Ressemblances et différences
Par Jérôme le lundi 22 septembre 2008, 21:08 - love, etc. - Lien permanent
Un bloggeur sympathique qui parfois vient se perdre dans ces pages a, il y a
peu de temps, dressé un constat assez amusant, même si je ne parviens pas très
bien à distinguer si son observation relève d'une quelconque réalité ou bien si
elle est seulement le fruit d'un ressenti personnel. L'idée est la
suivante : les mecs qui sortent ensemble se ressemblent physiquement, même
look, même taille, même allure, voire mêmes centres d'intérêt.
Admettons. La ressemblance, comme en famille, est néanmoins avant tout un donné
subjectif : Tatie Raymonde trouvera que le petit dernier a les yeux de sa
maman, et la belle-mère trouvera plutôt que c'est le portrait craché de son
fils. Cependant, c'est un fait, en se baladant dans le Marais, on repère
quelques couples particulièrement mimétiques. Par l'âge, d'abord, ce qui est
finalement assez logique : ce sont les jeunes qui sortent le plus, ce sont
eux qu'on voit le plus ; les plus âgés, ceux qui ont dépassé la trentaine
(on arrête assez vite d'être jeunes chez les pédales), sortent entre potes ou
ne sortent plus, enfin, il me semble, mais ne généralisons pas... La mode
aussi, joue beaucoup, je me souviens, du temps de mon triomphe, c'était le tee
shirt moulant en lycra qui était la marque identitaire absolue et on se
ressemblait tous, il y a eu les clones un peu avant, et les cuirs, les motards,
les bears, tout ça. C'est une évidence, tous ces critères communautaires
entrent en jeu dans cette impression de similarité chez les mecs.
En général, au début d'une rencontre, on cherche les "points communs" : il
aime Brahms, comme moi, il n'aime pas le fromage, comme moi, il déteste Mylène
Farmer, comme moi, ces petits détails, anodins d'apparence, sont le ciment du
début de la relation. Ils favorisent les rapprochements, les discussions, et
surtout, ils éveillent dans notre conscience amoureuse l'idée que l'alter ego
est en face de nous, et que la relation, sur ces fondements, sera amenée à
durer. Viennent ensuite les divergences, rarement rédhibitoires si Cupidon a
déjà frappé : l'un sera plus ordonné, l'autre plus fouillis, l'un plus
structuré, l'autre plus artiste, peu importe. Chacune de ses dissemblances
permettent de nous démarquer de cet autre, de lui reconnaître une identité
propre, un destin bien à lui, et c'est dans ce jonglage permanent entre
mimétisme et semi-rejet que se bâtit l'histoire d'amour.
Les deux expressions existent dans le langage populaire et traduisent cette
complémentarité qui se joue dans la différence ou au contraire dans la
ressemblance : "chaque pot a son couvercle", impliquant que deux éléments
distincts se complètent, et aussi "qui se ressemble s'assemble", admettant
qu'une certaine convergence d'être, de penser ou d'autre chose a favorisé la
rencontre.
Prenons les jumeaux mythologiques Castor et Pollux : l'un est mortel,
l'autre immortel, et ce dernier partage son don avec son frère, mort ;
ainsi, ces deux êtres jumeaux, identiques, habitent à la fois dans les enfers
et dans l'Olympe. Castor et Pollux et tous les mythes relatifs à la gémellité
sont des fondamentaux de l'Occident : la constellation des Gémeaux, Caïn
et Abel dans l'Ancien Testament, les Asivin des Indiens.
Ce mode binaire est une structure indo-européenne ; il n'est pas
transposable au couple hétéro mais je serais moins péremptoire concernant les
mecs, parce qu'entre deux garçons, des myriades d'interrelations plus ou moins
conscientes s'entrechoquent et qu'elles ne sont pas le fruit de notre
éducation, enfin, pas seulement : père-fils, frère-frère (on entend cela
parfois : "j'ai trouvé l'âme-frère"), ami-ami. Nous sommes sans doute plus
proches, dans nos inconscients et nos cultures, des modèles antiques et
romanesques que les hétéros, sans doute plus marqué par la famille de laquelle
ils sont issus.
Castor et Pollux sont deux frères, ils ne couchent pas, mais se suivent à la
vie à la mort, gravitent dans des mondes distincts mais toujours
complémentaires, et ils ne se désolidarisent jamais. Leur ressemblance physique
s'accompagne d'une dissemblance dans leurs univers respectifs, l'un est
guerrier, l'autre dompteur, l'un frappe, l'autre se sert de l'animal pour
frapper ; l'un vit dans la nuit, l'autre dans le jour, l'un reçoit les
honneurs de Zeus tandis que l'autre les attend, et cela à tour de rôle,
indéfiniment. Cette complémentarité entre deux hommes est également illustrée
dans la Bible : Caïn est agriculteur, Abel berger, et quand Caïn veut
rompre ce lien, en tuant son frère, il est alors maudit.. Là encore, rompre la
ressemblance, c'est en quelque sorte renier la différence, c'est supprimer un
équilibre...
Il est évident que la ressemblance nous rassure, tandis que, c'est animal, ou
humain, c'est selon, la différence effraiera de prime abord. Par la suite, le
mimétisme sera une cause de rupture, tandis que les différences seront le
terreau fertile de la relation. Comme Castor et Pollux ou Caïn et Abel, deux
amants alternent leurs statuts, changent de rôle, et avancent, tranquillement,
vers leur destin fatalement, irrémédiablement, aussi distinct que
dédoublé.
Bon vent !
Tous deux sur le même lit,
Ils se tournent le dos, brûlant de se parler ;
Si la tendresse est dans leur coeur,
Chacun défend sa dignité ;
Mais, lentement, les yeux se tournent,
Leurs regards se rencontrent :
La querelle des amants
S'achève dans les rires et les étreintes passionnées.
Amaru, Centuries. Poèmes sanskrits de l'Inde Ancienne.
Commentaires
Une expérience a un jour été faite: on a transformé la photo des sujets, leur donnant une apparence du sexe opposé. Puis on leur a demandé de choisir dans une série de photos dans laquelle la leur était insérée. Très majoritairement, ils ont été attirés par leur propre photo transformée. Nous serions dons atirés par nos ressemblants.
ah oui ?? C'est intéressant ça, tu as des références à cette expérience ? Merci en tous les cas...