La pédale est pétrie de paradoxes (litote, me souffle la correctrice) :
tantôt elle cherche un mec avec qui l'histoire pourrait durer, enrichir,
épanouir, construire, tantôt elle dédaigne les propositions qui iraient dans ce
sens en mettant en avant sa vie personnelle, son travail, ses amis, ses
bistrots, ses plans culs. Nous sommes un peu toutes en équilibre instable sur
cette corde raide : "j'y vais, mais en fait non" ou "je n'y
vais pas, mais j'aurais dû, zut, je m'en veux..." Il y a en nous deux
petits lutins qui se tirent en permanence la bourre : un gentil tout plein
qui nous oblige à aller de l'avant, à sortir, à dire oui et à croiser le regard
enjôleur qui fera chavirer nos coeurs (rime riche niveau première B me titille
la baronne), et une espèce de petite saloperie goîtreuse et laide comme un pou
qui nous freine, nous restreint, nous blottit dans notre petite coquille de
mollusque baveux où finalement, la vie n'a pas l'air si mal.
Ce saboteur pernicieux qui nous alerte, nous enjoint de faire attention,
d'attendre, de ne pas appeler tout de suite, n'est rien d'autre qu'un avatar un
peu ridicule de notre personnalité, il est une fiction, un roman raté et dénué
de sens qui a pris racine dans les années qui nous ont permis d'arriver
jusqu'ici. Etre méfiant est une chose, fermer sa porte en est une autre. De
cette situation binaire et, j'en ai conscience, ô combien caricaturale
(appelons cela de la pédagogie, ça fera plus sérieux) émerge une question,
objet de ce billet printanier et guilleret : faut-il se forcer avec un
mec ? Doit-on s'impliquer dans une histoire si on n'est pas un minimum
amoureux mais si le mec en face est : joli, gentil, baise bien, pas con,
mais bon, ça ne le fait pas, on verra avec le temps.
Bon, inutile de gloser, si j'avais la réponse, je n'écrirai pas ce blog, parce
qu'on se mettrait en couple à peu près toutes les semaines, et dans le même
temps, on connaît tous ces couples improbables qui durent, mais où jamais il
n'y eut coups de foudre, passion, et tout ce bazar ingérable dont on ferait
volontiers l'économie tellement on a passé l'âge. J'avoue humblement que le
perspective d'attendre après des textos qui arrivent toujours trop tard
m'épuise d'avance. Bien sûr, il y a le fucking friend, c'est intéressant comme
piste, parce qu'en gros, on ne partage que le côté sympa de la personne et on
ne se prend pas la tête avec le reste, même si la petite saloperie au fond à
gauche nous zozotte que ça ne durera qu'un temps, et quand tu seras une vieille
peau toute frippée et irregardable, tu aurais été bien contente d'avoir un mec
qui t'aime. Elle se trompe cette débile, un mec n'est pas un PEL, enfin, il me
semble. Moi, je le dis tout net, essayons, et lorsqu'on en a assez, et bien,
disons-le en face, c'est important ça : cela nous permet de mettre des
mots sur pourquoi ça ne marche pas, cela permet de se poser, et c'est surtout
moins hypocrite. Voilà le conseil : foncez et si vous n'êtes pas
satisfait, expliquez-vous, vous serez obligé de vous interroger, et les
questions qu'on pose et qu'on se pose sont toujours les bonnes. Sur ce, je vais
me promener.
Bon vent !
"J'éprouvais un peu de ressentiment à son égard, il y avait du feu sous la
cendre, mais, plutôt que de le questionner inutilement, je préférais me dire
qu'il ne restait qu'à solder gentiment tous les comptes et au revoir, chacun
reprend sa route, le fil du quotidien, en attendant peut-être un autre
film."
Frédéric Mitterrand-La Mauvaise Vie.
Tag - amour gay
samedi 4 avril 2009
Ce coincé qui est en nous
Par Jérôme le samedi 4 avril 2009, 13:20 - love, etc.
mercredi 22 octobre 2008
Les coeurs pétrifiés
Par Jérôme le mercredi 22 octobre 2008, 15:08 - anti depressive delivery
Une question me taraude depuis quelques jours ; j'avais prévu de vous
parler de la timidité et du physique, du dire "je t'aime", de l'infidélité, et
aussi de raconter quelques anecdotes rigolotes, mais ce sera pour une autre
fois, parce qu'une conjonction de conversations, de lectures et sans doute
aussi mon propre petit état de petit moi, soulèvent quelques nouvelles
interrogations ... Nous savons, c'est une évidence, que selon les âges, nous
n'avons pas les mêmes attentes amoureuses : on n'aime pas à vingt ans
comme à trente ou à quarante, voire plus. Un petit minet de 20 ans et tout
gentil tout plein, attend des valises de "je t'aime" par jour, fait des cadeaux
(et en attend), vers les quarante, c'est un peu différent : deux chiens,
qui se reniflent, se jaugent, se sourient et sont heureux ensemble, mais qui
n'hésitent pas à mordre le cas échéant...
