Je ne sais pas vous, mais moi, je frétille comme un gamin une bonne semaine
avant la rentrée scolaire. Comme tous les profs qui se respectent, mon
calendrier est très différent de celui du commun des mortels. Les années
commencent en septembre, s'achèvent en juin. Les deux mois de vacances
scolaires sont "hors du temps", comme dans le calendrier maya : liberté,
frénésie, aucun horaire, aucune règle. On se lâche, au sens primal du terme.
Après ces deux mois de liberté, il faut rentrer, en même temps que l'automne.
Temps des bilans, des résolutions, ayant en ligne de mire le mois d'avril et le
printemps.
C'est sans doute pour cette raison que l'été connaît un développement hormonal
relativement hors du commun : en deux mois, soyons honnêtes, j'ai dû
niquer près d'une cinquantaine de mecs (partouzes comprises). C'est dingue
quand on y pense. Je raconte une anecdote, véridique, et je conclus
doctoralement, parce qu'il y a une morale, me dis-je.
C'était donc dans les dunes : petits groupes qui se reniflent, moyenne
d'âges d'environ 58 ans, pas franchement de mecs glamours. Bon, je ne suis pas
une bombe, non plus, mais j'ai encore mes exigences. Je repère LE beau type, le
suit, timidement (je précise, c'est nudiste, on est tous à poil là dedans) et
il m'ignore, copieusement. C'est souvent comme ça : on attire ceux qu'on
ne veut pas, etc. etc. Le jeu se met en route, ça tourne, ça mate, ça
transpire, ça s'excite trop pour ne pas tenter quelque chose. Le beau mec entre
dans un buisson, se fait sauter dessus par quatre types, franchement pas
terribles. Je me dis, insère-toi : tout se passe avec un succès non
démérité. Le type se fait prendre par quelques mecs (votre serviteur participe,
qui avait une capote sous sa casquette) et la chose se déroule dans la bonne
humeur.
Au moment de se rebraguetter (c'est une image) pour aller piquer une tête dans
la Méditerranée, un pépé, genre Tom Bombaldil assis sur une souche, me regarde
en souriant. "C'était bien" me dit-il (il me semble que ses propos
étaient affirmatifs), j'opine. Il poursuit : "Quand je pense que j'ai
60 ans, j'aurais dû en profiter un peu. Moi, je préfère les femmes, parce
qu'elles crient plus, mais là, franchement, j'ai aimé." Il était vraiment
touchant, d'honnêteté, de candeur, il avait envie de s'informer, il était open,
et on a causé. Il termine par : "Tu as remarqué, je ne vous ai pas
dérangés", ce qui vu le contexte, était vraiment drôle.
Bon, ben c'était un plan cul parmi d'autres ; vous avez échappé à la salle
de sport hétéro, aux Tuileries, à Jaurès, au jogging aux Buttes Chaumont, au
mec de 18 ans, aux plans Aka Aki et Grindr et à l'addiction qu'ils
engendrent.
Je vais cependant en tirer une leçon : nous avons des périodes de cul,
c'est normal et logique. Et nous en profitons, cela se fait dans la bonne
humeur, la prudence, la convivialité et le respect de chacun. Ce vieux mec, je
ne le connais pas, mais c'est un fait, j'aurais aimé qu'il eût ma chance. Il
avait l'air un peu dépité, et m'a vaguement fait comprendre, que nous autres,
pédales bientôt quadragénaires, nous connaissions peut-être notre chant du
cygne. Ces périodes hors du temps, il faut que chacun se les octroie :
être dans le non-jugement, lâcher-prise, aimer ce que nous sommes et
s'épargner. Ovide nous invitait à entr'ouvrir notre porte, je pense que la
leçon ne doit jamais s'arrêter de porter.
Profitez-en, protégez-vous et bon vent !
"Portier, toi que chargent, ô indignité ! de lourdes chaînes, fais
rouler sur ses gonds cette porte rebelle. Ce que je te demande est peu de
chose : entr'ouvre-la seulement, et que cette demi-ouverture me permette
de me glisser de côté ; un long amour m'a assez aminci la taille, et a
rendu mes membres assez maigres pour qu'ils puissent y passer ; c'est lui
qui m'apprend à m'insinuer sans bruit au milieu, des gardes, c'est lui qui
guide et protège mes pas. Autrefois je redoutais la nuit et ses vains
fantômes ; je m'étonnais qu'on pût marcher au milieu des ténèbres ;
alors Cupidon se prit à rire avec sa tendre mère, assez haut pour se faire
entendre de moi ; puis il me dit tout bas : "Toi aussi tu deviendras
brave." L'Amour vint me surprendre bientôt, et maintenant je ne crains ni les
ombres qui voltigent dans la nuit ni la main meurtrière armée contre moi."
Ovide-De l'Amour. Elégie VII.
Tag - du cul ! du cul ! du cul !
vendredi 28 août 2009
C'est la rentrée !
