Sans entrer dans les détails, je rentre de vacances. Un lieu magique, un sanctuaire, dont je tairai le nom, parce que rien ni personne ne doivent venir le bousculer et le corrompre. Une semaine de bonheur, d'amitié, de sourires, de vie. De retour à Paris, les choses ne paraissent plus tout à fait comme avant, on regarde les arbres, la nature, le peu qu'il nous reste dans cette jolie capitale, d'un oeil neuf, plus respectueux, plus ouvert aux petits mécanismes mystérieux qui font que les choses se font, mais lentement. Là-bas, une abeille pouvait attendre trois jours après une averse, le temps que ses ailes sèchent et qu'elle puisse repartir butiner tranquillement (saisissez-vous la parabole ?). Ce matin, le temps était gris, j'ai incroyablement pris mon temps, j'ai rempoté quelques boutures, écouté ma Loreena Mac Kennit adorée (vous savez, celle qu'on n'entend qu'à Nature et Découverte), et je me suis promené dans mon quartier, les Buttes-Chaumont, le Canal de l'Ourcq, sans personne à l'horizon, simplement moi et un petit Paris partiellement dépeuplé et endormi.
Je vais sans doute découvrir la lune, mais dans ce pays magique, loin là-bas, au fond des bois, je n'ai jamais vu autant d'amour, autant de gens qui s'aimaient, des couples, des gens seuls, qui, tous, n'ont que ce mot et cet objectif en tête, et qui, comme l'abeille qui se sèche, comme le petit chêne qui sort du sable, comme les plantes qui livrent d'autres graines en prévision de l'année prochaine, savent attendre. Ces gens savent qu'après la pluie arrive le soleil, et que le soleil, quand il chauffe trop, finit par brûler et nous impose d'attendre la pluie, à nouveau. La nature a des cycles, et nous, parisiens têtes de chien, avons un autre rythme, un tout de suite, un maintenant, un il faut que ce soit fait, un il faut du résultat, un il faut que ça vienne, un il devrait rappeler là quand même. Dans le domaine amoureux, finalement, dans nos appartement minuscules, nos métros, nos vélos, nous vivons en complète promiscuité, avec une dose d'agressivité énorme (le retour à Montparnasse dans ce train bondé a achevé de me le prouver...), et, soucieux de notre mieux être, nous oublions, peut-être, que le temps du Monde est plus lent que le nôtre.
Peu de temps après ma rupture, je suis allé voir mon médecin de ville parce que j'avais repris la cigarette, elle me prescrit des patchs et me demande : "et à part ça, tout va bien ?", je lui ai répondu : "rien qui ne relève de la médecine", comme elle n'est pas idiote et qu'elle me connaît bien, elle me répondit : "ça, vous savez, Jérôme, c'est juste la vie, il n'y a pas de médicament..."
J'ai conscience de passer pour un flower-power un peu gnangnan mais je m'en branle la cacahouète : je vous prends sur Hocquenghem quand vous voulez :-) ; il me semble que nous cherchons sans doute un peu trop de résultats, un peu rapidement, et qu'on en oublie que rien, sur cette petite planète, ne se fait vite. Il faut du temps pour que les herbes poussent, il faut du temps pour que les gouttes s'évaporent, il faut du temps pour aimer...
Si j'ai un conseil à donner aux célibataires : plantez des choses, des graines, et regardez comme c'est long, la vie, parfois, et que c'est parce que c'est si long que c'est merveilleux... Rien ne se fait sans lenteur, l'amour, sans doute plus que le reste...

Bon vent !

Quelle est la pilule qui nous tiendra bien portants, contents et sereins ? Ni celle de mon ni celle de ton arrière grand-père, mais les remèdes universels, végétaux, botaniques de notre arrière grand-mère la Nature... Pour panacée, en guise d'une de ces fioles de charlatan contenant une mixture puisée à l'Achéron et la Mer Morte, qui sortent de ces longs wagons noirs à cloisons basses et à l'aspect de goélettes auxquels nous voyons parfois qu'on fait porter des bouteilles, permettez que je prenne une gorgée d'air matinal non coupée d'eau. L'air matinal ! Si les hommes ne veulent boire de cela à la source du jour, eh bien, alors, qu'on en mette, fût-ce en bouteille, et le vende en boutique, pour le profit de ceux qui ont perdu leur bulletin d'abonnement à l'heure du matin en ce monde." Henry David Thoreau
Walden, ou la vie dans les bois.

PS : à ceux de là-bas qui viendraient se perdre sur ces pages : rien d'autre que MERCI pour cette nouvelle porte qui s'ouvre...