Je me souviens. C'était il y a environ trois ans, une conversation au téléphone. Ce fut très simple. Je me souviens, je sortais d'un film que j'avais trouvé mauvais, que j'avais quitté à mi-chemin. Ce film (La Môme), je le revis depuis, chez des amis, il ne fut pas si mal. Je me suis évadé du MK2, j'avais besoin de trouver un interlocuteur, et je n'avais personne. Alors, je t'ai téléphoné. C'était la première fois depuis le fameux mail... Machinalement, ton numéro s'est naturellement composé : formidable, cette technologie nouvelle, qui brise d'une part, et rapproche de l'autre. Tu décrochas, aimable, sans doute, même, souriant. La conversation dura peu de temps, mais il est une phrase qui depuis, me hante : "je suis soulagé". Je vais être franc, c'est moi qui ai introduit le thème : "Alors, soulagé ?", et ce "oui", à peine murmuré, résonne encore.
Soulagement.
C'est donc ce que tu exprimas. Je le l'ai pas un seul moment envisagé. Je me doutais que tout n'allait pas si bien à ton regard. J'avais bien perçu quelques défaillances, mais pas une seule seconde j'ai pu envisager qu'elle fussent de ma plus stricte responsabilité. Tu me l'accordas d'ailleurs, quelques temps après : nous étions deux ; après tout, c'était d'une histoire dont il était question, pas d'un règlement de compte. Cette histoire, il aura fallu pourtant la "régler", et tu me fis comprendre que les responsabilités étaient partagées. Pourtant, tu as employé ce terme : "soulagé". Il a fait mal. On soulage la douleur. En ai-je été une ? On soulage d'un fardeau. Fut-ce à ce point ? Il me semble que non.
Soulagé, pourtant... Les fins d'histoire sont rarement paisibles, c'est un fait. Je l'admets. En tous les cas, elles ont cette fâcheuse tendance à littéralement anéantir ce qui a pu être. Disons, pour rester modeste, avoir été... Pourtant, tu le sais, sans doute, l'espérè-je en tout cas, j'ai fait en sorte de... J'ai fait de mon mieux. Je t'avais rencontré, je me suis lié, contre mon gré, c'est un fait, je me suis habitué, nous avons cohabité et je maintiens que ce ne fut pas si mal. Nous avons même été un couple, c'est dire... Tu as été soulagé, et pourtant, je le sais, nous ne fûmes l'un pour l'autre simplement ni fardeau, ni douleur. Les écrivains d'aujourd'hui appellent cela de la lassitude, quel mot de merde... Il ne veut rien dire, et pourtant, il en dit tant.
Soulagement... Ce nom commun fait mal. Je n'ai pas pensé une seule seconde de ma vie qu'être hors de portée de quelqu'un eût pu lui faire du bien, moi ne me suis jamais vraiment jugé malfaisant. Voilà où mène parfois l'amour... Et pourtant, ce fut l'amour, non ?
Tout cela est décidément bien compliqué. Les esprits étriqués diront que nous n'avions pas été faits l'un pour l'autre, pourtant, ce fut le cas. Paradoxes, paradoxes, encore et encore. De cette complexité naissent des royaumes, et à admirer ce paysage, je suis, à mon tour, soulagé...

Bon vent !
"Personne n'allume une lampe pour la mettre dans un lieu caché ou sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, afin que ceux qui entrent voient la lumière." Luc 11-33.
rocky
piaf