C'était sur un réseau tout ce qu'il y a de plus réseau ; depuis deux ans que je fréquente ce machin auquel je ne comprends pas toujours grand-chose (entre les descriptifs ultra-perfectionnés que personne ne lit, les propositions et les items aussi proches de la réalité qu'un discours de Roselyne Bachelot sur le VIH, les payants pas vraiment payants et les gratuits pas toujours gratuits, je suis perdu dans mes repères...), bon, toujours est-il qu'il y a une fonction que j'apprécie particulièrement : qui est venu vous visiter ? C'est crétin, mais ça évite nombre de râteaux, au moins, vous avez la vague impression que le mec en face pourrait être intéressé si vous le contactez, ce que je ne manquai pas de faire ce soir-là.
Il me réponds, aussi sec, et rendez-vous est pris pour le lendemain. Mal à l'aise il était ce garçon, pourtant, j'avais bien rangé mon appartement tout repeint, tout joli, je lui propose un verre d'eau (c'est le seul truc qui me vienne à l'idée dans ces cas-là) et après s'être désaltéré, nous faisons plus intimement connaissance. Bon, il faisait partie de ceux qui m'ennuient prodigieusement : les mecs qui n'embrassent pas. Des fléaux, ces trucs-là. Il y en a deux sortes : ceux pour lesquels embrasser signifie mettre dans la partie de cul une once de sentiments, et là, c'est péché, ou (et mon visiteur appartenait à cette deuxième catégorie), ceux qui croient encore qu'ils vont attraper plein de maladies en mélangeant leur salive à celle d'un inconnu. J'explique vaguement qu'il ne risque pas la mort, mais bon, visiblement, il y avait un véritable chantier à entreprendre, donc, nous nous activons à la tâche. Le fait est, quand le mec n'embrasse pas, c'est embêtant, à part les tétons, quelques caresses, et deux trois bricoles, ça limite le champ des possibles (il se faisait sucer avec capote aussi...). Finalement, la chose se termine vaillamment et triomphalement, même s'il ne pouvait s'empêcher de me poser des questions sur mon boulot, ma vie, mon oeuvre tandis que mes yeux étaient face à son nombril (si vous voyez ce que je veux dire...).
Lorsqu'il but finalement son verre d'eau, il me demande mon âge. Bonne fille, je lui dis la vérité, après tout, on avait déjà baisé, et là, il me répond : "Mais c'est génial, tu as dû connaître Champs-Elysées" (pour les plus jeunes d'entre vous, c'était une émission de variétés très Carpentier dans l'âme présentée par Drucker, déjà...). Quelque part, je me dis que là, ça y est, les jeunes nous ont envahis, jusque dans nos maisons, il y a des gens qui n'ont pas connu ce que j'ai connu ; je passerai sous silence toutes formes de commentaires sur cette extraordinaire référence télévisuelle. Je suis bien obligé de lui répondre par l'affirmative, bizarrement, ça ne me fait pas drôle, au contraire, ça donne un début de respectabilité. Toujours est-il que ça m'a bien fait rire.
Bon vent !