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mercredi 3 septembre 2008

Les fourmis dans le bras...

Dans les sensations qui suivent la rencontre, dans les souvenirs mémorables, marquants, qui identifient clairement que le sentiment, l'affection, autrement dit les prémisses de l'amour, ont pris place dans notre fonctionnement quotidien, il en est un que nous avons tous connus : le petit matin, au réveil, où, enlacés, nous ne savons plus que faire de nos bras, de nos jambes, emberlificotés qu'ils sont dans ceux de l'autre, un autre que nous explorons autant qu'il nous explore. Alors, on s'étreint, on cherche sa position, dans le demi-sommeil, soucieux de trouver notre confort, sans pour autant trop s'éloigner de l'autre. On se met sur le ventre, son bras lové contre notre torse, et on a l'air pas trop mal, et puis, d'un coup, il nous demande si on peut se pousser, se tourner, se mettre autrement, alors on se colle, dos contre ventre, en suivant des lignes parallèles que seuls les couples débutants connaissent. On tâche de trouver le sommeil, on guête la torpeur, et elles reviennent, ces petites fourmis dans le bras, tout écrasé qu'il est contre l'autre. Ces recherches de positions durent, la chaleur est là, une moiteur agréable, des odeurs qui n'appartiennent qu'aux deux, et qui, déjà, amorcent la complicité, celle des corps à défaut, pour l'instant, de celle des personnes.
Le bras qui picote, c'est le couple : être confortable, penser à soi, et ne pas s'éloigner de l'autre, lui laisser toute la place, qu'il reste près de nous sans être gêné, et que nous restions près de lui en faisant en sorte que, tranquillement, il s'acclimate à nos positions, nos manières d'être, à ce que nous sommes. Les picotements dans les bras, nous les avons tous connus, ils n'appartiennent qu'à l'amour. Etrangement, ils disparaissent lorsque les deux s'éloignent l'un de l'autre, au cours du temps puis s'estompent lorsque chacun reprend sa place (quelle douloureuse expression !). Je me souviens d'une fin d'histoire qui m'avait été annoncée inconsciemment par l'autre qui, dans son sommeil, avait enlevé mon bras enroulant son torse et s'était brutalement éloigné de moi. Le lendemain, aucun souvenir, mais le corps avait parlé, quelques semaines plus tard, le reste allait suivre...
Ces pratiques du corps, ces stigmates du couple endormi sont un beau symbole de l'amour : ni trop proche, ni trop loin, ni trop inconfortable, mais avec quelques compromis...
Bon vent !

vendredi 29 août 2008

Le cas Farmer

Dans les prémisses de la rencontre, les conversations gravitent la plupart du temps autour de sujets relativement consensuels ; il ne s'agit pas de converser pour apprendre sur un sujet particulier, mais pour en apprendre un peu plus sur l'autre. Que soient évoqués les prix du mètre carré à Paris, l'intérêt de Paris sur la banlieue et réciproquement, les rapports aux parents, les anciennes histoires, les boulots respectifs, tous ces sujets, sont orientés dans une seule direction : la séduction.
Rares sont les fois où on se souvient des premières conversations, parce qu'elles sont assez affligeantes de banalité : à titre personnel, aucune n'est demeurée dans mon esprit, seul le moment est resté gravé dans mes souvenirs ; la voix qui résonne, les regards... Dans ces conversations, ce sont les silences qui sont les plus riches d'enseignements, qui sont les plus évocateurs et je me rappelle de chacun d'entre eux : le premier rendez-vous, la première discussion, les mots qu'on cherche, les choses qu'on a vraiment envie de dire, et les prudences, les attentes, les sourires. Ce moment-là est un des plus magiques, certes, il n'augure rien de la relation, tout peut bien se dérouler et quelques semaines, mois, années après, ce garçon extraordinaire est devenu pour vous un parfait inconnu. C'est un fait, c'est comme ça. En amour, il faut parler, un peu, de tout, de rien, dans le seul but de savoir ce qu'est l'autre, et un peu ce qu'on est soi, aussi.
Il est un sujet où la polémique vient plus facilement, où les désaccords peuvent se faire jour : celui de la musique. Ce n'est pas un détail, oh que non ! Notre univers musical reflète à la fois notre personnalité, notre histoire, nos moments de solitude, de joie, de peine, la nostalgie, la tristesse, le bonheur, ce peut-être aussi le dernier stigmate d'une lointaine histoire.
Nos CD, nos MP3 révèlent énormément de choses sur nous ; la plupart de mes Ex importants, ceux qui ont vraiment compté, les édificateurs, les piliers, avaient des goûts vaguement communs. Ils aimaient la musique un peu planante, le classique, les choses un peu tordues et cérébrales de la nouvelle scène américaines, et les chansons d'amour aussi. Nos goûts musicaux communs ou non sont essentiels : quand vous vivrez avec un mec, ce dernier aura envie d'écouter Dalida en rentrant du boulot, et vous, vous aurez envie de Björk, un peu de fatigue, et c'est l'engueulade, ou, pire encore, chacun son MP3 dans l'oreille (je dis pire parce qu'aucun autre mot ne vient, mais ce peut être une solution).
Il y a des styles de mecs assez conformes aux styles musicaux : un garçon qui s'éclate sur de la techno, ça se voit, comme un amateur de musique classique. En général, je ne me trompe jamais là-dessus, et ça en épate certains ("Toi, tu as une tête à écouter Radiohead." "Hein, quoi, mais comment tu sais ??") ; là où je suis fan aussi, c'est de débarquer chez le mek viril macho qui ne voit en vous qu'un sphincter, qui vous culbute comme un sauvage et dont la cédéthèque regorge de disques de Françoise Hardy ou de Mireille Mathieu (j'ai vu, je vous jure), ce sont des types vraiment attendrissants, parce que le costume de dur qu'il se sont taillés n'est que de circonstance (le monde pédé est un monde dur, trop dur, on en reparlera), et qu'au fond d'eux, et bien, ce sont des mecs normaux, qui rient, souffrent, pleurent et qui ont leurs anges comme leurs démons.

