Identité
Par Jérôme le mercredi 16 décembre 2009, 21:02 - love, etc. - Lien permanent
Qu'est-ce qui fait que nous soyons pédales ? Je veux dire :
aujourd'hui, en 2009, bientôt 10, dans un monde finissant où la banquise se
liquéfie, quelles sont les liens entre nous, quelles sont nos forces, nos
saveurs, nos couleurs, la petite chose en plus qui permet à ce Monde débile de
tourner un peu plus rond ? J'en suis convaincu, je l'ai déjà mainte fois
ressassé ici : être pédé est une chance inouïe, un miracle. Notre vie
n'est pas portée vers la procréation, l'accomplissement, mais autre chose...
C'est cet autre chose-là qui va nous arrêter.
Un couple de mecs, c'est un moment un peu bizarre à passer dans la vie :
il faut construire, mais sur des bases relativement inédites tout de
même ; certains mettent tout dans leur petit appart à deux, d'autres
vivent de manière plus indépendantes, d'autres enfin sont en couple sans
l'être, il y a du sentiment, mais sans enjeux démesurés, avec une petite
certitude qui gratte le fond de la cervelle et qui chuchote que rien ne dure
dans ce monde. Héraclite l'obscur, celui qui pensait que tout devait perdurer
en ce bas-monde, n'a pas vaincu. Notre vie change, se feuillette, s'emporte, et
nous changeons avec elle, emportant nos anciennes amours, nos relations
d'autrefois, les remisant dans les boîtes à souvenirs, parfois dans l'oubli.
S'estompent haines, peurs et rancoeurs, et un renouveau perpétuel se fait
jour ; nous agissons pour que la chose se déroule avec le moins
d'encombres possibles, certains savent s'y prendre mieux que d'autres, et c'est
ainsi.
L'identité, on le voit avec le débat actuel, impliquerait un vieux fond
maurassien : celui de la durée, de la pierre rugueuse qui graduellement se
recouvre de mousse. Que pouvons-nous faire durer lorsque nous sommes avec un
autre mec ? Une seule et unique chose à mon avis : l'humour. Le pédé
a de l'humour, il doit en avoir, et je déplore que nos associations et autres
sidacrates soient aussi amusants qu'un congrès de jansénistes lettons. Nous ne
rions plus, de rien. Or, la douce ironie, le clin d'oeil complice, le rire
ensemble émaillent nos esprits de quantités de souvenirs qui, avec le temps,
forgent un lien indéfectible, même si dans le même temps les sentiments
s'émoussent. Tous mes mecs avaient de l'humour, moi-même, je dois plaisanter
deux heures par jour. C'est le rire qui fit notre force, c'est le brocard qui
aura raison de nos normes, de nos familles parfois chiantes, de la coincitude
généralisée. L'identité gaie ne mourra pas tant que la mort n'aura pas refermé
à jamais nos sourires. Riez, vous aimerez.
Bon vent !
"Alors il paraît que vous êtes amie avec la duchesse d'Arcourt..., et même
très amie... On prétend partout que vous êtes très liées, c'est vrai ?"
Arletty, lassée, se tourna vers lui et lui jeta :
"Monsieur, je ne peux rien dire, je suis un gentleman !"
Jean-Claude Brialy-Le Ruisseau des Singes.
Commentaires
Ahhh, l'humour, toujours l'humooouurr...
A 100% d'accord avec toi... Seul l'humour nous permet de durer un peu.
Rire au nez des Nadines (Morano, Rotschild, Pingeot(ma coiffeuse qui est con comme une table)).
Bref, comme disait Chaplin, "Une journée sans rire est une journée perdue".