Non, raté, perdu ! Rien de politique là-dedans (quoique)... Je le rappelle, ce blog est un blog de sentiments, d'impressions partagées, de tranquillité, c'est un blog qui parle d'amour. Ne comptez pas sur moi pour dire : "la pride c'est caca, il y a que des folles et des drag -queens et nous on veut vivre comme tout le monde gna gna gna gna gna"...
Je ne serai pas à la pride, la première que je rate depuis 11 ans, parce que je ne peux pas, j'ai d'autres obligations, mais il fallait tout de même que nous en parlions.
Ma première pride, c'était en 1995. J'étais beau, jeune et triomphant, à peine dépucelé de la veille, et je m'étais dit :"là, mon petit père, tu assumes, marche avec les folles !"
J'y allais un peu pour draguer, mais dès qu'un gars me plaisait, il était de Province, ou étranger, ou maqué... Personnellement, la gay pride, en tant que célibataire, ne m'a jamais apporté grande satisfaction du point de vue sentimental. Trop de gens, trop de fêtes, je ne dois pas avoir ma tête des grands jours, parce qu'il y a toujours un petit fond de tristesse.

Oui, de tristesse...

Pour moi, la pride, il faut la faire en amoureux, main dans la main. D'autres se sont battus pour ça, avant nous... Ils se sont battus pour avoir le droit de s'aimer au grand jour. Alors, à quoi bon manifester si on n'a personne à aimer ? J'ai rarement fait une pride en couple, trois fois pour être exact, avec trois mecs différents, et ce sont les plus belles. Celles où on se sentait invincibles, triomphants, au-dessus des autres, où les ailes nous poussaient dans le dos et où nous dominions le monde, ce petit monde gris et terne les autres jours. Marcher au grand jour avec le mec qu'on aime, c'est le plus beau cadeau que nous ont fait les Bory, Hocquenguem, Lestrade et ces milliers de militants anonymes pour lesquels marcher en amoureux, marcher en aimant, était un risque.
La pride est un hymne à l'amour, mais ces dernières années, je n'y ai vu que des militants revêches, des hétéros bourrés, des lycéens venus s'encanailler, je n'y ai entendu que de la techno barbare, et je n'ai entre-aperçu que quelques amoureux. Beaucoup de mecs en chasse, mais très peu de couples. Ceux-là se cachent, ils n'ont plus envie de marcher et de défendre une cause qui n'est pas (plus ?) la leur. Il doit bien y avoir une raison, non ?

On nous bassine avec les droits au mariage, à l'adoption, avec les homo sans papiers, avec les droits des trans, la reconnaissance de la bisexualité en milieu hostile, la difficile condition des prostitués Porte Dauphine, l'homophobie au boulot, le droit de circuler sur Mars, on distribue des tonnes de tracts, tout le monde y passe, de l'UMP à la LCR, on hurle, on hurle tant qu'on ne sait plus pourquoi on hurle... Ces mots d'ordre sont certainement d'une importance capitale (je ne dis rien, je vais me faire lyncher), mais trop variés, trop dilués dans la fête, le marchandising, le copyright, les flyers, le fric, ils sont noyés et éteints dans cette sombre merde pour finir par disparaître. Militer à la pride, je l'ai fait, pour la prévention, et ça n'a aucun sens, parce que personne ne nous écoute.
Pour être franc, on se pose des questions quand on passe ses nuits dans les établissements à dire, "mettez des capotes", et quand on voit les chiffres de progression du VIH chez les gays. Alors, qu'on arrête de nous seriner avec les antiennes du genre : "il faut militer", "on ne peut être gay si on n'est pas de gauche" et autres billevesées. J'ai passé trois ans à Act Up Paris, les mecs venaient pour trois raisons : militer avec foi, rencontrer des gens en trouvant un peu de convivialité, et militer connement et de manière arriviste (ceux-là sont restés).
Tout cela ne marche plus. En tous les cas, je n'y crois plus, c'est mon droit. Qui lit les tonnes de tracts récupérés sur le parcours ? Qui écoute un militant ? la réponse est simple : d'autres militants. C'est ça que j'appelle la pédocratie, un petit monde bien tranquille, mais qui n'invente plus rien, parce qu'il en est incapable...
La pride ne sert pas à cela, la pride n'est pas un porte-voix politique, la pride n'est pas une bannière commerciale, la pride devrait être autre chose. La pride devrait être drôle.
Notre seule fierté, celle pour laquelle pour rien au monde je ne voudrais être hétéro : c'est l'amour, cet amour gratuit, sans institution, sans ou avec des gosses, et par-dessus tout l'amour de l'autre et l'autre qui nous aime. Cet amour dont beaucoup d'entre nous ne savent strictement rien...Ce que beaucoup ont réclamé avant nous, c'était, simplement, le droit de s'aimer et de diffuser dans le monde cette part magique qui réside au sein de chaque homo, cette truculence, cet humour, cette drôlerie, cette originalité, cette vague idée d'un autre monde que nous sommes encore bien incapables de créer... Bory, Chazot, Charpini et Brancato, Suzy Solidor étaient les vrais militants, parce que dans leur rage, dans leur coeur, ils avaient de l'humour. Qui a de l'humour aujourd'hui, qui nous apprendra à rire en coin, qui sait mêler la douce gentillesse, la drôlerie, et la rage ?
Je n'entends que colères, hurlements hystérique chez les militants, qui se contentent de dire : c'est mal ce qui se passe, c'est mal ce qu'on fait en Iran, c'est mal ce que des tas de gosses vivent dans les lycées, c'est mal de ne pas mettre de capote. Ils nous interpellent, et s'en vont, ventripotents et bien pendus à leurs petites breloques de prétention, persuadés de détenir la vérité universelle parce qu'ils ont raqué 15 euros dans une assoce loi 1901 et que ce médiocre imprimatur leur donne le droit de nous forger une conscience, à nous, les pauvres connes qui n'avons retenu d'homosexuel que sa définition la plus basique : trouver un mec et le garder... Alors nous, pendant ce temps-là, nous les écoutons, parce que nous sommes bien élevés, nous marchons. SEUL...

