Lobotomie
Par Jérôme le jeudi 9 juillet 2009, 14:31 - anti depressive delivery - Lien permanent
J'ai reçu un mail hier. La plupart, je réponds en tête à tête mais celui-ci
m'a donné envie de diffuser plus amplement la bonne parole. Ludovic
(appelons-le Ludovic, ce prénom m'a toujours excité) m'a proposé en un nombre
considérable de paragraphes ma psychothérapie et, sous couvert de me dire que
ton-blog-est-génial-ne-change-rien -mais tes billets sont trop longs (ça, c'est
moi qui ajoute)-, il clôt par la sentence que je n'avais vraiment jusqu'ici
jamais entendu de ma petite vie : "tu te prends trop la tête, laisse
aller, à mon avis, ton blog, il te sert juste de thérapie et t'empêche de voir
ce qui se passe autour de toi, l'amour est à ta portée, c'est clair..."
Sacré Ludo.
De quoi j'me mêle, non mais zut.
Fait chier...
La lune tourne autour de la Terre et la pluie ça mouille aussi, non ??
D'une, ce jeune mirliflore ne me connaît pas et j'aurai sans doute été un de
ses fantasmes virtuels de plus, de deux, chez moi, la "prise de tête" est à peu
près aussi naturelle que se gratter le derrière pour un babouin, d'avoir de la
laine sur le dos pour un mouton ou d'être conne pour Roselyne Bachelot. C'est
un fait, un fait lourd. On me propose le moindre sujet insignifiant,
j'intellectualise, je rhétorise, j'analyse, je détricote. J'ai même une fois
lancé à mon ex toute une théorie sociologique sur la vie des schtroumpfs et le
patriarcat (note à mon futur mec qui me lit peut-être : parfois, je suis
moins chiant, paraît-il... Ah, et puis, tant que je te tiens, quand est-ce que
tu me rencontres ?).
C'est comme ça, je ne vais pas me changer maintenant, et de toute façon, c'est
mon cerveau qui est ainsi. Je ne reviens pas en arrière, ça coûte cher une
psy.
Cette introduction nombriliste pour vous signifier que je vais encore
intellectualiser un truc à mort, mais je trouve ça vraiment intéressant. Il
existe deux modes, en ce moment, dans les études pas chères sur la relation à
deux : "pourquoi je t'aimeuh, pourquoi tu ne m'aimeuh plus, et tout le
toutim". La première tendance, que je qualifierais de "zen-new age", c'est tous
les conseils adorables sur le "être soi-même", "être son propre ami", "se faire
confiance", "sourire à la vie", tout ça machin. Bon, on en a déjà parlé, c'est
évident que le dépressif chronique et suicidaire thuriféraire de Lautréamont et
Céline a moins de chance de rencontrer l'âme soeur que Candy Neige André (oui,
je suis vieille), on ne va pas y revenir, ces petites saillies pleines
d'optimisme ont le don de me les gonfler grave sa mère. Non qu'elles soient
inutiles, mais sont proprement exaspérantes les pédales maquées depuis peu qui
vous assènent les "ça viendra", "il faut d'abord que tu t'aimes toi-même avant
d'aimer quelqu'un", "aie confiance", "c'est quand on ne s'y attend pas,
taratata", "et au fond, finalement, est-ce que cette situation ne t'arrange pas
?", j'en passe, et des plus connes encore...
L'autre tendance est apparemment plus médicale : c'est une question de
cerveau. On en avait déjà un peu parlé aux débuts de ce blog : le
fonctionnement de nos synapses est loin d'être anodin dans notre rapport à la
rencontre. J'ai appris récemment, au cours d'une conférence, que des cerveaux,
nous en avions trois : le cortiqué, l'émotionnel et le reptilien. Dans ces
trois zones se nichent trois facettes de notre être : le mental et le
spirituel dans le cortiqué, le sentiment et la culture dans l'émotionnel et le
physique dans le reptilien.
Pour entrer dans l'autre (c'est une image) : il faut délivrer un message,
c'est-à-dire "se métamorphoser". Il me plaît physiquement (reptilien :
j'ai la gaule), je dois exprimer ma passion (émotionnel) en tâchant de rester
sage (cortiqué). Trois circuits, formant une sorte de triangle, vont
s'entrechoquer, et je vais, par trois fois, me métamorphoser.
Autrement dit, le corps de l'autre, celui que mon reptilien trouve bandant, va
me permettre d'élaborer un message qui va viser à transformer cette simple
pulsion en quelque chose de, comment dire ? plus éthéré. Nos réponses au
mec sont une triple élaboration, et le tout est de savoir équilibrer les
trois.
Comment faire ?
Le neurologue explique la chose suivante : dans chaque rencontre, le
partenaire voit des choses de l'autre que l'autre ignore, c'est ce qui se nomme
"le jardin secret", une part d'insoupçonné est en nous et n'est révélé que par
les métamorphoses successives que nous mettons en branle au contact d'autrui
(ce qu'autrui voit très bien). Notre travail consiste alors à faire passer le
maximum d'émotions (cerveau émotionnel) pour que Bidule saisisse le
message : tu es beau, tu me plais, j'ai du désir (littéralement : le
désir signifiant "aller vers") lorsque je suis à ton contact.
Bon, je vais m'arrêter là, ça a duré deux heures, c'était passionnant et je
n'ai pas tout compris, n'ayant retenu que ce qui m'intéressait. Ceux qui ont
capté peuvent témoigner...
Bon vent !
"Un jour, je me suis réveillé, aveugle comme le destin. Je me demande
parfois si je ne dors pas encore"
Samuel Beckett-En Attendant Godot
Commentaires
L'a pas tort le Ludo... tes posts, par moment, sont un tout petit trop longs... ou alors c'est une question de présentation.
Il faudrait aérer... Aller à la ligne c'est bien... laisser des interlignes faciliterait la lecture!!!
Par contre... la thérapie j'en profite... alors continue comme cela!
Je ne sais faire ni court, ni concis, ni clair. je ne cherche plus à progresser là-dessus
Je serais bien mal placé pour trouver trop longs tes posts. D'ailleurs je ne sais ce que ça veut dire, "trop long", si l'écriture est honnête et le contenu captivant.
Je ne suis pas un cérébral (mon cerveau émotionnel ayant cette forte tendance a prendre les commandes) mais j'ai pris goût à ta façon de décortiquer tes sujets et donc de me dresser dans le temps ton portrait
À la lecture de ton billet, je me suis demandé si mon cerveau "émotionnel" (justement), quand j'ai rencontré mon conjoint, n'avait pas plutôt précédé celui "reptilien" (qui ne fut satisfait que deux mois après la première rencontre alors qu'on se voyait quotidiennement).
C'est ça qui est embêtant : nous sommes des individus, et ce qui fonctionne chez l'un ne fonctionne pas systématiquement de la manière chez l'autre.
Et oui, ce qui ne facilite pas les choses, tu en conviendras.
oh, c'est plutôt bien que tu te prennes la tête et que tu nous en fasse profiter: cela évite à tes lecteurs de le faire et leur économise sûrement quelques séances de psy!
Le résultat permet surtout, sans donner de réponse, de poser les "bonnes" questions... même pour ceux qui ne sont pas directement concernés par le sujet du blog
Sinon, personne ne t'as proposer de tenir une rubrique dans Tétu? (je plaisante là!!)