Sans doute les années, la vie, une certaine maturité transforment nos attentes
amoureuses. Difficile de généraliser, ce sont des constats que nous serons tous
amenés à faire, et pour cause, des années de plus, nous en connaissons au moins
une fois par an... J'entendais Benoîte Groult un soir, qui expliquait à quel
point elle était contente d'être vieille et physiquement diminuée car depuis,
elle n'avait plus à se préoccuper de l'amour, qui, selon elle, restait une
histoire de jeunes et traduisaient des troubles, des questionnements, des
errements qu'elle pense avoir résolus avec la sagesse et l'apaisement que
confère la vieillesse. Certains moines tibétains, mais aussi de nombreux
chrétiens, expliquent savamment que l'arrêt du plaisir charnel, la fin des
questionnements sentimentaux, sont des buts à atteindre, et qu'avant cela, il
faut expérimenter, errer, s'user un peu, se faire les dents. Une de mes
copines, en couple avec une fille depuis dix ans, m'explique qu'à 60 ans
passés, finalement, ce sont ses amis qui auront plus compté...
Après une déconvenue sentimentale, après la colère, le chagrin, la tristesse,
la baise tout azimut, arrive ce que j'appelle le "coeur pétrifié", un peu comme
si notre corps coupait toute envie d'amour, comme si, après un essai atomique,
il fallait laisser le jardin reprendre tranquillement son souffle, il fallait
laisser la terre le temps de se regénérer avant de cultiver à nouveau. Je
choisis l'image atomique, parce que parfois, cette régénération est très
longue ; et plus on vieillit, plus elle est longue (l'attente). Alors,
comme on le disait avec un ami, on vit, on mange, on boit, on travaille, on
baise, mais notre corps est comme mort, comme si tous les élans d'affection
étaient orientés on ne sait où. C'est une période sans doute un peu
angoissante, indiquant vraisemblablement qu'avant de nous occuper d'un autre,
il faut certainement s'occuper de soi. La grande question est : combien de
temps cela va durer ? Passés les trente ans, on est plus pépère, plus
tranquille, on sort moins, on se replie peut-être plus facilement. Il me plaît
de penser que tout cela tient peu de temps, une année tout au plus, et que
c'est une réaction normale. On rencontre des mecs, mais ils nous plaisent sans
plus, et comme on a pris un peu d'expérience, on se dit qu'on ne va peut-être
pas essayer, ainsi va la vie... Parfois, il arrive, en boîte, au bordel, de
voir tous ces types sans doute très beau et très bien (nous le sommes tous, je
crois, même mes ex...) mais ils ne nous attirent pas. Le courant est coupé.
Alors, on fait comme ils disent dans les bouquins, on se bouge le derrière,
mais c'est peine perdu. Un de mes ex, qui a mon âge, me disait : "je n'ai
plus envie de me mettre avec quelqu'un "pour essayer"" ; l'image est
vraie, plus jeunes, comme on a moins d'expériences, on est sans doute moins
frileux, moins difficile, et ensuite, on a, je pense, un peu peur.
Personnellement, j'avoue que j'ai un peu de mal à me dire : je vais
retenter le couple, mais bon, je me ferai encore plaquer dans trois ans, et
avec le temps, se faire plaquer, c'est un tantinet lassant, je ne suis pas sûr
qu'on s'en remette sans une certaine sagesse, voire une certaine ironie de soi,
qui n'arrive qu'avec l'âge et les expériences...
Eh oui, le prince charmant n'existe pas, mais les mecs bien sont là, seulement,
parfois dans la vie, on n'a pas besoin d'un mec bien, notre coeur hiberne, il
n'en désire pas. Alors on attend, parce qu'on aime ça quand même :
attendre le coup de fil, recevoir un mail, de promener le soir au bord de la
Seine, dire des conneries très classes sur les mecs et s'engueuler avant de se
réconcilier... Il faut juste s'amollir un peu, et ne pas craindre la douleur,
qui, d'ailleurs, parfois n'arrive jamais !
Bon vent !
"Il existe peu de choses auxquelles les êtres humains s'acharnent
davantage qu'au malheur. Si nous avions été mis sur la terre par un créateur
malveillant dans le but exclusif de souffrir, nous aurions de bonnes raisons de
nous féliciter de notre enthousiasme à entreprendre cette tâche. Les raisons
d'être inconsolable abondent : la fragilité de notre corps, l'inconstance
de l'amour, le manque de sincérité de la vie sociale, les compromis de
l'amitié, l'effet anesthésiant de l'habitude. Face à des maux si persistants,
nous pourrions tout naturellement nous attendre à ce qu'aucun événement ne soit
attendu avec plus d'impatience que notre propre extinction."
