Dans les sensations qui suivent la rencontre, dans les souvenirs mémorables, marquants, qui identifient clairement que le sentiment, l'affection, autrement dit les prémisses de l'amour, ont pris place dans notre fonctionnement quotidien, il en est un que nous avons tous connus : le petit matin, au réveil, où, enlacés, nous ne savons plus que faire de nos bras, de nos jambes, emberlificotés qu'ils sont dans ceux de l'autre, un autre que nous explorons autant qu'il nous explore. Alors, on s'étreint, on cherche sa position, dans le demi-sommeil, soucieux de trouver notre confort, sans pour autant trop s'éloigner de l'autre. On se met sur le ventre, son bras lové contre notre torse, et on a l'air pas trop mal, et puis, d'un coup, il nous demande si on peut se pousser, se tourner, se mettre autrement, alors on se colle, dos contre ventre, en suivant des lignes parallèles que seuls les couples débutants connaissent. On tâche de trouver le sommeil, on guête la torpeur, et elles reviennent, ces petites fourmis dans le bras, tout écrasé qu'il est contre l'autre. Ces recherches de positions durent, la chaleur est là, une moiteur agréable, des odeurs qui n'appartiennent qu'aux deux, et qui, déjà, amorcent la complicité, celle des corps à défaut, pour l'instant, de celle des personnes.
Le bras qui picote, c'est le couple : être confortable, penser à soi, et ne pas s'éloigner de l'autre, lui laisser toute la place, qu'il reste près de nous sans être gêné, et que nous restions près de lui en faisant en sorte que, tranquillement, il s'acclimate à nos positions, nos manières d'être, à ce que nous sommes. Les picotements dans les bras, nous les avons tous connus, ils n'appartiennent qu'à l'amour. Etrangement, ils disparaissent lorsque les deux s'éloignent l'un de l'autre, au cours du temps puis s'estompent lorsque chacun reprend sa place (quelle douloureuse expression !). Je me souviens d'une fin d'histoire qui m'avait été annoncée inconsciemment par l'autre qui, dans son sommeil, avait enlevé mon bras enroulant son torse et s'était brutalement éloigné de moi. Le lendemain, aucun souvenir, mais le corps avait parlé, quelques semaines plus tard, le reste allait suivre...
Ces pratiques du corps, ces stigmates du couple endormi sont un beau symbole de l'amour : ni trop proche, ni trop loin, ni trop inconfortable, mais avec quelques compromis...
Bon vent !