Valentin, aux chiottes !
Par Jérôme le samedi 13 février 2010, 14:01 - love, etc. - Lien permanent
Avertissement : Ceci est un billet de mauvaise foi...
Je vais un peu faire dans l'aigreur, après tout, rire de soi est paraît-il
la meilleure des thérapies.
Il me semble quand même que cette débauche indécente et royalement kitsch de
coeurs rose-bonbon, de petits mots doux égrainés au Monoprix, à la radio, dans
les journaux gratuits, en somme toute une vulgate officielle visant à rendre au
couple une image d'absolu incompressible est loin d'être anodine. Bizarrement,
des tas de publications mettent au jour un flamboyant paradoxe : Belinda
Cannone nous explique que le couple gay, qui inventa pendant près de trente ans
de nouvelles manières de s'aimer devient (un comble) plus normatif qu'un
hétéro. Pascal Bruckner, dans le paradoxe amoureux, essaie de nous éclairer sur
cette rupture apparente, dans notre monde occidental, entre le souhait que tout
un chacun énonce de se coller en couple et son envie de rester tout de même un
peu libre, sans compte à rendre. Enfin, mais elle je ne l'ai pas encore lue (le
seul fait qu'elle ait été critiquée par cette gourde de Cécile Duflot me la
rend toutefois sympathique), Elisabeth-respect-Badinter a apparemment publié un
brillant opuscule sur cette nouvelle névrose féminine : être mère, faire
des enfants, les allaiter, en somme, vivre conformément à des canons qu'on
pensait hors d'âge ou de propos. Chez ces trois auteurs, un constat : le
tiraillement entre une vie qui se délite de partout, professionnellement,
socialement, identitairement, plus généralement culturellement, et le refuge
dans des concepts communs jugés un peu promptement confortables : l'amour,
le couple, la vie tranquille.
Comme cette vie de couple fait également peur, on essaie de trouver des
compromis, et la lente quête de ces compromis entraîne parfois une sérieuse
procrastination, votre serviteur en témoigne.
J'aère, sinon, on va encore me dire que mes post ne sont pas Feng Shui...
La Saint Valentin résonne en moi comme un sévère rappel à l'ordre d'une chape
morale aux apparences doucereuses et inoffensives. Le couple serait donc le
terminus post quem à partir duquel toute vie épanouissante serait garantie. Je
vous l'ai dit, je fais dans l'aigreur... Comme si les mecs seuls faisaient
exprès d'être seuls, comme si on anéantissait leur vie, leurs quêtes, leurs
aspirations, leurs envies, leurs désirs partiellement comblés, leurs
hésitations, leurs interrogations, en somme ce qui les fait humains, pour les
substituer à un vague concept glorieusement marketing se résumant à "Sois en
couple, tu seras heureux..." On se croirait sous le Maccarthysme.
Air, air, air....
Le couple appartient à l'imaginaire : il est à mon humble avis difficile à
mettre en place parce qu'on se limite à la forme plus qu'au fond. La Saint
Valentin fait songer à ces pilules de bonheur qu'on avalait sur les dance floor
dans nos jeunes années et qui nous faisaient tenir 36 heures d'affilée dans la
joie et l'allégresse. Les gays se sont emparés de ce truc d'une manière limite
indécente, à force de copier ce que les hétéros ont fait de pire, on va
vraiment finir par paumer notre identité. Cette "fête" engendre un
monstre : Le Couple, ou plutôt une idée du couple rose-fuchsia hors duquel
aucune autre identité n'est pensée, réfléchie. Cette fête dénie le droit aux
autres d'être ce qu'ils sont, avec leurs imperfections et leurs malaises, qui
sont somme toute légitimes. Même avec mes ex, je trouvais que cette connerie
était indécente, ça me fait vraiment penser au Téléthon (Pierre Bergé, Love'u
!) : dans la rue se baladent les éclopés du célibat, les grosses, les
moches, les vieilles, les dépressives, les connes, les pauvres filles de tous
les genres, brandies devant les vitrines des restaurants où se goinfrent des
mecs en couples devant leur menu à 38 euros pour l'occasion et qui se gobergent
de ce qu'ils jugent promptement être du mal être.
Bon, en plus, le temps est pourri !
Bon vent !
"La libération des moeurs portait en elle une grande promesse : celle
d'un festin ouvert à tous. Mais notre carrière amoureuse commence aussi par
l'expérience de la rebuffade. L'émerveillement se paie d'une fin de non
recevoir : le regard commande d'impérieuses étreintes qu'aucun contact ne
confirme. Les grandes cités proclament : tout est possible. Alors,
pourquoi ne m'arrive-t-il rien, ou si peu ? Avant tout chagrin concret, le
sujet amoureux fait l'épreuve de son invisibilité."
Pascal Bruckner-Le paradoxe amoureux
Commentaires
Héhé, mauvaise foi ? Non, du tout ^^
Ton billet me fait étrangement réagir, partagé que je suis entre 2 sentiments contradictoires. D'un coté je suis d'accord avec toi : le coté surfait, commercial, formaté du truc me fait a priori fuir.
Mais cette année, une histoire naissante me fait presque regretter que la relation soit encore si embryonnaire pour ne pas profiter de ce prétexte du calendrier.
Se détacher des conventions suppose une certaine forme d'indépendance, de maturité du couple, et de recul. Qui sait, dans quelques années ?
Edit : Au chiottes la Saint Valentin...