Il demeure une artiste qui, néanmoins, suscite autant l'effroi que l'admiration chez nous autres : Mylène Farmer.
Farmer, c'est autre chose ; des mecs qui l'aiment, il y en a pléthore, de tous les styles, de tous les âges. Bizarrement, autant le garçon avouera sans complexes aimer les Floyd, Bryan Ferry ou les Négresses Vertes, autant il ajoutera un timide "et chez Mylène Farmer aussi, il y a des choses pas mal du tout", en attendant de voir la réaction. S'il n'aime pas, en revanche, c'est une débauche hystérique de haine et d'adjectifs peu enclins à la sympathie. En général, on lui trouve tous les défauts du monde, on la brocarde, on la trouve folle à lier, à moitié dingue, et au pire, on l'accuse de se faire de l'argent sur notre joli dos de jolie tapette...
Bon, ça m'interroge. Si les pédés l'aiment, il y a une raison. La semaine dernière, j'avais des gens à la maison, farmerophobes de la deuxième génération, comme moi. Je leur passe, en fond musical, le dernier disque, parce qu'il y a une ou deux chansons qui (et j'ai eu du mal à me l'avouer) m'ont plu, et immédiatement : des réactions, positives, négatives, et aussi, immédiatement, on parle d'une époque, de nostalgie, de jeunesse. Elle suscite toujours quelque chose et ça, ça m'intrigue.
J'ai eu ma période, comme beaucoup de mecs qui ont dépassé les 30 ans depuis quelques années. C'était la grande époque des clips sombres avec des corbeaux, des chemises de nuit qui volent et une ambiance à la Valmont/Merteuil, et puis, j'ai arrêté après Innamoramento, pour une raison conne : le mec duquel je venais de me séparer était fan, j'ai donc jeté le bébé avec l'eau du bain (c'est pour cela que je n'écoute plus Jay-jay Johanson, Pascal Obispo et Radiohead ; seules Dalida et Barbara résistent, allez comprendre...), bon, entre-temps j'étais devenu un grand garçon aussi (argument aussi débile que le précédent, j'en conviens).

Farmer, quand on débute avec nos questionnements divers sur notre identité sexuelle, notre identité tout court, c'est quand même très efficace. Elle véhicule une image à la fois fragile et puissante, très sexuelle dominatrice et douce, mystérieuse et haute en couleur, un peu baroque et surannée : tout ce qui, à mes yeux, fait l'homosexualité ou la conscience d'être homosexuel.
Farmer, c'est un miroir, une confidente, une épaule, pour tous ceux qui l'aiment. J'imagine que dans les moments de solitude adolescente, se retrouver dans une petite chambre, tandis que les parents ne comprennent rien à ce que nous sommes, et écouter Ainsi Sois-Je, c'est quelque chose qui reste gravé dans la mémoire et, qu'on le veuille ou non, nous construit...
Finalement, je comprends assez bien pourquoi elle plaît et déplaît tant : comme un reflet, parfois, il nous séduit, parfois, nous n'avons qu'une envie, c'est de briser le miroir. Ne brûlons tout de même pas trop vite nos icônes.

Ce blog n'est plus à quatre mains ; mon co-blogueur a eu envie de passer à autre chose, je suis donc tout seul avec vous maintenant. L'idée reste la même, parler des hommes, parler d'amour, échanger, être heureux. J'ai encore la motivation, des idées, et du temps à vous consacrer, n'hésitez pas à laisser impressions, idées, sentiments sur tout cela, ça permet d'avancer et ça encourage...

Je me dis quand même que ce couplet convient tout à fait au jeune homo qui cherche à s'assumer, je ne suis pas si mécontent que cela de l'avoir entendu à 16 ans, avec le recul...

"''Tour à tour on me chasse

De vos fréquentations

Je n'admets pas qu'on menace

Mes résolutions

Je me fous bien des qu'en dira-t-on

Je suis caméléon

Prenez garde à mes soldats de plomb

C'est eux qui vous tueront"''

