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mercredi 22 octobre 2008

Les coeurs pétrifiés

Une question me taraude depuis quelques jours ; j'avais prévu de vous parler de la timidité et du physique, du dire "je t'aime", de l'infidélité, et aussi de raconter quelques anecdotes rigolotes, mais ce sera pour une autre fois, parce qu'une conjonction de conversations, de lectures et sans doute aussi mon propre petit état de petit moi, soulèvent quelques nouvelles interrogations ... Nous savons, c'est une évidence, que selon les âges, nous n'avons pas les mêmes attentes amoureuses : on n'aime pas à vingt ans comme à trente ou à quarante, voire plus. Un petit minet de 20 ans et tout gentil tout plein, attend des valises de "je t'aime" par jour, fait des cadeaux (et en attend), vers les quarante, c'est un peu différent : deux chiens, qui se reniflent, se jaugent, se sourient et sont heureux ensemble, mais qui n'hésitent pas à mordre le cas échéant...
Sans doute les années, la vie, une certaine maturité transforment nos attentes amoureuses. Difficile de généraliser, ce sont des constats que nous serons tous amenés à faire, et pour cause, des années de plus, nous en connaissons au moins une fois par an... J'entendais Benoîte Groult un soir, qui expliquait à quel point elle était contente d'être vieille et physiquement diminuée car depuis, elle n'avait plus à se préoccuper de l'amour, qui, selon elle, restait une histoire de jeunes et traduisaient des troubles, des questionnements, des errements qu'elle pense avoir résolus avec la sagesse et l'apaisement que confère la vieillesse. Certains moines tibétains, mais aussi de nombreux chrétiens, expliquent savamment que l'arrêt du plaisir charnel, la fin des questionnements sentimentaux, sont des buts à atteindre, et qu'avant cela, il faut expérimenter, errer, s'user un peu, se faire les dents. Une de mes copines, en couple avec une fille depuis dix ans, m'explique qu'à 60 ans passés, finalement, ce sont ses amis qui auront plus compté...
Après une déconvenue sentimentale, après la colère, le chagrin, la tristesse, la baise tout azimut, arrive ce que j'appelle le "coeur pétrifié", un peu comme si notre corps coupait toute envie d'amour, comme si, après un essai atomique, il fallait laisser le jardin reprendre tranquillement son souffle, il fallait laisser la terre le temps de se regénérer avant de cultiver à nouveau. Je choisis l'image atomique, parce que parfois, cette régénération est très longue ; et plus on vieillit, plus elle est longue (l'attente). Alors, comme on le disait avec un ami, on vit, on mange, on boit, on travaille, on baise, mais notre corps est comme mort, comme si tous les élans d'affection étaient orientés on ne sait où. C'est une période sans doute un peu angoissante, indiquant vraisemblablement qu'avant de nous occuper d'un autre, il faut certainement s'occuper de soi. La grande question est : combien de temps cela va durer ? Passés les trente ans, on est plus pépère, plus tranquille, on sort moins, on se replie peut-être plus facilement. Il me plaît de penser que tout cela tient peu de temps, une année tout au plus, et que c'est une réaction normale. On rencontre des mecs, mais ils nous plaisent sans plus, et comme on a pris un peu d'expérience, on se dit qu'on ne va peut-être pas essayer, ainsi va la vie... Parfois, il arrive, en boîte, au bordel, de voir tous ces types sans doute très beau et très bien (nous le sommes tous, je crois, même mes ex...) mais ils ne nous attirent pas. Le courant est coupé. Alors, on fait comme ils disent dans les bouquins, on se bouge le derrière, mais c'est peine perdu. Un de mes ex, qui a mon âge, me disait : "je n'ai plus envie de me mettre avec quelqu'un "pour essayer"" ; l'image est vraie, plus jeunes, comme on a moins d'expériences, on est sans doute moins frileux, moins difficile, et ensuite, on a, je pense, un peu peur. Personnellement, j'avoue que j'ai un peu de mal à me dire : je vais retenter le couple, mais bon, je me ferai encore plaquer dans trois ans, et avec le temps, se faire plaquer, c'est un tantinet lassant, je ne suis pas sûr qu'on s'en remette sans une certaine sagesse, voire une certaine ironie de soi, qui n'arrive qu'avec l'âge et les expériences...
Eh oui, le prince charmant n'existe pas, mais les mecs bien sont là, seulement, parfois dans la vie, on n'a pas besoin d'un mec bien, notre coeur hiberne, il n'en désire pas. Alors on attend, parce qu'on aime ça quand même : attendre le coup de fil, recevoir un mail, de promener le soir au bord de la Seine, dire des conneries très classes sur les mecs et s'engueuler avant de se réconcilier... Il faut juste s'amollir un peu, et ne pas craindre la douleur, qui, d'ailleurs, parfois n'arrive jamais !

