Je lui avais vaguement répondu : "Tu sais, moi-même, je ne saurais me définir avec précision... Je suis absolument tout et son contraire : posé et fantasque, excessif et mesuré, calme et électrique, érudit et primaire, voire primal, rhéteur et poujadiste, tantôt de gauche, parfois de droite, chrétien mais pas croyant, scientifique mais pas méthodique, en quête de relations sans pour autant m'enfermer. Je suis un paradoxe ambulant, et c'est mon équilibre..."
Lui, au contraire, était précis, sec et taiseux, éminemment taiseux. Il savait façonner ces silences amusés et longs, pesants, parfois aussi lourds et à mes yeux aussi indigestes que des pâtisseries autrichiennes. Voyant ma gêne devant cette invraisemblable et terrifiante emprise, il m'avait déclaré : "Le silence semble t'angoisser..." Il est vrai que celui qui se tait détient plus les clefs du pouvoir que celui qui parle. Il m'avait cité l'exemple de Mitterrand, le sphinx, qui capturait les autres par ses regards et ses silences, comparé à l'autre petit roquet hululant et vulgaire qui nous sert de président. "Lequel des deux est le plus crédible dans son pouvoir ?" m'avait-il demandé. "Lequel des deux détient réellement le pouvoir ?"
La rencontre est un jeu, un enjeu, de pouvoir de l'un sur l'autre ; la rencontre est une indéniable épreuve de force et celui qui vainc est celui qui ne se dérobe pas, ou ne s'encombre pas, derrière mille faussetés. Repensons à nos deux présidents, ces deux exemples illustrent le propos à merveille...
Habitué à abattre toutes mes cartes, à faire défiler mes mille personnages tous aussi flamboyants les uns que les autres, je ne m'attendais pas à rencontrer ce sphinx, souriant, magnifique, méthodique et analytique. La nuit commença, mon studio ressemblait à un studio de prof, le lit n'était pas fait. Lui repliait ses habits et regardait, sans qu'une once de jugement ne pût être décelable sur son visage. J'imaginais que ses absences de mots provoquaient en lui mille constats, allez savoir si je ne me trompais pas, tandis que ma cervelle entrait quant à elle en éruptions successives, cratérisée par mille questions... "Que pense-t-il ? que se dit-il ? qu'imagine-t-il ? qu'attend-il ?" Plus mes interrogations se suivaient à la vitesse de la lumière, plus il était lent, calme, hermétique.
Bien entendu il ne rappela pas, et ne rappellera jamais.
Je ne sais lequel des deux fut finalement le plus hermétique, je sais en tous les cas lequel des deux remporta le bras de fer.
Bon vent !

Arlequin : J'ai une commission à vous faire.
Sméraldine : De la part de qui ?
Arlequin : Oh de la part d'un brave homme, dites-moi, est-ce que vous connaissez, par hasard, un certain Arlequin Battochio ?
Sméraldine : Ouh, il me semble en avoir entendu parler...
Arlequin : C'est un bel homme , trapu, râblé, amusant, qui cause bien, maître de cérémonie...
Sméraldine : Je ne le connais vraiment pas...
Arlequin : Et pourtant, lui, il vous connaît, et il est amoureux de vous...
Sméraldine : Oh, vous me faites marcher...
Arlequin : Voulez-vous que je vous le fasse voir ?
Sméraldine : Je le verrais volontiers !
Arlequin : Tout de suite ! Sur le champ !
Sméraldine : Ce serait donc vous celui qui dit m'aimer ??
Arlequin : C'est moi !
Sméraldine : Pourquoi ne me l'avez-vous pas dit en premier ?
Arlequin : Parce que ce suis un tout petit peu timide...
Comedia dell arte...

arlequin



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