farmer

samedi 23 août 2008

Les hommes, les champignons et moi

Quand j'étais petit, mon Papa m'emmenait aux champignons dans la forêt d'Argonne. Je détestais cela, d'une part, parce qu'en Argonne, il pleut tout le temps, il y avait aussi de grosses limaces rouges (les plus grosses limaces rouges que j'ai vues de toute ma vie, d'ailleurs), et surtout, je ne voyais pas la queue d'un champignon, ou alors, quand j'en trouvais, c'était des gros moches et pas bons, ou alors des tout pourris desséchés qui poussent sur les arbres, voire des dangereux pour la santé, et même des mortels...
Lui, il ramenait plein de pieds de mouton, des trompettes de la mort et des girolles, c'était vraiment énervant : alors, il me disait, pour me consoler : "c'est le métier qui rentre, tu verras, tu finiras par les voir, toi aussi." Bon, il est mort un jour, et je ne suis plus jamais retourné aux champignons...
Ce qui est vrai pour ces aimables végétaux eucaryotes sporophores l'est aussi pour l'homo sapiens sapiens sexualensis... Je discutais avec un de mes (comment dit-on ?...)"contacts" il y a quelques jours et il me disait : "quand tu cherches, le mec le sent, et il fuit, parce que ça effraie..."
Je ne me souviens pas trop comment mon Père trouvait ses champignons, mais je me souviens qu'il ne les cherchait jamais, justement : c'est vrai. Il se baladait, il regardait les oiseaux, il regardait le ciel, les arbres, trouvait des tas de trucs bien pourris comme on en trouve dans les forêts humides (des lichens, des écorces pleines de vers, des cailloux aux formes rigolotes), et puis, pouf ! de temps en temps, un champignon comestible, il le ramassait, et pensait à autre chose. A la fin de la journée, il y avait cinq omelettes...
Tout cela me rappelle aussi une histoire que racontait Edmund Hillary (le néo-zélandais qui a grimpé sur l'Everest pour la première fois) : il était au Népal et cherchait des sherpas. Il en déniche deux biens, musclés, solides, de rudes gaillards. Ceux-là lui proposent de l'accompagner sur quelque montagne, histoire de l'entraîner avant de faire le grand bon en avant : ils partent donc à l'aventure ; les sherpas avec de simples sandales, Hillary avec un solide harnachement d'alpiniste, des masques à oxygène et tout le toutim... Ils grimpent, grimpent, les sherpas gardent le sourire, tandis qu'Hillary suffoque. Ils arrivent finalement au sommet de la petite montagne ; notre brave Edmund est tout interloqué, limite colère : "m'enfin, c'est injuste, vous êtes affublé comme des véliplanchistes et vous n'êtes pas épuisés, moi, je suis bien équipé et je crache mes poumons !". Les braves sherpas, un tantinet bouddhistes sur les bords, lui répondent, goguenards : "Pendant que nous montions, toi, tu ne pensais qu'au sommet, nous, au chemin : nous avons regardé le ciel, les nuages, les roches, la neige, les rivières, bref, nous avons profité du parcours, et toi, tu n'as rien vu..." C'est bon, non ?
Les champignons et l'Everest me permettent de rebondir sur l'interrogation de mon "contact" : oui, c'est vrai, si tu cherches, tu vas tomber sur des machins bien pourris, des types tristes, des qui cherchent aussi, souvent des cas (j'en ai une belle collection à mon actif, mais ayant moi-même beaucoup cherché, je suppose que je dois traîner cette même réputation de boulet chez nombre de garçons sensibles...). Ces aventures nous sont arrivées à tous : on est au bar, en boîte, au bordel, et le premier mec qui se jette sur nous, c'est un aigle qui fond sur sa proie, la langue pendante et le regard hormonalement suggestif, avec un peu de malchance, en prime, il est totalement bourré. C'est normal, il est à l'affut : il fait partie des chasseurs, qui attendent et dévorent...
Je n'aime pas les chasseurs, ils tuent des bestioles innocentes, ils attendent, tapis dans leur abri, ils appâtent, ils jouent faux, ils se lèvent le matin pour tuer. Je préfère le mec qui va aux champignons ; il part en balade, ramasse éventuellement quelques spécimens s'il en trouve ou rentre chez lui le panier vide, conscient d'avoir passé un bon moment, malgré tout...

"Un âne, pour le moins, instruit par la nature,
A l'instinct qui le guide obéit sans murmure ;
ne va point follement de sa bizarre voix
Défier aux chansons les oiseaux dans les bois :
Sans avoir la raison, il marche sur sa route."
Boileau, Satires : à Monsieur Morel, Docteur en Sorbonne

Parfois, il nous faudrait être des ânes, surtout en amour...
Bon vent !

Je reprends le micro parce que Tony Duvert est mort. Il n'était pas très connu mais c'était un époustouflant écrivain, très gênant sans doute. Je ne connais que le Journal d'un Innocent : une bouffée bien anachronique aujourd'hui, le droit des adolescents à jouir de leur corps comme bon leur semble, très dérangeant, très incorrect, daté, et à n'en pas douter, totalement mis à l'index aujourd'hui. Duvert, c'est cette période des années 70 où tout semblait possible, même les pires âneries, mais lui, il les décrivait avec un talent et une sensibilité on ne peut plus respectables. Je vous conseille de lire pour vous faire une idée, c'est une langue belle, datée, et ça nous change des délires narcissiques de cette banane de Christine Angot ou des outrages de ce crétin de Houellebecq (dont il est le précurseur, mais ces ânes-là l'ignorent sans doute).