Bon vent !

"Il existe peu de choses auxquelles les êtres humains s'acharnent davantage qu'au malheur. Si nous avions été mis sur la terre par un créateur malveillant dans le but exclusif de souffrir, nous aurions de bonnes raisons de nous féliciter de notre enthousiasme à entreprendre cette tâche. Les raisons d'être inconsolable abondent : la fragilité de notre corps, l'inconstance de l'amour, le manque de sincérité de la vie sociale, les compromis de l'amitié, l'effet anesthésiant de l'habitude. Face à des maux si persistants, nous pourrions tout naturellement nous attendre à ce qu'aucun événement ne soit attendu avec plus d'impatience que notre propre extinction."
Alain de Botton. Comment Proust peut changer votre vie. 10/18.

samedi 23 août 2008

Les hommes, les champignons et moi

Quand j'étais petit, mon Papa m'emmenait aux champignons dans la forêt d'Argonne. Je détestais cela, d'une part, parce qu'en Argonne, il pleut tout le temps, il y avait aussi de grosses limaces rouges (les plus grosses limaces rouges que j'ai vues de toute ma vie, d'ailleurs), et surtout, je ne voyais pas la queue d'un champignon, ou alors, quand j'en trouvais, c'était des gros moches et pas bons, ou alors des tout pourris desséchés qui poussent sur les arbres, voire des dangereux pour la santé, et même des mortels...
Lui, il ramenait plein de pieds de mouton, des trompettes de la mort et des girolles, c'était vraiment énervant : alors, il me disait, pour me consoler : "c'est le métier qui rentre, tu verras, tu finiras par les voir, toi aussi." Bon, il est mort un jour, et je ne suis plus jamais retourné aux champignons...
Ce qui est vrai pour ces aimables végétaux eucaryotes sporophores l'est aussi pour l'homo sapiens sapiens sexualensis... Je discutais avec un de mes (comment dit-on ?...)"contacts" il y a quelques jours et il me disait : "quand tu cherches, le mec le sent, et il fuit, parce que ça effraie..."
Je ne me souviens pas trop comment mon Père trouvait ses champignons, mais je me souviens qu'il ne les cherchait jamais, justement : c'est vrai. Il se baladait, il regardait les oiseaux, il regardait le ciel, les arbres, trouvait des tas de trucs bien pourris comme on en trouve dans les forêts humides (des lichens, des écorces pleines de vers, des cailloux aux formes rigolotes), et puis, pouf ! de temps en temps, un champignon comestible, il le ramassait, et pensait à autre chose. A la fin de la journée, il y avait cinq omelettes...
Tout cela me rappelle aussi une histoire que racontait Edmund Hillary (le néo-zélandais qui a grimpé sur l'Everest pour la première fois) : il était au Népal et cherchait des sherpas. Il en déniche deux biens, musclés, solides, de rudes gaillards. Ceux-là lui proposent de l'accompagner sur quelque montagne, histoire de l'entraîner avant de faire le grand bon en avant : ils partent donc à l'aventure ; les sherpas avec de simples sandales, Hillary avec un solide harnachement d'alpiniste, des masques à oxygène et tout le toutim... Ils grimpent, grimpent, les sherpas gardent le sourire, tandis qu'Hillary suffoque. Ils arrivent finalement au sommet de la petite montagne ; notre brave Edmund est tout interloqué, limite colère : "m'enfin, c'est injuste, vous êtes affublé comme des véliplanchistes et vous n'êtes pas épuisés, moi, je suis bien équipé et je crache mes poumons !". Les braves sherpas, un tantinet bouddhistes sur les bords, lui répondent, goguenards : "Pendant que nous montions, toi, tu ne pensais qu'au sommet, nous, au chemin : nous avons regardé le ciel, les nuages, les roches, la neige, les rivières, bref, nous avons profité du parcours, et toi, tu n'as rien vu..." C'est bon, non ?
Les champignons et l'Everest me permettent de rebondir sur l'interrogation de mon "contact" : oui, c'est vrai, si tu cherches, tu vas tomber sur des machins bien pourris, des types tristes, des qui cherchent aussi, souvent des cas (j'en ai une belle collection à mon actif, mais ayant moi-même beaucoup cherché, je suppose que je dois traîner cette même réputation de boulet chez nombre de garçons sensibles...). Ces aventures nous sont arrivées à tous : on est au bar, en boîte, au bordel, et le premier mec qui se jette sur nous, c'est un aigle qui fond sur sa proie, la langue pendante et le regard hormonalement suggestif, avec un peu de malchance, en prime, il est totalement bourré. C'est normal, il est à l'affut : il fait partie des chasseurs, qui attendent et dévorent...
Je n'aime pas les chasseurs, ils tuent des bestioles innocentes, ils attendent, tapis dans leur abri, ils appâtent, ils jouent faux, ils se lèvent le matin pour tuer. Je préfère le mec qui va aux champignons ; il part en balade, ramasse éventuellement quelques spécimens s'il en trouve ou rentre chez lui le panier vide, conscient d'avoir passé un bon moment, malgré tout...

