Ces si douces transitions...
Par Jérôme le samedi 17 mai 2008, 00:38 - heart is a lonely hunter - Lien permanent
Bon, j'avais prévu de vous causer de la théorie de la carte amoureuse de John Gottman et de son étude sur les couples qui marchent, mais ce sera pour une autre fois.
Mon ex, qui lit ce blog (nul n'est parfait, logique, c'est mon ex), m'a commenté : c'est long, c'est chiant, on ne comprend rien, et puis d'abord un blog, ça se doit d'être court et distrayant. Alors tu fais comme tout le monde, tu racontes ta vie et t'arrêtes de barber la terre entière qui ne te lit pas avec Platon, Pascal et Lao Tzeu...
Il a forcément raison, c'est mon ex.
Justement, ça tombe bien, il m'est arrivé un truc. Genre un truc qu'on raconte dans un blog : ultra personnel, nombriliste à souhait, et avec un message subliminal destiné à la communauté des pédés qui lit ces brillantes pages venant éclairer le commun des mortels sur la conquête amoureuse en milieu hostile...
Tout a commencé il y a un mois, chez un vieux pote, un dimanche après-midi. On faisait un jeu de rôles, un truc hyper stratégique avec sept pédales, toutes trentenaires bien mûres, bien cyniques comme il faut être passé 35 (oué, les mecs qui cherchent le couple, ils n'ont rien compris, ça vient quand ça arrive et que ça doit venir, gna gna gna gna gna gna, enfin, vous voyez, quoi....)
NB1 : je m'inclus dans le lot.
Là, une créature, 35 ans, appelons-la Laurent. Pas mal, sans plus. On se parle à peine. Il avait l'Angleterre, moi l'Italie, on a perdu tous les deux
NB2 : C'était un jeu avec des pays qui se font la guerre.
Un mois plus tard, une soirée au Duplex : bar parisien connu pour ses célibataires post-trentenaires cyniques et désabusés qui passent le temps à parler de leur vie formidable depuis qu'ils sont seuls, de leurs plans à trois, de leurs amours passées et du mec qui est en train de les mater. De temps en temps, ils lisent Romain Gary à la place de Sensitif...
NB3 : j'en suis.
Dans la foule, devant mon quatrième kir, Laurent, again. Sourires, deux verres et deux numéros de portable échangés.
Il est déprimé, il vient de larguer son mec.
NB4 : je suis éberlué rien qu'à l'idée de penser qu'un type qui vient de larguer son mec puisse être déprimé. Moi, je me suis surtout fait larguer faut dire (pov'fille powaaa inside). Un mec qui largue, pour moi, il est fort, évidemment, il a du caractère, nécessairement, ce n'est pas une créature émotive et fragile, il en a vu d'autres, crénom... Enfin, ça m'intéresse, j'écoute, rassure, tout ça...
On papote, donc. Des hommes, des relations, de la vie d'un pédé trentenaire parisien qu'en a vu d'autres et qu'on va pas la lui faire, non mais oh quand même. Et on reprend deux verres.
On se raccompagne, il habite Belleville, moi aussi. On longe le canal, on se raconte nos plans, nos ex -c'est dingue comme le canal réveille à la fois frénésie sexuelle et nostalgie- On se quitte rue de la Grange aux belles.
Hier texto. Laurent : un vernissage, dans le quartier, ça te tente ?
NB5 : oui, ça me tente. Je précise que rien, strictement rien de concupiscent dans cette opinage du bonnet n'est à déceler à ce stade du récit.
Expo, retrouvailles de vieux potes, dont un ex. Présentations : voici Laurent... Sourires en coin des vieux potes et de l'ex, je ne relève pas, les pédales, toutes les mêmes. Moi et Laurent : discussions sérieuses autour des tableaux.
La soirée se termine.
Laurent : je prends un dernier verre à côté, je me lève tôt demain.
Moi : je t'accompagne, juste un verre, je travaille demain.
Ok donc pour le pot : dans le quartier, même pas dans le Marais, je n'en reviens pas...
NB6 : Sortir plus souvent dans mon quartier, je découvre qu'il y a trois bars pédés, dire que ça fait six ans que j'y suis, je n'avais rien vu...
On est accoudé au comptoir, on discute, politique, vie, mecs, boulots, ex, les mecs, tout ça quoi.
Lui : 4 bières. Moi : 4 kirs.
Arrive une lesbienne saoule qui veut payer, elle se fout entre nous deux, nous dit pardon, nous demande si on est ensemble...
Lui : non, pas encore !
Moi : moi....Euh, moi, rien, je suis gloups youpla je veux me sauver groumff zut prout je sais pas quoi faire là rhoo et puis il vient de casser avec son mec et puis on a picolé et puis je travaille demain et puis je suis en phase de deuil, et puis bof les coups d'un soir, et puis ça donnera rien, et puis c'est dommage, j'avais envie qu'on reste potes, et puis, et puis, et puis...
La lesbienne paie, nous embrasse et se tire.
Nous : re-politique, re-ex, re-mecs, re-la vie, tout ça quoi, mais de temps en temps, une main sur le bras, pour appuyer le propos. Sans doute...
On quitte le bar. On passe par sa rue, il me dit, je ne te fais pas visiter, c'est le bordel chez moi. Moi : tu as raison, et puis je travaille demain.
On s'embrasse sur la bouche, sans la langue, mais trois fois.
C'est con, mais ce genre d'épisode, ça prouve plein de trucs :
1-Je peux encore rencontrer des mecs, putain, même après mon ex. Et au hasard encore...
2-C'est sûr, il est en période de deuil affectif, moi aussi, mais même dans ces cas-là, des trucs sympas sont possibles...
3-Evidemment, aucun des deux ne va oser appeler l'autre.
4-Heureusement, dans trois semaines, on refait la seconde manche du jeu chez nos potes.
Conclusion : non ! Ce n'est évidemment pas une histoire qui commence... C'est juste une petite tranche de vie qui montre qu'il faut mieux bénir la petite lumière que de maudire toute l'obscurité...
Bon vent !
PS : Faut quand même que je vous parle de John Gottman, un jour, c'est
formidable... En attendant, allez voir l'expo Tom de Pékin, Place du Colonel
Fabien, Siège du PCF 
