Salut à toi,
On ne se connaît pas, je suppose même que tu n'existes pas, mais si tu le permets, je vais penser, l'espace de ces quelques lignes, que tu as une vague réalité. On ne se connaît pas et nous ne nous connaîtrons jamais, tu es un ectoplasme, une créature sans vie, une abstraction, une image, un fantôme. Mais tu es. Tu es un garçon que j'aurais peut-être pu rencontrer un jour. Tu ne me ressembleras pas, c'est évident, d'ailleurs, aucun homme ne se ressemble. Nous aurons sans doute des points communs, mais ils ne seront pas identiquement visibles, ils ne seront pas identifiables, ils t'appartiendront autant qu'ils m'appartiennent. Tu l'auras rencontré je ne sais où, chez des amis, dans un bordel ou en boîte, peut-être sur internet. Tu vivras avec lui depuis quelques jours seulement, tu ne le connaîtras pas encore très bien, comme moi, aujourd'hui, je ne puis le connaître, tant ce n'est pas le même, tant notre histoire nous a changés. Ce qui en a résulté, c'est toi qui le verras, c'est toi qui apprendras à l'aimer selon des normes et des principes qui n'appartiendront qu'à vous deux, ou c'est peut-être ce qui t'énervera. Longtemps, même si tu n'existes sans doute pas, j'ai pensé du mal de toi, de la jalousie, du mépris, et finalement, tu as l'air d'être un mec estimable, en réalité, nous le sommes tous. Toi, à ton tour, tu vas partager ta vie avec quelqu'un que j'ai aimé avant toi. Je n'en tire aucune gloire, c'est un autre temps, une autre époque, un autre âge. Tu l'aurais rencontré il y a quelques années, il ne t'aurait peut-être pas remarqué, parce qu'à cette époque, c'est moi qu'il avait vu. Et toi, autrefois, tu étais différent, comme je le suis, comme il l'est.
Cher inconnu, vous allez donc vivre une histoire d'amour nouvelle, dans celui que tu aimes, il y a une part de tous ceux qu'il a aimé, nous nous réveillons forcément différents après l'amour, et graduellement, ces lentes transformations nous accaparent et nous métamorphosent. Tu ne te poses peut-être aucune question sur l'avenir, et tu auras raison ; tu vas certainement t'interroger sur ce qu'il est, peut-être comprendras-tu mieux que moi quelques parcelles mystérieuses de son être, qui, sans doute, sont peut-être plus faciles à appréhender aujourd'hui.
Ainsi, tu es le prochain, et moi, je m'éloigne tant et plus de votre univers, pour en explorer de nouveaux, qui vous seront totalement étrangers, comme vous m'êtes étrangers. Je vous souhaite une bonne route !
Bon vent !
" Je ne peux pas effacer le garçon juste avant moi il faudra diviser certains sentiments par trois."
Vincent Delerm, Marine.