Ils ont cassé le Dépôt...
Par Jérôme le mardi 16 septembre 2008, 22:49 - my men and me - Lien permanent
Je me souviens, c'était en 1998. Je sortais avec un garçon qui m'a
copieusement oublié depuis, et qui coule des jours heureux depuis quatre ans,
m'a-t-on dit, avec un type sans doute moins insupportable que moi. Nous étions
vraisemblablement amoureux, tout cela dura un an et demi, mais avec le recul
des années, de cette histoire, il ne me reste rien : ni souvenirs heureux,
ni moments de complicité (qui ont bien dû exister...), juste quelques
engueulades mémorables, quelques prises de tête, ma première expérience à
quatre, deux cartes postales, une scène parce que j'avais passé Stefan Eicher
pendant une soirée et une chemise à carreaux bleue qui a déteint depuis.
Aujourd'hui, nous nous recroisons, nous saluons cordialement, nous promettons
de nous rappeler sans évidemment instiller la moindre concrétisation à ce qui
n'est que de la courtoisie, ma foi un peu hypocrite, mais somme toute
légitime.
Un souvenir est toutefois resté plus particulièrement ancré dans ma
mémoire : c'est pendant que je sortais avec O que le Dépôt fut inauguré.
Dans ma grande candeur juvénile, je pensais que c'était un bistrot de plus,
avec un nom moche certes, mais un bistrot quand même. Une fois, pour crâner, je
lui avais dit que j'y étais allé boire un verre : il m'a regardé avec des
yeux ronds comme des soucoupes, comme si je lui avais annoncé que je venais de
m'adonner à je ne sais quelle nouvelle pratique inavouable ou que j'allais le
demander en mariage.
Les années et les mecs ont passé, et j'ai fréquenté cette antre du démon plus
assidûment, me rendant compte que la consommation du verre était un détail au
regard de ce qui s'y passait ordinairement, ce qui n'était pas pour me
déplaire... Je ne vais pas écrire un billet sur le Dépôt, sa vie et ses moeurs,
d'une part parce que ç'a été fait mille fois, mieux que je ne saurais le faire,
et aussi parce que je ne suis pas farouchement opposé au principe, je trouve
juste que ça sent vraiment mauvais et qu'on y choppe un peu trop souvent des
morpions.
Entre 1996 et 2004, hormis quelques parenthèses étroitement associées à une
sensible et néanmoins épisodique amélioration de mon état conjugal, j'y allais,
pour y faire des rencontres et accessoirement tirer un coup. La plupart des
mecs déclarent : "au Dépôt, on n'y fait pas de rencontres, les mecs ne
pensent qu'à baiser..." ; je réponds non sur la première proposition, et
oui sur la seconde. Je ne vois pas en quoi le fait que nous soyons des hormones
sur pattes serait incompatibles avec la rencontre amoureuse, je pense même que
le passage par la case couette et guilou-guilou est un indispensable préalable
à l'amour, mais je suis une traînée...
Des dizaines de mecs vus pendant cette période, trois sont restés dans ma
mémoire. Le premier, c'est moi qui étais amoureux, qui attendais les coups de
fil qui n'arrivaient pas, qui me languissais pendant le travail en espérant que
le portable vibre, et finalement, ces signes, qui ne trompent jamais,
indiquaient que cette attirance était à sens unique. En revanche, deux autres
mecs rencontrés dans ce lieu fongique ont été les deux mecs de ma vie. Ces
deux-là, c'était l'amour : l'histoire a duré, elle a été belle,
épanouissante, complice, constructive, tout ça.
Il ne s'agit pas de décrire ces mecs, ni ces histoires, ça ne regarde
personne ; mais, sans qu'ils se connaissent, et à quatre années
d'intervalles, je les ai rencontrés exactement au même endroit.
En bas de l'escalier, un peu à gauche, on continuait vers le fond de la salle,
il y avait une espèce de banquette en angle pas trop dégueulasse. Des cabines à
gauche, et le porno qui défilait en face. Dans ces deux cas, en février 2000 et
en octobre 2004, à cet endroit précis, j'y ai donc rencontré l'amour, le vrai,
celui qui ne dure pas toujours.
J'y suis retourné avant les vacances, un an après ma rupture avec Monsieur
Dépôt n°2. Le lieu était tout en travaux, l'odeur de la cigarette avait cédé la
place à toute une kyrielle d'humeurs corporelles assez nauséabondes, et
surtout, ils avaient viré MA banquette, celle où Cupidon visait (apparemment
juste) à chaque Olympiade...
"Les lieux que nous avons connus n'appartiennent pas qu'au monde de
l'espace où nous les situons pour plus de facilité. Ils n'étaient qu'une mince
tranche au milieu d'impressions contiguës qui formaient notre vie
d'alors ; le souvenir d'une certaine image n'est que le regret d'un
certain instant ; et les maisons, les routes, les avenues, sont fugitives,
hélas, comme les années."
Marcel Proust, Du côté de chez Swann.
Bon vent !
Commentaires
C'est la première fois que je concède un côté romantique au dépôt ! :p
Un blog gay intelligent et qui cite Proust, je dis Bravo !
Pour continuer dans ta voie érudite (rires), je citerai le philosophe Emerson: "Nous avons beau faire le tour du monde à la recherche de la beauté,
si nous ne l'avons pas apportée avec nous,
nous ne la trouverons jamais."
Trouver l'amour au Dépot, voilà une prouesse!
Alors dans ce cas, j'avais la beauté avec moi en allant au bordel
Pourquoi pas après tout ? Finalement après avoir tiré un coup on sait qu'au moins sur le plan cul ça fonctionne, alors après si l'amour s'en mêle, c'est le bonheur !! C'est d'ailleurs ma nouvelle théorie : avant toute chose, s'assurer que ça fonctionne au lit.