Tony Duvert

dimanche 17 août 2008

Les folles des villes et les folles des champs

Sans entrer dans les détails, je rentre de vacances. Un lieu magique, un sanctuaire, dont je tairai le nom, parce que rien ni personne ne doivent venir le bousculer et le corrompre. Une semaine de bonheur, d'amitié, de sourires, de vie. De retour à Paris, les choses ne paraissent plus tout à fait comme avant, on regarde les arbres, la nature, le peu qu'il nous reste dans cette jolie capitale, d'un oeil neuf, plus respectueux, plus ouvert aux petits mécanismes mystérieux qui font que les choses se font, mais lentement. Là-bas, une abeille pouvait attendre trois jours après une averse, le temps que ses ailes sèchent et qu'elle puisse repartir butiner tranquillement (saisissez-vous la parabole ?). Ce matin, le temps était gris, j'ai incroyablement pris mon temps, j'ai rempoté quelques boutures, écouté ma Loreena Mac Kennit adorée (vous savez, celle qu'on n'entend qu'à Nature et Découverte), et je me suis promené dans mon quartier, les Buttes-Chaumont, le Canal de l'Ourcq, sans personne à l'horizon, simplement moi et un petit Paris partiellement dépeuplé et endormi.
Je vais sans doute découvrir la lune, mais dans ce pays magique, loin là-bas, au fond des bois, je n'ai jamais vu autant d'amour, autant de gens qui s'aimaient, des couples, des gens seuls, qui, tous, n'ont que ce mot et cet objectif en tête, et qui, comme l'abeille qui se sèche, comme le petit chêne qui sort du sable, comme les plantes qui livrent d'autres graines en prévision de l'année prochaine, savent attendre. Ces gens savent qu'après la pluie arrive le soleil, et que le soleil, quand il chauffe trop, finit par brûler et nous impose d'attendre la pluie, à nouveau. La nature a des cycles, et nous, parisiens têtes de chien, avons un autre rythme, un tout de suite, un maintenant, un il faut que ce soit fait, un il faut du résultat, un il faut que ça vienne, un il devrait rappeler là quand même. Dans le domaine amoureux, finalement, dans nos appartement minuscules, nos métros, nos vélos, nous vivons en complète promiscuité, avec une dose d'agressivité énorme (le retour à Montparnasse dans ce train bondé a achevé de me le prouver...), et, soucieux de notre mieux être, nous oublions, peut-être, que le temps du Monde est plus lent que le nôtre.
Peu de temps après ma rupture, je suis allé voir mon médecin de ville parce que j'avais repris la cigarette, elle me prescrit des patchs et me demande : "et à part ça, tout va bien ?", je lui ai répondu : "rien qui ne relève de la médecine", comme elle n'est pas idiote et qu'elle me connaît bien, elle me répondit : "ça, vous savez, Jérôme, c'est juste la vie, il n'y a pas de médicament..."
J'ai conscience de passer pour un flower-power un peu gnangnan mais je m'en branle la cacahouète : je vous prends sur Hocquenghem quand vous voulez :-) ; il me semble que nous cherchons sans doute un peu trop de résultats, un peu rapidement, et qu'on en oublie que rien, sur cette petite planète, ne se fait vite. Il faut du temps pour que les herbes poussent, il faut du temps pour que les gouttes s'évaporent, il faut du temps pour aimer...
Si j'ai un conseil à donner aux célibataires : plantez des choses, des graines, et regardez comme c'est long, la vie, parfois, et que c'est parce que c'est si long que c'est merveilleux... Rien ne se fait sans lenteur, l'amour, sans doute plus que le reste...

Bon vent !

Quelle est la pilule qui nous tiendra bien portants, contents et sereins ? Ni celle de mon ni celle de ton arrière grand-père, mais les remèdes universels, végétaux, botaniques de notre arrière grand-mère la Nature... Pour panacée, en guise d'une de ces fioles de charlatan contenant une mixture puisée à l'Achéron et la Mer Morte, qui sortent de ces longs wagons noirs à cloisons basses et à l'aspect de goélettes auxquels nous voyons parfois qu'on fait porter des bouteilles, permettez que je prenne une gorgée d'air matinal non coupée d'eau. L'air matinal ! Si les hommes ne veulent boire de cela à la source du jour, eh bien, alors, qu'on en mette, fût-ce en bouteille, et le vende en boutique, pour le profit de ceux qui ont perdu leur bulletin d'abonnement à l'heure du matin en ce monde." Henry David Thoreau
Walden, ou la vie dans les bois.

PS : à ceux de là-bas qui viendraient se perdre sur ces pages : rien d'autre que MERCI pour cette nouvelle porte qui s'ouvre...

mercredi 6 août 2008

Les Nouveaux Romantiques (Merci Karen !)

Bon, cinq points de moins sur votre brevet de pédale si vous n'avez pas saisi la référence...
Dans les petites annonces, ou même lors du premier rendez-vous, on affirme, souvent : "je suis assez romantique", ou, au contraire : "non, moi, les mecs romantiques, ça me gave."
Quelle image avons-nous du mec romantique ? Passionnément amoureux, épris de sensations fortes, plaçant le sexe dans son acception la plus sentimentale qui soit : le romantique ne baise pas, il fait l'amour. Le romantique, on se moque souvent de lui, ou au contraire, on l'envie. Romantique, nous ne sommes un peu tous, en début de relation, mais nous ne pouvons pas le demeurer longtemps, il s'agit d'une conception littéraire somme toute assez récente, qui n'a pas grand chose à voir avec le couple et sa pérennité... Explications.
Le romantisme remonte au XIXème siècle, et il nous vient d'Allemagne (le jeune Werther, à lire !) : l'amour absolu, l'étreinte, la passion, le corps, le détachement des choses communes pour accéder au paradis avec l'autre, notre moitié, à une forme d'amour proche de l'absolu, quasiment divin. Ophélie, chez Shakespeare, Werther, Adolphe chez Benjamin Constant, sont des héros romantiques. Ils sont jeunes, ils souffrent (le romantique doit souffrir pour accéder à l'absolu), et ne tardent guère à mourir.
Il y a en effet du chrétien dans le romantique, et ce n'est pas un hasard si des Vigny, des Chateaubriand ou des Lamartine ("ô temps, suspends ton vol"), ces auteurs chrétiens, sont aussi rangés parmi les romantiques.
La meilleure définition du romantique nous vient à mon avis de Madame de Staël (De la Littérature, II, 5) qui nous parle de "L'Incomplet de la Destinée" :

"Ce que l'homme a fait de plus grand, il le doit au sentiment douloureux de l'incomplet de sa destinée. Les esprits médiocres sont, en général, assez satisfaits de la vie commune ; ils arrondissent, pour ainsi dire, leur existence, et suppléent à ce qui peut leur manquer encore par les illusions de la vanité ; mais le sublime de l'esprit, des sentiments et des actions, doit son essor au besoin d'échapper aux bornes qui circonscrivent l'imagination."

