Cette délicate question du pourquoi...
Par Jérôme le samedi 26 juillet 2008, 20:17 - love, etc. - Lien permanent
Nous exploitons des ressources infinies afin d'alimenter ce blog et d'en
faire quelque chose de constructif : d'abord, quand même, nos expériences,
qui sont, vous vous en doutez, incroyablement exemplaires et dignes du plus
haut intérêt, que ce soit en matière de rencontres, de râteaux, de plantages,
de coups de foudre, de "tu crois que je le rappelle ou j'attends encore", de
"merde, mon ex, attends, j'ai pas envie de le voir...", de "purée, il me saoule
celui-là avec son numéro masqué...".... En bref, une expérience de pédale
parisienne lambda, ni encore trop névrosée, ni plus assez, normale en
somme...
A cette flamboyance existentielle s'ajoute, en tous les cas de mon côté, une
littérature remarquablement abondante, très à la mode chez les hétéros, et
adorablement Bridget Jones dans l'âme. Vous savez, ces livres qu'on feuillette
du bout des lèvres (quoi ? j'aime bien l'image...) dans le rayon psy des
supermarchés et des FNAC, avec des couvertures roses et bleues qui parlent de
Mars et de Vénus. Il existe en effet une tripotée de bouquins sur le sujet
amoureux, sur la rencontre, sur comment garder un couple, sur le est-ce que ça
va marcher ? Et moi, je suis fan, une véritable encyclopédie...
Enfin, pour éclairer nos lanternes, je dispose aussi d'une abondante
discographie qui en général fait honte à la plupart des mecs qui ont le
remarquable courage de tomber amoureux de moi. Il s'agit d'un ensemble
exhaustif de chansons d'amour kitsch à souhait ; elles ont remarquablement
su cerner le sujet amoureux et peuvent être d'un très grand secours en période
de disette morale et affective (oui, personnellement, j'ai une relative
difficulté à accepter l'état de célibataire, que je considère somme toute
anormal et fondamentalement transitoire...). Donc, quand vraiment ça ne va pas,
il y a Michelle, Sylvie, Yolanda, Lynda et les autres.
Un exemple, maybe... ? Essayez ces paroles remarquables :
''J'ai un problème je sens bien que je t'aime
Oh, j'ai un problème c'est que je t'aime aussi
Ces mots-là restent toujours les mêmes
C'est nous qui changeons le jour où on les dit.''
Je vous laisse cinq minutes pour savoir qui c'est... Trouvé ?
J'espère... Et bien moi, vous peut-être, ces paroles, elles me parlent, parce
qu'elles sont criantes de vérité. Les chansons des années 70 parlent d'amour de
manière un peu candide, mais parfois, on a l'impression qu'elles ont été
écrites juste pour nous, surtout quand on vient de se faire plaquer. Ecoutez
juste un peu de Michel Delpech après une rupture, effet larmoyant garanti...
J'organise des stages si vous voulez :-D.
Tout cela me donne une autre idée de post, ce sera après les vacances...
Revenons à nos moutons, il y a un bouquin qui me turlupine en ce
moment...
Souvent, dans la littérature psy du couple en déroute, parfois bien
construite, parfois un peu placebo quand même, on cherche des moyens de se
rassurer, ce qui est légitime, on cherche aussi ce qui peut clocher, le cas
échéant (bien que je sois persuadé que la question ne se pose pas ainsi :
un être humain ne "cloche" pas, il est...), soit chez nous, soit dans notre
couple, soit dans le mec qui partage notre vie... Je suis donc en train de lire
un truc qui me pose question : Comment guérir du mal d'amour, de
Patricia Delahaie, aux éditions Leduc.
Bon, ça s'adresse à des hétéros, avec des problématiques hétéros, et je ne vais
pas en faire un résumé, il y a des trucs remarquables, notamment sur
l'acceptation de soi et l'exorcisme de son ex, je suis fan et on va en reparler
un jour....
Il y a cependant un détail qui me chiffonne...
Dans son bouquin, Pat (appelons-la Pat, si vous le voulez bien), trouve
toujours une cause à la rupture. Une vraie cause, un événement perturbateur qui
vient tout de go annoncer que la belle histoire d'amour doit s'achever, parce
qu'il doit en être ainsi, ainsi soit-il... Exemples donnés par Pat : le
mec trompait Suzette, Suzette dépensait trop de sous, Robert ne voulait pas
d'enfants, Martin voulait vivre au Pérou et Josette préférait Vierzon, Pascal a
rencontré une stagiaire qu'il a subrepticement eu envie de sauter en oubliant
sa femme, son chien, son bébé, les traites de son appart... Bref, Pat, elle est
claire : une rupture, c'est à cause d'un truc bien précis qui vient foutre
sa merde...
