Etre prêt ?
Par Jérôme le dimanche 3 août 2008, 11:49 - heart is a lonely hunter - Lien permanent
Je me souviens d'un garçon rencontré l'année dernière en plein mois d'août,
dans un Paris déserté par les hordes de folles parties s'expatrier à Ibiza ou
au bord de la Garonne. Appelons-le Olivier. Il était charmant, il savait masser
(tient, un détail à rajouter dans le petit chic en plus...), il était
violoniste, avait une culture musicale considérable, une conversation avenante,
il avait lu des tas de bouquins passionnants, avait quelques goûts communs avec
les miens, il baisait super bien. En somme, tout l'attirail préalable à la
rencontre amoureuse ferme, définitive et susceptible d'apporter la joie
perpétuelle était (enfin) réuni !
Nous passâmes donc une nuit extraordinaire ; en fait, non, nous passâmes
une nuit, ce qui est de nos jours est déjà une performance hors du commun, la
plupart des mecs (quand ils acceptent d'embrasser) repartant aussi vite qu'ils
sont arrivés. Le lendemain, après un petit déjeuner formidable, on s'est
promené au bord du Canal Saint Martin somptueux (il habitait dans ma rue, je
vous jure, le hasard...), on a loué des DVD passionnants, mangé des framboises
succulentes, il m'a brillamment joué du violon. Enfin, Love, Love, Love
Actually !
Et puis, un détail.
Les horloges sentimentales, l'idée qu'on se fait du mec, la détestable
attitude que Milton Erickson (je vais abondamment vous en parler de celui-là,
c'est le fondateur de l'hypnothérapie) résumait ainsi : "je pense
qu'il pense que je pense ceci ou cela...". Mon ex avait une phrase bien à
lui dans ces cas-là : "Tu interprètes tout, t'es chiant" (à la
fin, c'était juste, t'es chiant, puis, "putain, t'es vraiment
chiant !", puis après, plus rien)... En gros, il y avait un chiffonnant
détail dans le bel Olivier qui habitait en bas de ma rue et qui jouait du
violon : il avait un mec.
Deuxième détail : je venais de rompre (enfin, ça faisait quatre mois), et
j'étais par conséquent en phase de deuil affectif insurmontable (enfin, en
grave déprime, vous voyez : je me lève, je pense à mon ex, je me couche je
pense à mon ex, j'évite sa rue, je vois un livre, je dis, tiens, ça plairait à
mon ex, je marche dans une rue, je pense "avec mon ex, on s'est promené là",
j'éprouve du plaisir en écoutant les gymnopédies gnossiennes de Satie, enfin,
le truc bien gluant et goitreux qui vous colle à la poitrine...).
Je récapitule :
Olivier, le mec parfait --> avait un mec
Jérôme --> En mode pauvre fille dépressive juste bonne à trouver le plaisir
dans les glaces au kiwi et pépites de caramel au beurre salé, assaisonné de
sexe débridé, et aléatoirement de branlettes matinales.
Comme je ne suis pas du genre insouciant, tranquille et que je me pose
567866557 questions à la minute, j'ai évidemment échafaudé un scénario crédible
et définitif, forcément le bon puisque c'était mon cerveau qui en avait la
paternité :
- Il cherche à se séparer de son ex, donc se prouve qu'il peut encore
séduire en rencontrant des mecs, donc, ça sera une passade, en plus, dans 98%
des cas, ce genre de mecs se remet avec son ex, parce que c'est l'homme de leur
vie, patati patalère.
Et puis, puisque j'étais très doué pour les autres, j'ai aussi scénarisé
pour moi :
- Tu es en deuil chéri, il faut donc que tu souffres, si possible
atrocement, et là, quatre mois, ce n'est pas assez atroce. Tu t'es fait
larguer, je te rappelle, tu dois donc expier tes péchés mortels, tu ne mérites
sans doute pas de vivre avec un mec, d'ailleurs le dernier en date a eu raison
de se barrer, il a découvert que tu n'étais que fiente et erreur, c'est tout
juste si tu mérites de vivre, d'ailleurs, ta vie de célibataire misérable et
dénué du moindre intérêt s'achèvera dans les flammes de l'enfer éternel, toi,
piteuse et misérable créature incapable de rester en couple alors que tu avais
trouvé le bon pour la troisième fois. Tu finiras dans la honte et de la
solitude, grasse et molle à déguster des gambas grillées au Cap
Ferret.
Il y a un an, j'étais un peu idiote...
Toujours est-il que je ne rappelle jamais Olivier, lui non plus, ce qui
prouve que j'avais donc raison.
Et puis la rentrée arrive (oui, je raisonne en année scolaire, mais j'ai des
circonstances atténuantes), je rencontre Olivier dans ma rue, avec un sourire à
tomber. Il m'embrasse et m'annonce : "j'ai largué mon ex, j'ai
rencontré un mec, je suis super amoureux, on s'installe ensemble dans trois
mois, je déménage c'est la première fois que ça m'arrive."
Moi (verte et hypocrite) : "c'est super, je suis content pour
toi".
Lui (je jure que c'est vrai) : "tu ne m'as jamais rappelé, c'est
dommage, si ça se trouve..."
