La lose attire la lose
Par Jérôme le dimanche 12 octobre 2008, 12:31 - heart is a lonely hunter - Lien permanent
Pendant la rédaction de "Trouver Un Mec en 10 leçons", on s'était marré en
évoquant ces soirées en discothèque où les mecs sortent simplement pour sortir
mais s'emmerdent copieusement, et rentrent bredouille. Philippe, mon co-auteur
et ex co-blogueur, avait une expression très imagée : "la lose attire la
lose" : on sort, on tombe sur un boulet, du coup on déprime, et on a une
tête des mauvais jours, et on a envie de rencontrer, et là, le cercle vicieux
s'installe, plus on veut rencontrer, plus on tombe sur que dalle, plus on
déprime, et la soirée s'éternise, indéfiniment.
Il y a peu, ça m'est arrivé, et le pire, c'est que je ne l'ai pas fait exprès.
Je n'étais pas en super forme ce week-end-là, fatigué et d'une humeur automnale
(vous savez, ces moments où on ne supporte pas son reflet dans le miroir, où on
trouve qu'on vieillit, où on serait mieux au chaud sous sa couette). Un ami
devait venir dîner, pas vu depuis un an, 20 heures sonnent, puis 21 heures,
puis 22 heures, ma soupe au potiron refroidit, mon omelette aux girolles est
restée virtuelle et mes éclairs à la vanille vivotent dans le frigo. Dîner
raté, aucune nouvelle de mon hôte. Tout à coup, coup de fil, un vieux copain
qui aujourd'hui travaille dans une boîte de nuit, le Tango (une boîte où je
m'emmerde prodigieusement à chaque fois que j'y vais, mais je déteste les
boîtes en général), il prend quelques nouvelles, je lui raconte ma déconvenue,
il me dit, tu n'as qu'à passer, tu prendras un verre et tu dragueras un
peu.
Conscient de l'irréalisme absolu et du caractère saugrenu de la dernière
proposition, je me force, parce qu'il faut paraît-il se botter le derrière de
temps en temps (j'ai lu ça sur un blog qui parle de rencontre amoureuses entre
les mecs
). Je me douche, me fais tout joli (enfin, dans la mesure du
possible), mets ma chemise noire qui me donne des airs mystérieux et
inaccessibles, enfile un jean slim qui me donne des airs de gros cul, enfin, je
m'apprête, avec une petite voix qui me disait quand même : "ce n'est pas
une bonne idée, tu n'aimes pas sortir", et moi de lui répondre : "mais je
t'emmerde, connasse, si je ne sors pas, je ne rencontrerai personne et je ne
veux pas finir mes jours à manger de la soupe aux potiron froide".
J'arrive, je vois mon pote. Putain, ça faisait longtemps que je n'avais pas mis
les pieds au Tango : ça pue, les boîtes de nos jours, il n'y a plus de
clopes, et ça, ça prend à la gorge. Les pro dansent à deux, je n'ai jamais
compris comment ça marchait ce truc-là, une enclume me tombe sur la tête. Je
vais rester comme un couillon au bord de la piste tandis que tous ces mecs qui
se connaissent dansent des trucs indansables où il faut compter dans sa tête et
avoir l'air con quand on marche sur le pied de son partenaire, étant totalement
délatéralisé, je n'ai jamais su aligner trois pas dans les danses à deux, aucun
sens du rythme, enfin, la cata. Longtemps d'ailleurs, j'en ai nourri un
complexe, en me disant que je n'étais pas fait pour la vie à deux, puisque je
ne sais pas danser à deux, mais bon, cette petite névrose est me semble-t-il
passée... Toujours est-il que je m'emmerde copieusement, et que ça doit se voir
sur ma tête. Mon pote me présente un mec, on se connaît de vue, mais je n'ai
jamais trop eu envie de lui parler, il traînait avec un groupe avec lequel
j'avais autant d'affinités qu'avec la tête de veau vinaigrette. Bref, soirée
lose...
Je me barre à 23h, n'y tenant plus. File prendre un verre au Central, deux mecs
(maqués), plus le serveur... Purée, ça continue. Puis, en sortant, une
idée : si tu allais au bordel, chéri, ça fait 15000 ans... Je jette un
oeil sur un gratos, savoir ce qu'il y a dans le coin à part le Dépôt où je n'ai
pas envie de traîner, et ils ne proposent que des soirées naturistes, je n'ai
rien contre au contraire, mais pas ce soir. C'est comme la piscine, ce n'est
pas le fait de nager qui m'ennuie, c'est me déshabiller et attendre des plombes
à poil qu'un type m'aborde, en plus, je ne sais pas, mais je flippe de plus en
plus à cause des IST, un de mes potes vient de chopper la gale, il paraît au
passage qu'il y a une recrudescence en ce moment. Mauvaise idée, je veux rester
habillé.
