La timidité. Bon sang, pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ? C'est elle la coupable, c'est cette petite coquine qui nous empêche d'alpaguer le premier mec qui nous plaît, qui nous fait bafouiller, qui nous enjoint à ne pas tenter notre chance, si tant est que la relation sentimentale soit comparable à une vulgaire partie de bingo. Des mecs qu'on n'ose pas aborder, parce que nous sommes la victime, déjà, de l'image qu'on se fait d'eux : trop beau, trop intelligent, trop con, trop ceci, il n'est pas pour moi, et puis bon, ça va foirer, alors à quoi bon essayer ? ...
Nous avons tous ces anecdotes, ces moments où on n'a jamais osé, les événements étaient amenés sur un plateau d'argent, et, comme un plat inconnu, on n'a pas osé y goûter : suivre ce type dans la rue qui pourtant n'arrête pas de se retourner depuis qu'il nous a croisé, s'inviter chez ce voisin chez lequel on a malencontreusement sonné en confondant les étages, demander le numéro de téléphone à ce type croisé au bordel... On met tout cela sur le compte de la timidité, et elle nous bloque, nous heurte, nous joue de bien mauvais tours. Non, bien sûr, ces types, si on avait osé, n'auraient peut-être pas été le ferment d'histoires longues, mais sans essayer, comment le savoir ? Nous passons notre vie à lutter contre nos craintes, nos peurs, nos angoisses, notre mutisme, notre manque de confiance en soi...
Je me souviens, c'était au sport, ce type, sublime, qui n'arrêtait pas de me regarder, qui me souriait, qui me suivait ; et moi, avec mes "ce n'est pas possible", avec des mimiques d'être inaccessible et hautain, qui fait mine de montrer qu'il ne s'est pas rendu compte du petit manège... Combien d'histoires avortées ? Combien de bonnes conversations restées dans les lymbes ? Combien de fou-rire étouffés ? Combien de jours perdus à se poser mainte questions alors que là, à côté, des garçons abordables, il y en a pléthore, reste juste à les aborder...
Pour se rassurer, on se dit qu'en étant timide, on attendrit un peu. Pas sûr, un timide qui rencontre un autre timide ne vas pas se métamorphoser, il n'y a à mon avis que trois moments où cette connasse de timidité disparaît de notre vie : quand on a envie de baiser, quand on est un peu alcoolisé et quand on est amoureux. Parfois, les trois vont ensemble d'ailleurs, mais ne nous égarons pas. J'avais pensé, en voulant rédiger ce billet, essayer de comprendre ce que la timidité avait de physiologiquement positif : elle est certes animale, elle nous empêche de nous aventurer dans des mondes hostiles, elle nous enjoint à la prudence. Mais seulement, en 2008, où les rencontres sont si fugaces, les agendas si blindés de choses inutiles, les moments de conversation un peu enrichissantes se raréfient tant et plus, je me demande si on ne devrait pas tordre le cou une bonne fois pour toute à cette timidité. L'abattre ne nous nuirait pas, au pire, un râteau ou deux, et c'est tellement la vie que de redescendre de son pied d'estale, c'est tellement la vie aussi de réaliser avec stupéfaction que ce mec splendide, qui ne semble avoir aucun problème, était lui aussi tout aussi timide et réservé à votre égard... Pourquoi certaines pédales se travelotent-elles ? Pour casser cette réserve, pour briser la glace, pour être, non un personnage, mais finalement, aller chercher dans des sédimentations très personnelles et très enfouies ce qui est la véritable essence de notre être.
Travelotons-nous les esprits : osons. Milton Erickson, le fondateur de l'hypnothérapie, conseillait à ses patients atteints de timidité maladive, de faire une chose très simple : aborder un inconnu et lui donner, en souriant, une heure fantaisiste, d'abord une fois par mois, puis une fois par semaine, puis quotidiennement. On vous prendra pour un barjot, mais vous, vous savez ce que vous valez, et vous aurez osé. La timidité n'apporte rien de bon, exorcisons-là. Il est 16h17.....
Bon vent !
"Elle s'éloigna de Jeff sans lui laisser le temps de poser une seule question. il était prêt à lui en poser; mais elle était partie... Au match suivant, elle l'aperçut dans la foule, en train de parler avec ardeur à un autre garçon. Elle se faufila furtivement, assez près pour capter l'essentiel de la conversation, et puis elle s'eclipsa, et quand Jeff le quitta, elle retourna près de lui pour continuer la conversation. Sans présentations. Ils ont simplement évoqué ce problème, un point c'est tout. Au troisième match, Kirsti Erickson partit à la recherche de l'autre garçon et écouta la conversation ; lorsque Jeff arriva, l'autre garçon dit : "Salut Jeff, laisse moi te présenter... euh, et bien, nous ne sommes pas encore présentés..." "Je crois que c'est à toi de le faire", dit-elle à Jeff..."
Milton H Erickson. Ma voix t'accompagnera...