soli, soli, soli
Par Jérôme le mercredi 24 septembre 2008, 19:04 - heart is a lonely hunter - Lien permanent
Un petit jeu de mot latin en guise d'introduction à ce billet : "étant
seul, sur le sol, sous le Soleil".
C'est de la solitude qu'il va donc être ici question. Après tout, si on cherche
un mec, c'est, d'une manière ou d'une autre, pour y renoncer partiellement. La
solitude n'est pas l'envers du couple, on est et reste seul, même à deux, que
ce soit dans ses projets, ses envies, ses besoins, parfois ses fantasmes. Il
existe deux solitudes, la bonne et la mauvaise, comme le cholestérol. La bonne
solitude, c'est celle de l'introspection, une certaine forme méditative de
recueillement, ce moment de calme qui devrait nous être autorisé à tous et qui
nous reconstruit, ce que certains psychologues nomment la douche mentale. C'est
seul qu'on grandit, qu'on existe, qu'on se projette dans le futur. Cet état de
solitude n'est pas donné à tous, il faut un certain degré de maturité, une
confiance en soi qui tienne à peu près debout, pour parvenir à le dompter, à le
maîtriser et à s'en servir. Dans nos villes, dans nos rythmes, ces moments
d'érémitisme, où on vit à sa façon, à sa vitesse (ou à sa lenteur) sont
difficiles à trouver. Ce sont pourtant eux qui nous préparent à rencontrer,
c'est en s'aménageant des plages de solitudes choisies, et non subies, en
regardant positivement son être (et non son nombril) qu'on se forge,
graduellement, une existence, qu'on est à même de mieux se connaître, dans nos
envies, nos choix, nos destinées. Au IIIème siècle, de nombreux ermites
partaient vivre dans le désert, à l'époque pour des raisons religieuses, ils
étaient admirés, adorés, et pourtant ne faisaient rien d'extraordinaire, ils
mangeaient, dormaient, menaient une vie simple. Paradoxalement, ils attiraient
(see what I mean ??), la solitude en effet engendre aussi le mystère, et le
mystère de la personne, c'est ni plus ni moins le ferment de l'amour. Un être
sans mystère ne nous attire pas, au contraire, un garçon qui semble éloigné,
qui a des absences, qui conduit sa vie de manière apparemment indépendante,
nous hypnotise, c'est le regard ténébreux, le beau brun du coin du bar, toutes
ces icônes furtives, enveloppées de magie.
Il existe néanmoins une mauvaise solitude, l'état esseulé, qui est un véritable
ravage amoureux : cette solitude-là est impossible à vivre, nous empêche
de rentrer tôt chez nous, nous fait veiller avec d'autres, nous évite de nous
regarder être et faire, ravageant nos emplois du temps, nos soirées, nos
lectures, nos moments simples qui ne devraient appartenir qu'à nous-mêmes. Etre
esseulé, c'est être blessé. Le garçon seul, de ce point de vue, celui qui vient
de subir une rupture, celui qui ne tient pas en place chez lui, celui qui
attend que le téléphone sonne, doit cicatriser, car il ne rencontrera que des
gens comme lui ; même si, partiellement, ces deux-là combleront leur
solitude, ces histoires ne vont durer qu'un temps, car chacun d'entre nous
avons besoin de périodes dans nos vies pendant lesquelles il est nécessaire que
nous nous connaissions un peu mieux, sans cela, on se trompera dans nos
rencontres, on ne se trouvera pas forcément à la hauteur, on ira chercher dans
un autre à moitié connu seulement ce que nous avons pourtant au fond de
nous-même.
La solitude est normale, c'est même lorsque nous sommes à l'aise en restant
seul que les rencontres intéressantes se font.
Ce billet avait deux motivations : remonter le moral à certains, et me
persuader égoïstement qu'il serait peut-être temps de me remettre à
sortir....
"Je veux encore rouler mes hanches, je veux me saoûler de printemps, je
veux m'en payer des nuits blanches, à coeur qui bat, à coeur battant, avant que
ne vienne l'heure blême, et jusqu'à mon souffle dernier, je veux encore dire
"je t'aime", et vouloir mourir d'aimer, elle a dit, ouvre-moi ta porte, je
t'avais suivi pas à pas, je sais que tes amours sont mortes, je suis revenue me
voilà ! Ils t'ont récité leurs poèmes, des beaux messieurs, des beaux
enfants, des faux Rimbaud, tes faux Verlaine, et bien, c'est fini,
maintenant." Barbara, bien sûr...
Bon vent ! 
Commentaires
Je commence à en avoir marre de la solitude!
Veux-tu que l'on aille "chasser" ensemble?
Houla, la chasse en meute, moi, je ne sais pas faire
Dommage! Chacun de son côté alors!
"L'homme fait son voyage seul. Dieu, la famille, tout ça, c'est la faute de cette solitude." Pier Paolo Pasolini, poète et cinéaste Le contraire, alors : l'autre, la rencontre avec l'autre, cette défaillance qui te donne parfois l'envie de mourir ou de vivre, je ne sais plus... Bah... Je vais continuer de participer à ce blog en silence (un silence heureux) parce que je prends vraiment du plaisir à vous lire et puis j'irai me coucher : seul. Ce soir, j'ai la solitude douce comme d'autres ont la migraine ou l'alcool triste : rien de bien méchant, en définitive. Bruno
Je l'aime beaucoup ce billet , je m'y suis retrouvé , merci
super, j'ai trouvé un nouveau blog qui me plait ;))
j'ai bien aimé le billet sur le cueilleur de champignons et la description du chasseur, et celui ci.
Bienvenue à tous alors, et poursuivons notre chemin !
Hello Jérôme,
Je suis tombé sur ton blog grâce à Zelink. Suis intéressé par ton association.
Rencontrons nous.
Arlindo
Encore un super article, Jérôme, tu es trop fort
! je suis tout à fait
d'accord avec toi sur les 2 solitudes même si la mauvaise est je pense
nécessaire après une rupture pour éviter l'insupportable. Je me posais la
question avec une copine : est-ce que pendant cette phase (de "suractivité
sociale") le deuil (dans le cas d'une rupture) continue de se faire ou alors il
est mis sous le tapis ?
Cette fois, c'est toi qui m'a donné une idée d'article !