Les Nouveaux Romantiques (Merci Karen !)
Par Jérôme le mercredi 6 août 2008, 13:45 - anti depressive delivery - Lien permanent
Bon, cinq points de moins sur votre brevet de pédale si vous n'avez pas
saisi la référence...
Dans les petites annonces, ou même lors du premier rendez-vous, on affirme,
souvent : "je suis assez romantique", ou, au contraire : "non, moi,
les mecs romantiques, ça me gave."
Quelle image avons-nous du mec romantique ? Passionnément amoureux, épris
de sensations fortes, plaçant le sexe dans son acception la plus sentimentale
qui soit : le romantique ne baise pas, il fait l'amour. Le romantique, on
se moque souvent de lui, ou au contraire, on l'envie. Romantique, nous ne
sommes un peu tous, en début de relation, mais nous ne pouvons pas le demeurer
longtemps, il s'agit d'une conception littéraire somme toute assez récente, qui
n'a pas grand chose à voir avec le couple et sa pérennité...
Explications.
Le romantisme remonte au XIXème siècle, et il nous vient d'Allemagne (le jeune
Werther, à lire !) : l'amour absolu, l'étreinte, la passion, le corps, le
détachement des choses communes pour accéder au paradis avec l'autre, notre
moitié, à une forme d'amour proche de l'absolu, quasiment divin. Ophélie, chez
Shakespeare, Werther, Adolphe chez Benjamin Constant, sont des héros
romantiques. Ils sont jeunes, ils souffrent (le romantique doit souffrir pour
accéder à l'absolu), et ne tardent guère à mourir.
Il y a en effet du chrétien dans le romantique, et ce n'est pas un hasard si
des Vigny, des Chateaubriand ou des Lamartine ("ô temps, suspends ton
vol"), ces auteurs chrétiens, sont aussi rangés parmi les
romantiques.
La meilleure définition du romantique nous vient à mon avis de Madame de Staël
(De la Littérature, II, 5) qui nous parle de "L'Incomplet de la
Destinée" :
"Ce que l'homme a fait de plus grand, il le doit au sentiment douloureux
de l'incomplet de sa destinée. Les esprits médiocres sont, en général, assez
satisfaits de la vie commune ; ils arrondissent, pour ainsi dire, leur
existence, et suppléent à ce qui peut leur manquer encore par les illusions de
la vanité ; mais le sublime de l'esprit, des sentiments et des actions,
doit son essor au besoin d'échapper aux bornes qui circonscrivent
l'imagination."
Tout est dit dans cette simple phrase : le romantique ne peut se
contenter de terre à terre, de quotidien ; selon lui, l'homme ne saurait
créer que dans le sublime, au-delà du quotidien, sans quoi, sa vie serait vouée
à demeurer morne et médiocre...
On devrait faire un procès à la de Staël, à cause d'elle, des tas de pédales
pleines de bonnes intentions passent à côté de l'amour. Nous baignons, que nous
le voulions ou non, dans ce magma culturel qui veut que l'histoire d'amour soit
forcément sublime, presque divine, pratiquement détachée des choses terrestres.
Alors, conformément à ce modèle, nous sommes démunis face à des choses très
quotidiennes comme la lassitude, la routine, les habitudes, en gros, le
"médiocre" aux yeux des romantiques...
N'oubliez pas : le héros romantique ne survit jamais dans la littérature,
il est constamment insatisfait, et passe en général à côté de son destin. Je me
demande si nous, surtout nous les pédés, nous n'avons pas dans nos gênes et
notre éducation un conditionnement qui fausserait quelque peu notre image du
couple... Bon, surtout surtout, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit,
je ne généralise pas, mais chez beaucoup de jeunes, et de moins jeunes, on se
paralyse un peu rapidement au nom d'une idée de l'amour qui n'est finalement
qu'un petit délire littéraire...
Je laisse la parole à Chateaubriand, qui conclura mieux que moi (Les Martyrs,
Génie du christianisme) :
"Cymodocée commençait à sentir une vivre frayeur, qu'elle n'osait
toutefois laisser paraître. Son étonnement n'eut plus de bornes lorsqu'elle vit
son guide s'incliner devant un esclave délaissé qu'ils trouvèrent au bord d'un
chemin, l'appeler son frère, et lui donner son manteau pour couvrir sa
nudité.
-Etranger, dit la fille de Démodocus, tu as cru sans doute que ce esclave
était quelque dieu caché sous la figure d'un mendiant, pour éprouver le coeur
des mortels ?
-Non, répondit Eudore, j'ai cru que c'était un homme.''"
Soyons tous des Eudore dans nos rencontres... ! Bon vent !
Commentaires
Là, tu parles en connaissance de cause, non?
euh ?? c'est-à-dire ??
et le sexe dans tout ça ? faire l'amour ou baiser, ça passe quand même par des actes on va dire assez matériels et terre à terre ! le sexe est-il romantique jusqu'au bout ou une part d'animalité ne vient-elle pas remplacer la passion amoureuse des préliminaires ?
d'ailleurs il me semble que les héros romantiques ne baisent pas : Werther, Roméo/Juliette (révisités au 19e par l'opéra), Ophélie/Hamlet (idem), Hoffmann, Lucia di Lammermoor ...
Je me sens plutôt romantique et ma psy me dit que mon problème c'est que justement je n'arrive pas à fusionner les sentiments amoureux et les rapports charnels ... mais j'y arriverais un jour !!
C'est à mon avis l'éternel problème ; d'un côté, on cherche le mec qui nous corresponde, et de l'autre, il y a l'appel de la chair. On retrouve là le délire platonicien Eros Vulgaire / Eros céleste. Si tu veux mon avis, ce n'est pas une question de psy, mais simplement une question de personne, qui pour le coup, n'est pas encore trouvée... Quant aux héros romantiques, effectivement, ils ne baisent pas, ce qui selon moi coupe court à tte discussion avec le type qui t'annonce : "oui mais moi, tu sais, je suis romantique"
merci pour le coup de la personne pas encore trouvée ! c'est ce que je pense aussi. je lui pisse à la raie, ma psy
(tiens il faudra que je lui sorte ça,
je suis sur que ça va la faire marrer)
Dure quête de l'Amour entre mecs, tu as raison d'en parler car on finirait pas ne plus y croire sans cela.