Tout est dit dans cette simple phrase : le romantique ne peut se contenter de terre à terre, de quotidien ; selon lui, l'homme ne saurait créer que dans le sublime, au-delà du quotidien, sans quoi, sa vie serait vouée à demeurer morne et médiocre...
On devrait faire un procès à la de Staël, à cause d'elle, des tas de pédales pleines de bonnes intentions passent à côté de l'amour. Nous baignons, que nous le voulions ou non, dans ce magma culturel qui veut que l'histoire d'amour soit forcément sublime, presque divine, pratiquement détachée des choses terrestres. Alors, conformément à ce modèle, nous sommes démunis face à des choses très quotidiennes comme la lassitude, la routine, les habitudes, en gros, le "médiocre" aux yeux des romantiques...
N'oubliez pas : le héros romantique ne survit jamais dans la littérature, il est constamment insatisfait, et passe en général à côté de son destin. Je me demande si nous, surtout nous les pédés, nous n'avons pas dans nos gênes et notre éducation un conditionnement qui fausserait quelque peu notre image du couple... Bon, surtout surtout, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, je ne généralise pas, mais chez beaucoup de jeunes, et de moins jeunes, on se paralyse un peu rapidement au nom d'une idée de l'amour qui n'est finalement qu'un petit délire littéraire...
Je laisse la parole à Chateaubriand, qui conclura mieux que moi (Les Martyrs, Génie du christianisme) :

"Cymodocée commençait à sentir une vivre frayeur, qu'elle n'osait toutefois laisser paraître. Son étonnement n'eut plus de bornes lorsqu'elle vit son guide s'incliner devant un esclave délaissé qu'ils trouvèrent au bord d'un chemin, l'appeler son frère, et lui donner son manteau pour couvrir sa nudité.
-Etranger, dit la fille de Démodocus, tu as cru sans doute que ce esclave était quelque dieu caché sous la figure d'un mendiant, pour éprouver le coeur des mortels ?
-Non, répondit Eudore, j'ai cru que c'était un homme.''"


Soyons tous des Eudore dans nos rencontres... ! Bon vent !

dimanche 3 août 2008

Etre prêt ?

Je me souviens d'un garçon rencontré l'année dernière en plein mois d'août, dans un Paris déserté par les hordes de folles parties s'expatrier à Ibiza ou au bord de la Garonne. Appelons-le Olivier. Il était charmant, il savait masser (tient, un détail à rajouter dans le petit chic en plus...), il était violoniste, avait une culture musicale considérable, une conversation avenante, il avait lu des tas de bouquins passionnants, avait quelques goûts communs avec les miens, il baisait super bien. En somme, tout l'attirail préalable à la rencontre amoureuse ferme, définitive et susceptible d'apporter la joie perpétuelle était (enfin) réuni !
Nous passâmes donc une nuit extraordinaire ; en fait, non, nous passâmes une nuit, ce qui est de nos jours est déjà une performance hors du commun, la plupart des mecs (quand ils acceptent d'embrasser) repartant aussi vite qu'ils sont arrivés. Le lendemain, après un petit déjeuner formidable, on s'est promené au bord du Canal Saint Martin somptueux (il habitait dans ma rue, je vous jure, le hasard...), on a loué des DVD passionnants, mangé des framboises succulentes, il m'a brillamment joué du violon. Enfin, Love, Love, Love Actually !

Et puis, un détail.

Les horloges sentimentales, l'idée qu'on se fait du mec, la détestable attitude que Milton Erickson (je vais abondamment vous en parler de celui-là, c'est le fondateur de l'hypnothérapie) résumait ainsi : "je pense qu'il pense que je pense ceci ou cela...". Mon ex avait une phrase bien à lui dans ces cas-là : "Tu interprètes tout, t'es chiant" (à la fin, c'était juste, t'es chiant, puis, "putain, t'es vraiment chiant !", puis après, plus rien)... En gros, il y avait un chiffonnant détail dans le bel Olivier qui habitait en bas de ma rue et qui jouait du violon : il avait un mec.
Deuxième détail : je venais de rompre (enfin, ça faisait quatre mois), et j'étais par conséquent en phase de deuil affectif insurmontable (enfin, en grave déprime, vous voyez : je me lève, je pense à mon ex, je me couche je pense à mon ex, j'évite sa rue, je vois un livre, je dis, tiens, ça plairait à mon ex, je marche dans une rue, je pense "avec mon ex, on s'est promené là", j'éprouve du plaisir en écoutant les gymnopédies gnossiennes de Satie, enfin, le truc bien gluant et goitreux qui vous colle à la poitrine...).
Je récapitule :
Olivier, le mec parfait --> avait un mec
Jérôme --> En mode pauvre fille dépressive juste bonne à trouver le plaisir dans les glaces au kiwi et pépites de caramel au beurre salé, assaisonné de sexe débridé, et aléatoirement de branlettes matinales.

Comme je ne suis pas du genre insouciant, tranquille et que je me pose 567866557 questions à la minute, j'ai évidemment échafaudé un scénario crédible et définitif, forcément le bon puisque c'était mon cerveau qui en avait la paternité :

  • Il cherche à se séparer de son ex, donc se prouve qu'il peut encore séduire en rencontrant des mecs, donc, ça sera une passade, en plus, dans 98% des cas, ce genre de mecs se remet avec son ex, parce que c'est l'homme de leur vie, patati patalère.

Et puis, puisque j'étais très doué pour les autres, j'ai aussi scénarisé pour moi :

  • Tu es en deuil chéri, il faut donc que tu souffres, si possible atrocement, et là, quatre mois, ce n'est pas assez atroce. Tu t'es fait larguer, je te rappelle, tu dois donc expier tes péchés mortels, tu ne mérites sans doute pas de vivre avec un mec, d'ailleurs le dernier en date a eu raison de se barrer, il a découvert que tu n'étais que fiente et erreur, c'est tout juste si tu mérites de vivre, d'ailleurs, ta vie de célibataire misérable et dénué du moindre intérêt s'achèvera dans les flammes de l'enfer éternel, toi, piteuse et misérable créature incapable de rester en couple alors que tu avais trouvé le bon pour la troisième fois. Tu finiras dans la honte et de la solitude, grasse et molle à déguster des gambas grillées au Cap Ferret.

