Point final
Par Jérôme le mardi 2 décembre 2008, 22:18 - stardust memories - Lien permanent
Ils ne s'étaient plus revus depuis au moins un an. Après la fin, il y avait
eu l'attente, d'abord ; le chagrin ensuite, puis entrèrent en scène des
acteurs grotesques : la rancoeur, la haine sans doute aussi, les regrets,
et cette kyrielle de ressassements, des scénarios faits, refaits, défaits,
remontés, un assemblage alambiqué d'impressions et de détails pour essayer de
comprendre pourquoi tout s'était arrêté, scénarios vains parce que montés seul,
alors que dans ces situations, on déconstruit à deux autant qu'on
construit.
Ils se sont donc recroisés, un bref regard, sans même l'ombre d'un sourire,
sans clins d'oeil, chacun était en train de parler avec des connaissances
inconnues de l'autre, le temps était déjà passé par là. Il n'y avait plus rien,
sinon de l'indifférence. L'indifférence, c'est l'ultime étape : celle où
l'on n'aime plus, mais où l'on ne déteste plus non plus ; celle où chacun
est soi, mais où sont reconnues et gardées en mémoire les parts respectables
des deux anciens amants. L'indifférence n'est pas en soi négative, elle ne nie
pas le passé, elle ne nie pas ce qu'a été le bonheur, mais par chance, elle
efface les parts les plus instinctives et animales, celles qui sont arrivées
plus tard, après la fin. L'indifférence anéantit la haine, et en cela, elle est
bénéfique. Chacun reprend sa route, à sa façon, avec de nouvelles personnes, de
nouvelles histoires, de nouveaux projets.
Ils se sont donc revus, sans avoir envie de se dire ne serait-ce que bonjour,
ce n'était certainement pas du mépris, mais simplement un signe tangible de
l'éloignement. On ne dit pas bonjour aux inconnus, et les deux étaient devenus
de parfaits inconnus l'un par rapport à l'autre. En arriver là avait pris du
temps, et ce moment est souvent aussi craint qu'il est attendu. En cet instant
s'étaient donc engloutis on ne sait où le mépris, l'espoir et la colère. Ils
n'étaient plus rien l'un pour l'autre.
Trouver un mec, c'est rédiger un palimpseste, pour que la nouvelle histoire
soit lisible, il faut avoir gratté ce qui a précédé ; bien sûr, des traces
demeurent, les meilleures de nous-mêmes, de la lente construction mutuelle qui
a émergé d'une histoire ne doit rester que le meilleur, que le solide, que le
tangible, que le joli. L'autre n'était plus un absolu, après le chaos était
revenu un nouvel ordre, un nouveau décor. Et dans ce décor allaient, sous peu
de temps, jouer de nouveaux acteurs. Le rideau est pour l'instant baissé,
patience... Et, au passage, merci à l'inconnu, qui, peut-être, vient parfois se
perdre dans ses pages.
Bon vent !
"Elle en avait fini, songeait-elle, avec toutes les trahisons, les
bassesses et les innombrables convoitises qui la torturaient. Elle ne haïssait
personne maintenant ; une confusion de crépuscules s'abattait en sa
pensée, et de tous les bruits de la terre, Emma n'entendait plus que
l'intermittente lamentation de son propre coeur, douce et indistincte, comme le
dernier écho d'une symphonie qui s'éloigne."
Gustave Flaubert, Madame Bovary.
"Souvent, en effet, quand nous commençons d'aimer, avertis par notre
expérience et notre sagacité, -malgré la protestation de notre coeur qui a le
sentiment ou plutôt l'illusion de l'éternité de l'amour, - nous savons qu'un
jour celui de la pensée de qui nous vivons nous sera aussi indifférent que nous
le sont maintenant tous les autres que lui... Nous entendrons son nom sans une
volupté douloureuse, nous verrons son écriture sans trembler, nous ne
changerons pas notre chemin pour l'apercevoir dans la rue, nous le
rencontrerons sans trouble, nous le possèderons sans délire. Alors cette
prescience certaine, malgré le pressentiment absurde et si fort que nous
l'aimerons toujours, nous fera pleurer ; et l'amour, l'amour qui sera
encore levé sur nous comme un divin matin infiniment mystérieux et triste
mettra devant notre douleur un peu de ses grands horizons étranges, si
profonds, un peu de désolation enchanteresse..."
Légèrement adapté de Marcel Proust (j'ai remplacé les féminins par les
masculins), Sources des larmes qui sont dans les amours passées.
Ce blog va prendre une autre direction, plus légère, plus dans l'esprit du livre Trouver un Mec en 10 leçons : des sorties, des coups de gueule, du rire, un blog normal en somme. Difficile de poursuivre dans l'introspection, les choses étant maintenant réglées. Au début de ce blog, il y eut une histoire, puis une rupture, mais j'entends la suite piétiner devant la porte encore close, restons donc ensemble, ouvrons-la et poursuivons le chemin...
