Les folles des villes et les folles des champs
Par Jérôme le dimanche 17 août 2008, 10:56 - anti depressive delivery - Lien permanent
Sans entrer dans les détails, je rentre de vacances. Un lieu magique, un
sanctuaire, dont je tairai le nom, parce que rien ni personne ne doivent venir
le bousculer et le corrompre. Une semaine de bonheur, d'amitié, de sourires, de
vie. De retour à Paris, les choses ne paraissent plus tout à fait comme avant,
on regarde les arbres, la nature, le peu qu'il nous reste dans cette jolie
capitale, d'un oeil neuf, plus respectueux, plus ouvert aux petits mécanismes
mystérieux qui font que les choses se font, mais lentement. Là-bas, une abeille
pouvait attendre trois jours après une averse, le temps que ses ailes sèchent
et qu'elle puisse repartir butiner tranquillement (saisissez-vous la parabole
?). Ce matin, le temps était gris, j'ai incroyablement pris mon temps, j'ai
rempoté quelques boutures, écouté ma Loreena Mac Kennit adorée (vous savez,
celle qu'on n'entend qu'à Nature et Découverte), et je me suis promené dans mon
quartier, les Buttes-Chaumont, le Canal de l'Ourcq, sans personne à l'horizon,
simplement moi et un petit Paris partiellement dépeuplé et endormi.
Je vais sans doute découvrir la lune, mais dans ce pays magique, loin là-bas,
au fond des bois, je n'ai jamais vu autant d'amour, autant de gens qui
s'aimaient, des couples, des gens seuls, qui, tous, n'ont que ce mot et cet
objectif en tête, et qui, comme l'abeille qui se sèche, comme le petit chêne
qui sort du sable, comme les plantes qui livrent d'autres graines en prévision
de l'année prochaine, savent attendre. Ces gens savent qu'après la pluie arrive
le soleil, et que le soleil, quand il chauffe trop, finit par brûler et nous
impose d'attendre la pluie, à nouveau. La nature a des cycles, et nous,
parisiens têtes de chien, avons un autre rythme, un tout de suite, un
maintenant, un il faut que ce soit fait, un il faut du résultat, un il faut que
ça vienne, un il devrait rappeler là quand même. Dans le domaine amoureux,
finalement, dans nos appartement minuscules, nos métros, nos vélos, nous vivons
en complète promiscuité, avec une dose d'agressivité énorme (le retour à
Montparnasse dans ce train bondé a achevé de me le prouver...), et, soucieux de
notre mieux être, nous oublions, peut-être, que le temps du Monde est plus lent
que le nôtre.
Peu de temps après ma rupture, je suis allé voir mon médecin de ville parce que
j'avais repris la cigarette, elle me prescrit des patchs et me demande :
"et à part ça, tout va bien ?", je lui ai répondu : "rien qui ne relève de
la médecine", comme elle n'est pas idiote et qu'elle me connaît bien, elle me
répondit : "ça, vous savez, Jérôme, c'est juste la vie, il n'y a pas de
médicament..."
J'ai conscience de passer pour un flower-power un peu gnangnan mais je m'en
branle la cacahouète : je vous prends sur Hocquenghem quand vous voulez
:-) ; il me semble que nous cherchons sans doute un peu trop de résultats,
un peu rapidement, et qu'on en oublie que rien, sur cette petite planète, ne se
fait vite. Il faut du temps pour que les herbes poussent, il faut du temps pour
que les gouttes s'évaporent, il faut du temps pour aimer...
Si j'ai un conseil à donner aux célibataires : plantez des choses, des
graines, et regardez comme c'est long, la vie, parfois, et que c'est parce que
c'est si long que c'est merveilleux... Rien ne se fait sans lenteur, l'amour,
sans doute plus que le reste...
Bon vent !
Quelle est la pilule qui nous tiendra bien portants, contents et
sereins ? Ni celle de mon ni celle de ton arrière grand-père, mais les
remèdes universels, végétaux, botaniques de notre arrière grand-mère la
Nature... Pour panacée, en guise d'une de ces fioles de charlatan contenant une
mixture puisée à l'Achéron et la Mer Morte, qui sortent de ces longs wagons
noirs à cloisons basses et à l'aspect de goélettes auxquels nous voyons parfois
qu'on fait porter des bouteilles, permettez que je prenne une gorgée d'air
matinal non coupée d'eau. L'air matinal ! Si les hommes ne veulent boire
de cela à la source du jour, eh bien, alors, qu'on en mette, fût-ce en
bouteille, et le vende en boutique, pour le profit de ceux qui ont perdu leur
bulletin d'abonnement à l'heure du matin en ce monde." Henry David
Thoreau
Walden, ou la vie dans les bois.
PS : à ceux de là-bas qui viendraient se perdre sur ces pages : rien d'autre que MERCI pour cette nouvelle porte qui s'ouvre...
Commentaires
planter des choses,
semer des graines,
les espérer,
les aider
à grandir à -souffrir-rire-(sous)rire -pleurer-
à aimer un peu, beaucoup, à la folie, mal, bien, trop, sans rien brusquer, sans rien blesser
Ouh que l'attérissage est difficile dans ma tour de verre (traduire par : le bureau)...
Ouh que les idées se bousculent, s'entrechoquent...
Ouh que les gens sont désagréables juste parce qu'une macro ne fonctionne pas tout de suite...
Ouh que la semaine va être longue...
Ouh que l'année va être longue à attendre la prochaine fois...
Ouh ouh que j'ai passé une belle semaine avec vous et avec tous les autres...
Ouh ouh qu'il faut absolument préserver cet endroit magique...
Je vous embrasse.
AO
C'est vrai que cette insatisfaction permanente qui nous hante dans ce site parisien (toujours plus !), on a du mal à l'éviter ! Mais comme toi, le jardinage est un bon moyen de s'en défaire et de voir l'évolution de la vie d'une autre manière (même si c'est des fois c'est un peu long quand même) ! Je ne comprends plus rien, même mon pommier, qui se remet à faire des fleurs en plein d'Août ! Y-a-t-il un problème Mr le jardinier ?
Moué, en tous les cas, avec la pluie qui tombe sur Paris, il faut mieux regarder des trucs pousser à sa fenêtre, parce que ce n'est pas un temps à mecs...
un peu de brise du soir et quelques envols de chauves souris. Un peu des rayons du matin et le grand respir du monde, le chant des grillons comme des crecelles qui appellent les esprits bienveillants du soir...Du fond des bois un souffle de vie. bises Sidarta
super beau comme parabole ! très rassurant aussi pour moi qui cherche l'amour, un peu comme si un compte-à-rebours était enclenché ... merci pour ce bel article.