Le hérisson
Par Jérôme le mardi 14 juillet 2009, 14:09 - anti depressive delivery - Lien permanent
Titre paresseux, j'en conviens, mais parfaitement adapté à la situation du
moment. En préambule, un petit avertissement : je vais (promis, dans la
mesure du possible) essayer de passer plein de lignes, rédiger des kyrielles de
paragraphes aériens et clairs comme de l'eau de roche, enfin, veiller à faire
un minimum attention à la forme, mais je sens que ça va vite me fatiguer cette
histoire là. Point à la ligne.
Je ne vais pas vous parler du livre de Muriel Barbery, que je n'ai
d'ailleurs pas lu, ni du film avec Balasko, que j'ai pris un réel plaisir à
regarder il y a quelques jours. Le thème de la fiction, en revanche, a retenu
mon attention.
Je veux parler de la théâtralisation de nos sentiments.
Je pense, et je ne crois guère me tromper, que tout, strictement tout ce qui
nous arrive n'est jamais anodin ou lié exclusivement à une conjoncture externe
(pléonasme ?). Nous suscitons, provoquons, sommes responsables du monde qui
gravite autour de nous et qui nous influence.
Sartre disait quelque chose comme : "Ce que je pense pour moi-même
sert au monde entier". Ce qu'il voulait signifier, ce que la moindre de
nos pensées, de nos opinions, de nos actes, de nos comportements, de nos
manières d'être au monde, influencent autrui qui, à son tour, intervient dans
nos existences.
Ainsi, je ne pense pas que le sort s'acharne sur le célibataire qui "ne
rencontre pas", sincèrement. Je n'ai pas vraiment de recettes mais j'observe
mes congénères, et moi-même aussi : tout est mis en place pour que la
rencontre ne se fasse pas. A titre personnel, je peux endosser un costume
effroyable : être pétri de morgue, antipathique au dernier degré, peu
aimable, goguenard, moqueur, et très rapidement, mon interlocuteur ira
s'épuiser. Mon objectif d'auto-sabotage a parfaitement réussi. D'autres fois,
nous pouvons déglinguer une relation naissante en surenchérissant nos appels
téléphoniques, sachant pertinemment que ces harcèlements successifs vont
étouffer l'autre, le faire s'enfuir, le rejeter.
Balasko, dans ce film, a endossé un costume parfait : petite, laide,
désagréable, sans intérêt. Ainsi, tout le monde l'ignore, et, tranquillement,
elle peut lire, prendre son temps, jusqu'à ce qu'un amoureux réussisse à percer
sa carapace, pour son plus grand bien.
Je ne condamne pas trop les gens qui se transforment en hérisson : c'est
une protection, nécessaire. Je dois confesser que je fais partie de cette
catégorie, peu affable de prime abord, méfiant, sur le qui vive, voire
désagréable si je suis mal luné. Il s'agit, à mon sens, d'une réaction presque
darwinienne. La crainte est un fait, un comportement légitimes. Pis, la crainte
peut devenir un excellent moyen de se protéger, d'exister. Il est logique,
naturel, je dirais, de considérer qu'un homme, éconduit, ou ayant souffert
suite à des ruptures successives, ou des deuils, ou d'autres drames, décide de
se protéger. Cela ne semble pas inopportun, c'est même, au contraire, très
sain.
M'est avis que cette carapace partira seule, sans qu'il y ait un quelconque
besoin de se forcer. Un beau jour, un ami vous dira : "aime ton
prochain", un autre vous avertira : "baisse les armes", le
troisième expliquera : "tu peux appeler, si ça ne va pas, on dîne
ensemble mercredi ?". Progressivement, des failles dans la carapace vont
faire leur apparition, sans douleurs, sans forcer. Là est la force d'autrui,
notre pire gardien, mais notre meilleur guide aussi...
Bon vent !
"Il est intéressant de contempler un rivage luxuriant, tapissé de
nombreuses plantes appartenant à de nombreuses espèces abritant des oiseaux qui
chantent dans les buissons, des insectes variés qui voltigent çà et là, des
vers qui rampent dans la terre humide, si l'on songe que ces formes si
admirablement construites, si différemment conformées, et dépendantes les unes
des autres d'une manière si complexe, ont toutes été produites par des lois qui
agissent autour de nous."
Charles Darwin-L'origine des espèces.
"Le méchant est pris dans ses propres iniquités... Il mourra faute
d'instruction, Il chancellera par l'excès de sa folie." (Proverbes 5,
22-23).

Commentaires
L'idée trottait dans ma tête depuis longtemps et c'est en lisant l'un de vos récents posts que la dernière barrière a été levée : j'ai besoin d 'un "pro" pour m'aider à trouver un début de commencement de réponse/piste.. Sans rire, c'est votre post qui m'a poussé/donné envie de prendre rv avec un psy.
Et aujourd'hui, je ne le regrette pas.
(alors quelque part... un peu... merci!)
Je ne peux qu'acquiesser à la lecture de votre post du jour. Je suis entièremement responsable de mon célibat (que ce soit consciemment ou inconsciemment d 'ailleurs..). Mon costume de hérisson a peut-être une autre couleur que la votre mais il n'y a pas à dire : il est efficace!
La tentation de "l'hérisson" est de construire une force intérieure,"mais l'intériorité c'est l'instable et l'incertain, et on veut en extraire une force ?... c'est contradictoire !..." en négligeant ce qu'autrui peut nous apporter, l'amitié, l'amour, des sentiments...
Pourtant nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui...
c'est étonnant ce billet sur la responsabilité individuelle alors que le livre (je n'ai pas vu le film) est une invitation à ne pas s'arrêter à l'apprarence du hérisson pour y trouver l'être humain riche de talents et de qualités.
Tu sais, je ne parles pas du film, mais des idées que ça me donne. En général, plus je suis hors sujet, plus je suis content :D C'est quoi ce pseudo ??
All we need is love, acceptence, and, possibly,understanding. In that very precise order.
Glad you came to it
@ vieux c... et aux autres
joli invitation, ou mieux : joli appel mais je doute que qui que ce oit prenne le temps de percer une carapace... plus personne n'a de temps à perdre et le hérisson est suicidaire (y qu'à regarder comment il traverse la route c'te bestiau).