Par Jérôme le vendredi 28 août 2009, 18:44 - my men and me
mardi 4 novembre 2008
Le côté obscur de la force
Par Jérôme le mardi 4 novembre 2008, 17:25 - heart is a lonely hunter
Depuis quelques temps, une curieuse séparation oppose les homosexuel
mâles : les purs et les impurs. Je suis à peine caricatural. Il y a peu,
je rencontre un type qui détenait apparemment son lot de bagages à déposer
(nous en avons tous, mais dans la rencontre première, mieux vaut laisser planer
le mystère avant de transformer votre interlocuteur en Soeur Emmanuelle (RIP)).
Ce jeune homme, sensiblement du même âge que le mien, m'explique en vingt
minutes son enfance malheureuse, ses problèmes de fric, ses galères d'appart,
sa meilleure copine-heureusement-qu'elle-est-là et m'explique doctement qu'il
est avant tout en boîte pour s'amuser, parce que les rencontres qu'on y fait ne
sont jamais sérieuses, et que de toute façon, les mecs dans le Marais, ils ne
pensent qu'à tirer leur coup, et patati et patalère.
Je ne sais pas si c'est l'endroit, où j'étais invité et où je me faisais suer
comme un rat mort, mais j'étais plutôt de méchante humeur, et je lui réponds,
aussi doctement et aussi agréablement qu'une truie enrhumée: "vous êtes
vraiment exaspérants, les mecs, alors pour toi, celui qui veut juste tirer son
coup est un impur malfaisant tandis que toi, tu es une belle oie blanche
virginale et immaculée, pourfendeur du vice et rédempteur parmi les mortels, te
voilant dans l'habit de la vertu et de la pureté." Bon, j'ai dû le dire plus
simplement, mais c'était en gros mon sentiment.
Il me regarde, et me dit, non, pas du tout, mais moi j'aime les câlins mais les
mecs, maintenant, etc. etc.
Soit. Je reconnais qu'il y a un juste milieu à adopter, trop de cul tue le cul,
et parfois, c'est vrai, on aime bien, on préfère même : les petits bisous
dans le lit, les enlacements voluptueux, les matins coquins et tendres, enfin,
la vie quoi. De même, les mecs qui n'embrassent pas m'exaspèrent, même pendant
un bête plan cul, mais ils m'énervent autant que ceux qui viennent au sauna en
maillot de bain... C'est sûr, c'est plus glamour que le sling et les pantalons
baissés dans une cabine gluante, mais de grâce, acceptons un vague équilibre
entre ces deux extrêmes, qui sont, quoi qu'on en dise, légèrement teintés de
judéo-christianisme un peu agaçant.
Souvent, on se dit que la relation aura plus de valeur si on attend avant de
coucher, comme si notre corps et notre esprit pouvaient se dissocier, ce qui
coûte, à mon humble avis, pas mal de sacrifices inutiles, pas mal de
résistances vaines, pas mal de temps perdu aussi. Je rappelle simplement que la
vie est unique, qu'elle est aussi inexistante et noire que le trou du cul d'un
ver de terre quand on a passé l'arme à gauche et que ce n'est pas une
répétition générale : on est sur scène directement, et on joue, sans
filet.
Loin de moi l'idée d'affirmer qu'il faut se vautrer dans le foutre et la
luxure, mais il est clair, certainement, qu'on se torture exagérément l'âme en
n'écoutant pas son instinct. Le mec qui ne veut pas baiser ne sort pas, ça nous
arrive à tous : on voit des amis, on lit, on prend soin de soi, on se
branle, je ne sais pas, mais si on cherche un mec, et ben, on couche, assez
vite, l'attente ne suscite qu'exaspération, frustrations et vains
questionnements. Parfois, la rencontre amoureuse nous oblige à perturber nos
manières de voir le monde, elle nous oblige à changer (comme le célibat,
d'ailleurs, si on apprend à bien le vivre, ce blog est là pour ça, pour moi,
comme, je l'espère sincèrement, pour vous...), et ces changements vont vite,
sans qu'on ne s'y prépare, mais diable, parfois, l'accélération des choses est
salutaire ! La petite étincelle qui s'allume au premier regard consume le
coeur comme nos parties anatomiques les plus viles, n'en soyons pas dupes, et
n'y résistons pas. Coucher n'engage à rien, coucher est respectable, coucher
fait du bien aux deux, et à la longue, si la rencontre prend racine, cette
activité somme toute assez normale deviendra, je vous le souhaite, quotidienne
et en constants progrès. Ne perdons pas de temps, et ne créons pas, nous les
pédés, de nouvelles barrières surgissant derrière celles que nos ancêtres ont
laborieusement abattues.
Bon vent !
"Regarde en ton miroir, et dis à ton visage
Qu'il n'est que temps qu'il en forme un nouveau
Car si tu n'en ravives le jeune éclat,
Voici trahi le monde...
Mais si tu vis en voulant qu'on t'oublie
Soit, reste seul et meurs. Meurs avec ton image."
William Shakespeare, sonnet 3