L'amour à distance
Par Jérôme le dimanche 8 février 2009, 17:13 - love, etc. - Lien permanent
Voilà une question qui revient assez souvent dans les discussions et les
conversations : est-il possible de s'aimer à distance ? Oui et
non : nous avons sans doute, dans nos entourages, les deux exemples. Je me
rappelle d'un lien amoureux incroyable, à 1200 km de Paris, où chaque visite de
l'un chez l'autre était un véritable moment de paradis. Tout cela a duré trois
ou quatre ans, chacun faisait sa vie en parallèle et lorsque les deux se
voyaient, c'était intense, magique, une forme en apparence accomplie de
l'amour. Cette situation, où finalement on se voyait peu, était quelque peu
artificielle, elle ralentissait même le processus amoureux. En trois ou quatre
années, deux amoureux finissent en théorie par se connaître un peu mieux,
finissent par se dompter, mais, s'ils se rencontrent épisodiquement, le travail
de "mise en lien" est plus lent, et il engendre, à moyen terme, une
frustration. Se voir trois ou quatre fois par an, c'est placer la relation
entre mecs dans une dimension symbolique, c'est même se réfugier dans cette
seule dimension symbolique : ce qui lie les êtres n'est alors
qu'abstraction, une vague idée de l'amour, alors que ce qui devrait lier les
deux partenaires, ce devrait être les deux partenaires eux-mêmes. Sans doute,
la relation lointaine nous oblige-t-elle, très vite, à assumer : il faut
se sentir capable très vite de dire : "je t'aime, je veux vivre auprès de
toi, je vais faire ce qu'il faut pour que nous nous rapprochions, j'attends de
toi qui tu en fasses autant."
Cette relation demande une grande maturité, elle demande aussi que nous nous
aimions, que nous soyons certains de nos choix, que nous soyons suffisamment
clairs avec nous-mêmes pour accepter de mettre en place des orientations dans
sa vie qui permettront, un jour, de vivre avec celui qu'on aime et qu'on a
choisi. Vivre avec lui ne signifie évidemment pas vivre sous le même toi, c'est
simplement multiplier les situations et les moments où chacun des deux mecs
s'observent dans des situations de tous les jours, pas forcément les plus
reluisantes d'ailleurs : rentrer tard du travail et n'avoir envie de
parler à personne, être anxieux, avoir des soucis familiaux, s'engueuler,
aussi. Autant de petits événements certes peu glorieux qui n'existent pas
lorsque nous aimons à plusieurs centaines de kilomètres de distance.
Il y a aussi une autre distance, tout aussi difficile à appréhender :
Paris et sa banlieue. Je ne plaisante pas, même si aujourd'hui, il est assez
simple de se déplacer en Ile de France, un garçon vivant dans le 20ème
arrondissement ne verra pas tous les jours son amoureux s'il vit à Evry, par
exemple. Très souvent, le chemin se fera dans la direction de Paris, et notre
"quatre-vingt-onzien" pourra, lui aussi, connaître une vague frustration. J'ose
imaginer que les liens amoureux feront que très rapidement, une solution sera
trouvée. Je sais, à titre personnel, que je ne me suis pas barré de ma province
froide et morne pour me retaper des dimanches soirs sur la ligne C du RER, dans
le même temps, cette situation peut tout à fait se produire. M'est avis qu'il
faut très vite en parler, s'organiser, permettre à chacun de vivre dans un
univers qui ne lui soit pas trop hostile, il est vrai que ces histoires se
terminent de deux manières : tout s'arrête, ou bien l'un des deux va vivre
chez l'autre. Si tout cela peut en rassurer certains, voilà une belle
histoire : un de mes vieux copains vit depuis 12 ans dans les Yvelines
avec un type rencontré au Sauna, il habitait avant dans le 5ème arrondissement.
Tout est possible, même être heureux dans le 78...
Bon vent !
"Le malheur de l'inconstance, c'est l'ennui ; le malheur de
l'amour-passion, c'est le désespoir et la mort. On remarque les désespoirs
d'amour, ils font anecdote ; personne ne fait attention aux vieux
libertins blasés qui crèvent d'ennui et dont Paris est pavé."
Stendhal-De l'amour Qu'il me fut difficile de trouver des choses utiles à
vous raconter, j'espère que ce ne fut pas trop long... Merci d'être toujours là
en tous les cas ! Le roman avance, peut-être ceci explique
cela...
Commentaires
J'aime bien mieux vos billets ici que votre poil à gratter là bas. :p
See you soon (well, you know...)
"vivre sous le même toi" jolie coquille.
Du coup, j'ai voulu la laisser....