Moi (résigné, avec une soudaine envie de manger du kiwi avec la peau et les
poils) : "non, mais tu sais, c'est mieux comme ça, je suis en deuil
affectif."
Bon, cette anecdote a son utilité : il faut être prêt pour rencontrer un
mec, mais quand il se présente, il faut être la dernière des grues pour ne pas
saisir l'opportunité. Deuxième constat : ne jamais penser à la place de
l'autre, c'est idiot, c'est évidemment autoritaire, et dans la plupart des cas,
voire dans tous les cas, on se trompe. La psychologie donne un nom à
cela : l'hypothético-déduction ; en gros, ça signifie qu'on fait
entrer l'autre dans un mécanisme préconstruit qui nous rassure. Dans ce
scénario, on a forcément raison puisqu'on fait tout pour que chaque événement
se produise comme on l'a prévu (ex : je n'ai jamais rappelé Olivier ;
si je l'avais fait, mon idée préconçue n'aurait pas été validée)...
Je vous laisse méditer là-dessus ! Bon vent !
"Tout ce qui est incompréhensible ne laisse pas d'être." Blaise Pascal, Pensée 262.
Commentaires
Alors là, comme occasion (la rencontre, pas le mec, évidemment) ratée, tu ne pouvais pas faire mieux...
Ah !!! La psychologie à 2 balles, toujours là quand il ne faut pas... Il faudrait l'interdire...
Bisouxxx et à vendredi en chair...
ça ne te serait pas arrivé, ce serait une histoire très drôle.. Mais ça veut bien dire qu'il faut parfois arrêter de se prendre la tête, surtout dans la quête du mec idéal!
Bon j'espère quand même que cela ne t'arrivera plus!
C'était un exemple pé-da-go-gique, destinée justement à montrer qu'il ne faut pas se prendre la tête (une expression que j'ai souvent entendue, je ne sais pas vous ??)
ah la la, tu fais de la pédagogie même en vacances?! les mecs qui se prennent la tête c'est vraiment chiant
J'ai eu la chance au bon moment de
ne pas me poser de questions (ce que j'essaye encore de faire!) et ça a
marché...
J'avoue que le côté "ne pas se prendre la tête" est chez moi une quête existentielle
je me demande ce qu'avait Olivier dans la tête quand il t'a annoncé avec joie qu'il avait trouvé un mec ... (sadisme ? curiosité ? vengeance ? rien ?) j'ai tendance à toujours me prendre la tête, et celle des autres aussi. Quelle torture que de toujours vouloir savoir ce qu'il se passe dans la tête des autres. J'aurais du être trépaneur tiens.
"se prendre la tête", c'est une phrase que j'ai entendue depuis mon enfance, par ma mère, par mes collègues et par mes mecs. Après avoir beaucoup travaillé là-dessus avec l'aide d'un psy, et après de nombreuses lectures sur ce domaine, il faut savoir deux ou trous petites choses. IL existe une petite portion de la population, environ 2 à 3% qui ne sait pas, cérébralement et neurologiquement, hiérarchiser les informations, et qui, de surcroît, repère une multitude d'informations en très peu de temps. Exemple : si je dis : mon ordinateur portable est sur la table du jardin, des milliers d'images vont s'entrechoquer --> PLusieurs ordinateurs, le jardin de notre enfance, un jardin public, des associations d'idées vont se succéder, en un temps record. Ce sont ces gens-là qui ont un mal fou à hiérarchiser les informations quand ils écrivent, qui ont l'impression que tout est important, qui se perdent dans des nuances sans fin, qui perdent le fil de leurs conversation. De même, quand ton mec ne te tient plus la main parce qu'il est fatigué et veut penser à lui, quand il parle un peu bizarrement au téléphone, notre hypersensibilité fait qu'on interprète tout cela, avec Olivier, c'est ce que j'ai fait, toi, avec Doc, c'est ce que tu as fait aussi. Ce n'est pas une tare, mais il y a des tests qui peuvent aider à relativiser la manière dont tu fonctionnes, depuis que je l'ai fait, ça va mieux, je sais que je suis comme ça et que ce n'est pas de ma faute. C'est naturel pour moi, pour toi peut-être, de "se prendre la tête", en général, il est préférable que nos mecs soient comme nous. J'avais essayé d'écrire cela dans le billet cerveau gauche, cerveau droit... Mais je ne suis pas psy, ceci dit, il faudrait approfondir...
ça m'intéresse ce genre de tests ! mais je connais déjà la réponse. Je vais aller chercher ton article sur les 2 cerveaux.
joli lap-suce sur deux ou trous petites choses !
rha oui, ça m'apprendra à poster avant d'aller au sauna....
tel le naïf qui prend soudain conscience des choses qui l'entourent: moi aussi on m'a dit que j'étais chiant, à penser à des tas de trucs en même temps, à ne pas voir les priorités. Et quand on demande au mec en face pourquoi on l'est: c'est le silence
J'expliquais par contre le fait de se prendre la
tête par le fait qu'au moins on se pose des questions et qu'on a quelque chose
dans le ciboulot 