Le puits de solitude (billet joyeux)
Par Jérôme le jeudi 18 juin 2009, 21:37 - anti depressive delivery - Lien permanent
Encore un livre que je n'ai pas lu. Un couple d'amies m'en avait parlé, et
paraît-il que ça cartonne chez la Lesbienne trendy en ce moment. L'idée du
roman est simple : une fille naît tandis qu'on attendait un fils. Elle
grandit, se sent différente mais ne sait mettre de nom là-dessus, et elle
s'enfonce dans "le puits" : elle est seule, elle vit sa solitude en
pensant être unique. Alors, dans cette Angleterre du début du siècle, elle
casse, brise, dévergonde, provoque, patine... Puis, brusquement, la
révélation : "je suis seule, et alors, le monde me prendra telle que je
suis" ; elle ne se compromet plus. Mon amie était scotchée, ce livre lui
fut apparemment thérapeutique.
Cette petite anecdote, après un silence glamour et people (qui au passage a
fait exploser la fréquentation de ce site) pour signifier que si j'ai moins
envie de parler du célibat, c'est simplement parce que je me sens de moins en
moins célibataire. Non, personne en vue, pas de polichinelle dans le tiroir. Un
simple état d'esprit, l'idée selon laquelle pour rencontrer quelqu'un, il
faille être soi, prend enfin de la substance. Ce que nous sommes est unique,
important, fantastique, et il est probable que nous soyons de pauvres et
piètres explorateurs de cette géographie surprenante, qui évolue, se meut mois
après mois, année après année. Le puits de solitude raconte aussi
cela : cette femme est heureuse lorsqu'elle se transforme en bulldozer, se
moquant du qu'en dira-t-on ; étant, simplement, et se rendant quitte de
ses erreurs, échecs et grandeurs passés.
On entend toujours cette petite sonate : "sois en phase avec
toi-même", l'injonction est aisée, la réponse est, on l'a déjà évoqué,
difficile. Sans doute cherche-t-on à rester dans le puits : ne pas
déranger, se morfondre, car la tristesse construit aussi finalement, rester
timide... Puis, brusquement, quelque chose éclot, il faut un détonateur, un
petit pas vers d'autres horizons, de mon point de vue, ce fut l'arrêt du tabac,
mais ce peut être aussi chercher à évoluer professionnellement, rentrer dans
une association, choisir un lieu jusqu'alors inconnu, partir seul à l'aventure
pour une week-end. Ce qui est nécessaire, pour se rapprocher de soi, c'est
créer une situation qui nous oblige à penser : "on verra bien". Cette
petite phrase est en effet une prémisse amoureuse, lorsqu'on rencontre un mec,
c'est un peu elle qui va se mettre à résonner. Alors, entraînez-vous, avec des
choses simples, à la vivre au préalable. Le premier pas permet d'entamer un
marathon...
Bon vent !
"Dès qu'il commença à se moquer d'elle, elle se sentit rassurée. En outre,
elle avait su, dès son entrée dans la pièce, que le miracle s'était
produit : elle était nimbée de son halo doré. Parfois il était là, parfois
non. Elle ne savait jamais pourquoi il disparaissait, ni même si il était là,
avant d'entrer dans une pièce, mais alors elle le savait tout de suite à la
façon dont un homme ou un autre la regardait."
Virginia Woolf-Vers le Phare.
"''Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent leur libre essor,
Qui plane sur la vie et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes''."
Charles Baudelaire-Elévation.
Commentaires
merci pour tes mots qui me font toujours du bien quand je me laisse aller aux regrets ...
Enfin de tes nouvelles !!!!
J'aime te lire... "c'est ça qui me plaît, libre et positive !."
Amusant, je suis exactement dans cet élan du "on verra bien". Non pas suite à la rencontre d'un amant (je ne suis plus célibataire depuis mes 20 ans), ni suite à l'arrêt du tabac (veinard ! j'envie tous les fumeurs repentis), mais après une décision qui a ricoché quelques temps avant de viser, cette fois, beaucoup plus loin (cf. un mien récent billet). Le détonateur ? Justement ce "simple état d'esprit", comme tu l'écris, bien que chez moi soutenu tout de même par quelques motivations plus concrètes (un job d'été, le permis voiture, une formation cruciale à la rentrée, etc).
À suivre donc.
C'est étrange car je viens de tomber sur ton billet ce matin après avoir passé la soirée (et la nuit) pour le première fois en faisant exploser toutes ces règles que je m'imposais (sur l'age du mec, sur mon comportement en public...) en me disant justement on verra bien, la vie est trop courte. En tout cas, tout à fait en phase avec ce que tu dis sur le fait qu'on ne risque jamais plus d'être heureux que quand on réussit à être soi même sans s'inquiéter du regard des autres!!
Merci pour tes mots, ca a illuminé mon début de journée!!
"le polichinelle dans le tiroir" joli detournement d'expression ici; moi j'ose plus le dire, because les feministes.
sur le fond il est bien ton billet; j'ai appris pas mal de deces ces derniers temps et le dernier c'était une amie d' enfance, ça m'a boosté, donné envie de vivre pleinement, je concretise un vieux projet.
C'est drôle que tu cites ce livre de Woolf... Je viens de le relire. Et, alors que je la trouvais cruche, je viens de comprendre ce que Mrs Ramsay a de fascinant...