Il y a ceux qui en prennent soin, la rangent consciencieusement, l'actualisent, trient par thème et ordre alphabétique. Les romans, les essais, les revues : chaque chose est à sa place. Vous glissez un doigt (sur les rayons), pas de poussière. Les classiques sont là, j'ai remarqué qu'il y avait beaucoup de littérature contemporaine. On y retrouve aussi, immanquablement, quelques chroniques de San Francisco. Ces garçons-là sont ordonnés, calmes, plutôt cultivés et prévisibles.

Il y a ceux qui ne rangent rien, mélangent, entassent et font tomber. Des piles sur les cartons, de tout, des choses lues, d'autres ne le seront jamais. Tout s'y côtoie, le pire comme le meilleur : des livres sur l'Antiquité, des Philippe Roth, un Bernard Schlinck et un Ralf Köning. Ces garçons-là risquent de vous surprendre, ils ne sont pas très rangés, ne savent pas trop s'organiser, et sont assez peu sûrs d'eux.

Il y a ceux qui sont monomaniaques : récemment, j'étais chez un mec qui n'avait lu que des livres en rapport avec la Révolution Française. Des biographies, des essais, des romans : tout s'enchaînait autour d'un seul thème. Ils sont fiers de leur érudition, mais et c'est heureux, n'en parlent guère. Ce ne sont pas de grands lecteurs, vous risquez peut-être de vous ennuyer.

Il y a ceux qui ne lisent pas mais ont tout de même une bibliothèque. Vous les reconnaissez facilement, ne figurent que les romans et recueils enseignés au lycée (pour l'instant en tout cas ; il paraît qu'Amélie Nothomb entre au programme de Première). Du Flaubert, du Daudet, du Maupassant et les Contemplations. Les tranches sont peu usées. Dans les deux derniers rayonnages, il y a des DVD.

Et puis il y en a d'autres, et d'autres encore, qui ne regardent même pas vos étagères, qui vous écoutent, et vous apprécient, simplement, pour ce que vous êtes, dites et faites. Ceux-là sont légions, mais on les repère moins facilement.

Bon vent !

"Reconnaître que l'âme de l'homme est inconnaissable est le suprême accomplissement de la sagesse. Le mystère final est soi-même."
Oscar Wilde-De Profundis.