Un petit jeu de mot latin en guise d'introduction à ce billet : "étant seul, sur le sol, sous le Soleil".
C'est de la solitude qu'il va donc être ici question. Après tout, si on cherche un mec, c'est, d'une manière ou d'une autre, pour y renoncer partiellement. La solitude n'est pas l'envers du couple, on est et reste seul, même à deux, que ce soit dans ses projets, ses envies, ses besoins, parfois ses fantasmes. Il existe deux solitudes, la bonne et la mauvaise, comme le cholestérol. La bonne solitude, c'est celle de l'introspection, une certaine forme méditative de recueillement, ce moment de calme qui devrait nous être autorisé à tous et qui nous reconstruit, ce que certains psychologues nomment la douche mentale. C'est seul qu'on grandit, qu'on existe, qu'on se projette dans le futur. Cet état de solitude n'est pas donné à tous, il faut un certain degré de maturité, une confiance en soi qui tienne à peu près debout, pour parvenir à le dompter, à le maîtriser et à s'en servir. Dans nos villes, dans nos rythmes, ces moments d'érémitisme, où on vit à sa façon, à sa vitesse (ou à sa lenteur) sont difficiles à trouver. Ce sont pourtant eux qui nous préparent à rencontrer, c'est en s'aménageant des plages de solitudes choisies, et non subies, en regardant positivement son être (et non son nombril) qu'on se forge, graduellement, une existence, qu'on est à même de mieux se connaître, dans nos envies, nos choix, nos destinées. Au IIIème siècle, de nombreux ermites partaient vivre dans le désert, à l'époque pour des raisons religieuses, ils étaient admirés, adorés, et pourtant ne faisaient rien d'extraordinaire, ils mangeaient, dormaient, menaient une vie simple. Paradoxalement, ils attiraient (see what I mean ??), la solitude en effet engendre aussi le mystère, et le mystère de la personne, c'est ni plus ni moins le ferment de l'amour. Un être sans mystère ne nous attire pas, au contraire, un garçon qui semble éloigné, qui a des absences, qui conduit sa vie de manière apparemment indépendante, nous hypnotise, c'est le regard ténébreux, le beau brun du coin du bar, toutes ces icônes furtives, enveloppées de magie.
Il existe néanmoins une mauvaise solitude, l'état esseulé, qui est un véritable ravage amoureux : cette solitude-là est impossible à vivre, nous empêche de rentrer tôt chez nous, nous fait veiller avec d'autres, nous évite de nous regarder être et faire, ravageant nos emplois du temps, nos soirées, nos lectures, nos moments simples qui ne devraient appartenir qu'à nous-mêmes. Etre esseulé, c'est être blessé. Le garçon seul, de ce point de vue, celui qui vient de subir une rupture, celui qui ne tient pas en place chez lui, celui qui attend que le téléphone sonne, doit cicatriser, car il ne rencontrera que des gens comme lui ; même si, partiellement, ces deux-là combleront leur solitude, ces histoires ne vont durer qu'un temps, car chacun d'entre nous avons besoin de périodes dans nos vies pendant lesquelles il est nécessaire que nous nous connaissions un peu mieux, sans cela, on se trompera dans nos rencontres, on ne se trouvera pas forcément à la hauteur, on ira chercher dans un autre à moitié connu seulement ce que nous avons pourtant au fond de nous-même.
La solitude est normale, c'est même lorsque nous sommes à l'aise en restant seul que les rencontres intéressantes se font.
Ce billet avait deux motivations : remonter le moral à certains, et me persuader égoïstement qu'il serait peut-être temps de me remettre à sortir....

"Je veux encore rouler mes hanches, je veux me saoûler de printemps, je veux m'en payer des nuits blanches, à coeur qui bat, à coeur battant, avant que ne vienne l'heure blême, et jusqu'à mon souffle dernier, je veux encore dire "je t'aime", et vouloir mourir d'aimer, elle a dit, ouvre-moi ta porte, je t'avais suivi pas à pas, je sais que tes amours sont mortes, je suis revenue me voilà ! Ils t'ont récité leurs poèmes, des beaux messieurs, des beaux enfants, des faux Rimbaud, tes faux Verlaine, et bien, c'est fini, maintenant." Barbara, bien sûr...

Bon vent ! Barbara