"Un âne, pour le moins, instruit par la nature,
A l'instinct qui le guide obéit sans murmure ;
ne va point follement de sa bizarre voix
Défier aux chansons les oiseaux dans les bois :
Sans avoir la raison, il marche sur sa route."
Boileau, Satires : à Monsieur Morel, Docteur en Sorbonne

Parfois, il nous faudrait être des ânes, surtout en amour...
Bon vent !

Je reprends le micro parce que Tony Duvert est mort. Il n'était pas très connu mais c'était un époustouflant écrivain, très gênant sans doute. Je ne connais que le Journal d'un Innocent : une bouffée bien anachronique aujourd'hui, le droit des adolescents à jouir de leur corps comme bon leur semble, très dérangeant, très incorrect, daté, et à n'en pas douter, totalement mis à l'index aujourd'hui. Duvert, c'est cette période des années 70 où tout semblait possible, même les pires âneries, mais lui, il les décrivait avec un talent et une sensibilité on ne peut plus respectables. Je vous conseille de lire pour vous faire une idée, c'est une langue belle, datée, et ça nous change des délires narcissiques de cette banane de Christine Angot ou des outrages de ce crétin de Houellebecq (dont il est le précurseur, mais ces ânes-là l'ignorent sans doute).

Tony Duvert

mercredi 6 août 2008

Les Nouveaux Romantiques (Merci Karen !)

Bon, cinq points de moins sur votre brevet de pédale si vous n'avez pas saisi la référence...
Dans les petites annonces, ou même lors du premier rendez-vous, on affirme, souvent : "je suis assez romantique", ou, au contraire : "non, moi, les mecs romantiques, ça me gave."
Quelle image avons-nous du mec romantique ? Passionnément amoureux, épris de sensations fortes, plaçant le sexe dans son acception la plus sentimentale qui soit : le romantique ne baise pas, il fait l'amour. Le romantique, on se moque souvent de lui, ou au contraire, on l'envie. Romantique, nous ne sommes un peu tous, en début de relation, mais nous ne pouvons pas le demeurer longtemps, il s'agit d'une conception littéraire somme toute assez récente, qui n'a pas grand chose à voir avec le couple et sa pérennité... Explications.
Le romantisme remonte au XIXème siècle, et il nous vient d'Allemagne (le jeune Werther, à lire !) : l'amour absolu, l'étreinte, la passion, le corps, le détachement des choses communes pour accéder au paradis avec l'autre, notre moitié, à une forme d'amour proche de l'absolu, quasiment divin. Ophélie, chez Shakespeare, Werther, Adolphe chez Benjamin Constant, sont des héros romantiques. Ils sont jeunes, ils souffrent (le romantique doit souffrir pour accéder à l'absolu), et ne tardent guère à mourir.
Il y a en effet du chrétien dans le romantique, et ce n'est pas un hasard si des Vigny, des Chateaubriand ou des Lamartine ("ô temps, suspends ton vol"), ces auteurs chrétiens, sont aussi rangés parmi les romantiques.
La meilleure définition du romantique nous vient à mon avis de Madame de Staël (De la Littérature, II, 5) qui nous parle de "L'Incomplet de la Destinée" :

