J'aimais bien Frédéric Mitterrand. Je veux dire, avant qu'il soit Ministre. Je n'aime pas les gens qui courent au plat de lentilles, surtout quand la lentille est sarkozyste. Je suis viscéralement et bêtement antisarkozyste, il suffit que NS dise qu'il fasse beau pour que je trouve que le temps est à l'orage. Cet homme ne me donne aucune envie de faire un effort, il sape un à un ce qui a construit notre nation : notre Ecole, nos protections sociales, notre justice, nos institutions. Cette homme est petit, vil, vulgaire, inculte, grossier et foule du pied une mission, une fonction, qu'il ne maîtrise aucunement. Les habits qu'il porte sont trop amples pour lui, avec un peu de chance, l'histoire fera en sorte qu'il s'empêtre dedans ; il est à craindre que nos concitoyens en feront les frais. Je n'aime plus Frédéric Mitterrand, comme je n'aime plus "Claudia" Bruni, comme je conchie Fadela Amara, comme je trouve ridicule Martin Hirsch qui propose de rémunérer les élèves s'ils se donnent la peine d'écouter leurs maîtres. Cette créature est un avatar néfaste, une erreur historique ; c'est la victoire de la médiocrité et c'est à mon humble avis l'ultime sursaut vital de la démocratie telle que nous l'entendons depuis 50 ans. Avec Sarkozy, le suffrage universel direct a atteint ses limites : nous n'élisons plus un homme, mais une image, un produit, un affect, une émotion, une névrose. Cet homme est détestable et il infecte irrémédiablement tous ceux qu'il approche. Je serai antisarkozyste primaire tant que ce pantin sera au pouvoir, je ne demande aucune justification. Je le hais parce que je hais ce qui est médiocre.
Frédéric Mitterrand m'était d'une indifférence somptueuse jusqu'à ce que je lise "La Mauvaise Vie". Dans ce roman, aux relents proustiens, il y avait tout ce qui me fait vibrer : la sensibilité, l'honnêteté, et le regard mi-doux, mi-compassé, mi-amer que toutes les vieilles tarlouzes qui ont passé la cinquantaine doivent ressentir. Ce type a voulu dresser un bilan, il était suffisamment nombriliste, et aussi suffisamment pudique, pour que ses écrits fissent mouche.
Il voulut entrer en politique, il voulut défendre un oxymore : une politique culturelle à l'heure où des pans entiers de notre culture et de notre identité s'effondrent. Il eût pu se battre pour la défense des langues anciennes à l'école, le statut des intermittents, la politique de subventions, le soutiens aux jeunes précaires, le mécénat, la reconnaissance des arts du vivant (danse et théâtre) aux heures de grande écoute, il préféra défendre Hadopi. Mitterrand (je parle de lui au passé) ne fut qu'un prête-nom, un alibi grossier, une petite parenthèse people dans une politique sans projet, sans antennes, sans buts, sans socles, dénuée de la moindre sensibilité culturelle et morale.
Mitterrand avait un atout : il était homosexuel. Pendant la semaine où le feu des projecteurs le noya autant qu'il nous aveugla, Mitterrand aurait pu, aurait dû, reconnaître que pour une folle de son rang, de son âge, de son style, les pulsions de la jeunesse ne s'en laissent pas compter, l'attrait du jeune minet est intact, et que son voyage en Thaïlande, malgré son éthique, ses valeurs, ses principes, était là aussi pour le rassurer, lui faire du bien. Oui, on va en Thaïlande aussi parce que le sexe est facile, parce que la jeunesse (même "majeure") s'offre à vous sans difficultés. Je ne vais certainement pas faire l'apologie du sexe tarifé avec les mineurs, mais le fait est, et de nombreux mecs y succombent, et je pense qu'ils ne sont pas pour autant pervers.
Si le couple gay avait un sens, si on ne s'efforçait pas de le faire ressembler à une copie-carbone du couple hétéro, avec le gosse, le chien et le pavillon, si la communauté associative valorisait les couples au lieu de les brocarder, si les vieux pédés étaient membres à part entière des lieux de sexe (à quand un sauna qui propose du moins 20 % pour les plus de 50 ans ?), si l'itinéraire de tous les pédés était envisagé avec la lumière et non, comme c'est le cas aujourd'hui, comme une lente et inexorable descente vers la solitude et l'oubli, sans doute, je dis bien sans doute, la plupart des mecs n'irait pas chercher loin et illégalement ce qu'ils réclament à corps et à cris ici.
Mitterrand n'est qu'un tout petit ministre, mais il avait la chance, la tâche, la responsabilité, de parler au nom des siens. Il préféra sauver son maroquin.
Bon vent !
"Le monde du mal échappe tellement, en somme, à la prise de notre esprit !... L'historien, le moraliste, le philosophe même, ne veulent voir que le criminel, ils refont le mal à l'image et à la ressemblance de l'homme. Ils ne se forment aucune idée du mal lui-même, cette énorme aspiration du vide, du néant."
Georges Bernanos-Journal d'un Curé de Campagne.