Paris, le 12 mars 2008

Cher X,

Je t'écris pour te dire que c'est terminé.
Voilà quatre années que nous partageons nos vies respectives, et j'ai envie d'arrêter. C'est dit bizarrement : "j'ai envie d'arrêter", comme si je faisais un régime ou que je ne voulais plus fumer, mais il n'en est rien . Il va m'être difficile de trouver des mots, d'ailleurs, autant te prévenir, je n'aurai pas les mots qu'il faut. Mais je te connais, je te connais bien, il te faut des réponses ; il m'aurait été plus facile de te rendre tes clefs, les mettre dans ta boîte aux lettres et laisser le temps faire son office. Tu aurais été un autre, c'est sans doute ce que j'aurais fait, non par manque de respect, mais parce que c'est plus facile pour les deux mecs. On se quitte, on ne se voit plus, on rumine, tranquillement, dans le deuil et le souvenir, jusqu'au jour où tout repart comme avant. Parce que s'il est une chose dont je suis certain, c'est que tout, pour toi, comme pour moi, repartira comme avant... Aussi, puisque je te connais bien, et je sais que tu vas m'appeler pour avoir des réponses que je n'ai pas, je vais essayer d'expliquer, du mieux que je pourrai. Je te préviens, les mots choisis n'auront sans doute pas le même sens pour toi comme pour moi, je ferai au mieux, mais je te connais, tu vas pinailler !
Une chose : il n'y a ni mépris, ni griefs. Certes, j'aurai pu te reprocher de nombreuses choses, et toi aussi. Par exemple, tu n'étais pas assez sûr de toi, c'est souvent moi qui prenait les décisions, tu avais une mauvaise foi que je n'ai jamais rencontré chez aucune créature terrestre avant toi, un égo bien placé, tu aimes être au centre des choses, qu'on te remarque et tu es doué d'une susceptibilité en acier trempée. Moi, de mon côté, je suis, j'étais (la grammaire est compliqué dans ces situations) trop peu affectif, peut-être (moi, je ne trouvais pas, mais toi, sans doute, si, un peu), tu me trouvais certainement un peu froid, distant, lointain, certainement pas assez à ton écoute. Tu vois, des griefs, nous en avions, mais bizarrement, ces défauts, que j'ai et que tu as, ils nous ont construits, moi, en tous les cas, ils m'ont séduits. Alors, je ne pense pas que ce soit à cause d'eux que les choses s'arrêtent, que la lassitude s'est installée...
Pourquoi, alors ? Je ne sais pas. peu à peu, tu n'étais plus X, mais un garçon qui vivait avec moi et pour lequel j'ai fini par ne plus rien éprouver. Tu n'y es pour rien, et comme tu es un affectif presque télépathe, avec un flair qui me laisse pantois ("monsieur je fais les questions et les réponses, et j'interprète tout ;)"), je suis sûr que tu t'étais douté de quelque chose, mais, dans le même temps, comme la solitude doit t'effrayer, ou tout du moins le rejet, j'ai fait des efforts, je me suis forcé, pour toi, pour nous deux. Mais rien à faire, je n'étais plus amoureux de toi. On ne sait pas pourquoi on tombe amoureux, on ignore tout autant pourquoi on ne l'est plus. Un écrivain que nous aimons bien toi et toi disait que le seul mot de toute la langue française qui devrait être interdit dans les romans est "indicible" ; selon lui, tout peut être dit. Je n'en suis pas si certain, en matière d'amour, en tous les cas, de trop nombreuses choses sont difficiles à dire. Il nous manque sans doute l'expérience, va savoir ?
Cette petite lettre est une bien malhabile tentative pour t'expliquer ce que moi-même je ne comprends pas. Je t'aimais, c'est une évidence, et j'étais bien avec toi, sinon, ces quatre années n'auraient jamais eu lieu. Tu es un type incroyable, amoureux, gentil, chiant des fois (très chiant même), mais à l'évidence, un mec bien, comme moi d'ailleurs, comme beaucoup d'entre nous. Il arrive, dans la vie, que des mecs bien ne se sentent plus bien ensemble. Ils se sont rencontrés, ils se sont mutuellement construits, et ils se séparent, avec leur nouveau personnage. Tu laisseras une part non négligeable de toi dans ma vie, et je pense que de mon côté, il en sera de même. Tu m'as appris l'humour, la déconne, les soirées arrosées, les délires et le rire ; moi, je t'ai appris à écouter, à attendre, à te tranquilliser. Nos deux personnes se sont rencontrées et se sont aimées, elles peuvent donc poursuivre leur chemin.
Sans doute ai-je des choses à apprendre, sans doute aurions-nous pu rester ensemble si j'avais eu un peu plus d'expérience, mais quand la lassitude et la routine te prennent à la gorge et que tu ne sais t'en défaire, il vaut mieux baisser les armes que lutter. De ton côté, tu vas peut-être apprendre à dire non, à exister différemment dans le couple (je te rassure, tu existes :-)), et du mien, j'apprendrai sans doute à plus écouter, ou tout du moins, à mieux montrer que j'écoutais...
Ce ne sera pas avec toi, ni toi avec moi, mais avec d'autres.
Je souhaite que tu ailles bien, merci pour ce moment de vie que nous nous sommes offerts.

J'attends de tes nouvelles, Y

Note de l'écouteur aux portes : encore un billet tristounet après celui-ci (la réponse), et ça va rigoler à nouveau... ; bon vent !