Ce qu'il reste.
Par Jérôme le lundi 2 novembre 2009, 12:43 - anti depressive delivery - Lien permanent
J'ai perdu mon passeport. C'est ennuyeux, je dois partir en Egypte dans
quatre mois, et il va falloir reprendre tout à zéro. En retournant mon
appartement dans à peu près tous les sens, j'ai retrouvé des vestiges
archéologiques. Des cartes postales, des photos, des petits mots écrits
rapidement un soir, un matin, quelques places de ciné, de concert, des entrées
d'expo, des cartes de voeux, c'était à l'époque du Franc ; tout un
assemblage finalement assez cohérent d'une vie passée aux côtés de mecs,
d'amis, de vieilles connaissances professionnelles et étudiantes qui ont
réintégré les placards de l'oubli.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça fait bizarre. Revoir des photos de
nous du temps de notre triomphe (quand je pense que je me trouvais moche à 21
ans, putain le canon de sa race, j'aurais dû plus en profiter...), revoir des
photos des quelques mecs qui comptèrent, là aussi, c'est un peu bizarre.
Certains ont disparu corps et biens de mon existence, d'autres laissent
quelques nouvelles épisodiques, je ne suis resté ami qu'avec un seul d'entre
tous, qui vit à 1200 km d'ici, ceci devant sans doute expliquer cela.
Les fiches, cartons, petits manuscrits sont des témoins, c'est d'un banal
affligeant de dire cela, mais les retrouver, c'est toujours très émouvant. Le
temps a lissé ces objets, les a patinés, a rendu émouvantes des petites
parcelles d'existence qui à l'époque étaient pour le moins de simples détails
anecdotiques (une place de ciné, une carte...). L'objet archéologique a
toujours eu une signification démesurée ; quand j'étais archéologue, on
avait appris à banaliser les éclats de silex, les tessons de poterie, les
ossements. On les trouvait, on mettait un numéro, on les dessinait si cela
valait la peine, on rédigeait un rapport et basta. De l'autre côté de la
barrière, autrement dit aux yeux du commun des mortels, l'objet du passé
devient pourtant mythifié, enjolivé, il se recouvre d'un enrobage pétri de bons
moments, de bienveillance et c'est finalement assez agréable de contempler tout
ceci, qui reste certes une vie parmi tant d'autres, et qui, pour cette raison
est aussi une des choses les plus précieuses qui soit.
Je crains qu'avec le numérique et les mails, nous ne soyons plus aussi
sensibles à ces souvenirs usés et vieillis par le temps ; toutes ces
petites choses qui s'empoussièrent et sombrent dans l'oubli n'ont certes guère
de sens, mais à la manière de petites chansonnettes ou de la table de 9
coincées quelque part dans notre mémoire, elles trouvent parfois l'occasion de
remonter à la surface, en nous soufflant aux oreilles que finalement, tout cela
ne fut vraiment pas si mal. Ne vivons pas dans notre passé, mais s'il s'offre
incidemment à nous, n'en ayons pas démesurément honte, il choisit ses moments,
respectons-les, chaque chose fait sens et ces quelques oeillades des années
d'avant doivent bien avoir encore quelques conseils à distiller ; je vous
laisse en juger...
Bon vent !
"Emblèmes nets, tableau parfait d'une fortune irrémédiable. Qui donne à
penser que le Diable fait toujours bien tout ce qu'il fait !."
Charles Baudelaire. L'Irrémédiable-Les Fleurs du Mal.
Je reprends le micro pour signaler que ce post est le centième, vous
êtes environ 600 à venir vous perdre ici. Thanks guies, and keep havin' fun
!
Commentaires
Le syndrome de la boite à souvenirs... imparable.
PS : HAPPY 100° !!
Ton chez toi est digne des pyramides d'Egypte !
J'aime cette douce blogosphère.