Fiducia. La confiance, la fidélité en latin. Une injonction biblique s'imposait, tant les discussions sur la fidélité dans les couples pédés prennent, parfois, des tournants moralistes relativement indigestes. L'objet de ce billet n'est pas de disserter sur les bienfaits ou méfaits de cette prétendue infidélité, le terme lui-même me dérange par sa connotation hétérocentrée. Nous singeons le mariage, nous singeons le couple homme-femme et nous récupérons même ses travers. L'infidélité, c'est un terme qui s'emploie dans le cadre du mariage, or tant que nous n'avons (Dieu merci) pas droit au mariage, l'infidélité n'existe pas... C'est sémantique, mais c'est comme ça (mon opinion sur le mariage gay ne regarde que moi, mais je conçois que là, je viens de perdre la moitié de mes lecteurs).
Pour pas mal de pédés autour de moi, "aller voir ailleurs", comme on dit, c'est une démarche de perdant. On la subirait, au choix : parce qu'on est immature, parce qu'on ne sait pas communiquer, parce qu'on n'a pas réglé toutes ses questions, enfin, aussi, parce qu'on serait des hormones sur pattes. Je passe sur les dérives qu'oriente immédiatement ce nouveau langage : aux yeux des "gentils", le couple libre (il y aurait donc des couples emprisonnés...) donnerait une mauvaise image de la sexualité entre mecs, les errements sexuels seraient le fait de gens obsédés, immoraux, dénués d'intérêts. Je ne caricature pas, je reporte, sans doute avec mes mots à moi, la teneur de quelques conversations de bistrot, de quelques échanges sur le web, de quelques réflexions amicales.
Encore une fois, il ne s'agit pas de juger, il ne s'agit pas d'expliquer. Chaque couple est libre. Je connais des mecs qui s'aiment d'un amour fou en ayant chacun leurs trips, leurs fucking friends, leurs réseaux, j'en connais d'autres qui baisent à trois, et il en existe aussi (mais, c'est vrai, je n'en connais pas) qui ont une vie de couple plus hétéronormée, et où la question de l'infidélité peut être une cause immédiate de rupture. L'essentiel dans tout cela tient en peu de mots : il faut être heureux, la vie est unique, et les équilibres amoureux tiennent uniquement aux histoires personnelles, affectives et familiales des deux protagonistes. Il est donc impossible, malvenu, maladroit de donner une opinion sur ce que doit être un "bon" couple pédé. Chaque couple a sa magie, son univers, et la polémique n'y a pas sa place. C'est la raison pour laquelle je suis au mieux peiné, au pire très en colère, lorsqu'on juge, lorsqu'on méprise, lorsqu'on brocarde. Le mec qui aime le cul en dehors de son couple n'a pas de leçons à donner à celui qui rêve d'une relation plus exclusive, et le contraire est également vrai. Entendre des pédés juger d'autres pédés, leur donner des leçons, c'est insupportable. Nous avons la chance inouïe de développer, d'encourager, de créer des sexualités et des amours différentes, alors ne nous en privons pas.
Une question demeure. Ouvrir son couple à d'autres, rencontrer d'autres mecs, toucher et prendre son pied avec de nouveaux corps, de nouvelles personnalités, demande de la maturité. Il faut être suffisamment assis dans son espace amoureux pour savoir jusqu'où on est capable d'aller, pour mesurer ce qu'on est susceptible de perdre, il faut aussi avoir confiance en son partenaire. Il me semble qu'à 20 ans, au bout de six mois de relations, commencer à regarder un autre mec n'est pas un choix de vie mais un symptôme : symptôme que le couple actuel ne convient pas, que l'on a envie de nouveau, que l'on souhaite se frotter à d'autres regards, que la vie est longue et surprenante. En revanche, au bout de plusieurs années, après les confrontations, les disputes, les rabibochages, les moments d'intimité, il me semble qu'un couple est bien plus fort, et là, chacun peut ouvrir sa fenêtre sur autre chose, sans pour autant mépriser son partenaire, sans pour autant avoir envie de le quitter.
Je les entends qui me disent déjà : "Oui, mais si le mec veut autre chose, c'est que son mec ne lui convient plus, non ?" Peut-être, mais peut-être pas. Nous sommes tous uniques, nous avons nos histoires, et dans l'ensemble, je pense que nous sommes, à notre niveau, des gens qui méritons d'être heureux. Je suis navré de cette réponse de normand, mais il me semble, à mesure que ce blog avance, que l'amour est sans nul doute le seul et unique domaine de l'existence pour lequel aucune réponse n'existe. L'amour est notre chemin, et nous tâchons de le suivre ; on se perd, on fait fausse route, on s'enfonce, mais au final, on essaie, et ce n'est déjà pas si mal.
Bon vent !
"Tout ce qui arrive à chacun est utile au tout." Marc-Aurèle.
Ce post est pour A.