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vendredi 28 août 2009

C'est la rentrée !

Je ne sais pas vous, mais moi, je frétille comme un gamin une bonne semaine avant la rentrée scolaire. Comme tous les profs qui se respectent, mon calendrier est très différent de celui du commun des mortels. Les années commencent en septembre, s'achèvent en juin. Les deux mois de vacances scolaires sont "hors du temps", comme dans le calendrier maya : liberté, frénésie, aucun horaire, aucune règle. On se lâche, au sens primal du terme. Après ces deux mois de liberté, il faut rentrer, en même temps que l'automne. Temps des bilans, des résolutions, ayant en ligne de mire le mois d'avril et le printemps.
C'est sans doute pour cette raison que l'été connaît un développement hormonal relativement hors du commun : en deux mois, soyons honnêtes, j'ai dû niquer près d'une cinquantaine de mecs (partouzes comprises). C'est dingue quand on y pense. Je raconte une anecdote, véridique, et je conclus doctoralement, parce qu'il y a une morale, me dis-je.
C'était donc dans les dunes : petits groupes qui se reniflent, moyenne d'âges d'environ 58 ans, pas franchement de mecs glamours. Bon, je ne suis pas une bombe, non plus, mais j'ai encore mes exigences. Je repère LE beau type, le suit, timidement (je précise, c'est nudiste, on est tous à poil là dedans) et il m'ignore, copieusement. C'est souvent comme ça : on attire ceux qu'on ne veut pas, etc. etc. Le jeu se met en route, ça tourne, ça mate, ça transpire, ça s'excite trop pour ne pas tenter quelque chose. Le beau mec entre dans un buisson, se fait sauter dessus par quatre types, franchement pas terribles. Je me dis, insère-toi : tout se passe avec un succès non démérité. Le type se fait prendre par quelques mecs (votre serviteur participe, qui avait une capote sous sa casquette) et la chose se déroule dans la bonne humeur.
Au moment de se rebraguetter (c'est une image) pour aller piquer une tête dans la Méditerranée, un pépé, genre Tom Bombaldil assis sur une souche, me regarde en souriant. "C'était bien" me dit-il (il me semble que ses propos étaient affirmatifs), j'opine. Il poursuit : "Quand je pense que j'ai 60 ans, j'aurais dû en profiter un peu. Moi, je préfère les femmes, parce qu'elles crient plus, mais là, franchement, j'ai aimé." Il était vraiment touchant, d'honnêteté, de candeur, il avait envie de s'informer, il était open, et on a causé. Il termine par : "Tu as remarqué, je ne vous ai pas dérangés", ce qui vu le contexte, était vraiment drôle.
Bon, ben c'était un plan cul parmi d'autres ; vous avez échappé à la salle de sport hétéro, aux Tuileries, à Jaurès, au jogging aux Buttes Chaumont, au mec de 18 ans, aux plans Aka Aki et Grindr et à l'addiction qu'ils engendrent.
Je vais cependant en tirer une leçon : nous avons des périodes de cul, c'est normal et logique. Et nous en profitons, cela se fait dans la bonne humeur, la prudence, la convivialité et le respect de chacun. Ce vieux mec, je ne le connais pas, mais c'est un fait, j'aurais aimé qu'il eût ma chance. Il avait l'air un peu dépité, et m'a vaguement fait comprendre, que nous autres, pédales bientôt quadragénaires, nous connaissions peut-être notre chant du cygne. Ces périodes hors du temps, il faut que chacun se les octroie : être dans le non-jugement, lâcher-prise, aimer ce que nous sommes et s'épargner. Ovide nous invitait à entr'ouvrir notre porte, je pense que la leçon ne doit jamais s'arrêter de porter.
Profitez-en, protégez-vous et bon vent !

"Portier, toi que chargent, ô indignité ! de lourdes chaînes, fais rouler sur ses gonds cette porte rebelle. Ce que je te demande est peu de chose : entr'ouvre-la seulement, et que cette demi-ouverture me permette de me glisser de côté ; un long amour m'a assez aminci la taille, et a rendu mes membres assez maigres pour qu'ils puissent y passer ; c'est lui qui m'apprend à m'insinuer sans bruit au milieu, des gardes, c'est lui qui guide et protège mes pas. Autrefois je redoutais la nuit et ses vains fantômes ; je m'étonnais qu'on pût marcher au milieu des ténèbres ; alors Cupidon se prit à rire avec sa tendre mère, assez haut pour se faire entendre de moi ; puis il me dit tout bas : "Toi aussi tu deviendras brave." L'Amour vint me surprendre bientôt, et maintenant je ne crains ni les ombres qui voltigent dans la nuit ni la main meurtrière armée contre moi." Ovide-De l'Amour. Elégie VII.