"Ce que l'homme a fait de plus grand, il le doit au sentiment douloureux de l'incomplet de sa destinée. Les esprits médiocres sont, en général, assez satisfaits de la vie commune ; ils arrondissent, pour ainsi dire, leur existence, et suppléent à ce qui peut leur manquer encore par les illusions de la vanité ; mais le sublime de l'esprit, des sentiments et des actions, doit son essor au besoin d'échapper aux bornes qui circonscrivent l'imagination."

Tout est dit dans cette simple phrase : le romantique ne peut se contenter de terre à terre, de quotidien ; selon lui, l'homme ne saurait créer que dans le sublime, au-delà du quotidien, sans quoi, sa vie serait vouée à demeurer morne et médiocre...
On devrait faire un procès à la de Staël, à cause d'elle, des tas de pédales pleines de bonnes intentions passent à côté de l'amour. Nous baignons, que nous le voulions ou non, dans ce magma culturel qui veut que l'histoire d'amour soit forcément sublime, presque divine, pratiquement détachée des choses terrestres. Alors, conformément à ce modèle, nous sommes démunis face à des choses très quotidiennes comme la lassitude, la routine, les habitudes, en gros, le "médiocre" aux yeux des romantiques...
N'oubliez pas : le héros romantique ne survit jamais dans la littérature, il est constamment insatisfait, et passe en général à côté de son destin. Je me demande si nous, surtout nous les pédés, nous n'avons pas dans nos gênes et notre éducation un conditionnement qui fausserait quelque peu notre image du couple... Bon, surtout surtout, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, je ne généralise pas, mais chez beaucoup de jeunes, et de moins jeunes, on se paralyse un peu rapidement au nom d'une idée de l'amour qui n'est finalement qu'un petit délire littéraire...
Je laisse la parole à Chateaubriand, qui conclura mieux que moi (Les Martyrs, Génie du christianisme) :

"Cymodocée commençait à sentir une vivre frayeur, qu'elle n'osait toutefois laisser paraître. Son étonnement n'eut plus de bornes lorsqu'elle vit son guide s'incliner devant un esclave délaissé qu'ils trouvèrent au bord d'un chemin, l'appeler son frère, et lui donner son manteau pour couvrir sa nudité.
-Etranger, dit la fille de Démodocus, tu as cru sans doute que ce esclave était quelque dieu caché sous la figure d'un mendiant, pour éprouver le coeur des mortels ?
-Non, répondit Eudore, j'ai cru que c'était un homme.''"


Soyons tous des Eudore dans nos rencontres... ! Bon vent !

samedi 26 juillet 2008

Cette délicate question du pourquoi...

