Pendant la rédaction de "Trouver Un Mec en 10 leçons", on s'était marré en évoquant ces soirées en discothèque où les mecs sortent simplement pour sortir mais s'emmerdent copieusement, et rentrent bredouille. Philippe, mon co-auteur et ex co-blogueur, avait une expression très imagée : "la lose attire la lose" : on sort, on tombe sur un boulet, du coup on déprime, et on a une tête des mauvais jours, et on a envie de rencontrer, et là, le cercle vicieux s'installe, plus on veut rencontrer, plus on tombe sur que dalle, plus on déprime, et la soirée s'éternise, indéfiniment.
Il y a peu, ça m'est arrivé, et le pire, c'est que je ne l'ai pas fait exprès. Je n'étais pas en super forme ce week-end-là, fatigué et d'une humeur automnale (vous savez, ces moments où on ne supporte pas son reflet dans le miroir, où on trouve qu'on vieillit, où on serait mieux au chaud sous sa couette). Un ami devait venir dîner, pas vu depuis un an, 20 heures sonnent, puis 21 heures, puis 22 heures, ma soupe au potiron refroidit, mon omelette aux girolles est restée virtuelle et mes éclairs à la vanille vivotent dans le frigo. Dîner raté, aucune nouvelle de mon hôte. Tout à coup, coup de fil, un vieux copain qui aujourd'hui travaille dans une boîte de nuit, le Tango (une boîte où je m'emmerde prodigieusement à chaque fois que j'y vais, mais je déteste les boîtes en général), il prend quelques nouvelles, je lui raconte ma déconvenue, il me dit, tu n'as qu'à passer, tu prendras un verre et tu dragueras un peu.
Conscient de l'irréalisme absolu et du caractère saugrenu de la dernière proposition, je me force, parce qu'il faut paraît-il se botter le derrière de temps en temps (j'ai lu ça sur un blog qui parle de rencontre amoureuses entre les mecs ;-) ). Je me douche, me fais tout joli (enfin, dans la mesure du possible), mets ma chemise noire qui me donne des airs mystérieux et inaccessibles, enfile un jean slim qui me donne des airs de gros cul, enfin, je m'apprête, avec une petite voix qui me disait quand même : "ce n'est pas une bonne idée, tu n'aimes pas sortir", et moi de lui répondre : "mais je t'emmerde, connasse, si je ne sors pas, je ne rencontrerai personne et je ne veux pas finir mes jours à manger de la soupe aux potiron froide".
J'arrive, je vois mon pote. Putain, ça faisait longtemps que je n'avais pas mis les pieds au Tango : ça pue, les boîtes de nos jours, il n'y a plus de clopes, et ça, ça prend à la gorge. Les pro dansent à deux, je n'ai jamais compris comment ça marchait ce truc-là, une enclume me tombe sur la tête. Je vais rester comme un couillon au bord de la piste tandis que tous ces mecs qui se connaissent dansent des trucs indansables où il faut compter dans sa tête et avoir l'air con quand on marche sur le pied de son partenaire, étant totalement délatéralisé, je n'ai jamais su aligner trois pas dans les danses à deux, aucun sens du rythme, enfin, la cata. Longtemps d'ailleurs, j'en ai nourri un complexe, en me disant que je n'étais pas fait pour la vie à deux, puisque je ne sais pas danser à deux, mais bon, cette petite névrose est me semble-t-il passée... Toujours est-il que je m'emmerde copieusement, et que ça doit se voir sur ma tête. Mon pote me présente un mec, on se connaît de vue, mais je n'ai jamais trop eu envie de lui parler, il traînait avec un groupe avec lequel j'avais autant d'affinités qu'avec la tête de veau vinaigrette. Bref, soirée lose...
Je me barre à 23h, n'y tenant plus. File prendre un verre au Central, deux mecs (maqués), plus le serveur... Purée, ça continue. Puis, en sortant, une idée : si tu allais au bordel, chéri, ça fait 15000 ans... Je jette un oeil sur un gratos, savoir ce qu'il y a dans le coin à part le Dépôt où je n'ai pas envie de traîner, et ils ne proposent que des soirées naturistes, je n'ai rien contre au contraire, mais pas ce soir. C'est comme la piscine, ce n'est pas le fait de nager qui m'ennuie, c'est me déshabiller et attendre des plombes à poil qu'un type m'aborde, en plus, je ne sais pas, mais je flippe de plus en plus à cause des IST, un de mes potes vient de chopper la gale, il paraît au passage qu'il y a une recrudescence en ce moment. Mauvaise idée, je veux rester habillé.
Je me souvenais avoir vu une adresse rue Brantôme, j'y vais et j'attends devant l'entrée, je vois des nanas qui fument dehors, je me dis, cynique : "les temps ont bien changé, la mixité est partout, même au bordel, on n'est plus chez nous nulle part..", je rentre, paie (pas cher au demeurant) et pénètre dans ce que je pensais être un vrai bordel. Là, stupéfaction : c'est une boîte, les mecs sont là juste pour danser, et c'est une soirée mixte, hétéros, filles, tout ça, qui s'ébrouent sur du Raï. Je file, dépité, voir les cabines : toutes fermées, personne dedans, et on m'explique que le soir, c'est soirée orientale pas forcément pédé.
La lose, je vous dis. Je rentre chez moi, surfe un peu sur le chat (ben oui, tout ça m'a donné envie de baiser), évidemment, ma photo n'affriole pas, il n'y a que le plan foireux toujours connecté qui me harcèle dès qu'il me voit apparaître. Je regarde rapidement qui est dans mon quartier (c'est commode ce truc-là) et tombe sur un mec assez mignon. Il me répond aussi sec (bon signe) : "tiens, encore toi ?" Zut, je ne l'ai jamais vu, je regarde son profil : purée, le mec du Tango de deux heures avant, bon, il est mignon, mais vue la chance que j'ai ce soir... Tout cela ne loupe pas, il me dit : je vais me coucher, à bientôt. Du coup, j'en ai fait autant.
Cette histoire est éminemment nombriliste et je m'en excuse, mais elle a un sens : il ne faut pas sortir si on n'aime pas ça, encore moins dans les lieux qui nous ennuient la plupart du temps. J'aurais mieux fait de rester couché. Souvent, on entend : il faut sortir, sinon, personne ne frappera à ta porte. je répondrais : il faut surtout être soi-même, s'engoncer dans un milieu qui ne nous correspond pas nous rend exactement comme le poisson mis en haut d'un prunier, il y est un tantinet mal à l'aise. C'était un peu pour vous rappeler toutes ces évidences que j'ai écrit ma petite fable...
Bon vent !
"Combien de temps m'affligerai-je de ce que j'ai fait ou n'ai pas fait,
Et du souci de mener ma vie d'un coeur léger, ou non ?
Remplis la coupe, car j'ignore si j'exhalerai ce souffle que j'aspire."
Omar Khayyam, Ruba'iyat CXXXVI