L'année s'achève, ce soir à minuit. La rotation de notre planète suscite toujours quelques réactions, réflexions et retour sur l'arrière. Un mot simple : merci ! Les pages écrites ici trouvent un écho que je ne soupçonnais guère, vous êtes environ 150 à visiter quotidiennement ces lieux, à parfois y laisser un commentaire, envoyer un courrier ou quelques encouragements. Ecrire est difficile, le format internet n'est guère propice à l'écriture et à l'introspection, parce que la plupart d'entre vous attendent une suite, la réclament parfois, et que de mon côté, je ne parle pas lorsque je n'ai rien à dire... Souvent, il a été question d'arrêter, parce que l'inspiration, l'envie, et le lent isolement que confère parfois l'acte de se livrer partiellement à des inconnus, étaient difficiles à trouver et à supporter. Voyez en ces pages une respiration, un moyen de se retourner sur soi, une confiance en l'avenir autant qu'une réconciliation avec le passé. Je me suis amusé à recenser quelques requêtes qui vous avaient permis d'atterrir ici. Je passerai rapidement sur "se branler au quotidien" ou "blog ou ont voix des hétéros qui se branles" (sic) ; non que ces questions ne m'intéressent pas, mais je n'ai guère que des photos de ma petite personne à fournir aux intéressés et je ne serai, Dieu merci, jamais hétérosexuel de ma vie... Arrêtons-nous plutôt à : "Comment sortir d'une déception amoureuse ?" (bizarrement, les fautes d'orthographe sont absentes, on en conclut ce qu'on en veut ; je déteste les fautes d'orthographe). J'imagine le lecteur, un soir apparemment, qui, dans cette lucarne interactive, cherchait une réponse. La Pythie cybernétique fonctionne finalement assez mal, elle donnera parfois des pistes, quelques éclaircissements, mais cela ne reste que des mots, et si les mots soignent parfois, peut-être, ils ne peuvent suffire à rendre la nécessaire confiance en soi, celle qui justement, permet de répondre à la question posée. Un ami m'a un jour confessé détester ce qui était écrit ici, il me disait en substance : "je n'aime pas cette manie de construire des pyramides par le sommet" ; cette remarque est venue à point. Oui, ces pages sont triturées, elles ne sont pas le signe d'un regard apaisé sur l'autre, elles détricotent ce qui, sans doute, ne suscite aucun mystère chez la plupart d'entre nous (vous). Elles cherchent à mettre du sens là où, par nature, l'incompréhensible de lasse jamais d'être. Nous cherchons des réponses à des questions qui ne se posent pas, parce que l'amour est une simple question de destin, de chance, et de regard sur soi un peu amélioré. Là est la simple ambition : nous cherchons du complexe là où les choses sont simples, nous voulons de l'aventure là où il ne subsistera que du quotidien, nous croyons devoir participer aux jeux Olympiques tandis qu'une simple promenade aux Buttes Chaumont est attendue. Je pense souvent à ce lecteur nocturne, à sa requête, et j'espère que là où il est, il a progressivement réussi à s'en sortir, et si ces pages l'ont un peu aidé, mes heures passées auprès de vous n'auront pas été vaines...
Bon vent !
"Les plaisirs d'aventure ne m'auraient convenu qu'aux temps passés. Dans le XIVème, XVème, XVIème et XVIIème siècles, la civilisation imparfaite, les croyances superstitieuses, les usages étrangers et demi-barbares, mêlaient le roman partout : les caractères étaient forts, l'imagination puissante, l'existence mystérieuse et cachée. La nuit, autour des hauts murs des cimetières et des couvents, sous les remparts déserts de la ville, le long des chaînes et des fossés des marchés, à l'orée des quartiers clos, dans les rues étroites et sans réverbères, où des voleurs et des assassins se tenaient embusqués, où des rencontres avaient lieu tantôt à la lumière des flambeaux, tantôt dans l'épaisseur des ténèbres, c'était au péril de sa tête qu'on cherchait le rendez-vous donné par quelque Héloïse. Pour se livrer au désordre, il fallait aimer véritablement ; pour violer les moeurs générales, il fallait faire de grands sacrifices. Nous seulement il s'agissait d'affronter des dangers fortuits et de braver le glaive des lois, mais on était obligé de vaincre en soi l'empire des habitudes régulières, l'autorité de la famille, la tyrannie des coutumes domestiques, l'opposition de la conscience... Toutes ces entraves doublaient l'énergie des passions."
FR de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, Livre Quatrième.