Il y a un an, j'étais un peu idiote...

Toujours est-il que je ne rappelle jamais Olivier, lui non plus, ce qui prouve que j'avais donc raison.
Et puis la rentrée arrive (oui, je raisonne en année scolaire, mais j'ai des circonstances atténuantes), je rencontre Olivier dans ma rue, avec un sourire à tomber. Il m'embrasse et m'annonce : "j'ai largué mon ex, j'ai rencontré un mec, je suis super amoureux, on s'installe ensemble dans trois mois, je déménage c'est la première fois que ça m'arrive."
Moi (verte et hypocrite) : "c'est super, je suis content pour toi".
Lui (je jure que c'est vrai) : "tu ne m'as jamais rappelé, c'est dommage, si ça se trouve..."
Moi (résigné, avec une soudaine envie de manger du kiwi avec la peau et les poils) : "non, mais tu sais, c'est mieux comme ça, je suis en deuil affectif."

Bon, cette anecdote a son utilité : il faut être prêt pour rencontrer un mec, mais quand il se présente, il faut être la dernière des grues pour ne pas saisir l'opportunité. Deuxième constat : ne jamais penser à la place de l'autre, c'est idiot, c'est évidemment autoritaire, et dans la plupart des cas, voire dans tous les cas, on se trompe. La psychologie donne un nom à cela : l'hypothético-déduction ; en gros, ça signifie qu'on fait entrer l'autre dans un mécanisme préconstruit qui nous rassure. Dans ce scénario, on a forcément raison puisqu'on fait tout pour que chaque événement se produise comme on l'a prévu (ex : je n'ai jamais rappelé Olivier ; si je l'avais fait, mon idée préconçue n'aurait pas été validée)...

Je vous laisse méditer là-dessus ! Bon vent !

"Tout ce qui est incompréhensible ne laisse pas d'être." Blaise Pascal, Pensée 262.

samedi 26 juillet 2008

Cette délicate question du pourquoi...

Nous exploitons des ressources infinies afin d'alimenter ce blog et d'en faire quelque chose de constructif : d'abord, quand même, nos expériences, qui sont, vous vous en doutez, incroyablement exemplaires et dignes du plus haut intérêt, que ce soit en matière de rencontres, de râteaux, de plantages, de coups de foudre, de "tu crois que je le rappelle ou j'attends encore", de "merde, mon ex, attends, j'ai pas envie de le voir...", de "purée, il me saoule celui-là avec son numéro masqué...".... En bref, une expérience de pédale parisienne lambda, ni encore trop névrosée, ni plus assez, normale en somme...
A cette flamboyance existentielle s'ajoute, en tous les cas de mon côté, une littérature remarquablement abondante, très à la mode chez les hétéros, et adorablement Bridget Jones dans l'âme. Vous savez, ces livres qu'on feuillette du bout des lèvres (quoi ? j'aime bien l'image...) dans le rayon psy des supermarchés et des FNAC, avec des couvertures roses et bleues qui parlent de Mars et de Vénus. Il existe en effet une tripotée de bouquins sur le sujet amoureux, sur la rencontre, sur comment garder un couple, sur le est-ce que ça va marcher ? Et moi, je suis fan, une véritable encyclopédie...
Enfin, pour éclairer nos lanternes, je dispose aussi d'une abondante discographie qui en général fait honte à la plupart des mecs qui ont le remarquable courage de tomber amoureux de moi. Il s'agit d'un ensemble exhaustif de chansons d'amour kitsch à souhait ; elles ont remarquablement su cerner le sujet amoureux et peuvent être d'un très grand secours en période de disette morale et affective (oui, personnellement, j'ai une relative difficulté à accepter l'état de célibataire, que je considère somme toute anormal et fondamentalement transitoire...). Donc, quand vraiment ça ne va pas, il y a Michelle, Sylvie, Yolanda, Lynda et les autres.
Un exemple, maybe... ? Essayez ces paroles remarquables :

''J'ai un problème je sens bien que je t'aime
Oh, j'ai un problème c'est que je t'aime aussi
Ces mots-là restent toujours les mêmes
C'est nous qui changeons le jour où on les dit.''

Je vous laisse cinq minutes pour savoir qui c'est... Trouvé ? J'espère... Et bien moi, vous peut-être, ces paroles, elles me parlent, parce qu'elles sont criantes de vérité. Les chansons des années 70 parlent d'amour de manière un peu candide, mais parfois, on a l'impression qu'elles ont été écrites juste pour nous, surtout quand on vient de se faire plaquer. Ecoutez juste un peu de Michel Delpech après une rupture, effet larmoyant garanti... J'organise des stages si vous voulez :-D.
Tout cela me donne une autre idée de post, ce sera après les vacances...

Revenons à nos moutons, il y a un bouquin qui me turlupine en ce moment...

Souvent, dans la littérature psy du couple en déroute, parfois bien construite, parfois un peu placebo quand même, on cherche des moyens de se rassurer, ce qui est légitime, on cherche aussi ce qui peut clocher, le cas échéant (bien que je sois persuadé que la question ne se pose pas ainsi : un être humain ne "cloche" pas, il est...), soit chez nous, soit dans notre couple, soit dans le mec qui partage notre vie... Je suis donc en train de lire un truc qui me pose question : Comment guérir du mal d'amour, de Patricia Delahaie, aux éditions Leduc.
Bon, ça s'adresse à des hétéros, avec des problématiques hétéros, et je ne vais pas en faire un résumé, il y a des trucs remarquables, notamment sur l'acceptation de soi et l'exorcisme de son ex, je suis fan et on va en reparler un jour....