Alain de Botton. Comment Proust peut changer votre vie. 10/18.
samedi 23 août 2008
Les hommes, les champignons et moi
Par Jérôme le samedi 23 août 2008, 16:37 - love, etc.
Quand j'étais petit, mon Papa m'emmenait aux champignons dans la forêt
d'Argonne. Je détestais cela, d'une part, parce qu'en Argonne, il pleut tout le
temps, il y avait aussi de grosses limaces rouges (les plus grosses limaces
rouges que j'ai vues de toute ma vie, d'ailleurs), et surtout, je ne voyais pas
la queue d'un champignon, ou alors, quand j'en trouvais, c'était des gros
moches et pas bons, ou alors des tout pourris desséchés qui poussent sur les
arbres, voire des dangereux pour la santé, et même des mortels...
Lui, il ramenait plein de pieds de mouton, des trompettes de la mort et des
girolles, c'était vraiment énervant : alors, il me disait, pour me
consoler : "c'est le métier qui rentre, tu verras, tu finiras par les
voir, toi aussi." Bon, il est mort un jour, et je ne suis plus jamais
retourné aux champignons...
Ce qui est vrai pour ces aimables végétaux eucaryotes sporophores l'est aussi
pour l'homo sapiens sapiens sexualensis... Je discutais avec un de mes
(comment dit-on ?...)"contacts" il y a quelques jours et il me disait :
"quand tu cherches, le mec le sent, et il fuit, parce que ça
effraie..."
Je ne me souviens pas trop comment mon Père trouvait ses champignons, mais je
me souviens qu'il ne les cherchait jamais, justement : c'est vrai. Il se
baladait, il regardait les oiseaux, il regardait le ciel, les arbres, trouvait
des tas de trucs bien pourris comme on en trouve dans les forêts humides (des
lichens, des écorces pleines de vers, des cailloux aux formes rigolotes), et
puis, pouf ! de temps en temps, un champignon comestible, il le ramassait,
et pensait à autre chose. A la fin de la journée, il y avait cinq
omelettes...
Tout cela me rappelle aussi une histoire que racontait Edmund Hillary (le
néo-zélandais qui a grimpé sur l'Everest pour la première fois) : il était
au Népal et cherchait des sherpas. Il en déniche deux biens, musclés, solides,
de rudes gaillards. Ceux-là lui proposent de l'accompagner sur quelque
montagne, histoire de l'entraîner avant de faire le grand bon en avant :
ils partent donc à l'aventure ; les sherpas avec de simples sandales,
Hillary avec un solide harnachement d'alpiniste, des masques à oxygène et tout
le toutim... Ils grimpent, grimpent, les sherpas gardent le sourire, tandis
qu'Hillary suffoque. Ils arrivent finalement au sommet de la petite
montagne ; notre brave Edmund est tout interloqué, limite colère :
"m'enfin, c'est injuste, vous êtes affublé comme des véliplanchistes et
vous n'êtes pas épuisés, moi, je suis bien équipé et je crache mes poumons
!". Les braves sherpas, un tantinet bouddhistes sur les bords, lui
répondent, goguenards : "Pendant que nous montions, toi, tu ne pensais
qu'au sommet, nous, au chemin : nous avons regardé le ciel, les nuages,
les roches, la neige, les rivières, bref, nous avons profité du parcours, et
toi, tu n'as rien vu..." C'est bon, non ?
Les champignons et l'Everest me permettent de rebondir sur l'interrogation de
mon "contact" : oui, c'est vrai, si tu cherches, tu vas tomber sur des
machins bien pourris, des types tristes, des qui cherchent aussi, souvent des
cas (j'en ai une belle collection à mon actif, mais ayant moi-même beaucoup
cherché, je suppose que je dois traîner cette même réputation de boulet chez
nombre de garçons sensibles...). Ces aventures nous sont arrivées à tous :
on est au bar, en boîte, au bordel, et le premier mec qui se jette sur nous,
c'est un aigle qui fond sur sa proie, la langue pendante et le regard
hormonalement suggestif, avec un peu de malchance, en prime, il est totalement
bourré. C'est normal, il est à l'affut : il fait partie des chasseurs, qui
attendent et dévorent...
Je n'aime pas les chasseurs, ils tuent des bestioles innocentes, ils attendent,
tapis dans leur abri, ils appâtent, ils jouent faux, ils se lèvent le matin
pour tuer. Je préfère le mec qui va aux champignons ; il part en balade,
ramasse éventuellement quelques spécimens s'il en trouve ou rentre chez lui le
panier vide, conscient d'avoir passé un bon moment, malgré tout...