Nous exploitons des ressources infinies afin d'alimenter ce blog et d'en faire quelque chose de constructif : d'abord, quand même, nos expériences, qui sont, vous vous en doutez, incroyablement exemplaires et dignes du plus haut intérêt, que ce soit en matière de rencontres, de râteaux, de plantages, de coups de foudre, de "tu crois que je le rappelle ou j'attends encore", de "merde, mon ex, attends, j'ai pas envie de le voir...", de "purée, il me saoule celui-là avec son numéro masqué...".... En bref, une expérience de pédale parisienne lambda, ni encore trop névrosée, ni plus assez, normale en somme...
A cette flamboyance existentielle s'ajoute, en tous les cas de mon côté, une littérature remarquablement abondante, très à la mode chez les hétéros, et adorablement Bridget Jones dans l'âme. Vous savez, ces livres qu'on feuillette du bout des lèvres (quoi ? j'aime bien l'image...) dans le rayon psy des supermarchés et des FNAC, avec des couvertures roses et bleues qui parlent de Mars et de Vénus. Il existe en effet une tripotée de bouquins sur le sujet amoureux, sur la rencontre, sur comment garder un couple, sur le est-ce que ça va marcher ? Et moi, je suis fan, une véritable encyclopédie...
Enfin, pour éclairer nos lanternes, je dispose aussi d'une abondante discographie qui en général fait honte à la plupart des mecs qui ont le remarquable courage de tomber amoureux de moi. Il s'agit d'un ensemble exhaustif de chansons d'amour kitsch à souhait ; elles ont remarquablement su cerner le sujet amoureux et peuvent être d'un très grand secours en période de disette morale et affective (oui, personnellement, j'ai une relative difficulté à accepter l'état de célibataire, que je considère somme toute anormal et fondamentalement transitoire...). Donc, quand vraiment ça ne va pas, il y a Michelle, Sylvie, Yolanda, Lynda et les autres.
Un exemple, maybe... ? Essayez ces paroles remarquables :

''J'ai un problème je sens bien que je t'aime
Oh, j'ai un problème c'est que je t'aime aussi
Ces mots-là restent toujours les mêmes
C'est nous qui changeons le jour où on les dit.''

Je vous laisse cinq minutes pour savoir qui c'est... Trouvé ? J'espère... Et bien moi, vous peut-être, ces paroles, elles me parlent, parce qu'elles sont criantes de vérité. Les chansons des années 70 parlent d'amour de manière un peu candide, mais parfois, on a l'impression qu'elles ont été écrites juste pour nous, surtout quand on vient de se faire plaquer. Ecoutez juste un peu de Michel Delpech après une rupture, effet larmoyant garanti... J'organise des stages si vous voulez :-D.
Tout cela me donne une autre idée de post, ce sera après les vacances...

Revenons à nos moutons, il y a un bouquin qui me turlupine en ce moment...

Souvent, dans la littérature psy du couple en déroute, parfois bien construite, parfois un peu placebo quand même, on cherche des moyens de se rassurer, ce qui est légitime, on cherche aussi ce qui peut clocher, le cas échéant (bien que je sois persuadé que la question ne se pose pas ainsi : un être humain ne "cloche" pas, il est...), soit chez nous, soit dans notre couple, soit dans le mec qui partage notre vie... Je suis donc en train de lire un truc qui me pose question : Comment guérir du mal d'amour, de Patricia Delahaie, aux éditions Leduc.
Bon, ça s'adresse à des hétéros, avec des problématiques hétéros, et je ne vais pas en faire un résumé, il y a des trucs remarquables, notamment sur l'acceptation de soi et l'exorcisme de son ex, je suis fan et on va en reparler un jour....

Il y a cependant un détail qui me chiffonne...

Dans son bouquin, Pat (appelons-la Pat, si vous le voulez bien), trouve toujours une cause à la rupture. Une vraie cause, un événement perturbateur qui vient tout de go annoncer que la belle histoire d'amour doit s'achever, parce qu'il doit en être ainsi, ainsi soit-il... Exemples donnés par Pat : le mec trompait Suzette, Suzette dépensait trop de sous, Robert ne voulait pas d'enfants, Martin voulait vivre au Pérou et Josette préférait Vierzon, Pascal a rencontré une stagiaire qu'il a subrepticement eu envie de sauter en oubliant sa femme, son chien, son bébé, les traites de son appart... Bref, Pat, elle est claire : une rupture, c'est à cause d'un truc bien précis qui vient foutre sa merde...
Déjà, ça me gêne parce que je pense qu'il y a quand même une histoire de poule et d'oeuf là-dedans. Si événement perturbateur unique (ce qui n'est pas gagné) il y a, il peut n'être qu'une conséquence d'autre chose. Par exemple, si Josette préfère Vierzon, elle a ses raisons et elle n'a sans doute jamais osé en parler à Martin, ce qui, à la longue, occasionna des troubles qui se révèlèrent au moment fatidique où il fallut en parler, de Vierzon....
De même, si Machin trompe Machine, c'est parce qu'à la base, Machine, gna gna gna gna gna... Et donc, Machin, il s'est senti gna gna gna, du coup, il s'est laissé aller à tac tac tac....

