Encore un livre que je n'ai pas lu. Un couple d'amies m'en avait parlé, et paraît-il que ça cartonne chez la Lesbienne trendy en ce moment. L'idée du roman est simple : une fille naît tandis qu'on attendait un fils. Elle grandit, se sent différente mais ne sait mettre de nom là-dessus, et elle s'enfonce dans "le puits" : elle est seule, elle vit sa solitude en pensant être unique. Alors, dans cette Angleterre du début du siècle, elle casse, brise, dévergonde, provoque, patine... Puis, brusquement, la révélation : "je suis seule, et alors, le monde me prendra telle que je suis" ; elle ne se compromet plus. Mon amie était scotchée, ce livre lui fut apparemment thérapeutique.
Cette petite anecdote, après un silence glamour et people (qui au passage a fait exploser la fréquentation de ce site) pour signifier que si j'ai moins envie de parler du célibat, c'est simplement parce que je me sens de moins en moins célibataire. Non, personne en vue, pas de polichinelle dans le tiroir. Un simple état d'esprit, l'idée selon laquelle pour rencontrer quelqu'un, il faille être soi, prend enfin de la substance. Ce que nous sommes est unique, important, fantastique, et il est probable que nous soyons de pauvres et piètres explorateurs de cette géographie surprenante, qui évolue, se meut mois après mois, année après année. Le puits de solitude raconte aussi cela : cette femme est heureuse lorsqu'elle se transforme en bulldozer, se moquant du qu'en dira-t-on ; étant, simplement, et se rendant quitte de ses erreurs, échecs et grandeurs passés.
On entend toujours cette petite sonate : "sois en phase avec toi-même", l'injonction est aisée, la réponse est, on l'a déjà évoqué, difficile. Sans doute cherche-t-on à rester dans le puits : ne pas déranger, se morfondre, car la tristesse construit aussi finalement, rester timide... Puis, brusquement, quelque chose éclot, il faut un détonateur, un petit pas vers d'autres horizons, de mon point de vue, ce fut l'arrêt du tabac, mais ce peut être aussi chercher à évoluer professionnellement, rentrer dans une association, choisir un lieu jusqu'alors inconnu, partir seul à l'aventure pour une week-end. Ce qui est nécessaire, pour se rapprocher de soi, c'est créer une situation qui nous oblige à penser : "on verra bien". Cette petite phrase est en effet une prémisse amoureuse, lorsqu'on rencontre un mec, c'est un peu elle qui va se mettre à résonner. Alors, entraînez-vous, avec des choses simples, à la vivre au préalable. Le premier pas permet d'entamer un marathon...
Bon vent !
"Dès qu'il commença à se moquer d'elle, elle se sentit rassurée. En outre, elle avait su, dès son entrée dans la pièce, que le miracle s'était produit : elle était nimbée de son halo doré. Parfois il était là, parfois non. Elle ne savait jamais pourquoi il disparaissait, ni même si il était là, avant d'entrer dans une pièce, mais alors elle le savait tout de suite à la façon dont un homme ou un autre la regardait."
Virginia Woolf-Vers le Phare.
"''Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent leur libre essor,
Qui plane sur la vie et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes''."

Charles Baudelaire-Elévation.