ajoute, en tous les cas de mon côté, une littérature remarquablement abondante, très à la mode chez les hétéros, et adorablement Bridget Jones dans l'âme. Vous savez, ces livres qu'on feuillette du bout des lèvres (quoi ? j'aime bien l'image...) dans le rayon psy des supermarchés et des FNAC, avec des couvertures roses et bleues qui parlent de Mars et de Vénus. Il existe en effet une tripotée de bouquins sur le sujet amoureux, sur la rencontre, sur comment garder un couple, sur le est-ce que ça va marcher ? Et moi, je suis fan, une véritable encyclopédie...
Enfin, pour éclairer nos lanternes, je dispose aussi d'une abondante discographie qui en général fait honte à la plupart des mecs qui ont le remarquable courage de tomber amoureux de moi. Il s'agit d'un ensemble exhaustif de chansons d'amour kitsch à souhait ; elles ont remarquablement su cerner le sujet amoureux et peuvent être d'un très grand secours en période de disette morale et affective (oui, personnellement, j'ai une relative difficulté à accepter l'état de célibataire, que je considère somme toute anormal et fondamentalement transitoire...). Donc, quand vraiment ça ne va pas, il y a Michelle, Sylvie, Yolanda, Lynda et les autres.
Un exemple, maybe... ? Essayez ces paroles remarquables :

''J'ai un problème je sens bien que je t'aime
Oh, j'ai un problème c'est que je t'aime aussi
Ces mots-là restent toujours les mêmes
C'est nous qui changeons le jour où on les dit.''

Je vous laisse cinq minutes pour savoir qui c'est... Trouvé ? J'espère... Et bien moi, vous peut-être, ces paroles, elles me parlent, parce qu'elles sont criantes de vérité. Les chansons des années 70 parlent d'amour de manière un peu candide, mais parfois, on a l'impression qu'elles ont été écrites juste pour nous, surtout quand on vient de se faire plaquer. Ecoutez juste un peu de Michel Delpech après une rupture, effet larmoyant garanti... J'organise des stages si vous voulez :-D.
Tout cela me donne une autre idée de post, ce sera après les vacances...

Revenons à nos moutons, il y a un bouquin qui me turlupine en ce moment...

Souvent, dans la littérature psy du couple en déroute, parfois bien construite, parfois un peu placebo quand même, on cherche des moyens de se rassurer, ce qui est légitime, on cherche aussi ce qui peut clocher, le cas échéant (bien que je sois persuadé que la question ne se pose pas ainsi : un être humain ne "cloche" pas, il est...), soit chez nous, soit dans notre couple, soit dans le mec qui partage notre vie... Je suis donc en train de lire un truc qui me pose question : Comment guérir du mal d'amour, de Patricia Delahaie, aux éditions Leduc.
Bon, ça s'adresse à des hétéros, avec des problématiques hétéros, et je ne vais pas en faire un résumé, il y a des trucs remarquables, notamment sur l'acceptation de soi et l'exorcisme de son ex, je suis fan et on va en reparler un jour....

Il y a cependant un détail qui me chiffonne...

Dans son bouquin, Pat (appelons-la Pat, si vous le voulez bien), trouve toujours une cause à la rupture. Une vraie cause, un événement perturbateur qui vient tout de go annoncer que la belle histoire d'amour doit s'achever, parce qu'il doit en être ainsi, ainsi soit-il... Exemples donnés par Pat : le mec trompait Suzette, Suzette dépensait trop de sous, Robert ne voulait pas d'enfants, Martin voulait vivre au Pérou et Josette préférait Vierzon, Pascal a rencontré une stagiaire qu'il a subrepticement eu envie de sauter en oubliant sa femme, son chien, son bébé, les traites de son appart... Bref, Pat, elle est claire : une rupture, c'est à cause d'un truc bien précis qui vient foutre sa merde...
Déjà, ça me gêne parce que je pense qu'il y a quand même une histoire de poule et d'oeuf là-dedans. Si événement perturbateur unique (ce qui n'est pas gagné) il y a, il peut n'être qu'une conséquence d'autre chose. Par exemple, si Josette préfère Vierzon, elle a ses raisons et elle n'a sans doute jamais osé en parler à Martin, ce qui, à la longue, occasionna des troubles qui se révèlèrent au moment fatidique où il fallut en parler, de Vierzon....
De même, si Machin trompe Machine, c'est parce qu'à la base, Machine, gna gna gna gna gna... Et donc, Machin, il s'est senti gna gna gna, du coup, il s'est laissé aller à tac tac tac....