Il y a cependant un détail qui me chiffonne...

Dans son bouquin, Pat (appelons-la Pat, si vous le voulez bien), trouve toujours une cause à la rupture. Une vraie cause, un événement perturbateur qui vient tout de go annoncer que la belle histoire d'amour doit s'achever, parce qu'il doit en être ainsi, ainsi soit-il... Exemples donnés par Pat : le mec trompait Suzette, Suzette dépensait trop de sous, Robert ne voulait pas d'enfants, Martin voulait vivre au Pérou et Josette préférait Vierzon, Pascal a rencontré une stagiaire qu'il a subrepticement eu envie de sauter en oubliant sa femme, son chien, son bébé, les traites de son appart... Bref, Pat, elle est claire : une rupture, c'est à cause d'un truc bien précis qui vient foutre sa merde...
Déjà, ça me gêne parce que je pense qu'il y a quand même une histoire de poule et d'oeuf là-dedans. Si événement perturbateur unique (ce qui n'est pas gagné) il y a, il peut n'être qu'une conséquence d'autre chose. Par exemple, si Josette préfère Vierzon, elle a ses raisons et elle n'a sans doute jamais osé en parler à Martin, ce qui, à la longue, occasionna des troubles qui se révèlèrent au moment fatidique où il fallut en parler, de Vierzon....
De même, si Machin trompe Machine, c'est parce qu'à la base, Machine, gna gna gna gna gna... Et donc, Machin, il s'est senti gna gna gna, du coup, il s'est laissé aller à tac tac tac....

Pat, cette idée des causes aux causes qui ont déclenché des causes, elle n'en parle pas. Elle évoque l'événement déclencheur absolu, le bouton atomique, la fin des haricots, bref, prenez l'image que vous souhaitez, mais en gros, pour Pat, dans une rupture, il y a un gentil et un méchant...
(En général, le méchant est le plaqueur, le gentil est le plaqué).

Moi, même si elle m'arrange cette idée (c'est que voyez-vous, je fus surtout plaqué), je la trouve quand même un rien culpabilisante (pour les deux ; comme quoi, je ne suis pas toujours de mauvaise foi...).

Je me demande si un couple, en théorie, après quelques années, n'est pas à peu près capable de surmonter n'importe quoi pourvu qu'il sache comment s'y prendre ?
(m'énerve ce point d'interrogation tout seul...)


Je parle bien de couple, pas des deux mecs différenciés qui forment un machin institutionnel qu'ils pensent être un couple parce qu'ils ont vu le même modèle dans Desperate Housewife.
Le couple est un dans mon esprit, et c'est cette unité qui gère les (in)fidélités, les problèmes de boulot, de fric, de lassitude...
Parfois, quand ça casse, et ce n'est ni de la faute à l'un, ni de la faute à l'autre, c'est qu'un des deux, ou les deux, ne sait pas gérer, ne sait pas comment faire. On n'a pas la clef : on ne sait pas comment redonner de la vie dans la routine, il ne sait pas comment expliquer que parfois il a envie de coucher ailleurs, il y a des craintes, des non dits, qui, à long terme, d'inoffensifs, deviennent redoutables.
Parfois, les problèmes qu'un couple doit surmonter le dépassent, tout simplement : la routine, principalement...

L'idée que la rupture, ce serait "à cause de ceci ou de cela", elle implique que l'un des deux mecs n'aurait pas été à la hauteur par rapport à l'autre, ce qui, d'emblée, établit une hiérarchie entre les deux mecs, ce qui est forcément mauvais. En général, le mec qui veut partir (sauf cas pathologiques : violences, domination malsaine, contamination, je ne sais pas) est bien embêté, parce qu'il ne sait pas comment faire autrement...
Il ne sait pas, et l'autre est tout aussi démuni. Quand un mec nous quitte, ou même quand on quitte un mec, il y a une petite part de remise en question (parfois une très grosse d'ailleurs), mais elle n'a pas de sens. On n'a pas tant changé que ça au cours de la relation, c'est la relation qui ne convient plus, c'est Le Couple qui ne sait plus ce qui ne convient plus, il n'y a pas de fautes....

Je dis ça pour rassurer un peu les lecteurs qui seraient en train de vivre une rupture, ou qui ont du mal pour s'en remettre. Il n'y a pas de raisons à chercher... C'est très humain de chercher des raisons, mais c'est caricatural. C'est un peu comme si vous disiez : je suis perdu en forêt parce que je ne sais pas lire un plan, donc je suis perdu en forêt parce que je suis une gourde et je ne saurai plus jamais comment me promener en forêt...
Non ! En fait, vous êtes perdu en forêt parce qu'il commence à faire nuit, qu'avec le temps, vous vous y emmerdez copieusement dans cette forêt-là, alors qu'au début, vous trouviez ça génial, c'est aussi parce que vous n'êtes pas (plus ?) familiarisé avec ce milieu, parce que certaines parties ne sont pas sur votre plan, parce que finalement, vous préféreriez marcher au bord de la plage, parce que vous n'avez pas encore bien appris à vous servir d'une boussole, parce qu'il y a des nuages qui obscurcissent le ciel... Il y a plein de raisons, et vous n'en maîtrisez qu'une infime partie.
Si vous êtes en train de rompre, j'espère que ce billet vous aura mis un peu de baume au coeur... Sachez que le temps arrange tout. Nous en reparlerons, et je vous résumerai quand même le livre de Pat, parce qu'il y a de bonnes choses !
Bon vent!