Pat, cette idée des causes aux causes qui ont déclenché des causes, elle n'en parle pas. Elle évoque l'événement déclencheur absolu, le bouton atomique, la fin des haricots, bref, prenez l'image que vous souhaitez, mais en gros, pour Pat, dans une rupture, il y a un gentil et un méchant...
(En général, le méchant est le plaqueur, le gentil est le plaqué).

Moi, même si elle m'arrange cette idée (c'est que voyez-vous, je fus surtout plaqué), je la trouve quand même un rien culpabilisante (pour les deux ; comme quoi, je ne suis pas toujours de mauvaise foi...).

Je me demande si un couple, en théorie, après quelques années, n'est pas à peu près capable de surmonter n'importe quoi pourvu qu'il sache comment s'y prendre ?
(m'énerve ce point d'interrogation tout seul...)


Je parle bien de couple, pas des deux mecs différenciés qui forment un machin institutionnel qu'ils pensent être un couple parce qu'ils ont vu le même modèle dans Desperate Housewife.
Le couple est un dans mon esprit, et c'est cette unité qui gère les (in)fidélités, les problèmes de boulot, de fric, de lassitude...
Parfois, quand ça casse, et ce n'est ni de la faute à l'un, ni de la faute à l'autre, c'est qu'un des deux, ou les deux, ne sait pas gérer, ne sait pas comment faire. On n'a pas la clef : on ne sait pas comment redonner de la vie dans la routine, il ne sait pas comment expliquer que parfois il a envie de coucher ailleurs, il y a des craintes, des non dits, qui, à long terme, d'inoffensifs, deviennent redoutables.
Parfois, les problèmes qu'un couple doit surmonter le dépassent, tout simplement : la routine, principalement...

L'idée que la rupture, ce serait "à cause de ceci ou de cela", elle implique que l'un des deux mecs n'aurait pas été à la hauteur par rapport à l'autre, ce qui, d'emblée, établit une hiérarchie entre les deux mecs, ce qui est forcément mauvais. En général, le mec qui veut partir (sauf cas pathologiques : violences, domination malsaine, contamination, je ne sais pas) est bien embêté, parce qu'il ne sait pas comment faire autrement...
Il ne sait pas, et l'autre est tout aussi démuni. Quand un mec nous quitte, ou même quand on quitte un mec, il y a une petite part de remise en question (parfois une très grosse d'ailleurs), mais elle n'a pas de sens. On n'a pas tant changé que ça au cours de la relation, c'est la relation qui ne convient plus, c'est Le Couple qui ne sait plus ce qui ne convient plus, il n'y a pas de fautes....

Je dis ça pour rassurer un peu les lecteurs qui seraient en train de vivre une rupture, ou qui ont du mal pour s'en remettre. Il n'y a pas de raisons à chercher... C'est très humain de chercher des raisons, mais c'est caricatural. C'est un peu comme si vous disiez : je suis perdu en forêt parce que je ne sais pas lire un plan, donc je suis perdu en forêt parce que je suis une gourde et je ne saurai plus jamais comment me promener en forêt...
Non ! En fait, vous êtes perdu en forêt parce qu'il commence à faire nuit, qu'avec le temps, vous vous y emmerdez copieusement dans cette forêt-là, alors qu'au début, vous trouviez ça génial, c'est aussi parce que vous n'êtes pas (plus ?) familiarisé avec ce milieu, parce que certaines parties ne sont pas sur votre plan, parce que finalement, vous préféreriez marcher au bord de la plage, parce que vous n'avez pas encore bien appris à vous servir d'une boussole, parce qu'il y a des nuages qui obscurcissent le ciel... Il y a plein de raisons, et vous n'en maîtrisez qu'une infime partie.
Si vous êtes en train de rompre, j'espère que ce billet vous aura mis un peu de baume au coeur... Sachez que le temps arrange tout. Nous en reparlerons, et je vous résumerai quand même le livre de Pat, parce qu'il y a de bonnes choses !
Bon vent!