"Un âne, pour le moins, instruit par la nature,
A l'instinct qui le guide obéit sans murmure ;
ne va point follement de sa bizarre voix
Défier aux chansons les oiseaux dans les bois :
Sans avoir la raison, il marche sur sa route."
Boileau, Satires : à Monsieur Morel, Docteur en Sorbonne
Parfois, il nous faudrait être des ânes, surtout en amour...
Bon vent !
Je reprends le micro parce que Tony Duvert est mort. Il n'était pas très
connu mais c'était un époustouflant écrivain, très gênant sans doute. Je ne
connais que le Journal d'un Innocent : une bouffée bien
anachronique aujourd'hui, le droit des adolescents à jouir de leur corps comme
bon leur semble, très dérangeant, très incorrect, daté, et à n'en pas douter,
totalement mis à l'index aujourd'hui. Duvert, c'est cette période des années 70
où tout semblait possible, même les pires âneries, mais lui, il les décrivait
avec un talent et une sensibilité on ne peut plus respectables. Je vous
conseille de lire pour vous faire une idée, c'est une langue belle, datée, et
ça nous change des délires narcissiques de cette banane de Christine Angot ou
des outrages de ce crétin de Houellebecq (dont il est le précurseur, mais ces
ânes-là l'ignorent sans doute).

mercredi 6 août 2008
Les Nouveaux Romantiques (Merci Karen !)
Par Jérôme le mercredi 6 août 2008, 13:45 - anti depressive delivery
Bon, cinq points de moins sur votre brevet de pédale si vous n'avez pas
saisi la référence...
Dans les petites annonces, ou même lors du premier rendez-vous, on affirme,
souvent : "je suis assez romantique", ou, au contraire : "non, moi,
les mecs romantiques, ça me gave."
Quelle image avons-nous du mec romantique ? Passionnément amoureux, épris
de sensations fortes, plaçant le sexe dans son acception la plus sentimentale
qui soit : le romantique ne baise pas, il fait l'amour. Le romantique, on
se moque souvent de lui, ou au contraire, on l'envie. Romantique, nous ne
sommes un peu tous, en début de relation, mais nous ne pouvons pas le demeurer
longtemps, il s'agit d'une conception littéraire somme toute assez récente, qui
n'a pas grand chose à voir avec le couple et sa pérennité...
Explications.
Le romantisme remonte au XIXème siècle, et il nous vient d'Allemagne (le jeune
Werther, à lire !) : l'amour absolu, l'étreinte, la passion, le corps, le
détachement des choses communes pour accéder au paradis avec l'autre, notre
moitié, à une forme d'amour proche de l'absolu, quasiment divin. Ophélie, chez
Shakespeare, Werther, Adolphe chez Benjamin Constant, sont des héros
romantiques. Ils sont jeunes, ils souffrent (le romantique doit souffrir pour
accéder à l'absolu), et ne tardent guère à mourir.
Il y a en effet du chrétien dans le romantique, et ce n'est pas un hasard si
des Vigny, des Chateaubriand ou des Lamartine ("ô temps, suspends ton
vol"), ces auteurs chrétiens, sont aussi rangés parmi les
romantiques.
La meilleure définition du romantique nous vient à mon avis de Madame de Staël
(De la Littérature, II, 5) qui nous parle de "L'Incomplet de la
Destinée" :
"Ce que l'homme a fait de plus grand, il le doit au sentiment douloureux
de l'incomplet de sa destinée. Les esprits médiocres sont, en général, assez
satisfaits de la vie commune ; ils arrondissent, pour ainsi dire, leur
existence, et suppléent à ce qui peut leur manquer encore par les illusions de
la vanité ; mais le sublime de l'esprit, des sentiments et des actions,
doit son essor au besoin d'échapper aux bornes qui circonscrivent
l'imagination."
Tout est dit dans cette simple phrase : le romantique ne peut se
contenter de terre à terre, de quotidien ; selon lui, l'homme ne saurait
créer que dans le sublime, au-delà du quotidien, sans quoi, sa vie serait vouée
à demeurer morne et médiocre...
On devrait faire un procès à la de Staël, à cause d'elle, des tas de pédales
pleines de bonnes intentions passent à côté de l'amour. Nous baignons, que nous
le voulions ou non, dans ce magma culturel qui veut que l'histoire d'amour soit
forcément sublime, presque divine, pratiquement détachée des choses terrestres.
Alors, conformément à ce modèle, nous sommes démunis face à des choses très
quotidiennes comme la lassitude, la routine, les habitudes, en gros, le
"médiocre" aux yeux des romantiques...
