Certains mecs appréhendent le désir amoureux comme une quête, comme une longue série d'épreuves, comme une métamorphose graduelle de leur être, parfois de leur aspect physique, exclusivement destinée à les rendre désirables, aimés et aimants. Je lis, j'écoute, je constate que peu d'entre nous sont finalement assez détachés du regard amoureux. On s'imagine parfois que trouver un mec, et le garder, s'apparente à une quête de sens pour soi, à un chemin, à une amélioration graduelle qu'il faudrait accomplir consciencieusement pour parvenir au bout de ses peines.
Ce comportement est révélé dans ces petites phrases, que vous avez sans doute entendues : "je vais encore attendre longtemps", "ce n'est pas le bon", "en ce moment, il faut que je m'occupe de moi, je n'ai pas la place pour un mec", "de toute façon, j'en ai un peu fait le tour", "non, mais là, il faut que je travaille sur moi...", etc. Dans ces petits saboteurs de l'âme que sont ces affirmations péremptoires, règne l'idée de la quête, de l'attente, du tic-tac de l'horloge qui rythme nos destins et détermine nos vies. Dans cette bourbe git l'idée fallacieuse que ce sont des éléments extérieurs à nous qui décident à notre place, confisquant ainsi notre pouvoir de décision.
Une autre idée émerge de ce fatras : il faut être mieux, il faut s'améliorer, il faut tirer partie de ses échecs amoureux pour avancer. L'image qui me vient à l'esprit est celle d'une bûche de chêne brut que les différentes épreuves de la vie auraient contribué à taillader tant et plus (si possible dans la douleur) pour qu'émerge la substantifique moelle, celle qui sera destinée à connaître le grand et beau bonheur. A ce rythme-là, il ne restera pourtant que de la sciure, si on attend un peu trop.
J'ai longtemps eu cette vision des choses : "si bidule m'a quitté, c'est que je n'en valais pas la peine, à moi donc de changer ce qui doit être changé." Je partage cette question ici parce que certains ici ont pu être traversés par des états d'âme similaires. Dans ces cas-là, on fait n'importe quoi : on s'enferme, on étudie, on ouvre des blogs, on prend des verres à n'en plus finir avec des potes, on se prend la tête avec la moitié de la Terre entière et on passe à côté de l'essentiel : soi.
Nous sommes faillibles, imparfaits et parfois dénués du moindre intérêt (aux yeux de certains mecs, parfois aux yeux de nos ex). Et encore, étant nous-mêmes en général les personnes les plus sévères envers nous-mêmes, il se peut que nous nous trompions.

Ben ouais, parfois, on préfère se lever tard au lieu de bosser, on préfère aller prendre un verre et s'en griller une en lisant Libé au lieu d'aller nager, on préfère lire Harry Potter au lieu de Marcel Proust, on perd nos cheveux, on ne trie pas ses déchets parce qu'il est tard et que c'est quand même chiant (qui m'expliquera un jour ce qu'on fait des pots de yaourt et des couvercles des pots de confiture ?), on a des sillons dans le coin des yeux, on préfère prendre un bain au lieu de prendre une douche, on choisit consciencieusement de glander, de ne pas préparer sa journée, d'être habillé n'importe comment, de mettre des chaussettes blanches avec des chaussures Kenzo, de claquer un resto alors qu'on est à découvert et tant pis pour la méchante dame qui va vous proposer un énième prêt personnel, de manger un confit de canard au lieu d'une salade de quinoa, d'aller voir l'expo sur le Petit Nicolas au lieu de celle sur Andy Warhol même si dans les dîners, c'est parfois moins bien vu (Warhol, c'est quand même vraiment très moche...), de laisser son studio en bordel et ne pas du tout avoir le temps de le ranger vu qu'il faut un peu se balader dans le Marais, zut il fait beau quoi et on a eu un hiver quand même super merdique...
On est ça, et parfois le contraire (on range, on lit Proust, on ne fume plus et on fait du sport avant d'aller manger bio en prenant une salade à 7 € et un verre d'eau parce que 800 € de découvert, ça fait chier...). Dites-vous juste que le mec en face, il est à peu près pareil et démerdez-vous !
Bon vent !
"Montaigne se rend chez une courtisane lettrée, qui lui lit une interminable élégie de sa composition ; Montaigne s'en serait tiré à meilleur compte avec la vérole."
Paul Morand-Venise.

bashung

Tu perds ton temps À mariner dans ses yeux Tu perds son sang Tel Attila Tel Othello Tu te noircis Dans quoi tu te mires Dans quel étang À l'avenir Laisse venir Laisse le vent du soir décider Laisse venir Laisse venir Laisse venir...
(Note de la patronne des lieux : Tu parles d'un cadeau d'anniversaire, bon vent connard !)