mardi 4 novembre 2008

Le côté obscur de la force

Depuis quelques temps, une curieuse séparation oppose les homosexuel mâles : les purs et les impurs. Je suis à peine caricatural. Il y a peu, je rencontre un type qui détenait apparemment son lot de bagages à déposer (nous en avons tous, mais dans la rencontre première, mieux vaut laisser planer le mystère avant de transformer votre interlocuteur en Soeur Emmanuelle (RIP)). Ce jeune homme, sensiblement du même âge que le mien, m'explique en vingt minutes son enfance malheureuse, ses problèmes de fric, ses galères d'appart, sa meilleure copine-heureusement-qu'elle-est-là et m'explique doctement qu'il est avant tout en boîte pour s'amuser, parce que les rencontres qu'on y fait ne sont jamais sérieuses, et que de toute façon, les mecs dans le Marais, ils ne pensent qu'à tirer leur coup, et patati et patalère.
Je ne sais pas si c'est l'endroit, où j'étais invité et où je me faisais suer comme un rat mort, mais j'étais plutôt de méchante humeur, et je lui réponds, aussi doctement et aussi agréablement qu'une truie enrhumée: "vous êtes vraiment exaspérants, les mecs, alors pour toi, celui qui veut juste tirer son coup est un impur malfaisant tandis que toi, tu es une belle oie blanche virginale et immaculée, pourfendeur du vice et rédempteur parmi les mortels, te voilant dans l'habit de la vertu et de la pureté." Bon, j'ai dû le dire plus simplement, mais c'était en gros mon sentiment.
Il me regarde, et me dit, non, pas du tout, mais moi j'aime les câlins mais les mecs, maintenant, etc. etc.
Soit. Je reconnais qu'il y a un juste milieu à adopter, trop de cul tue le cul, et parfois, c'est vrai, on aime bien, on préfère même : les petits bisous dans le lit, les enlacements voluptueux, les matins coquins et tendres, enfin, la vie quoi. De même, les mecs qui n'embrassent pas m'exaspèrent, même pendant un bête plan cul, mais ils m'énervent autant que ceux qui viennent au sauna en maillot de bain... C'est sûr, c'est plus glamour que le sling et les pantalons baissés dans une cabine gluante, mais de grâce, acceptons un vague équilibre entre ces deux extrêmes, qui sont, quoi qu'on en dise, légèrement teintés de judéo-christianisme un peu agaçant.
Souvent, on se dit que la relation aura plus de valeur si on attend avant de coucher, comme si notre corps et notre esprit pouvaient se dissocier, ce qui coûte, à mon humble avis, pas mal de sacrifices inutiles, pas mal de résistances vaines, pas mal de temps perdu aussi. Je rappelle simplement que la vie est unique, qu'elle est aussi inexistante et noire que le trou du cul d'un ver de terre quand on a passé l'arme à gauche et que ce n'est pas une répétition générale : on est sur scène directement, et on joue, sans filet.
Loin de moi l'idée d'affirmer qu'il faut se vautrer dans le foutre et la luxure, mais il est clair, certainement, qu'on se torture exagérément l'âme en n'écoutant pas son instinct. Le mec qui ne veut pas baiser ne sort pas, ça nous arrive à tous : on voit des amis, on lit, on prend soin de soi, on se branle, je ne sais pas, mais si on cherche un mec, et ben, on couche, assez vite, l'attente ne suscite qu'exaspération, frustrations et vains questionnements. Parfois, la rencontre amoureuse nous oblige à perturber nos manières de voir le monde, elle nous oblige à changer (comme le célibat, d'ailleurs, si on apprend à bien le vivre, ce blog est là pour ça, pour moi, comme, je l'espère sincèrement, pour vous...), et ces changements vont vite, sans qu'on ne s'y prépare, mais diable, parfois, l'accélération des choses est salutaire ! La petite étincelle qui s'allume au premier regard consume le coeur comme nos parties anatomiques les plus viles, n'en soyons pas dupes, et n'y résistons pas. Coucher n'engage à rien, coucher est respectable, coucher fait du bien aux deux, et à la longue, si la rencontre prend racine, cette activité somme toute assez normale deviendra, je vous le souhaite, quotidienne et en constants progrès. Ne perdons pas de temps, et ne créons pas, nous les pédés, de nouvelles barrières surgissant derrière celles que nos ancêtres ont laborieusement abattues.
Bon vent !

"Regarde en ton miroir, et dis à ton visage
Qu'il n'est que temps qu'il en forme un nouveau
Car si tu n'en ravives le jeune éclat,
Voici trahi le monde...
Mais si tu vis en voulant qu'on t'oublie
Soit, reste seul et meurs. Meurs avec ton image."
William Shakespeare, sonnet 3