J'avais prévu de vous parler d'autre chose.
Je souhaitais, à l'image de la météo, un post léger, calme, primesautier, gazouillant et rigolo sur nos complexes et la façon dont ces milliards de petites saloperies nous bloquent et nous empêchent d'avancer. Vous savez, ces bêtises qu'on s'est fourrées dans le crâne. Ces petites marionnettes immondes qui nous retiennent lorsqu'il serait naturel que nous abordions le mec qui nous fait envie. Ces petites voix débiles qui nous sussurent : non, pas moi, je suis trop moche, je ne suis pas assez ci, trop ça, et puis je suis trop bête pour lui, et puis je n'ouvre pas assez ma gueule, je ne le mérite pas, je ne suis pas assez bien...
Tous ces petits complexes, issus de notre enfance ou de notre adolescence. Le complexe de celui qui avait peur du noir, de celui qui était nul au interclasses de hand, du dernier choisi dans les équipes. Tous ces complexes qui nous rendent mutiques pendant les dîners en ville et que nous devons apprendre, avec le temps et l'expérience, à désapprendre. Toutes ces petites expériences qu'on pense faire partie de nous et qui ne sont que des parasites, nous empêchant d'être confiants en nous-mêmes et en notre idée de former un couple.
On lutte contre ces petits morpions de l'esprit, mais comme leurs congénères à huit pattes qui grattent beaucoup, ils reviennent quand on ne s'y attend pas. On fait du sport pour paraître plus musclé, on sort plus souvent pour avoir l'air moins renfermé sur nous-mêmes, on lit, se cultive, pour ne pas paraître trop gourde avec notre mec. Lui, qui n'est qu'un mec, doit sans doute en faire de même. Le pire, c'est que ça ne nous empêche pas d'être heureux, une fois qu'on a accepté que tout cela n'était qu'une gigantesque invention qu'on s'est construite tout seul comme une grande fille.

Tous, nous cherchons des systèmes D, tous, par moment, nous nous sentons en-dessous de la moyenne (moyenne par rapport à quoi ? à qui ? on se le demande...). Un de mes amis, incroyablement cultivé (c'est son métier, il est correcteur) est persuadé d'être inculte, un autre, mignon comme tout, se trouve trop moche, ou pense qu'il a trop de bide et n'aborde personne au sauna, moi mon complexe, c'est que j'ai le QI d'une huître depuis que j'ai fini dernier à un tournoi d'échec en cinquième, et vous ?
On cherche, on se lamente, mais on y croit malgré tout, n'étant finalement pas si dupe du gigantesque théâtre que nous nous sommes patiemment forgés. Et puis un beau jour, on se dit : je suis moyennement beau, moyennement jeune, moyennement cultivé, moyennement intelligent, mais je suis incroyablement amoureux. Et tout cela, ça s'efface, et tant mieux parce que si on n'y prend garde, ça peut vous bousiller un couple en moins de deux.

Je voulais vous parler de tout cela en étant drôle, en citant Milton Erikson, qui a beaucoup travaillé sur les petites phrases de sagesse qui nous aident à reprendre confiance en nous, en examinant les doutes de grands hommes, de mecs magnifiques, réputés inébranlables et qui pourtant sont aussi fragiles que nous tous. Je vous faire tout cela, mais ce sera pour une autre fois.

Ce soir, en effet, j'ai fait du réseau téléphonique, et je suis tombé sur ce pseudo : "bomec de 25 ans, plombé depuis deux mois, cherche plan jus no Kpote maintenant".
Toi, bomec de 25 ans, tu étais capable d'aimer et d'être aimé, tu l'es encore, et tu le seras toujours, mais tu en as sans doute eu marre d'attendre, marre d'être triste, marre d'être seul. Tu penses avoir trouvé le moyen idéal pour ne plus être contraint de te retenir, d'attendre, te restreindre, de questionner (ce que nous faisons tous en nous protégeant, et en gardant une vigilance saine, un regard extérieur serein sur l'autre).
Tu as choisi de pénétrer dans un autre monde, où chaque mec baisera sans questions, juste pour le plaisir, avec joie et sympathie, avec des fantasmes illimités, où et quand tu le souhaites. Le Barebake, c'est au sexe de que MCM est à la télévision : 24h sur 24, vite vu, vite digéré, vite contenté, mais vite obligé d'y retourner.
Le pire, c'est que je sais que ça va marcher pour toi : tu vas te taper une floppée de mecs, et dans le lot, tu en contamineras peut-être à ton tour, c'est un jeu, dans lequel tu triomphes.
Un jeu où on se sent au-dessus des autres, un jeu où on n'a plus peur de rien, un jeu où les complexes, ces petites blessures de l'âme, n'existent plus.
Jmec de 25 ans, quelque part dans le 19ème, je souhaite que tu tombes amoureux, que tu aimes un type qui t'aimera à son tour plus que tout au monde, que tu aimes ses forces et ses faiblesses comme il aimera les tiennes, je souhaite que tu ne sois pas trop malheureux. Ce post est pour toi, et pour tous ceux qui n'ont pas vécu assez longtemps pour trouver l'amour, parce que sans doute, un jour, ils ont été las de ne pas se croire à la hauteur...

Ce post est également dédié à Pascal, Didier, Stéphane, et tous ceux qui se battent contre le SIDA depuis de trop nombreuses années et qui n'ont plus le luxe d'avoir des complexes...

Louise Hogarth