Le temps de l'innocence
Par Philippe le dimanche 13 avril 2008, 17:08 - stardust memories - Lien permanent
1980. Le mercredi, c'est le jour du catéchisme. A vrai dire, ce n'est pas
très emballant. Heureusement, j'ai mes amis là-bas. Ce sont les gens qui sont
en classe avec moi. Nous avons des débats enflammés sur le dernier gadget de
pif. Les autres, ceux de l'école Charcot, nous ne les fréquentons pas. C'est
bien connu, cette école, c'est un ramassis d'abrutis. Pourtant, parmi eux, il y
a Hugues. Il parle avec les durs. Il est habillé comme les grands du collège.
Et puis je ne sais pas, il y a quelque chose que j'aime bien quand je le
regarde. Son sourire ? Ses taches de rousseur ? Ses cheveux qui font
des boucles ? Je ne sais pas. Je n'ose pas l'aborder.
Mardi 14 septembre 1982. Dans la cour du collège Carnot, l'air est frais.
Eternelle atmosphère de petit matin des rentrées scolaires. Je retrouve
quelques copains de CM2, aussi intimidés que moi. Nous sommes tous accompagnés
de notre mère. Une cloche sonne, elle est suivie d'un larsen épouvantable, puis
le directeur nous souhaite la bienvenue. C'est une armoire à glace, il est
terrifiant. Classe de 6ème A. Commence la litanie des noms. Classe de 6ème B.
Un de mes amis est appelé, il disparaît sous le préau. Classe de 6ème C. La
cour se vide peu à peu, mes copains sont maintenant tous partis, et je suis
toujors là. J'ai l'impression d'avoir été oublié. Classe de 6ème H. Philippe
N., enfin, c'est moi, mon coeur bat, j'échange un regard avec ma mère et je
rejoins le rang.
Inspection rapide de mes futurs camarades. Parmi eux, il y a Hugues. Avec ses
boucles. Ses taches de rousseur. Nous entrons en classe, je m'assois à côté de
lui. Il me remet, nous échangeons rapidement deux mots, il me sourit. Ah ouais,
le caté, Pascal, les conneries qu'il faisait, il était con, qu'est-ce qu'on se
marrait. Je me sens bien, mon appréhension du matin a disparu. Quelque chose me
plaît. Le sourire, les boucles, sa tenue. Un je ne sais quoi, que je perçois à
peine, que je ne comprends pas encore.
Nous sommes restés assis côte à côte tout l'année. Malgré tout, je n'en comprendrai pas plus sur cette attirance avant longtemps.