Déjà, ça me gêne parce que je pense qu'il y a quand même une histoire de poule
et d'oeuf là-dedans. Si événement perturbateur unique (ce qui n'est pas gagné)
il y a, il peut n'être qu'une conséquence d'autre chose. Par exemple, si
Josette préfère Vierzon, elle a ses raisons et elle n'a sans doute jamais osé
en parler à Martin, ce qui, à la longue, occasionna des troubles qui se
révèlèrent au moment fatidique où il fallut en parler, de Vierzon....
De même, si Machin trompe Machine, c'est parce qu'à la base, Machine, gna gna
gna gna gna... Et donc, Machin, il s'est senti gna gna gna, du coup, il s'est
laissé aller à tac tac tac....
Pat, cette idée des causes aux causes qui ont déclenché des causes, elle n'en
parle pas. Elle évoque l'événement déclencheur absolu, le bouton atomique, la
fin des haricots, bref, prenez l'image que vous souhaitez, mais en gros, pour
Pat, dans une rupture, il y a un gentil et un méchant...
(En général, le méchant est le plaqueur, le gentil est le plaqué).
Moi, même si elle m'arrange cette idée (c'est que voyez-vous, je fus surtout
plaqué), je la trouve quand même un rien culpabilisante (pour les deux ;
comme quoi, je ne suis pas toujours de mauvaise foi...).
Je me demande si un couple, en théorie, après quelques années, n'est pas à
peu près capable de surmonter n'importe quoi pourvu qu'il sache comment s'y
prendre ?
(m'énerve ce point d'interrogation tout seul...)
Je parle bien de couple, pas des deux mecs différenciés qui forment un machin
institutionnel qu'ils pensent être un couple parce qu'ils ont vu le même modèle
dans Desperate Housewife.
Le couple est un dans mon esprit, et c'est cette unité qui gère les
(in)fidélités, les problèmes de boulot, de fric, de lassitude...
Parfois, quand ça casse, et ce n'est ni de la faute à l'un, ni de la faute à
l'autre, c'est qu'un des deux, ou les deux, ne sait pas gérer, ne sait pas
comment faire. On n'a pas la clef : on ne sait pas comment redonner de la
vie dans la routine, il ne sait pas comment expliquer que parfois il a envie de
coucher ailleurs, il y a des craintes, des non dits, qui, à long terme,
d'inoffensifs, deviennent redoutables.
Parfois, les problèmes qu'un couple doit surmonter le dépassent, tout
simplement : la routine, principalement...
L'idée que la rupture, ce serait "à cause de ceci ou de cela", elle implique
que l'un des deux mecs n'aurait pas été à la hauteur par rapport à l'autre, ce
qui, d'emblée, établit une hiérarchie entre les deux mecs, ce qui est forcément
mauvais. En général, le mec qui veut partir (sauf cas pathologiques :
violences, domination malsaine, contamination, je ne sais pas) est bien embêté,
parce qu'il ne sait pas comment faire autrement...
Il ne sait pas, et l'autre est tout aussi démuni. Quand un mec nous quitte, ou
même quand on quitte un mec, il y a une petite part de remise en question
(parfois une très grosse d'ailleurs), mais elle n'a pas de sens. On n'a pas
tant changé que ça au cours de la relation, c'est la relation qui ne convient
plus, c'est Le Couple qui ne sait plus ce qui ne convient plus, il n'y a pas de
fautes....
Je dis ça pour rassurer un peu les lecteurs qui seraient en train de vivre
une rupture, ou qui ont du mal pour s'en remettre. Il n'y a pas de raisons à
chercher... C'est très humain de chercher des raisons, mais c'est caricatural.
C'est un peu comme si vous disiez : je suis perdu en forêt parce que je ne
sais pas lire un plan, donc je suis perdu en forêt parce que je suis une gourde
et je ne saurai plus jamais comment me promener en forêt...
Non ! En fait, vous êtes perdu en forêt parce qu'il commence à faire nuit,
qu'avec le temps, vous vous y emmerdez copieusement dans cette forêt-là, alors
qu'au début, vous trouviez ça génial, c'est aussi parce que vous n'êtes pas
(plus ?) familiarisé avec ce milieu, parce que certaines parties ne sont pas
sur votre plan, parce que finalement, vous préféreriez marcher au bord de la
plage, parce que vous n'avez pas encore bien appris à vous servir d'une
boussole, parce qu'il y a des nuages qui obscurcissent le ciel... Il y a plein
de raisons, et vous n'en maîtrisez qu'une infime partie.
Si vous êtes en train de rompre, j'espère que ce billet vous aura mis un peu de
baume au coeur... Sachez que le temps arrange tout. Nous en reparlerons, et je
vous résumerai quand même le livre de Pat, parce qu'il y a de bonnes
choses !
Bon vent!