Mal d'amour

mercredi 23 juillet 2008

Etre et avoir...

Il existe une formule qu'on entend très couramment, que ce soit chez les hétéros comme chez les pédales : "je veux un mec". Accompagné parfois de ses variantes : je cherche l'amour, j'ai un mec, j'attends un mec, il me faut un mec.

J'ai, je veux, il me faut...

C'est sans doute là, dès l'origine, que le bât blesse. En effet, et c'est peut-être un des stigmates de notre époque, il semble qu'aujourd'hui, nous existions par ce que nous avons : on collectionne, on entasse, on empile ; des livres, des objets, des références culturelles, et des histoires d'amour aussi. Regardez notre président de la République : un magnifique spécimen de petit garçon qui veut, qui trépigne, qui désire, qui jouit de posséder. Il n'est que l'émanation sinistre de nos moeurs où l'avoir supplante l'être...
J'ai longtemps désiré avoir un mec et l'un d'entre eux me l'a reproché un jour. "Je ne suis pas ta chose...", m'avait-il dit. Que voulait-il signifier ? Nous entretenions apparemment une relation tranquille, claire, et où chacun semblait pouvoir s'exprimer sereinement, mais il se sentait malgré tout chosifié.
Tout cela m'a longuement interrogé. Je l'aimais, me semblait-il, l'écoutais, pensais à lui, lui téléphonais, on se voyait régulièrement. Alors ? Pourquoi "chosifié"... ? Quand on s'est séparé, je lui ai demandé là où j'avais failli, et il m'a redit : "je ne suis pas ta chose, tu n'as pas failli"
Effectivement : si vous utilisez mal un ordinateur, une voiture, une équerre à vapeur, un fer à repasser, il tombe en panne et vous "lâche" (on dit parfois aussi d'un mec qu'il nous a lâché, intéressant...) ; mais un mec ?? Ce n'est pas un objet, il ne se casse pas (se casser, comme une chose, encore) parce qu'on l'utilise mal, il est. Et vous, vous êtes. Point barre...

Avec le recul, j'ai compris ce qu'il voulait dire, ça m'a pris du temps : étant au centre de mes préoccupations, étant le coeur de mes attentions, étant l'objet de tous mes désirs, j'avais fini par oublier qui il était vraiment. Qu'il était lui aussi un garçon avec ses angoisses, ses envies, ses joies, ses troubles, ses peines, ses désirs. Etant à l'affût du moindre stigmate amoureux, du premier soupçon de je t'aime, j'en oubliais de le lui dire, et de faire attention à lui.
Ce n'était pas le garçon avec lequel je vivais, c'était MON mec, c'est-à-dire une sorte de tamagotchi rigolo et bien monté avec lequel j'allais au cinéma. Il est parti, il a eu raison.
Il ne faut pas chercher à avoir l'amour, il faut être amour. S'écouter et écouter l'autre, se rendre compte qu'il existe et exister. Etre amour, c'est bien plus difficile, cela demande une conscience aigüe de ses limites et de celles du mec qui partage notre vie (je ne dis pas "de son mec", bannissons l'adjectif possessif). Etre amour, c'est vivre normalement, sans soubresaut excessif, c'est écouter, interroger, sourire.
Tout cela est vague, je vais donner un exemple. Votre mec (purée, ces adjectifs possessifs..., appelons-le Arthur) n'est pas un bibelot. Le soir, quand vous lui téléphonez, si vous avez eu une sale journée, il doit le sentir, ce n'est pas interdit. Ne vous interdisez rien, ne vous contenez pas. Le pire, c'est se forcer, par exemple, je ne savais pas dire autre chose à Arthur que "ça va, tu as passé une bonne journée ?" ; c'en était rituel. J'effaçais ainsi deux personnes d'un coup par cette simple phrase : moi, qui m'oubliais, et lui, qui était forcé de répondre oui. Voilà comment le faux s'instille dans la relation.