Je me souvenais avoir vu une adresse rue Brantôme, j'y vais et j'attends devant
l'entrée, je vois des nanas qui fument dehors, je me dis, cynique : "les
temps ont bien changé, la mixité est partout, même au bordel, on n'est plus
chez nous nulle part..", je rentre, paie (pas cher au demeurant) et pénètre
dans ce que je pensais être un vrai bordel. Là, stupéfaction : c'est une
boîte, les mecs sont là juste pour danser, et c'est une soirée mixte, hétéros,
filles, tout ça, qui s'ébrouent sur du Raï. Je file, dépité, voir les
cabines : toutes fermées, personne dedans, et on m'explique que le soir,
c'est soirée orientale pas forcément pédé.
La lose, je vous dis. Je rentre chez moi, surfe un peu sur le chat (ben oui,
tout ça m'a donné envie de baiser), évidemment, ma photo n'affriole pas, il n'y
a que le plan foireux toujours connecté qui me harcèle dès qu'il me voit
apparaître. Je regarde rapidement qui est dans mon quartier (c'est commode ce
truc-là) et tombe sur un mec assez mignon. Il me répond aussi sec (bon
signe) : "tiens, encore toi ?" Zut, je ne l'ai jamais vu, je regarde son
profil : purée, le mec du Tango de deux heures avant, bon, il est mignon,
mais vue la chance que j'ai ce soir... Tout cela ne loupe pas, il me dit :
je vais me coucher, à bientôt. Du coup, j'en ai fait autant.
Cette histoire est éminemment nombriliste et je m'en excuse, mais elle a un
sens : il ne faut pas sortir si on n'aime pas ça, encore moins dans les
lieux qui nous ennuient la plupart du temps. J'aurais mieux fait de rester
couché. Souvent, on entend : il faut sortir, sinon, personne ne frappera à
ta porte. je répondrais : il faut surtout être soi-même, s'engoncer dans
un milieu qui ne nous correspond pas nous rend exactement comme le poisson mis
en haut d'un prunier, il y est un tantinet mal à l'aise. C'était un peu pour
vous rappeler toutes ces évidences que j'ai écrit ma petite fable...
Bon vent !
"Combien de temps m'affligerai-je de ce que j'ai fait ou n'ai pas fait,
Et du souci de mener ma vie d'un coeur léger, ou non ?
Remplis la coupe, car j'ignore si j'exhalerai ce souffle que j'aspire."
Omar Khayyam, Ruba'iyat CXXXVI
Commentaires
Salut Jérôme ! J'ai l'impression de vivre la même chose que toi. Je ne suis pas vraiment branché boites et quand j'y vais, c'est généralement en me forçant. Et bien souvent je finis rapidement par m'emmerder dans mon coin et rien ne m'arrive. La lose attire la lose !
Au fait, j'ai acheté récemment votre fameux bouquin "Trouver un mec en 10 leçons" que je lis avec intérêt. J'ai tenté d'appliquer la leçon n°4 après avoir donné rdv à un internaute vendredi dernier dans un bar. Un beau brun sur lequel j'ai flashé en discutant pendant au moins une heure. J'étais euphorique en rentrant chez moi. Je l'ai relancé dimanche matin en suivant vos conseils. Je lui ai laissé un message pour lui proposer une balade en vélo l'après midi. Oui, il m'a bien recontacté. Il a fini par me rappeler ce lundi soir pour me dire qu'il ne souhaitait pas donner suite. NEXT !
Next ! C'est comme la nage, le tout est de plonger.... Bonne chance et bon courage !
Mais tu aurais tout aussi bien pu rencontrer au bar, un jeune homme tout à fait charmant qui aurait comblé ta nuit ! Je ne tirerais pas de principe d'une expérience
<i>(Je suis juge et partie, j'adore le tango, et j'en suis
quelques fois reparti bien accompagné...)</i>
c'est clair mais parfois, c'est comme regarder un navet au cinoche, on n'en sort pas et on a hâte de rentrer
C'est marrant j'étais persuadé en lisant le récit de ta soirée (qui a du être super longue !) tu aurais fait une rencontre. C'est pas drôle du tout, mais l'accumulation de tous ces plans lose m'a fait marrer, c'est parce que je les ai vécus moi aussi et que je m'y suis reconnu (sauf pour les boîtes où je ne vais jamais).
comme d'habitude, je voulais que ce soit pédagogique,mais force est de constater que ce soir-là (qui est authentique), il y avait un petit diablotin qui m'en voulait un peu. C'était un peu une réponse à l'antienne : "il faut absolument sortir", parfois, je me dis que non... Tant pis, le mec de notre vie ne sort pas non plus, certainement, quoique, je n'en sais rien... On va dire que non