Caniveau
Par Jérôme le lundi 12 octobre 2009, 19:27 - people have the power ! - Lien permanent
J'aimais bien Frédéric Mitterrand. Je veux dire, avant qu'il soit Ministre.
Je n'aime pas les gens qui courent au plat de lentilles, surtout quand la
lentille est sarkozyste. Je suis viscéralement et bêtement antisarkozyste, il
suffit que NS dise qu'il fasse beau pour que je trouve que le temps est à
l'orage. Cet homme ne me donne aucune envie de faire un effort, il sape un à un
ce qui a construit notre nation : notre Ecole, nos protections sociales,
notre justice, nos institutions. Cette homme est petit, vil, vulgaire, inculte,
grossier et foule du pied une mission, une fonction, qu'il ne maîtrise
aucunement. Les habits qu'il porte sont trop amples pour lui, avec un peu de
chance, l'histoire fera en sorte qu'il s'empêtre dedans ; il est à
craindre que nos concitoyens en feront les frais. Je n'aime plus Frédéric
Mitterrand, comme je n'aime plus "Claudia" Bruni, comme je conchie Fadela
Amara, comme je trouve ridicule Martin Hirsch qui propose de rémunérer les
élèves s'ils se donnent la peine d'écouter leurs maîtres. Cette créature est un
avatar néfaste, une erreur historique ; c'est la victoire de la médiocrité
et c'est à mon humble avis l'ultime sursaut vital de la démocratie telle que
nous l'entendons depuis 50 ans. Avec Sarkozy, le suffrage universel direct a
atteint ses limites : nous n'élisons plus un homme, mais une image, un
produit, un affect, une émotion, une névrose. Cet homme est détestable et il
infecte irrémédiablement tous ceux qu'il approche. Je serai antisarkozyste
primaire tant que ce pantin sera au pouvoir, je ne demande aucune
justification. Je le hais parce que je hais ce qui est médiocre.
Frédéric Mitterrand m'était d'une indifférence somptueuse jusqu'à ce que je
lise "La Mauvaise Vie". Dans ce roman, aux relents proustiens, il y avait tout
ce qui me fait vibrer : la sensibilité, l'honnêteté, et le regard mi-doux,
mi-compassé, mi-amer que toutes les vieilles tarlouzes qui ont passé la
cinquantaine doivent ressentir. Ce type a voulu dresser un bilan, il était
suffisamment nombriliste, et aussi suffisamment pudique, pour que ses écrits
fissent mouche.
Il voulut entrer en politique, il voulut défendre un oxymore : une
politique culturelle à l'heure où des pans entiers de notre culture et de notre
identité s'effondrent. Il eût pu se battre pour la défense des langues
anciennes à l'école, le statut des intermittents, la politique de subventions,
le soutiens aux jeunes précaires, le mécénat, la reconnaissance des arts du
vivant (danse et théâtre) aux heures de grande écoute, il préféra défendre
Hadopi. Mitterrand (je parle de lui au passé) ne fut qu'un prête-nom, un alibi
grossier, une petite parenthèse people dans une politique sans projet, sans
antennes, sans buts, sans socles, dénuée de la moindre sensibilité culturelle
et morale.
Mitterrand avait un atout : il était homosexuel. Pendant la semaine où le
feu des projecteurs le noya autant qu'il nous aveugla, Mitterrand aurait pu,
aurait dû, reconnaître que pour une folle de son rang, de son âge, de son
style, les pulsions de la jeunesse ne s'en laissent pas compter, l'attrait du
jeune minet est intact, et que son voyage en Thaïlande, malgré son éthique, ses
valeurs, ses principes, était là aussi pour le rassurer, lui faire du bien.
Oui, on va en Thaïlande aussi parce que le sexe est facile, parce que la
jeunesse (même "majeure") s'offre à vous sans difficultés. Je ne vais
certainement pas faire l'apologie du sexe tarifé avec les mineurs, mais le fait
est, et de nombreux mecs y succombent, et je pense qu'ils ne sont pas pour
autant pervers.
Si le couple gay avait un sens, si on ne s'efforçait pas de le faire ressembler
à une copie-carbone du couple hétéro, avec le gosse, le chien et le pavillon,
si la communauté associative valorisait les couples au lieu de les brocarder,
si les vieux pédés étaient membres à part entière des lieux de sexe (à quand un
sauna qui propose du moins 20 % pour les plus de 50 ans ?), si l'itinéraire de
tous les pédés était envisagé avec la lumière et non, comme c'est le cas
aujourd'hui, comme une lente et inexorable descente vers la solitude et
l'oubli, sans doute, je dis bien sans doute, la plupart des mecs n'irait pas
chercher loin et illégalement ce qu'ils réclament à corps et à cris ici.