Commentaires
J'aimerais mettre un petit bémol : je ne crois pas que "Le Couple" cela existe... Évidemment, la relation peut être suffisamment stable, longue et solide pour donner de l'extérieur un aspect fusionnel : on parle plus de "Abelard" et de "Elie" mais de "Abélard et Elie", "Tiens, ya Abélard d' Elie et Abélard qui a appelé"...
Mais c'est un peu une vue de l'esprit ; tu l'as écrit toi-même : on peut vouloir quitter la forêt parce qu'on a plus envie de se balader et que maintenant on préfère le bord de mer ; on a changé. Tout le monde, enfin je crois, change, ou plutôt évolue - parfois doucement, parfois brutalement, avec le temps. Un couple, c'est deux êtres humains (oui, oui, même dans le Marais, faut pas croire...) et si l'un ne change pas au même rythme que l'autre, si le changement/ l'évolution de l'autre ne convient pas/ plus à l'un, etc. alors le couple, en tant que relation, peut se déliter, du banal "nan, c'est pas toi, c'est moi" au plus dur "je ne t'aime plus".
Moi, personnellement, au niveau de mon vécu, tu vois... je trouve ça super excitant, parce qu'il n'y a aucune certitude et que ta relation tu dois la travailler tous les jours, d'où à mon sens l'importance du dialogue, de dire ce qui ne va pas et ce qui va.... (NB: je rassure tes lecteurs qui serait ébouriffés par mes brillantes démonstrations psychologiques: je suis très, très mauvais sur ce coup là! :-)).
Mais je pense également que même si tu n'es pas sûr d'avoir toujours envie de rester dans la forêt, du moment que la ballade te tente, vas-y, et tu verras bien demain. Vaut mieux se prendre des cicatrices et des bosses que de rester sagement sur les chemins qu'on a déjà parcourus!
Sur ces bonnes paroles, je vous remercie docteur de m'avoir laissé m'exprimer; je m'extirpe de votre divan et je retourne bosser :-))
Ben oui, et je me demande si le couple n'existe pas quand il résiste bien qu'un des deux veuille aller sur la plage. Bon, sur cette métaphore, je file au soleil moi !!!
encore un article très intéressant ! et très vaste, il y aurait beaucoup de choses sur lesquelles rebondir.
tiens d'ailleurs, c'est étrange cette image de la forêt pour le couple ... allongez-vous nous allons en parler !
sinon plus sérieusement, il y a beaucoup de choses que tu dis que je pense aussi (tu dois être ravi de l'apprendre) mais que sur le moment de la rupture on ne peut pas rationaliser. Il n'y a pas un méchant et un gentil dans la rupture, quand tu viens de te faire larguer, c'est très difficile à intégrer !! Encore aujourd'hui 4 mois après ma rupture, il m'arrive de penser que mon ex a été un porc, même si d'un point de vue intellectuel je pense comprendre sa démarche qui l'a amené à me quitter. Il a entamé une liaison avec un mec (un trou du cul d'ailleurs) sur la fin de notre liaison et des fois ça me repète à la gueule, mais là aussi je pense comprendre pourquoi il a fait ça.
Bon en attendant moi aussi je trouve que l'état de célibataire est un état dégradé, et j'aimerais bien en sortir (ce we je vais acheter ton livre !)
j'ai rompu il y a peu....sans vraiment savoir pourquoi sans vraiment le vouloir...enfin je sais plus ni pourquoi ni comment. mais c'est fait.
Je viens de rentrer de vacances, mon co-blogueur doit être parti, donc, une chose ou deux à savoir : le temps, seul le temps dissipe les orages et laisse le sable se déposer. Je vais me coucher, préparer quelque chose sur la reconstruction ce WE. Courage à toi
Et puis il y aussi les "couples" qui sont composés de deux êtres qui, dés le départ, ne s'aiment pas et (de bonne foi) ne le savent pas [on peut parfois croire qu'on aime alors que ce n'est pas de l'amour qui nous anime]... Seulement voilà, un jour, ça finit par devenir improbable.
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(Très joli site)
Merci, oui, tu as raison, parfois aussi, on n'a pas de sentiments forts, et on pense que ça viendra. Il peut arriver que ça vienne, parfois non... C'est vaste, le couple, ...
j'ai toujours pensé que les relations entre mecs étaient comme le prêt-à-porter.Printemps/été..Automne/hiver.C'est fou le nombre de ruptures avant les grandes vacances.
Pendant 6 mois,tout se passe sans défauts,arrive le moment de partir ,pour IBIZA,et tout de suite on vous annonce qu'il souhaite son indépendance,que ce n'est pas votre faute,que vous méritez mieux que lui ,qu'il doit prendre du recul et espère vous revoir quand les choses se seront tassées.Il nous prend vraiment pour un con !
C'est rarement anodin les vacances chez les pédales, parce qu'on fait le grand saut, d'une certaine manière. Chez les hétéros, on dénombre pas mal de rupture pré-mariage ; c'est un peu pareil, cette fois, c'est officiel, et ça peut faire fuire...