Un lecteur, que j'avais visiblement déçu, m'a un jour envoyé un courrier doux-amer où il me demandait ce que j'allais faire dans les bordels, et d'abord, qu'est-ce que c'était que ces choses ? Bon lui répondis-je, on peut lire Saint Augustin ou Chateaubriand et tout de même apprécier enfiler une jeune folle sur un sling ; là-dessus, aucune contradiction à mon avis...
Alors, commençons par le début : un bordel, ce n'est plus un lieu où l'on paie on ne sait qui pour lutiner on ne sait comment (c'est terminé depuis Marthe Richard, RIP) mais c'est désormais un joli endroit convivial où l'on paie un serveur en string pour baiser avec un inconnu qui a payé lui aussi. Ma philosophie du bordel est la suivante : si tu paies pour quoi que ce soit, il faut que ce "quoi que ce soit" soit, d'une manière ou d'une autre, fourni.
Cet axiome occasionne ainsi une perte considérable de temps. Je ne suis pas le seul à penser ainsi, ce qui explique la première observation que n'importe quel quidam pourra énoncer après avoir pénétré cette antre démoniaque : dans un bordel, les mecs tournent.
Même s'il n'y a que six personnes, on tourne. Il y a deux écoles : les tournants, et les assis. Je ne parle pas tout de suite des groupes, cela viendra en son temps.
Les qui tournent... tournent. Ils matent, regardent, vérifient si un sosie de M Pokora ne se cacherait pas au fond d'une cabine, en général, ils tombent plutôt sur Macha Béranger enrhumée, alors ils font demi-tour, et recommencent. Parfois, je m'amuse à compter les tours (je fais partie des intermédiaires, ceux qui s'assoient et tournent régulièrement, à heure fixe, en général au générique du porno...), c'est hallucinant, on dépasse la vingtaine en une heure. Tourner, c'est finalement assez attendrissant : le garçon, joli ou non, cherche quelqu'un qui lui convienne, rien que cela, ça cloue le bec à ceux qui disent qu'on baise avec n'importe qui dans "ce genre d'endroit", comme ils disent, ceusses qui trouvent ça mal. Le mec qui tourne, je l'aime bien, il vire, recule, vérifie, se retourne, suit. Parfois, une stratégie se met en place : je me balade, j'en remarque un qui me plaît, zut, il ne m'a pas vu, je repasse, et là, il me voit, j'avance vers le coin, recule pour vérifier qu'il suive, parfois il suit, parfois non. Cornegidouille, on recommence... Et même ! Même s'il ne suit pas, cela ne veut rien dire, il peut être timide, c'est peut-être la première fois qu'il vient, il préfère qu'on vienne l'aborder. Dans le cul, comme dans l'amour, si étroitement liés, quoiqu'en disent "ceusses qui trouvent ça mal", tout est indéfectiblement lié... Rien n'est simple dans l'humain, même "dans ce genre d'endroit"
Les assis, c'est plus difficile. Certains se donnent grâce à leur fessier des airs mystérieux, ou réservés, parfois, c'est seulement qu'ils ont mal aux pieds, que sais-je... Ce qu'ils attendent, ceux-là, c'est qu'on leur parle, sauf que parler au bordel, c'est limité à "tu viens souvent ici ?" (la réponse est en général non...), "tu fais quoi dans la vie ?", "c'est sympa le quinzième ?", éventuellement, une fois la chose accomplie, on peut demander le prénom, mais là, on entre dans l'intime...
Statistiquement, il y a autant de mecs valables dans ceux qui tournent que dans ceux qui sont assis, statistiquement, je me demande dans quelle mesure nous ne sommes pas tous des mecs valables.
Bon vent et bonne année 2009 !

"Ne refuse pas un bienfait à celui qui y a droit, Quand tu as le pouvoir de l'accorder. Ne dis pas à ton prochain: Va et reviens, Demain je donnerai! quand tu as de quoi donner. Ne médite pas le mal contre ton prochain, Lorsqu'il demeure tranquillement près de toi." Proverbes 3, 27-29