Avertissement : Ceci est un billet de mauvaise foi...

Je vais un peu faire dans l'aigreur, après tout, rire de soi est paraît-il la meilleure des thérapies.
Il me semble quand même que cette débauche indécente et royalement kitsch de coeurs rose-bonbon, de petits mots doux égrainés au Monoprix, à la radio, dans les journaux gratuits, en somme toute une vulgate officielle visant à rendre au couple une image d'absolu incompressible est loin d'être anodine. Bizarrement, des tas de publications mettent au jour un flamboyant paradoxe : Belinda Cannone nous explique que le couple gay, qui inventa pendant près de trente ans de nouvelles manières de s'aimer devient (un comble) plus normatif qu'un hétéro. Pascal Bruckner, dans le paradoxe amoureux, essaie de nous éclairer sur cette rupture apparente, dans notre monde occidental, entre le souhait que tout un chacun énonce de se coller en couple et son envie de rester tout de même un peu libre, sans compte à rendre. Enfin, mais elle je ne l'ai pas encore lue (le seul fait qu'elle ait été critiquée par cette gourde de Cécile Duflot me la rend toutefois sympathique), Elisabeth-respect-Badinter a apparemment publié un brillant opuscule sur cette nouvelle névrose féminine : être mère, faire des enfants, les allaiter, en somme, vivre conformément à des canons qu'on pensait hors d'âge ou de propos. Chez ces trois auteurs, un constat : le tiraillement entre une vie qui se délite de partout, professionnellement, socialement, identitairement, plus généralement culturellement, et le refuge dans des concepts communs jugés un peu promptement confortables : l'amour, le couple, la vie tranquille.
Comme cette vie de couple fait également peur, on essaie de trouver des compromis, et la lente quête de ces compromis entraîne parfois une sérieuse procrastination, votre serviteur en témoigne.

J'aère, sinon, on va encore me dire que mes post ne sont pas Feng Shui...

La Saint Valentin résonne en moi comme un sévère rappel à l'ordre d'une chape morale aux apparences doucereuses et inoffensives. Le couple serait donc le terminus post quem à partir duquel toute vie épanouissante serait garantie. Je vous l'ai dit, je fais dans l'aigreur... Comme si les mecs seuls faisaient exprès d'être seuls, comme si on anéantissait leur vie, leurs quêtes, leurs aspirations, leurs envies, leurs désirs partiellement comblés, leurs hésitations, leurs interrogations, en somme ce qui les fait humains, pour les substituer à un vague concept glorieusement marketing se résumant à "Sois en couple, tu seras heureux..." On se croirait sous le Maccarthysme.

Air, air, air....

Le couple appartient à l'imaginaire : il est à mon humble avis difficile à mettre en place parce qu'on se limite à la forme plus qu'au fond. La Saint Valentin fait songer à ces pilules de bonheur qu'on avalait sur les dance floor dans nos jeunes années et qui nous faisaient tenir 36 heures d'affilée dans la joie et l'allégresse. Les gays se sont emparés de ce truc d'une manière limite indécente, à force de copier ce que les hétéros ont fait de pire, on va vraiment finir par paumer notre identité. Cette "fête" engendre un monstre : Le Couple, ou plutôt une idée du couple rose-fuchsia hors duquel aucune autre identité n'est pensée, réfléchie. Cette fête dénie le droit aux autres d'être ce qu'ils sont, avec leurs imperfections et leurs malaises, qui sont somme toute légitimes. Même avec mes ex, je trouvais que cette connerie était indécente, ça me fait vraiment penser au Téléthon (Pierre Bergé, Love'u !) : dans la rue se baladent les éclopés du célibat, les grosses, les moches, les vieilles, les dépressives, les connes, les pauvres filles de tous les genres, brandies devant les vitrines des restaurants où se goinfrent des mecs en couples devant leur menu à 38 euros pour l'occasion et qui se gobergent de ce qu'ils jugent promptement être du mal être.

Bon, en plus, le temps est pourri !

Bon vent !

"La libération des moeurs portait en elle une grande promesse : celle d'un festin ouvert à tous. Mais notre carrière amoureuse commence aussi par l'expérience de la rebuffade. L'émerveillement se paie d'une fin de non recevoir : le regard commande d'impérieuses étreintes qu'aucun contact ne confirme. Les grandes cités proclament : tout est possible. Alors, pourquoi ne m'arrive-t-il rien, ou si peu ? Avant tout chagrin concret, le sujet amoureux fait l'épreuve de son invisibilité."
Pascal Bruckner-Le paradoxe amoureux