Depuis quelques temps, une curieuse séparation oppose les homosexuel mâles : les purs et les impurs. Je suis à peine caricatural. Il y a peu, je rencontre un type qui détenait apparemment son lot de bagages à déposer (nous en avons tous, mais dans la rencontre première, mieux vaut laisser planer le mystère avant de transformer votre interlocuteur en Soeur Emmanuelle (RIP)). Ce jeune homme, sensiblement du même âge que le mien, m'explique en vingt minutes son enfance malheureuse, ses problèmes de fric, ses galères d'appart, sa meilleure copine-heureusement-qu'elle-est-là et m'explique doctement qu'il est avant tout en boîte pour s'amuser, parce que les rencontres qu'on y fait ne sont jamais sérieuses, et que de toute façon, les mecs dans le Marais, ils ne pensent qu'à tirer leur coup, et patati et patalère.
Je ne sais pas si c'est l'endroit, où j'étais invité et où je me faisais suer comme un rat mort, mais j'étais plutôt de méchante humeur, et je lui réponds, aussi doctement et aussi agréablement qu'une truie enrhumée: "vous êtes vraiment exaspérants, les mecs, alors pour toi, celui qui veut juste tirer son coup est un impur malfaisant tandis que toi, tu es une belle oie blanche virginale et immaculée, pourfendeur du vice et rédempteur parmi les mortels, te voilant dans l'habit de la vertu et de la pureté." Bon, j'ai dû le dire plus simplement, mais c'était en gros mon sentiment.
Il me regarde, et me dit, non, pas du tout, mais moi j'aime les câlins mais les mecs, maintenant, etc. etc.
Soit. Je reconnais qu'il y a un juste milieu à adopter, trop de cul tue le cul, et parfois, c'est vrai, on aime bien, on préfère même : les petits bisous dans le lit, les enlacements voluptueux, les matins coquins et tendres, enfin, la vie quoi. De même, les mecs qui n'embrassent pas m'exaspèrent, même pendant un bête plan cul, mais ils m'énervent autant que ceux qui viennent au sauna en maillot de bain... C'est sûr, c'est plus glamour que le sling et les pantalons baissés dans une cabine gluante, mais de grâce, acceptons un vague équilibre entre ces deux extrêmes, qui sont, quoi qu'on en dise, légèrement teintés de judéo-christianisme un peu agaçant.
Souvent, on se dit que la relation aura plus de valeur si on attend avant de coucher, comme si notre corps et notre esprit pouvaient se dissocier, ce qui coûte, à mon humble avis, pas mal de sacrifices inutiles, pas mal de résistances vaines, pas mal de temps perdu aussi. Je rappelle simplement que la vie est unique, qu'elle est aussi inexistante et noire que le trou du cul d'un ver de terre quand on a passé l'arme à gauche et que ce n'est pas une répétition générale : on est sur scène directement, et on joue, sans filet.
Loin de moi l'idée d'affirmer qu'il faut se vautrer dans le foutre et la luxure, mais il est clair, certainement, qu'on se torture exagérément l'âme en n'écoutant pas son instinct. Le mec qui ne veut pas baiser ne sort pas, ça nous arrive à tous : on voit des amis, on lit, on prend soin de soi, on se branle, je ne sais pas, mais si on cherche un mec, et ben, on couche, assez vite, l'attente ne suscite qu'exaspération, frustrations et vains questionnements. Parfois, la rencontre amoureuse nous oblige à perturber nos manières de voir le monde, elle nous oblige à changer (comme le célibat, d'ailleurs, si on apprend à bien le vivre, ce blog est là pour ça, pour moi, comme, je l'espère sincèrement, pour vous...), et ces changements vont vite, sans qu'on ne s'y prépare, mais diable, parfois, l'accélération des choses est salutaire ! La petite étincelle qui s'allume au premier regard consume le coeur comme nos parties anatomiques les plus viles, n'en soyons pas dupes, et n'y résistons pas. Coucher n'engage à rien, coucher est respectable, coucher fait du bien aux deux, et à la longue, si la rencontre prend racine, cette activité somme toute assez normale deviendra, je vous le souhaite, quotidienne et en constants progrès. Ne perdons pas de temps, et ne créons pas, nous les pédés, de nouvelles barrières surgissant derrière celles que nos ancêtres ont laborieusement abattues.
Bon vent !

"Regarde en ton miroir, et dis à ton visage
Qu'il n'est que temps qu'il en forme un nouveau
Car si tu n'en ravives le jeune éclat,
Voici trahi le monde...
Mais si tu vis en voulant qu'on t'oublie
Soit, reste seul et meurs. Meurs avec ton image."
William Shakespeare, sonnet 3