I like it, me gusta eso, j'aime.
Par Jérôme le jeudi 4 mars 2010, 10:34 - love, etc. - Lien permanent
Facebook est à mon avis devenu, avec le 11 septembre, le bling bling,
l'Iphone, les tweets et Lady Gaga la marque angulaire de la première décennie
du XXIème siècle. Inutile de gloser, je suis inconditionnellement accroc à ce
machin : nombrilisme persistant, quête d'attention, réactivité, tout se
conjugue pour que ce nouveau cercle tribal me séduise autant qu'il effraie. En
fait, je ne sais pas vous, mais j'ai un mal considérable à ne pas passer un
moment sur mon profil, et de guetter les commentaires, et de partager, et de
raconter des âneries toutes les deux heures. Je me dis parfois que si ce truc
avait existé quand je préparais le bachot, je ne l'aurais jamais
décroché.
Du strict point de vue amoureux, c'est assez rigolo. Déjà, on retrouve ses
ex. Comme si le passage désormais obligé sur la toile normalisait les écueils
amoureux, comme si cette ultime incursion dans le quotidien achevait
paisiblement une histoire qui a priori ne regardait personne d'autre que les
deux impétrants. J'ai viré un ex il doit y avoir un an, parce que ça me
dérangeait de constater qu'il avait une vie largement pleine et épanouie tandis
que ma présence était réduite à sa portion congrue (narcisse, narcisse...). De
temps en temps, je constate qu'il est encore vivant et la tentation de le
réintégrer dans mon cercle se pointe, et puis non en fait, je ne sais pas,
c'est presque une manière de respecter le passé, maintenant qu'il est loin
derrière moi. Un de mes amis m'avait un jour dit : "Mais je n'ai même pas
envie de savoir s'il va bien ou mal, je m'en fous, et c'est plus sain."
L'autre truc, c'est le facebookage (ça fait "flicage" un peu) avant la
relation : genre on rencontre un mec. Autrefois, on échangeait un numéro
de fixe et basta, maintenant, putain, il faut être largement plus équipé :
msn, mail, portable, portail FB, tweet, cam, enfin la totale. En se
débrouillant bien, on connaît tout du mec avant d'avoir baiser avec lui :
quelques plans cams, ses copains, son boulot, ce qu'il écoute, tout ça
machin.
Bon, c'est ni bien ni mal, c'est ainsi. C'est finalement une nouvelle forme de
séduction et cela répond à une question lancinante dans la vie amoureuse :
"Mais que pense-t-il en réalité ?" On a toujours envie de savoir, c'est
ainsi : ce qu'il a dans le crâne, ce qu'il se dit. On a tous connu cette
expérience du truc difficile à sortir en Face to Face et qui passe comme une
lettre à la poste sur un statut ou sur MSN, genre "I'm in love" alors que
devant le mec, tout l'après-midi, on est resté à niaiser, en buvant un café
froid et en parlant d'Europe Ecologie... J'ai même connu un mec qui ne voulait
pas baiser en réel mais qui le soir, rentré chez lui, m'a proposé une
cam...
Facebook, objectivement, ne sert à rien, mais vu son succès, a un rôle social à
jouer. A mon avis, il est de deux ordres : le retour à la tribu, et le
recours à une boule de cristal techno et taxée d'efficacité. On cherche,
déniche, les goûts, les amis, les photos de l'être convoité. Ce qui me rassure,
c'est que malgré tout ce bordel, on n'est pas plus avancé sur la poursuite de
l'histoire, pour le coup bien réelle.
Bon vent !
"Je suis ce Hollandais Volant ; je ne peux m'arrêter d'errer (d'aimer)
en vertu d'une ancienne marque qui me voua, dans les temps reculés de mon
enfance profonde, au dieu Imaginaire, m'affligeant d'une compulsion de parole
qui m'entraîne à dire "Je t'aime", d'escale en escale, jusqu'à ce que quelque
autre recueille cette parole et me la retourne ; mais nul ne peut assumer
la réponse impossible, et l'errance continue."
Roland Barthes-Fragments d'un discours amoureux.
Commentaires
face book c'est plutôt ouais, c'est le coté pervers où t'as plus besoin de parler aux gens tout est là, un simple clic et tu as accès a tout et la plupart trouvent ça cool c'est sûr que c'est un gain de temps quoi.
Ca craint mais même en le sachant, t'y restes. C'est la facilité.