Correspondance interrompue 1
Par Jérôme le dimanche 6 juillet 2008, 12:33 - love, etc. - Lien permanent
Paris, le 12 mars 2008
Cher X,
Je t'écris pour te dire que c'est terminé.
Voilà quatre années que nous partageons nos vies respectives, et j'ai envie
d'arrêter. C'est dit bizarrement : "j'ai envie d'arrêter", comme si je
faisais un régime ou que je ne voulais plus fumer, mais il n'en est rien . Il
va m'être difficile de trouver des mots, d'ailleurs, autant te prévenir, je
n'aurai pas les mots qu'il faut. Mais je te connais, je te connais bien, il te
faut des réponses ; il m'aurait été plus facile de te rendre tes clefs,
les mettre dans ta boîte aux lettres et laisser le temps faire son office. Tu
aurais été un autre, c'est sans doute ce que j'aurais fait, non par manque de
respect, mais parce que c'est plus facile pour les deux mecs. On se quitte, on
ne se voit plus, on rumine, tranquillement, dans le deuil et le souvenir,
jusqu'au jour où tout repart comme avant. Parce que s'il est une chose dont je
suis certain, c'est que tout, pour toi, comme pour moi, repartira comme
avant... Aussi, puisque je te connais bien, et je sais que tu vas m'appeler
pour avoir des réponses que je n'ai pas, je vais essayer d'expliquer, du mieux
que je pourrai. Je te préviens, les mots choisis n'auront sans doute pas le
même sens pour toi comme pour moi, je ferai au mieux, mais je te connais, tu
vas pinailler !
Une chose : il n'y a ni mépris, ni griefs. Certes, j'aurai pu te reprocher
de nombreuses choses, et toi aussi. Par exemple, tu n'étais pas assez sûr de
toi, c'est souvent moi qui prenait les décisions, tu avais une mauvaise foi que
je n'ai jamais rencontré chez aucune créature terrestre avant toi, un égo bien
placé, tu aimes être au centre des choses, qu'on te remarque et tu es doué
d'une susceptibilité en acier trempée. Moi, de mon côté, je suis, j'étais (la
grammaire est compliqué dans ces situations) trop peu affectif, peut-être (moi,
je ne trouvais pas, mais toi, sans doute, si, un peu), tu me trouvais
certainement un peu froid, distant, lointain, certainement pas assez à ton
écoute. Tu vois, des griefs, nous en avions, mais bizarrement, ces défauts, que
j'ai et que tu as, ils nous ont construits, moi, en tous les cas, ils m'ont
séduits. Alors, je ne pense pas que ce soit à cause d'eux que les choses
s'arrêtent, que la lassitude s'est installée...
Pourquoi, alors ? Je ne sais pas. peu à peu, tu n'étais plus X, mais un
garçon qui vivait avec moi et pour lequel j'ai fini par ne plus rien éprouver.
Tu n'y es pour rien, et comme tu es un affectif presque télépathe, avec un
flair qui me laisse pantois ("monsieur je fais les questions et les réponses,
et j'interprète tout ;)"), je suis sûr que tu t'étais douté de quelque chose,
mais, dans le même temps, comme la solitude doit t'effrayer, ou tout du moins
le rejet, j'ai fait des efforts, je me suis forcé, pour toi, pour nous deux.
Mais rien à faire, je n'étais plus amoureux de toi. On ne sait pas pourquoi on
tombe amoureux, on ignore tout autant pourquoi on ne l'est plus. Un écrivain
que nous aimons bien toi et toi disait que le seul mot de toute la langue
française qui devrait être interdit dans les romans est "indicible" ;
selon lui, tout peut être dit. Je n'en suis pas si certain, en matière d'amour,
en tous les cas, de trop nombreuses choses sont difficiles à dire. Il nous
manque sans doute l'expérience, va savoir ?
Cette petite lettre est une bien malhabile tentative pour t'expliquer ce que
moi-même je ne comprends pas. Je t'aimais, c'est une évidence, et j'étais bien
avec toi, sinon, ces quatre années n'auraient jamais eu lieu. Tu es un type
incroyable, amoureux, gentil, chiant des fois (très chiant même), mais à
l'évidence, un mec bien, comme moi d'ailleurs, comme beaucoup d'entre nous. Il
arrive, dans la vie, que des mecs bien ne se sentent plus bien ensemble. Ils se
sont rencontrés, ils se sont mutuellement construits, et ils se séparent, avec
leur nouveau personnage. Tu laisseras une part non négligeable de toi dans ma
vie, et je pense que de mon côté, il en sera de même. Tu m'as appris l'humour,
la déconne, les soirées arrosées, les délires et le rire ; moi, je t'ai
appris à écouter, à attendre, à te tranquilliser. Nos deux personnes se sont
rencontrées et se sont aimées, elles peuvent donc poursuivre leur chemin.
Sans doute ai-je des choses à apprendre, sans doute aurions-nous pu rester
ensemble si j'avais eu un peu plus d'expérience, mais quand la lassitude et la
routine te prennent à la gorge et que tu ne sais t'en défaire, il vaut mieux
baisser les armes que lutter. De ton côté, tu vas peut-être apprendre à dire
non, à exister différemment dans le couple (je te rassure, tu existes :-)), et
du mien, j'apprendrai sans doute à plus écouter, ou tout du moins, à mieux
montrer que j'écoutais...
Ce ne sera pas avec toi, ni toi avec moi, mais avec d'autres.
Je souhaite que tu ailles bien, merci pour ce moment de vie que nous nous
sommes offerts.
J'attends de tes nouvelles, Y
Note de l'écouteur aux portes : encore un billet tristounet après celui-ci (la réponse), et ça va rigoler à nouveau... ; bon vent !
Commentaires
Tout cela me rassure, mon cas n'est pas isolé ! Voici exactement la lettre que mon ex aurait pu m'envoyer pour m'annoncer qu'il voulait arrêter.
Ceci dit, cela correspond à une rupture soft sans violence, ce qui n'est pas forcément le cas tout le temps.
C'est vrai... La rupture violente, il faudrait en parler me dit mon oreillette...