N'oubliez pas : le héros romantique ne survit jamais dans la littérature,
il est constamment insatisfait, et passe en général à côté de son destin. Je me
demande si nous, surtout nous les pédés, nous n'avons pas dans nos gênes et
notre éducation un conditionnement qui fausserait quelque peu notre image du
couple... Bon, surtout surtout, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit,
je ne généralise pas, mais chez beaucoup de jeunes, et de moins jeunes, on se
paralyse un peu rapidement au nom d'une idée de l'amour qui n'est finalement
qu'un petit délire littéraire...
Je laisse la parole à Chateaubriand, qui conclura mieux que moi (Les Martyrs,
Génie du christianisme) :
"Cymodocée commençait à sentir une vivre frayeur, qu'elle n'osait
toutefois laisser paraître. Son étonnement n'eut plus de bornes lorsqu'elle vit
son guide s'incliner devant un esclave délaissé qu'ils trouvèrent au bord d'un
chemin, l'appeler son frère, et lui donner son manteau pour couvrir sa
nudité.
-Etranger, dit la fille de Démodocus, tu as cru sans doute que ce esclave
était quelque dieu caché sous la figure d'un mendiant, pour éprouver le coeur
des mortels ?
-Non, répondit Eudore, j'ai cru que c'était un homme.''"
Soyons tous des Eudore dans nos rencontres... ! Bon vent !
samedi 26 juillet 2008
Cette délicate question du pourquoi...
Par Jérôme le samedi 26 juillet 2008, 20:17 - love, etc.
Nous exploitons des ressources infinies afin d'alimenter ce blog et d'en
faire quelque chose de constructif : d'abord, quand même, nos expériences,
qui sont, vous vous en doutez, incroyablement exemplaires et dignes du plus
haut intérêt, que ce soit en matière de rencontres, de râteaux, de plantages,
de coups de foudre, de "tu crois que je le rappelle ou j'attends encore", de
"merde, mon ex, attends, j'ai pas envie de le voir...", de "purée, il me saoule
celui-là avec son numéro masqué...".... En bref, une expérience de pédale
parisienne lambda, ni encore trop névrosée, ni plus assez, normale en
somme...
A cette flamboyance existentielle s'ajoute, en tous les cas de mon côté, une
littérature remarquablement abondante, très à la mode chez les hétéros, et
adorablement Bridget Jones dans l'âme. Vous savez, ces livres qu'on feuillette
du bout des lèvres (quoi ? j'aime bien l'image...) dans le rayon psy des
supermarchés et des FNAC, avec des couvertures roses et bleues qui parlent de
Mars et de Vénus. Il existe en effet une tripotée de bouquins sur le sujet
amoureux, sur la rencontre, sur comment garder un couple, sur le est-ce que ça
va marcher ? Et moi, je suis fan, une véritable encyclopédie...
Enfin, pour éclairer nos lanternes, je dispose aussi d'une abondante
discographie qui en général fait honte à la plupart des mecs qui ont le
remarquable courage de tomber amoureux de moi. Il s'agit d'un ensemble
exhaustif de chansons d'amour kitsch à souhait ; elles ont remarquablement
su cerner le sujet amoureux et peuvent être d'un très grand secours en période
de disette morale et affective (oui, personnellement, j'ai une relative
difficulté à accepter l'état de célibataire, que je considère somme toute
anormal et fondamentalement transitoire...). Donc, quand vraiment ça ne va pas,
il y a Michelle, Sylvie, Yolanda, Lynda et les autres.
Un exemple, maybe... ? Essayez ces paroles remarquables :
''J'ai un problème je sens bien que je t'aime
Oh, j'ai un problème c'est que je t'aime aussi
Ces mots-là restent toujours les mêmes
C'est nous qui changeons le jour où on les dit.''
Je vous laisse cinq minutes pour savoir qui c'est... Trouvé ?
J'espère... Et bien moi, vous peut-être, ces paroles, elles me parlent, parce
qu'elles sont criantes de vérité. Les chansons des années 70 parlent d'amour de
manière un peu candide, mais parfois, on a l'impression qu'elles ont été
écrites juste pour nous, surtout quand on vient de se faire plaquer. Ecoutez
juste un peu de Michel Delpech après une rupture, effet larmoyant garanti...
J'organise des stages si vous voulez :-D.
Tout cela me donne une autre idée de post, ce sera après les vacances...
Revenons à nos moutons, il y a un bouquin qui me turlupine en ce
moment...
Souvent, dans la littérature psy du couple en déroute, parfois bien
construite, parfois un peu placebo quand même, on cherche des moyens de se
rassurer, ce qui est légitime, on cherche aussi ce qui peut clocher, le cas
échéant (bien que je sois persuadé que la question ne se pose pas ainsi :
un être humain ne "cloche" pas, il est...), soit chez nous, soit dans notre
couple, soit dans le mec qui partage notre vie... Je suis donc en train de lire
un truc qui me pose question : Comment guérir du mal d'amour, de
Patricia Delahaie, aux éditions Leduc.