Qui osera un jour demander que le mot d'ordre de la pride soit l'amour ? Je travaille beaucoup, milite pas mal, et ce que je vois, dans mes sorties, ce sont des types seuls, des types qui attendent, des types qui parfois n'y croient plus, des types trop fiers qui n'osent pas avouer que le soir, parfois, en rentrant du boulot, ils aimeraient bien passer un dîner aux chandelles. La honte de dire : "j'aimerais bien rencontrer un mec stable", les moqueries et le cynisme que nous recevons en guise de réponse, c'est contre cela qu'il faudrait manifester.
Notre incroyable liberté, notre "ghetto" comme on dit, est une chance inouïe, mais c'est le venin qui nous bouffera tous. Nous avons la liberté de rencontrer et de baiser comme on veut, avec qui on veut, et 24 heures sur 24, paradoxalement, des mecs seuls, je n'en ai jamais vus autant. Je me demande simplement : pourquoi ? Le milieu, les établissements, les sites de rencontres, vivent de notre misère sexuelle et affective.
Ne me faites pas dire ce que je n'ai jamais pensé : les bordels, c'est méchant, tout ça. Non, ce n'est pas là que le bât blesse, je ne suis pas une oie blanche, j'en profite, allègrement. Ce que je dis, ce que je pense du plus profond de mes tripes, c'est qu'avec tous nos soi-disant droits nouveaux, avec nos revendications merdiques et inaudibles, anonymes au possible, avec cette pédocratie qui nous gouverne (je fais tous les 1er décembre depuis 10 ans, je vois toujours les mêmes tronches, alors, la capacité d'informer des assoces, ça me fait doucement rigoler...), avec notre pouvoir d'achat ciblé par des gens forcément bienveillants, nous avons perdu notre identité : celle d'être homosexuel, c'est-à-dire celle d'aimer un mec qui nous aimera en retour et avec lequel nous serons heureux. Point barre, ni plus, ni moins. Etre homo, c'est simple. C'est juste ça notre identité. Après, soyez de gauche, de droite, du centre, vert, rouge, jaune ou bleu, pour les gosses, pour l'avortement, pour les sans papiers, contre le racisme, antilesbiennes, soyez ce que vous voulez, mais nom de Dieu de nom de Dieu : AIMEZ !!!!!
Personne ne nous parle plus du couple gay, comment il marche, comment ça tient, pourquoi ça s'arrête. Plus personne ne nous parle de la vie en somme. Nos seuls modèles de couple restent épouvantablement hétéronormés, de plus en plus d'ailleurs. Je suis persuadé que le couple gay a ses spécificités, qu'il se construit sur des bases inédites, nouvelles, c'est Platon, dans le Banquet, qui en parle le mieux...
Finalement, je ne regrette pas d'aller à la pride cette année, trop de fantômes la hantent, d'amours passées, d'amours déçues, et mes cicatrices sont à peine refermées, mais vous, oui, vous, quand vous y serez, ne perdez pas de vue le cadeau que la vie vous a fait : votre fierté d'aimer et d'être aimé, là est votre grande différence avec la masse grise de la médiocrité, et cette putain de fierté-là, c'est tous les jours qu'il vous faut la hurler, avec ce sourire aux lèvres qui n'appartient qu'à vous.

Bon vent !

"Je veux que, si inverti que je sois, et je SUIS un inverti, je le dis bien, clairement ; je veux simplement que vous me laissiez vivre parce que je représente une forme véritablement vivante de la vie" Jean-Louis BORY