J'ai reçu un mail hier. La plupart, je réponds en tête à tête mais celui-ci m'a donné envie de diffuser plus amplement la bonne parole. Ludovic (appelons-le Ludovic, ce prénom m'a toujours excité) m'a proposé en un nombre considérable de paragraphes ma psychothérapie et, sous couvert de me dire que ton-blog-est-génial-ne-change-rien -mais tes billets sont trop longs (ça, c'est moi qui ajoute)-, il clôt par la sentence que je n'avais vraiment jusqu'ici jamais entendu de ma petite vie : "tu te prends trop la tête, laisse aller, à mon avis, ton blog, il te sert juste de thérapie et t'empêche de voir ce qui se passe autour de toi, l'amour est à ta portée, c'est clair..."
Sacré Ludo.

De quoi j'me mêle, non mais zut.

Fait chier...

La lune tourne autour de la Terre et la pluie ça mouille aussi, non ??

D'une, ce jeune mirliflore ne me connaît pas et j'aurai sans doute été un de ses fantasmes virtuels de plus, de deux, chez moi, la "prise de tête" est à peu près aussi naturelle que se gratter le derrière pour un babouin, d'avoir de la laine sur le dos pour un mouton ou d'être conne pour Roselyne Bachelot. C'est un fait, un fait lourd. On me propose le moindre sujet insignifiant, j'intellectualise, je rhétorise, j'analyse, je détricote. J'ai même une fois lancé à mon ex toute une théorie sociologique sur la vie des schtroumpfs et le patriarcat (note à mon futur mec qui me lit peut-être : parfois, je suis moins chiant, paraît-il... Ah, et puis, tant que je te tiens, quand est-ce que tu me rencontres ?).
C'est comme ça, je ne vais pas me changer maintenant, et de toute façon, c'est mon cerveau qui est ainsi. Je ne reviens pas en arrière, ça coûte cher une psy.
Cette introduction nombriliste pour vous signifier que je vais encore intellectualiser un truc à mort, mais je trouve ça vraiment intéressant. Il existe deux modes, en ce moment, dans les études pas chères sur la relation à deux : "pourquoi je t'aimeuh, pourquoi tu ne m'aimeuh plus, et tout le toutim". La première tendance, que je qualifierais de "zen-new age", c'est tous les conseils adorables sur le "être soi-même", "être son propre ami", "se faire confiance", "sourire à la vie", tout ça machin. Bon, on en a déjà parlé, c'est évident que le dépressif chronique et suicidaire thuriféraire de Lautréamont et Céline a moins de chance de rencontrer l'âme soeur que Candy Neige André (oui, je suis vieille), on ne va pas y revenir, ces petites saillies pleines d'optimisme ont le don de me les gonfler grave sa mère. Non qu'elles soient inutiles, mais sont proprement exaspérantes les pédales maquées depuis peu qui vous assènent les "ça viendra", "il faut d'abord que tu t'aimes toi-même avant d'aimer quelqu'un", "aie confiance", "c'est quand on ne s'y attend pas, taratata", "et au fond, finalement, est-ce que cette situation ne t'arrange pas ?", j'en passe, et des plus connes encore...
L'autre tendance est apparemment plus médicale : c'est une question de cerveau. On en avait déjà un peu parlé aux débuts de ce blog : le fonctionnement de nos synapses est loin d'être anodin dans notre rapport à la rencontre. J'ai appris récemment, au cours d'une conférence, que des cerveaux, nous en avions trois : le cortiqué, l'émotionnel et le reptilien. Dans ces trois zones se nichent trois facettes de notre être : le mental et le spirituel dans le cortiqué, le sentiment et la culture dans l'émotionnel et le physique dans le reptilien.
Pour entrer dans l'autre (c'est une image) : il faut délivrer un message, c'est-à-dire "se métamorphoser". Il me plaît physiquement (reptilien : j'ai la gaule), je dois exprimer ma passion (émotionnel) en tâchant de rester sage (cortiqué). Trois circuits, formant une sorte de triangle, vont s'entrechoquer, et je vais, par trois fois, me métamorphoser.
Autrement dit, le corps de l'autre, celui que mon reptilien trouve bandant, va me permettre d'élaborer un message qui va viser à transformer cette simple pulsion en quelque chose de, comment dire ? plus éthéré. Nos réponses au mec sont une triple élaboration, et le tout est de savoir équilibrer les trois.
Comment faire ?
Le neurologue explique la chose suivante : dans chaque rencontre, le partenaire voit des choses de l'autre que l'autre ignore, c'est ce qui se nomme "le jardin secret", une part d'insoupçonné est en nous et n'est révélé que par les métamorphoses successives que nous mettons en branle au contact d'autrui (ce qu'autrui voit très bien). Notre travail consiste alors à faire passer le maximum d'émotions (cerveau émotionnel) pour que Bidule saisisse le message : tu es beau, tu me plais, j'ai du désir (littéralement : le désir signifiant "aller vers") lorsque je suis à ton contact.
Bon, je vais m'arrêter là, ça a duré deux heures, c'était passionnant et je n'ai pas tout compris, n'ayant retenu que ce qui m'intéressait. Ceux qui ont capté peuvent témoigner...
Bon vent !
"Un jour, je me suis réveillé, aveugle comme le destin. Je me demande parfois si je ne dors pas encore"
Samuel Beckett-En Attendant Godot