Mes amis, mes amours, mes emmerdes
Par Jérôme le mardi 11 novembre 2008, 12:52 - heart is a lonely hunter - Lien permanent
Une amie m'avait un jour confessé : "tu sais, à 60 ans, quand je
fais le bilan, ce sont finalement les relations d'amitié qui furent les plus
intenses, plus en tous les cas que mes histoires d'amour." Je n'avais pas
trop aimé, à l'époque, y devinant, évidemment à tort, une forme de résignation,
un simple repli sur soi et sur son univers. En résumé, je voyais dans cette
réflexion pourtant bien humaine et très apaisée une injonction à m'éloigner
d'un objectif pourtant légitime : vivre une histoire d'amour durable...
Dans mon esprit, étaient donc opposées la relation amoureuse et la relation
amicale, l'une succédant à l'autre au gré des aléas de l'existence.
Et bien, à mesure que les mois de "célibat" s'égrainent les uns après les
autres, à mesure également qu'il devient évident qu'on peut avoir le moral sans
être avec un mec, à mesure que les années passent en laissant quelques
stigmates, Dieu merci encore embryonnaires, sur feu mon corps de rêve, je me
demande si ma copine n'avait pas un peu raison, tout de même.
Nous sommes trois ou quatre, tous des mecs bien je sais, célibataires et
finalement relativement heureux de l'être, en tous les cas, personne ne semble
particulièrement désespéré, nous avons nos ex, nos histoires, nos petits traits
d'humour à leur sujet, où s'agitent en proportions à peu près égales de
l'ironie, de la nostalgie et la vague idée -tout de même- de jeter un oeil sur
ce que réservent les pages suivantes... Des soirées, quelques verres, quelques
sorties dans des lieux "conviviaux", peu à peu se met en place une autre
époque, une autre strate de la vie de la pédale. Comme les périodes de la
préhistoire, nous en avons connues plusieurs : la découverte identitaire,
la recherche de l'amour, la première vraie histoire, le premier gros chagrin,
la période du recul (avant celle du retrait), d'autres histoires, dans
lesquelles nous avons été peut-être plus prudents, et en ce moment, une attente
saine, sereine, attentive, où plus rien n'est sûr mais où, dans le même temps
rien n'est décevant. Oui, c'est vrai, nous devenons un peu comme tous ces mecs,
ceux qui me terrifiaient il y a 10 ans. On prend des verres au Duplex, on fait
de commentaires très classes sur des mecs inaccessibles, quitte à être un
tantinet mauvaises filles, on rentre chez soi, parfois en traînant un peu sur
internet, parfois en faisant un petit détour...
Certains lecteurs trouveront cela pathétique, et pourtant, il n'en est rien. Se
crée avec le temps d'autres relations, fortes c'est un fait, puissantes et
constructives c'en est un autre, qui valent autant que la relation amoureuse.
L'une ne remplace pas l'autre, mais, comme les deux engrenages d'une horloge,
elles commencent à s'articuler. S'établit au contraire, avec le temps et la
maturité, la découverte de soi par le contact amical, de ses potes, de ces gens
qui, peu à peu, prennent dans notre univers une place fondamentale et qu'on
espère indéracinable.
Ces groupes de potes que nous voyons sans arrêt en traînant dans le Marais, et
qui parfois nous agacent, rendent à l'humain son caractère social, l'extirpent
de chez lui ; nos relations, nos amis, nos collègues parfois aussi,
agissent en nous exactement comme agirait un homme qu'on aime : compromis,
projets, avis plus ou moins partagés ; les deux relations ne sont
finalement pas si différentes, et se fâcher avec un ami est aussi difficile à
vivre qu'une rupture sentimentale, si toutefois cette amitié est sincère. Je
n'exagère pas, je crois.
J'ai eu envie de rédiger ce billet pour les plus jeunes d'entre vous, vous qui
pensez peut-être que la vie amoureuse et la vie amicale appartiennent à deux
univers différents (je pensais un peu ça il y a quelques années, on généralise
avec ce qu'on peut). Certes, les enjeux divergent, mais ce que nous sommes avec
l'un, nous les sommes avec les autres, plus ces deux mondes sont proches, plus,
il me semble, nous sommes prêts, ou aptes, à la rencontre. Quand vous
rencontrez quelqu'un, ne le cachez pas à vos amis, ne vivez pas dans un monde
parallèle, assurez-vous d'être le même en toutes circonstances, moins on
n'incarne de personnages variés, mieux c'est pour tomber amoureux. Ne pensons
pas que les périodes "sans mecs" sont des périodes sans rien ; le temps,
lui passe, et n'est jamais temps perdu celui où l'on est heureux avec des gens
qui comptent...
Bon vent !
"Le temps, il épuise mes chances de la découvrir, cette épaule sur laquelle
j'espère sans cesse pouvoir un jour reposer ma tête. L'Autre
existera-t-il ? il a existé, je l'ai rencontré. Le rencontrerai-je
encore ? et jusqu'à quand ? Les nostalgiques du passé prétendent que
le premier amour marque pour toujours une vie. Faux. C'est celui que je suis en
train de vivre qui marque ma vie. A partir de quelle âge est-il celui qu'on
croit devoir être le dernier ? Ma vie, que l'Autre marquera de sa
présence, sera de plus en plus courte. Elle rétrécit déjà à toute
vapeur."
Jean-Louis Bory, Ma Moitié d'Orange.
Mon vieux Jean-Louis, si je puis me permettre, l'autre existe pour ainsi dire
quotidiennement, mille autres changent notre vie, chaque jour... Jetons nos
montres et chronomètres à la poubelle...
Commentaires
c'est tout à fait vrai ! les amis prennent une place prépondérante, et même en couple il est absurde de les négliger. Ce sont eux qui ramassent les morceaux à la fin... Je me demande parfois si je ne finirai pas en coloc avec mes meilleurs amis !
je passe souvent sur ce blog jadoooore cette facon de voir les choses