Mitterrand n'est qu'un tout petit ministre, mais il avait la chance, la tâche,
la responsabilité, de parler au nom des siens. Il préféra sauver son
maroquin.
Bon vent !
"Le monde du mal échappe tellement, en somme, à la prise de notre esprit
!... L'historien, le moraliste, le philosophe même, ne veulent voir que le
criminel, ils refont le mal à l'image et à la ressemblance de l'homme. Ils ne
se forment aucune idée du mal lui-même, cette énorme aspiration du vide, du
néant."
Georges Bernanos-Journal d'un Curé de Campagne.
Commentaires
ça commençait mal ce billet, le genre de commencement qui me donne envie de voter à droite (alors que je vote à gauche depuis avril 1981). Si on croit un minimum à la politique et à la démocratie on n'écrit pas ça.
Heureusement qu'il y a les deux derniers paragraphes...
"Si le couple gay avait un sens, si on ne s'efforçait pas de le faire ressembler à une copie-carbone du couple hétéro, avec le gosse, le chien et le pavillon", j'aime bien ça ...qui pourrait d'ailleurs s'appliquer aux ...couples hétéros.
beau billet ...
La réflexion que tu proposes en fin de post est relativement intéressante. Néanmoins, tenter de faire changer les choses revient à remettre en cause quelque chose d'assez conséquent.
Il faudrait renverser (ou du moins, remettre à plat) tout un système de valeurs et d'institutions que l'on incorpore bon gré, mal gré (et dont une partie importante provient de la morale judéo-chrétienne qui nous colle insidieusement aux fesses depuis des siècles). Et qu'on défendrait de surcroît à corps et à cri en cas d'atteinte, aussi frustrantes puissent-elle parfois être...
Sans doute parce qu'en un sens, on a fini par s'en accommoder, et qu'à de nombreux égards, elles nous arrangent bien, en définitive...
Oui, comme le dit Enn', c'est un beau billet. Et un peu comme vieux c..., la fin rattrape le début. J'ai moi beaucoup de mal à avoir un avis sur Mitterrand. D'un coté, il est l'un des rares représentant des bonnes manières (amusant, lorsqu'on compare avec le titre de son bouquin), d'une culture, d'une réflexion, d'une retenue que le Sarkozisme n'a pas. Ses phrases, son vocabulaire et souvent sa mesure font de lui le rendent tellement plus respectable que ses collègues du gouvernement.
Pourtant, en effet, il s'est embarqué dans cette galère ministérielle, tout en sachant que même si ses succès à la villa medicis et dans le monde culturel lui donnent une légitimité, c'est son nom plus que sa compétence qui a fait la différence lorsqu'il s'est agit de nommé un successeur à une Albanel carbonisée.
Au contraire c'est le début du billet qui m'a plu, ce ton de sincérité qui assume une subjectivité radicale à l’égard de Sarkozy et de sa cour.
En revanche, j’ai été choqué par cette phrase : "Je ne vais certainement pas faire l'apologie du sexe tarifé avec les mineurs, mais le fait est, et de nombreux mecs y succombent, et je pense qu'ils ne sont pas pour autant pervers.". D’abord parce qu’introduire la pédophilie dans un billet consacré à l’affaire Mitterrand, c’est concourir aux amalgames les plus nauséabonds portés par le Front National. Ensuite parce que s’ils ne sont pas pervers, ces nombreux mecs qui « succombent » au sexe tarifé avec les mineurs, que sont-ils ? Normaux ? Vertueux ? Attention danger !
Le début m'a plu car c'est presqu'au mot près ( sans mauvais jeu de mot !)ce que je ressens de ce faisant fonction de président et ce justement parceque je crois à la politique et à la démocratie.
Merci pour tes écrits.
Parce que Frédéric Mitterrand est un ministre de droite, les bonnes consciences de gauche sont tombés sur lui à bras raccourcis. Pour les militants homo, il ne correspond pas au profil du bon gay qui se pacse. Les députés de droite ne sont pas très tolérants vis-à-vis de certains moeurs...
frédéric mitterrand s'est justifié comme il pouvait en pleine polémique face à des gens qui n'avaient pas lu son livre tel laurence ferrari.
il s'en est ni bien ni mal tiré, il a fait de son mieux.