Bon, ça s'adresse à des hétéros, avec des problématiques hétéros, et je ne vais
pas en faire un résumé, il y a des trucs remarquables, notamment sur
l'acceptation de soi et l'exorcisme de son ex, je suis fan et on va en reparler
un jour....
Il y a cependant un détail qui me chiffonne...
Dans son bouquin, Pat (appelons-la Pat, si vous le voulez bien), trouve
toujours une cause à la rupture. Une vraie cause, un événement perturbateur qui
vient tout de go annoncer que la belle histoire d'amour doit s'achever, parce
qu'il doit en être ainsi, ainsi soit-il... Exemples donnés par Pat : le
mec trompait Suzette, Suzette dépensait trop de sous, Robert ne voulait pas
d'enfants, Martin voulait vivre au Pérou et Josette préférait Vierzon, Pascal a
rencontré une stagiaire qu'il a subrepticement eu envie de sauter en oubliant
sa femme, son chien, son bébé, les traites de son appart... Bref, Pat, elle est
claire : une rupture, c'est à cause d'un truc bien précis qui vient foutre
sa merde...
Déjà, ça me gêne parce que je pense qu'il y a quand même une histoire de poule
et d'oeuf là-dedans. Si événement perturbateur unique (ce qui n'est pas gagné)
il y a, il peut n'être qu'une conséquence d'autre chose. Par exemple, si
Josette préfère Vierzon, elle a ses raisons et elle n'a sans doute jamais osé
en parler à Martin, ce qui, à la longue, occasionna des troubles qui se
révèlèrent au moment fatidique où il fallut en parler, de Vierzon....
De même, si Machin trompe Machine, c'est parce qu'à la base, Machine, gna gna
gna gna gna... Et donc, Machin, il s'est senti gna gna gna, du coup, il s'est
laissé aller à tac tac tac....
Pat, cette idée des causes aux causes qui ont déclenché des causes, elle n'en
parle pas. Elle évoque l'événement déclencheur absolu, le bouton atomique, la
fin des haricots, bref, prenez l'image que vous souhaitez, mais en gros, pour
Pat, dans une rupture, il y a un gentil et un méchant...
(En général, le méchant est le plaqueur, le gentil est le plaqué).
Moi, même si elle m'arrange cette idée (c'est que voyez-vous, je fus surtout
plaqué), je la trouve quand même un rien culpabilisante (pour les deux ;
comme quoi, je ne suis pas toujours de mauvaise foi...).
Je me demande si un couple, en théorie, après quelques années, n'est pas à
peu près capable de surmonter n'importe quoi pourvu qu'il sache comment s'y
prendre ?
(m'énerve ce point d'interrogation tout seul...)
Je parle bien de couple, pas des deux mecs différenciés qui forment un machin
institutionnel qu'ils pensent être un couple parce qu'ils ont vu le même modèle
dans Desperate Housewife.
Le couple est un dans mon esprit, et c'est cette unité qui gère les
(in)fidélités, les problèmes de boulot, de fric, de lassitude...
Parfois, quand ça casse, et ce n'est ni de la faute à l'un, ni de la faute à
l'autre, c'est qu'un des deux, ou les deux, ne sait pas gérer, ne sait pas
comment faire. On n'a pas la clef : on ne sait pas comment redonner de la
vie dans la routine, il ne sait pas comment expliquer que parfois il a envie de
coucher ailleurs, il y a des craintes, des non dits, qui, à long terme,
d'inoffensifs, deviennent redoutables.
Parfois, les problèmes qu'un couple doit surmonter le dépassent, tout
simplement : la routine, principalement...
L'idée que la rupture, ce serait "à cause de ceci ou de cela", elle implique
que l'un des deux mecs n'aurait pas été à la hauteur par rapport à l'autre, ce
qui, d'emblée, établit une hiérarchie entre les deux mecs, ce qui est forcément
mauvais. En général, le mec qui veut partir (sauf cas pathologiques :
violences, domination malsaine, contamination, je ne sais pas) est bien embêté,
parce qu'il ne sait pas comment faire autrement...
Il ne sait pas, et l'autre est tout aussi démuni. Quand un mec nous quitte, ou
même quand on quitte un mec, il y a une petite part de remise en question
(parfois une très grosse d'ailleurs), mais elle n'a pas de sens. On n'a pas
tant changé que ça au cours de la relation, c'est la relation qui ne convient
plus, c'est Le Couple qui ne sait plus ce qui ne convient plus, il n'y a pas de
fautes....
