Titre paresseux, j'en conviens, mais parfaitement adapté à la situation du moment. En préambule, un petit avertissement : je vais (promis, dans la mesure du possible) essayer de passer plein de lignes, rédiger des kyrielles de paragraphes aériens et clairs comme de l'eau de roche, enfin, veiller à faire un minimum attention à la forme, mais je sens que ça va vite me fatiguer cette histoire là. Point à la ligne.

Je ne vais pas vous parler du livre de Muriel Barbery, que je n'ai d'ailleurs pas lu, ni du film avec Balasko, que j'ai pris un réel plaisir à regarder il y a quelques jours. Le thème de la fiction, en revanche, a retenu mon attention.

Je veux parler de la théâtralisation de nos sentiments.

Je pense, et je ne crois guère me tromper, que tout, strictement tout ce qui nous arrive n'est jamais anodin ou lié exclusivement à une conjoncture externe (pléonasme ?). Nous suscitons, provoquons, sommes responsables du monde qui gravite autour de nous et qui nous influence.
Sartre disait quelque chose comme : "Ce que je pense pour moi-même sert au monde entier". Ce qu'il voulait signifier, ce que la moindre de nos pensées, de nos opinions, de nos actes, de nos comportements, de nos manières d'être au monde, influencent autrui qui, à son tour, intervient dans nos existences.

Ainsi, je ne pense pas que le sort s'acharne sur le célibataire qui "ne rencontre pas", sincèrement. Je n'ai pas vraiment de recettes mais j'observe mes congénères, et moi-même aussi : tout est mis en place pour que la rencontre ne se fasse pas. A titre personnel, je peux endosser un costume effroyable : être pétri de morgue, antipathique au dernier degré, peu aimable, goguenard, moqueur, et très rapidement, mon interlocuteur ira s'épuiser. Mon objectif d'auto-sabotage a parfaitement réussi. D'autres fois, nous pouvons déglinguer une relation naissante en surenchérissant nos appels téléphoniques, sachant pertinemment que ces harcèlements successifs vont étouffer l'autre, le faire s'enfuir, le rejeter.
Balasko, dans ce film, a endossé un costume parfait : petite, laide, désagréable, sans intérêt. Ainsi, tout le monde l'ignore, et, tranquillement, elle peut lire, prendre son temps, jusqu'à ce qu'un amoureux réussisse à percer sa carapace, pour son plus grand bien.
Je ne condamne pas trop les gens qui se transforment en hérisson : c'est une protection, nécessaire. Je dois confesser que je fais partie de cette catégorie, peu affable de prime abord, méfiant, sur le qui vive, voire désagréable si je suis mal luné. Il s'agit, à mon sens, d'une réaction presque darwinienne. La crainte est un fait, un comportement légitimes. Pis, la crainte peut devenir un excellent moyen de se protéger, d'exister. Il est logique, naturel, je dirais, de considérer qu'un homme, éconduit, ou ayant souffert suite à des ruptures successives, ou des deuils, ou d'autres drames, décide de se protéger. Cela ne semble pas inopportun, c'est même, au contraire, très sain.
M'est avis que cette carapace partira seule, sans qu'il y ait un quelconque besoin de se forcer. Un beau jour, un ami vous dira : "aime ton prochain", un autre vous avertira : "baisse les armes", le troisième expliquera : "tu peux appeler, si ça ne va pas, on dîne ensemble mercredi ?". Progressivement, des failles dans la carapace vont faire leur apparition, sans douleurs, sans forcer. Là est la force d'autrui, notre pire gardien, mais notre meilleur guide aussi...
Bon vent !
"Il est intéressant de contempler un rivage luxuriant, tapissé de nombreuses plantes appartenant à de nombreuses espèces abritant des oiseaux qui chantent dans les buissons, des insectes variés qui voltigent çà et là, des vers qui rampent dans la terre humide, si l'on songe que ces formes si admirablement construites, si différemment conformées, et dépendantes les unes des autres d'une manière si complexe, ont toutes été produites par des lois qui agissent autour de nous."
Charles Darwin-L'origine des espèces.

"Le méchant est pris dans ses propres iniquités... Il mourra faute d'instruction, Il chancellera par l'excès de sa folie." (Proverbes 5, 22-23).

hérisson