Commentaires
Palimpseste , hum , c'est pas sous la vulgaire croute ,que l'on trouve l'oeuvre d'art à se pamer d'envie ? l'emotion pur ? un peu de mal avec l'indifference J'accepterai la douleur D'accord aussi pour la peur Je connais les conséquences Et tant pis pour les pleurs J'accepte quoiqu'il m'en coûteTout le pire du meilleur Je prends les larmes et les doutes Et risque tous les malheurs Tout mais pas l'indifférence Tout mais pas le temps qui meurtEt les jours qui se ressemblent Sans saveur et sans couleur Et j'apprendrai les souffrances Et j'apprendrai les brûlures Pour le miel d'une présence Le souffle d'un murmureJ'apprendrai le froid des phrases J'apprendrai le chaud des mots Je jure de n'être plus sageJe promets d'être sot Tout mais pas l'indifférence Tout mais pas le temps qui meurt Et les jours qui se ressemblent Sans saveur et sans couleurJ e donnerai dix années pour un regard Des châteaux, des palais pour un quai de gare Un morceau d'aventure contre tous les conforts Des tas de certitudes pour désirer encore Echangerais années mortes pour un peu de vieChercherais clé de porte pour toute folieJe prends tous les tickets pour tous les voyagesAller n'importe où mais changer de paysage Effacer ces heures absentes Et tout repeindre en couleur Toutes ces âmes qui menten tEt qui sourient comme on pleure
( on a la culture que l'on peut )
emotion "pure" bien sur ( Charlus ! au coin ! ) et c'était J,j goldman, ah lorsque l'on veut attraper le dernier métro !
Euh... Je ne comprends pas bien tout, c'est un texte de Goldman ? Je parlais en fait de l'indifférence entre deux hommes qui, autrefois, se sont aimés, évidemment, ce n'est pas un sentiment toujours agréable à vivre dans sa généralité. Bienvenue à toi en tous les cas :).
J'avais bien lu ,bien compris ,c'est assez explicite ,j'avais mis les paroles de ''l'indifference de Goldman sans mauvais esprit mais parce ce qu'elles évoquent bien mon ressenti actuel face à cette ''indifference " vecue, mais pas toujours supportable .. - amicalement
«… mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.»
Alfred de Musset
On ne badine pas avec l'amour
Je suis votre inconnu et vous êtes le mien. Je ne me perds jamais dans vos pages. Je m’y retrouve, je m’y vois, et parfois je vous y ai entraperçu. Au nom de tous vos visiteurs, du soir ou de la nuit : Merci.
Se rapprocher de soi, honorablement, avec ou sans amour, en l’ayant connu ou jamais… ou pas encore ; aller à sa propre rencontre par le biais de l’écriture, des projets ou par d'autres moyens…. mourir riche de ses rencontres, de ses lectures, des regards fugitifs comme la foudre et des Tiramisu auxquels nous avons goûtés ici bas… Peut être est-ce juste ça la vie.
Une vie où l’autre n’est plus un absolu, mais un acteur qui compte… nullement irremplaçable. Un acteur-douceur de plus. Un luxe peut être. Et s’il fait défaut ou s’il manque à l’appel, la représentation aura lieu. A l’heure précise, le rideau se lèvera.
Mon chéri,
Le titre est bon.! Je compte sur vous (si pecunia licet) pendant les jours gras, c’est-à-dire dans une quinzaine. - Arrangez-vous pour passer ici au moins un jour plein. - Et prévenez-moi un peu d’avance.
Maintenant, je prépare mon dernier chapitre : l’éducation. Si je pouvais fouiller dans la bibliothèque de votre Ministère, j’y trouverais, j’en suis sûr, des trésors ! - Mais par où commencer les recherches ? Il me faudrait des choses caractéristiques comme programmes d’études - et comme MÉTHODES. Je veux montrer que l’Éducation, quelle qu’elle soit, ne signifie pas grand-chose, et que la Nature fait tout, ou presque tout.
Avez-vous un catalogue de votre bibliothèque ? Parcourez-le. Et voyez ce qui peut me servir. Si je vous lisais mon plan, vous verriez ce qui me conviendrait. Il sera fait dans une quinzaine. Croisset, 22 ou 23 janvier 1880]. lettre à Maupassant (extrait )
Seuls quelques crapauds mélancoliques poussaient vers la lune leur note courte et monotone.
Il semblait à Jeanne que son coeur s'élargissait, plein de murmures comme cette soirée claire, fourmillant soudain de mille désirs rôdeurs, pareils à ces bêtes nocturnes dont le frémissement l'entourait. Une affinité l'unissait à cette poésie vivante ; et dans la molle blancheur de la nuit, elle sentait courir des frissons surhumains, palpiter des espoirs insaisissables, quelque chose comme un souffle de bonheur.
Et elle se mit à rêver d'amour.
L'amour ! Il l'emplissait depuis deux années de l'anxiété croissante de son approche. Maintenant elle était libre d'aimer ; elle n'avait plus qu'à le rencontrer, lui !
Comment serait-il ? Elle ne le savait pas au juste et ne se le demandait même pas. Il serait lui, voilà tout.
Elle savait seulement qu'elle l'adorerait de toute son âme et qu'il la chérirait de toute sa force. Ils se promèneraient par les soirs pareils à celui-ci, sous la cendre lumineuse qui tombait des étoiles. Ils iraient, les mains dans les mains, serrés l'un contre l'autre, entendant battre leurs coeurs, sentant la chaleur de leurs épaules, mêlant leur amour à la simplicité suave des nuits d'été, tellement unis qu'ils pénétreraient aisément, par la seule puissance de leur tendresse, jusqu'à leurs plus secrètes pensées.
Maupassant - Une Vie
tout le monde doit lire ca pour comprendre!!