Pat, cette idée des causes aux causes qui ont déclenché des causes, elle n'en parle pas. Elle évoque l'événement déclencheur absolu, le bouton atomique, la fin des haricots, bref, prenez l'image que vous souhaitez, mais en gros, pour Pat, dans une rupture, il y a un gentil et un méchant...
(En général, le méchant est le plaqueur, le gentil est le plaqué).

Moi, même si elle m'arrange cette idée (c'est que voyez-vous, je fus surtout plaqué), je la trouve quand même un rien culpabilisante (pour les deux ; comme quoi, je ne suis pas toujours de mauvaise foi...).

Je me demande si un couple, en théorie, après quelques années, n'est pas à peu près capable de surmonter n'importe quoi pourvu qu'il sache comment s'y prendre ?
(m'énerve ce point d'interrogation tout seul...)


Je parle bien de couple, pas des deux mecs différenciés qui forment un machin institutionnel qu'ils pensent être un couple parce qu'ils ont vu le même modèle dans Desperate Housewife.
Le couple est un dans mon esprit, et c'est cette unité qui gère les (in)fidélités, les problèmes de boulot, de fric, de lassitude...
Parfois, quand ça casse, et ce n'est ni de la faute à l'un, ni de la faute à l'autre, c'est qu'un des deux, ou les deux, ne sait pas gérer, ne sait pas comment faire. On n'a pas la clef : on ne sait pas comment redonner de la vie dans la routine, il ne sait pas comment expliquer que parfois il a envie de coucher ailleurs, il y a des craintes, des non dits, qui, à long terme, d'inoffensifs, deviennent redoutables.
Parfois, les problèmes qu'un couple doit surmonter le dépassent, tout simplement : la routine, principalement...

L'idée que la rupture, ce serait "à cause de ceci ou de cela", elle implique que l'un des deux mecs n'aurait pas été à la hauteur par rapport à l'autre, ce qui, d'emblée, établit une hiérarchie entre les deux mecs, ce qui est forcément mauvais. En général, le mec qui veut partir (sauf cas pathologiques : violences, domination malsaine, contamination, je ne sais pas) est bien embêté, parce qu'il ne sait pas comment faire autrement...
Il ne sait pas, et l'autre est tout aussi démuni. Quand un mec nous quitte, ou même quand on quitte un mec, il y a une petite part de remise en question (parfois une très grosse d'ailleurs), mais elle n'a pas de sens. On n'a pas tant changé que ça au cours de la relation, c'est la relation qui ne convient plus, c'est Le Couple qui ne sait plus ce qui ne convient plus, il n'y a pas de fautes....

Je dis ça pour rassurer un peu les lecteurs qui seraient en train de vivre une rupture, ou qui ont du mal pour s'en remettre. Il n'y a pas de raisons à chercher... C'est très humain de chercher des raisons, mais c'est caricatural. C'est un peu comme si vous disiez : je suis perdu en forêt parce que je ne sais pas lire un plan, donc je suis perdu en forêt parce que je suis une gourde et je ne saurai plus jamais comment me promener en forêt...
Non ! En fait, vous êtes perdu en forêt parce qu'il commence à faire nuit, qu'avec le temps, vous vous y emmerdez copieusement dans cette forêt-là, alors qu'au début, vous trouviez ça génial, c'est aussi parce que vous n'êtes pas (plus ?) familiarisé avec ce milieu, parce que certaines parties ne sont pas sur votre plan, parce que finalement, vous préféreriez marcher au bord de la plage, parce que vous n'avez pas encore bien appris à vous servir d'une boussole, parce qu'il y a des nuages qui obscurcissent le ciel... Il y a plein de raisons, et vous n'en maîtrisez qu'une infime partie.
Si vous êtes en train de rompre, j'espère que ce billet vous aura mis un peu de baume au coeur... Sachez que le temps arrange tout. Nous en reparlerons, et je vous résumerai quand même le livre de Pat, parce qu'il y a de bonnes choses !
Bon vent!

Mal d'amour