Le contraire de un
Par Jérôme le samedi 11 avril 2009, 17:39 - anti depressive delivery - Lien permanent
Voici un titre que j'aurais aimé trouver tout seul, mais comme souvent,
penser seul ne suffit pas, ne permet pas toujours de se renouveler, parfois,
empêche même de créer. Les influences, les rencontres, les lectures, sont des
ciments de l'existence, ils permettent de pousser les murs, de les élever,
d'enrichir quotidiennement notre royaume. Ce billet va, à nouveau, parler de la
solitude, car s'entend, se dit, se pense parfois une forme nouvelle, une
troisième, et des plus inquiétantes de cet état que nous connaissons tous et
qui réserve bonnes comme mauvaises surprises. Nous avions déjà décrit les deux
solitudes, la bonne et la mauvaise : l'accomplissement de l'une et l'état
d'abandon et de dégoût de soi que confère la seconde. Une troisième existe, et
nous ne la soupçonnions pas. Il s'agit de la solitude réfléchie, mûrie, pensée
et raisonnée. Cette solitude-là est terrible, parce qu'elle nous enferme dans
une posture, résumable en ces termes : "Je suis mieux seul qu'en couple,
au moins je ne déprime pas, et finalement, la vie n'est pas si mal, restons
donc seul, ainsi, je ne souffrirai plus de ruptures, d'impatiences ou
d'attentes..." Contre l'attente, privilégions l'oubli de soi, la négation de
l'amour, et vivons, vaille que vaille, en étant vaguement convaincu que cette
situation n'est finalement pas si terrible... Me fais-je bien comprendre
?
Il est vrai que la vie à deux n'est pas reposante, en tous les cas, et ces
pages sont là pour exprimer cette idée force : la vie à deux n'est pas un
gage d'accomplissement existentiel, ce n'est pas la solution à un mal, elle
n'est qu'une forme différente de la vie, de notre vie. Elle vient la ponctuer,
incidemment, en général sans que nous l'ayons choisie. Se fermer à cet
événement, c'est une autre démarche, plus pernicieuse, parce qu'elle repose sur
une réflexion, parce qu'elle est mûrie et s'avère même parfois vérifiée :
"nous sommes mieux seuls que mal accompagnés", entend-on. C'est un fait,
également : les histoires d'amour s'achèvent plus souvent qu'elles ne
durent, et cet achèvement fait du mal. Il est donc légitime de renoncer, de
rester cloîtré, de se fermer aux regards, aux rencontres, aux discussions que
nous serions amenés à mener. Nous y sommes tous passés.
Il est tout de même dangereux de s'enferrer dans ce que nous dicte notre ego,
même s'il semble avoir raison, même s'il a peut-être raison d'ailleurs. La
logique a de toute façon forcément raison devant l'illogique, mais comme
l'amour ne puise aucune racine dans la logique, il est impossible de résoudre
quelques questions que ce soit à son propos ; en rhétorique, il me semble
que cela s'appelle une aporie (un embarras pour choisir entre deux
propositions, disait Aristote).
Certes, aimer est une des choses les plus difficiles au monde, mais il s'agit
aussi d'une des portes ouvertes les plus rafraîchissantes, parce qu'elle abat
nos idées préconçues et nous transforme. C'est au contact de l'autre, d'une
autre histoire que nous grandissons. L'amitié remplit ce rôle, à part égale.
L'amour ajoute une touche plus inédite, que je pressens mais sur laquelle il
m'est impossible de mettre un mot. Ce que les amis bouleversent en nous par
leurs paroles, leurs actes ou leurs histoires, l'amour le révolutionne et
l'entérine. Renoncer à aimer, c'est finalement renoncer à une partie naturelle
de nous-mêmes, qu'au lieu de dompter et de maîtriser (difficilement, je le
concède), nous faisons avorter. Méfions-nous donc de l'aigreur. Qu'on ait peur,
c'est compréhensible, mais la peur s'effondre face à l'expérience, face au
recul, face à la réflexion. Un petit enfant sera effrayé à l'idée de traverser
la rue, mais guidé, en ayant grandi, il finira par être attentif aux feux, et
il aura ainsi appris à ne plus avoir peur des voitures sur la chaussée. En
amour, c'est la même chose : nous avons peur de traverser, mais nous
savons aussi que cette traversée peut être sans danger. La peur ne résout rien,
elle paralyse, parfois nous fait faire des bêtises.Ne laissons pas la crainte
dicter notre existence.
Bon vent !
"Nous sommes deux, le contraire de un et de sa solitude suffisante."
Erri De Luca-Le Contraire de Un

Commentaires
Moi qui suis un grand "solitaire contrarié", je ne suis pas vraiment d'accord avec le jugement que tu portes sur le choix de la solitude. Bizzz quand-même !
Se priver d'amour pour éviter la souffrance qu'il provoque, non il faut pas s'interdire d'aimer !, il y a encore des amours qui perdurent alors pourquoi pas pour toi ?... laisse une chance à l'amour. Tu le refuses et le rejette... tu le fuis est-ce là la certitude d'être heureux ???
Ah moi, à titre perso, je ne rejette rien, je me contente de me manger des râteaux
Bon, tu avances :p