La pédale est pétrie de paradoxes (litote, me souffle la correctrice) : tantôt elle cherche un mec avec qui l'histoire pourrait durer, enrichir, épanouir, construire, tantôt elle dédaigne les propositions qui iraient dans ce sens en mettant en avant sa vie personnelle, son travail, ses amis, ses bistrots, ses plans culs. Nous sommes un peu toutes en équilibre instable sur cette corde raide : "j'y vais, mais en fait non" ou "je n'y vais pas, mais j'aurais dû, zut, je m'en veux..." Il y a en nous deux petits lutins qui se tirent en permanence la bourre : un gentil tout plein qui nous oblige à aller de l'avant, à sortir, à dire oui et à croiser le regard enjôleur qui fera chavirer nos coeurs (rime riche niveau première B me titille la baronne), et une espèce de petite saloperie goîtreuse et laide comme un pou qui nous freine, nous restreint, nous blottit dans notre petite coquille de mollusque baveux où finalement, la vie n'a pas l'air si mal.
Ce saboteur pernicieux qui nous alerte, nous enjoint de faire attention, d'attendre, de ne pas appeler tout de suite, n'est rien d'autre qu'un avatar un peu ridicule de notre personnalité, il est une fiction, un roman raté et dénué de sens qui a pris racine dans les années qui nous ont permis d'arriver jusqu'ici. Etre méfiant est une chose, fermer sa porte en est une autre. De cette situation binaire et, j'en ai conscience, ô combien caricaturale (appelons cela de la pédagogie, ça fera plus sérieux) émerge une question, objet de ce billet printanier et guilleret : faut-il se forcer avec un mec ? Doit-on s'impliquer dans une histoire si on n'est pas un minimum amoureux mais si le mec en face est : joli, gentil, baise bien, pas con, mais bon, ça ne le fait pas, on verra avec le temps.
Bon, inutile de gloser, si j'avais la réponse, je n'écrirai pas ce blog, parce qu'on se mettrait en couple à peu près toutes les semaines, et dans le même temps, on connaît tous ces couples improbables qui durent, mais où jamais il n'y eut coups de foudre, passion, et tout ce bazar ingérable dont on ferait volontiers l'économie tellement on a passé l'âge. J'avoue humblement que le perspective d'attendre après des textos qui arrivent toujours trop tard m'épuise d'avance. Bien sûr, il y a le fucking friend, c'est intéressant comme piste, parce qu'en gros, on ne partage que le côté sympa de la personne et on ne se prend pas la tête avec le reste, même si la petite saloperie au fond à gauche nous zozotte que ça ne durera qu'un temps, et quand tu seras une vieille peau toute frippée et irregardable, tu aurais été bien contente d'avoir un mec qui t'aime. Elle se trompe cette débile, un mec n'est pas un PEL, enfin, il me semble. Moi, je le dis tout net, essayons, et lorsqu'on en a assez, et bien, disons-le en face, c'est important ça : cela nous permet de mettre des mots sur pourquoi ça ne marche pas, cela permet de se poser, et c'est surtout moins hypocrite. Voilà le conseil : foncez et si vous n'êtes pas satisfait, expliquez-vous, vous serez obligé de vous interroger, et les questions qu'on pose et qu'on se pose sont toujours les bonnes. Sur ce, je vais me promener.
Bon vent !
"J'éprouvais un peu de ressentiment à son égard, il y avait du feu sous la cendre, mais, plutôt que de le questionner inutilement, je préférais me dire qu'il ne restait qu'à solder gentiment tous les comptes et au revoir, chacun reprend sa route, le fil du quotidien, en attendant peut-être un autre film."
Frédéric Mitterrand-La Mauvaise Vie.