Lettre à un jeune gay
Par Jérôme le lundi 12 janvier 2009, 22:06 - love, etc. - Lien permanent
J'avais écrit cette réponse il y a cinq ans à un blogueur qui, depuis,
est devenu un copain. Je triche un peu, mais je trouve cette lettre cohérente,
et sans doute sera-t-elle utile, ce qui me rassure, c'est qu'aujourd'hui, je
n'en changerais pas une ligne, à l'époque, j'étais célibataire, pas encore SPI,
pas franchement dans l'idée qu'un jour, j'aurais à me reprendre la tête sur le
célibat, et à la veille, sans le savoir alors, d'une histoire cardinale
aujourd'hui morte et enterrée. Time flies... (Les italiques sont de
2009...)
Marrant ton post, et nécessitant quelques réflexions, sur les jeunes, les pd,
(je n’aime pas le mot gay perso), le marais, le cul, le dépôt, et
l’amour…
Première chose, tu es gay, c’est clair, ça ne fait aucun doute, pour de
multiples raisons assez évidentes à lire de prime abord : petit délires
égocentrés, volonté de se démarquer, questionnements perpétuels sur soi, etc.
En fait, tu vis un truc que tout PD vit un moment dans sa vie, la période de
transition. D’une vie conforme à ce que la société attend de toi, conforme à la
manière dont tu as été élevé depuis la petite enfance, tu passes à un autre
truc. La plupart des PD ne savent pas ce qui les attend, dans cette autre vie,
et ils se créent alors un truc totalement artificiel : le Marais, avec ses
modes, ses codes, ses musiques, ses mots, ses gens, ses stars… Certains y
restent, s’y enterrent et finissent par en crever, moralement ou même
physiquement s’ils ne font pas gaffe : l’archétype, c’est la folle qui va
traîner sur un sling au Keller en attendant de se faire jouir dans le fion sans
capote et qui prendra ses antiprotéases en rentrant chez lui à 5h00 du matin,
la gueule pleine de whisky, de poppers et d’idées noires.
Je ne caricature pas, des mecs comme ça, il y en a plein (et je ne les blâme
pas, sauf pour le noCapote, mais pas pour la déprime), et puis il y a des
sous-archétypes : la petite fofolle fashion victim arrogante et pétasse à
souhait qui attend le mâle, et qui ne le trouve pas, parce qu’il ne convient
jamais, le trentenaire blasé de s’en être trop pris dans la gueule (tiens,
j'étais prophétique, là, rho, j'avais 30 ans...) et qui ne cherche plus,
donc qui ne trouve plus, et qui finit par ne plus trop savoir ce que signifie
être amoureux (ça c’est moi : on ne change pas, ma parole...), et
puis il y a des mecs comme toi, suffisamment neutres encore pour juger ce monde
à la fois diabolique et génial (pour rien au monde je ne voudrais être hétéro,
même si j’avais le choix, et je ne me souviens pas une seule fois dans ma vie
avoir ressenti un quelconque émoi pour une nana)…
En fait, je te conseillerais deux choses : la première, d’assumer
vraiment, c’est à dire de te positionner en tant que gay, d’en parler, de faire
de ce que tu es un truc normal, et surtout qu’on n’en parle plus après. Voilà,
c’est la première chose, la deuxième, ne diabolise pas “la communauté”, les
gens qui y vivent sont loin d’y être heureux mais ne te sens pas pour autant
obligé de l’intégrer (c’est la raison pour laquelle lorsque je constate qu’un
jeune de 20 ans (c’est ton cas je crois) commence une relation en allant au
Dépôt, ça me fait bondir : mais putain, le cul est certes nécessaire, moi
je ne pense pas pouvoir m’en passer , mais mettez-y un peu d’amour les mecs,
couchez le soir même, ça oui, il faut (grande différence avec les hétéros) mais
couchez par amour, c’est tellement mieux.
K..., ne change pas, n’essaie pas de te conformer à ce que tu vois ou
entends : tu aimes le prog, alors n’achète pas un disque de M. Farmer pour
faire genre, les mecs que tu rencontreras ne connaîtront pas, tu feras
connaître, et ça se fera bien comme ça. Dans le même temps, respecte les autres
folles, celles qui n’ont plus la liberté que tu as encore, mais aussi celles
qui traînent, celles qui mettent des talons aiguilles, des robes et qui parlent
d’elles au féminin.
Si tu fais tout ça, tu seras heureux.
Bon, K..., si tu passes par là, excuse-moi d'avoir cafté...
Bon vent !
"Formé à demi par les nécessités du temps, un FAIT est enfoui tout obscur
et embarrassé, tout naïf, tout rude, quelquefois mal construit, comme un bloc
de marbre non dégrossi ; les premiers qui le déterrent et le prennent en
main le voudraient autrement tourné, et le passent à d'autres main déjà un peu
arrondi ; d'autres le polissent en le faisant circuler ; en moins de
rien il arrive au grand jour en statue impérissable"
Vigny, Cinq-Mars.
Commentaires
Hey mais ça m'était destiné ça /o\
Je t'en veux pas d'avoir cafté :p Tu fais partie des personnes qui m'ont bien aidé