Quand on veut quelque chose, et bien fatalement, on va avoir peur de le perdre. Alors on ménage, on chouchoute, on fait briller ; bref, on chosifie, on met sur un piédestal, on oublie l'autre, paradoxalement, alors que c'est exactement le contraire qui est recherché....
Je n'ai pas de recette à vous donner, d'ailleurs, je doute qu'elles existent. Soyez attentifs à vous-mêmes, c'est paradoxalement la seule clef, celle qui vous donnera accès à l'autre.

Bon vent !

"Mon âme, quand seras-tu persuadé que tu as tout en toi ?"
Marc Aurèle, pensées pour moi-même.

"Alors quoi ? Tu ne vas pas faire ton possible pour montrer que tout le monde perd son temps à courir après le superflu et que beaucoup d'hommes ont passé leur vie à rechercher les moyens de vivre ? ... Tu me demandes quel mal il y a ? Un mal infini : ils ne vivent pas, ils attendent de vivre. Ils remettent tout à plus tard. Même si nous faisons attention, la vie aurait toujours sur nous une longueur d'avance. Mais, comme nous nous attardons, elle passe comme si elle n'était pas à nous et, si le jour dernier l'achève, elle meurt un peu chaque jour."
Sénèque, lettres à Lucilius, Apprendre à vivre, lettre LII.

samedi 19 avril 2008

des goûts et des couleurs

Rimbaud, dans Voyelles, s'était amusé à associer sensations, couleurs et lettres, et force est de constater qu'il avait vu juste, le bougre. Les sentiments, les souvenirs, se teintent, avec le temps, d'une nuance, d'une ligne directrice plus ou moins monochrome. L'idée de ce blog permet parfois de poser des mots sur les choses, et d'illustrer quelques idées qui partiraient au gré des vents sans être jamais fixées. Donner une couleur à ses ex, quelle drôle d'idée. Et pourtant, avec le temps, ce sont des couleurs qui reviennent. Moi, j'ai eu l'ex vert, l'ex rouge et l'ex bleu. Le vert, le premier amour, où tout était improvisé, ou chacun découvrait une nouvelle vie, de nouvelles identités, de nouvelles sensations. Avec l'ex vert, les choses étaient neuves, les visites, les bars, les boîtes, les sorties, les amis. L'ex vert, comme un fruit à peine éclos, était un peu acide, était pétri de fougue et de jeunesse, se cherchait autant qu'il me cherchait. L'ex vert a fini par mûrir, et s'en est allé, un jour. Je sais qu'il va bien. Quelques années plus tard, après désillusions, faux espoirs, enthousiasmes débridés, soirées arrosées, arriva l'ex rouge, rencontré dans un bordel. L'ex rouge, était un sanguin, un vif, un vrai lion (c'était d'ailleurs son signe astrologique). L'ex rouge, il était forcément gay ou triste, hésitant ou sûr de lui, il ne connaissait pas la nuance. Il était empreint de sauvagerie et d'animalité. L'ex rouge, c'est le mec parfait avant trente ans, il est blindé d'énergie, de désirs, d'envies de tous ordres ; il est reparti un jour, sans regarder en arrière, et son énergie souffle encore. Et puis il y a l'ex bleu. La couleur des sages, des calmes, des tranquilles. L'ex bleu n'élève pas la voix, il attend, écoute, pense sans doute beaucoup mais laisse venir. L'ex bleu est forcément plus mature, il en a vu autant que vous, il est à la frange entre l'espoir, forcément l'espoir, et la désillusion. L'ex bleu lit beaucoup, s'informe, partage, enrichit autant qu'il s'enrichit. Lui aussi, s'en est allé, et doit décorer d'autres vies, calmement, à son habitude... Vert, rouge, bleu, quelques couleurs qui ont coloré une vie, et qui, avec le temps, dessinent une bien jolie fresque.