Je dis ça pour rassurer un peu les lecteurs qui seraient en train de vivre
une rupture, ou qui ont du mal pour s'en remettre. Il n'y a pas de raisons à
chercher... C'est très humain de chercher des raisons, mais c'est caricatural.
C'est un peu comme si vous disiez : je suis perdu en forêt parce que je ne
sais pas lire un plan, donc je suis perdu en forêt parce que je suis une gourde
et je ne saurai plus jamais comment me promener en forêt...
Non ! En fait, vous êtes perdu en forêt parce qu'il commence à faire nuit,
qu'avec le temps, vous vous y emmerdez copieusement dans cette forêt-là, alors
qu'au début, vous trouviez ça génial, c'est aussi parce que vous n'êtes pas
(plus ?) familiarisé avec ce milieu, parce que certaines parties ne sont pas
sur votre plan, parce que finalement, vous préféreriez marcher au bord de la
plage, parce que vous n'avez pas encore bien appris à vous servir d'une
boussole, parce qu'il y a des nuages qui obscurcissent le ciel... Il y a plein
de raisons, et vous n'en maîtrisez qu'une infime partie.
Si vous êtes en train de rompre, j'espère que ce billet vous aura mis un peu de
baume au coeur... Sachez que le temps arrange tout. Nous en reparlerons, et je
vous résumerai quand même le livre de Pat, parce qu'il y a de bonnes
choses !
Bon vent!

mercredi 23 juillet 2008
Etre et avoir...
Par Jérôme le mercredi 23 juillet 2008, 12:15 - heart is a lonely hunter
Il existe une formule qu'on entend très couramment, que ce soit chez les
hétéros comme chez les pédales : "je veux un mec". Accompagné
parfois de ses variantes : je cherche l'amour, j'ai un mec, j'attends
un mec, il me faut un mec.
J'ai, je veux, il me faut...
C'est sans doute là, dès l'origine, que le bât blesse. En effet, et c'est
peut-être un des stigmates de notre époque, il semble qu'aujourd'hui, nous
existions par ce que nous avons : on collectionne, on entasse, on
empile ; des livres, des objets, des références culturelles, et des
histoires d'amour aussi. Regardez notre président de la République : un
magnifique spécimen de petit garçon qui veut, qui trépigne, qui désire, qui
jouit de posséder. Il n'est que l'émanation sinistre de nos moeurs où l'avoir
supplante l'être...
J'ai longtemps désiré avoir un mec et l'un d'entre eux me l'a reproché un jour.
"Je ne suis pas ta chose...", m'avait-il dit. Que voulait-il
signifier ? Nous entretenions apparemment une relation tranquille, claire,
et où chacun semblait pouvoir s'exprimer sereinement, mais il se sentait malgré
tout chosifié.
Tout cela m'a longuement interrogé. Je l'aimais, me semblait-il, l'écoutais,
pensais à lui, lui téléphonais, on se voyait régulièrement. Alors ?
Pourquoi "chosifié"... ? Quand on s'est séparé, je lui ai demandé
là où j'avais failli, et il m'a redit : "je ne suis pas ta chose, tu
n'as pas failli"
Effectivement : si vous utilisez mal un ordinateur, une voiture, une
équerre à vapeur, un fer à repasser, il tombe en panne et vous "lâche" (on dit
parfois aussi d'un mec qu'il nous a lâché, intéressant...) ; mais un mec
?? Ce n'est pas un objet, il ne se casse pas (se casser, comme une chose,
encore) parce qu'on l'utilise mal, il est. Et vous, vous êtes. Point
barre...
Avec le recul, j'ai compris ce qu'il voulait dire, ça m'a pris du
temps : étant au centre de mes préoccupations, étant le coeur de mes
attentions, étant l'objet de tous mes désirs, j'avais fini par oublier qui il
était vraiment. Qu'il était lui aussi un garçon avec ses angoisses, ses envies,
ses joies, ses troubles, ses peines, ses désirs. Etant à l'affût du moindre
stigmate amoureux, du premier soupçon de je t'aime, j'en oubliais de le lui
dire, et de faire attention à lui.
Ce n'était pas le garçon avec lequel je vivais, c'était MON mec, c'est-à-dire
une sorte de tamagotchi rigolo et bien monté avec lequel j'allais au cinéma. Il
est parti, il a eu raison.
Il ne faut pas chercher à avoir l'amour, il faut être amour. S'écouter et
écouter l'autre, se rendre compte qu'il existe et exister. Etre amour, c'est
bien plus difficile, cela demande une conscience aigüe de ses limites et de
celles du mec qui partage notre vie (je ne dis pas "de son mec", bannissons
l'adjectif possessif). Etre amour, c'est vivre normalement, sans soubresaut
excessif, c'est écouter, interroger, sourire.
Tout cela est vague, je vais donner un exemple. Votre mec (purée, ces adjectifs
possessifs..., appelons-le Arthur) n'est pas un bibelot. Le soir, quand vous
lui téléphonez, si vous avez eu une sale journée, il doit le sentir, ce n'est
pas interdit. Ne vous interdisez rien, ne vous contenez pas. Le pire, c'est se
forcer, par exemple, je ne savais pas dire autre chose à Arthur que "ça va, tu
as passé une bonne journée ?" ; c'en était rituel. J'effaçais ainsi deux
personnes d'un coup par cette simple phrase : moi, qui m'oubliais, et lui,
qui était forcé de répondre oui. Voilà comment le faux s'instille dans la
relation.
Quand on veut quelque chose, et bien fatalement, on va avoir peur de le perdre.
Alors on ménage, on chouchoute, on fait briller ; bref, on chosifie, on
met sur un piédestal, on oublie l'autre, paradoxalement, alors que c'est
exactement le contraire qui est recherché....
Je n'ai pas de recette à vous donner, d'ailleurs, je doute qu'elles existent.
Soyez attentifs à vous-mêmes, c'est paradoxalement la seule clef, celle qui
vous donnera accès à l'autre.
Bon vent !
"Mon âme, quand seras-tu persuadé que tu as tout en toi ?"
Marc Aurèle, pensées pour moi-même.
"Alors quoi ? Tu ne vas pas faire ton possible pour montrer que tout
le monde perd son temps à courir après le superflu et que beaucoup d'hommes ont
passé leur vie à rechercher les moyens de vivre ? ... Tu me demandes quel
mal il y a ? Un mal infini : ils ne vivent pas, ils attendent de
vivre. Ils remettent tout à plus tard. Même si nous faisons attention, la vie
aurait toujours sur nous une longueur d'avance. Mais, comme nous nous
attardons, elle passe comme si elle n'était pas à nous et, si le jour dernier
l'achève, elle meurt un peu chaque jour."
Sénèque, lettres à Lucilius, Apprendre à vivre, lettre LII.
samedi 19 avril 2008
des goûts et des couleurs
Par Jérôme le samedi 19 avril 2008, 20:52 - stardust memories
Rimbaud, dans Voyelles, s'était amusé à associer sensations, couleurs et lettres, et force est de constater qu'il avait vu juste, le bougre. Les sentiments, les souvenirs, se teintent, avec le temps, d'une nuance, d'une ligne directrice plus ou moins monochrome. L'idée de ce blog permet parfois de poser des mots sur les choses, et d'illustrer quelques idées qui partiraient au gré des vents sans être jamais fixées. Donner une couleur à ses ex, quelle drôle d'idée. Et pourtant, avec le temps, ce sont des couleurs qui reviennent. Moi, j'ai eu l'ex vert, l'ex rouge et l'ex bleu. Le vert, le premier amour, où tout était improvisé, ou chacun découvrait une nouvelle vie, de nouvelles identités, de nouvelles sensations. Avec l'ex vert, les choses étaient neuves, les visites, les bars, les boîtes, les sorties, les amis. L'ex vert, comme un fruit à peine éclos, était un peu acide, était pétri de fougue et de jeunesse, se cherchait autant qu'il me cherchait. L'ex vert a fini par mûrir, et s'en est allé, un jour. Je sais qu'il va bien. Quelques années plus tard, après désillusions, faux espoirs, enthousiasmes débridés, soirées arrosées, arriva l'ex rouge, rencontré dans un bordel. L'ex rouge, était un sanguin, un vif, un vrai lion (c'était d'ailleurs son signe astrologique). L'ex rouge, il était forcément gay ou triste, hésitant ou sûr de lui, il ne connaissait pas la nuance. Il était empreint de sauvagerie et d'animalité. L'ex rouge, c'est le mec parfait avant trente ans, il est blindé d'énergie, de désirs, d'envies de tous ordres ; il est reparti un jour, sans regarder en arrière, et son énergie souffle encore. Et puis il y a l'ex bleu. La couleur des sages, des calmes, des tranquilles. L'ex bleu n'élève pas la voix, il attend, écoute, pense sans doute beaucoup mais laisse venir. L'ex bleu est forcément plus mature, il en a vu autant que vous, il est à la frange entre l'espoir, forcément l'espoir, et la désillusion. L'ex bleu lit beaucoup, s'informe, partage, enrichit autant qu'il s'enrichit. Lui aussi, s'en est allé, et doit décorer d'autres vies, calmement, à son habitude... Vert, rouge, bleu, quelques couleurs qui ont coloré une vie, et qui, avec le temps, dessinent une bien jolie fresque.