Mal d'amour

vendredi 25 juillet 2008

Le petit chic en plus...

Maria Callas parlait de son petit chic ; un carré Hermès qui la distinguait immédiatement du commun des mortels. Souvent, dès la première rencontre, il y a chez un mec des petits chics qui nous émeuvent plus que d'autres. Liste non exhaustive et subjective de ces premiers instants immortels, ceux qui durent, qui durent, et qui resteront, malgré tout ce qui suivra (peut-être)... :

Il a un léger accent étranger ;
Il vous dit qu'il n'est pas libre ce week-end parce qu'il doit voir sa grand-mère ;
Il a manqué la dernière marche de l'escalier en sortant de boîte et s'est rattrapé à vous ;
Il vous prête un livre, ou un DVD, ou je ne sais quoi lors de votre première rencontre, sans avouer que c'est pour être sûr de vous revoir (qui ne l'a jamais fait ? hein ? hein ?) ;
Il est arrivé avec 20 minutes d'avance à votre premier rendez-vous ;
Sans le faire exprès, il a cassé une tasse au petit déjeuner et il ne sait pas comment s'excuser ;
Il est embêté, parce qu'il vous a offert des fleurs, vu qu'il ne connaît ni vos goûts musicaux, ni ce que vous aimez en général, et il sait qu'il a l'air con ;
Il a oublié son portefeuille chez vous et court à toute vitesse le récupérer avant de louper son train ;
Il a choisi un bar pendant deux heures pour votre premier rendez-vous ;
Le bar est fermé, vous vous rétractez sur le PMU du coin, il est tout désolé ;
Il vous explique qu'il n'est pas parti en vacances l'été dernier parce qu'il était tout seul, et que bon, partir seul, parfois, bof... ;
Il vous dit qu'il ne cherche pas de mec, mais que bon, si vous insistez un peu...

En rédigeant ce post, je me rends compte que toutes ces phrases (sauf la première, rhaaaaaa, les étrangers) peuvent aussi bien attendrir que faire fuir. Moralité : nous ne tombons pas amoureux de ce que l'autre fait, mais juste de ce qu'il est....

Bon vent !

mercredi 23 juillet 2008

Etre et avoir...

Il existe une formule qu'on entend très couramment, que ce soit chez les hétéros comme chez les pédales : "je veux un mec". Accompagné parfois de ses variantes : je cherche l'amour, j'ai un mec, j'attends un mec, il me faut un mec.

J'ai, je veux, il me faut...

C'est sans doute là, dès l'origine, que le bât blesse. En effet, et c'est peut-être un des stigmates de notre époque, il semble qu'aujourd'hui, nous existions par ce que nous avons : on collectionne, on entasse, on empile ; des livres, des objets, des références culturelles, et des histoires d'amour aussi. Regardez notre président de la République : un magnifique spécimen de petit garçon qui veut, qui trépigne, qui désire, qui jouit de posséder. Il n'est que l'émanation sinistre de nos moeurs où l'avoir supplante l'être...
J'ai longtemps désiré avoir un mec et l'un d'entre eux me l'a reproché un jour. "Je ne suis pas ta chose...", m'avait-il dit. Que voulait-il signifier ? Nous entretenions apparemment une relation tranquille, claire, et où chacun semblait pouvoir s'exprimer sereinement, mais il se sentait malgré tout chosifié.
Tout cela m'a longuement interrogé. Je l'aimais, me semblait-il, l'écoutais, pensais à lui, lui téléphonais, on se voyait régulièrement. Alors ? Pourquoi "chosifié"... ? Quand on s'est séparé, je lui ai demandé là où j'avais failli, et il m'a redit : "je ne suis pas ta chose, tu n'as pas failli"
Effectivement : si vous utilisez mal un ordinateur, une voiture, une équerre à vapeur, un fer à repasser, il tombe en panne et vous "lâche" (on dit parfois aussi d'un mec qu'il nous a lâché, intéressant...) ; mais un mec ?? Ce n'est pas un objet, il ne se casse pas (se casser, comme une chose, encore) parce qu'on l'utilise mal, il est. Et vous, vous êtes. Point barre...

Avec le recul, j'ai compris ce qu'il voulait dire, ça m'a pris du temps : étant au centre de mes préoccupations, étant le coeur de mes attentions, étant l'objet de tous mes désirs, j'avais fini par oublier qui il était vraiment. Qu'il était lui aussi un garçon avec ses angoisses, ses envies, ses joies, ses troubles, ses peines, ses désirs. Etant à l'affût du moindre stigmate amoureux, du premier soupçon de je t'aime, j'en oubliais de le lui dire, et de faire attention à lui.
Ce n'était pas le garçon avec lequel je vivais, c'était MON mec, c'est-à-dire une sorte de tamagotchi rigolo et bien monté avec lequel j'allais au cinéma. Il est parti, il a eu raison.
Il ne faut pas chercher à avoir l'amour, il faut être amour. S'écouter et écouter l'autre, se rendre compte qu'il existe et exister. Etre amour, c'est bien plus difficile, cela demande une conscience aigüe de ses limites et de celles du mec qui partage notre vie (je ne dis pas "de son mec", bannissons l'adjectif possessif). Etre amour, c'est vivre normalement, sans soubresaut excessif, c'est écouter, interroger, sourire.
Tout cela est vague, je vais donner un exemple. Votre mec (purée, ces adjectifs possessifs..., appelons-le Arthur) n'est pas un bibelot. Le soir, quand vous lui téléphonez, si vous avez eu une sale journée, il doit le sentir, ce n'est pas interdit. Ne vous interdisez rien, ne vous contenez pas. Le pire, c'est se forcer, par exemple, je ne savais pas dire autre chose à Arthur que "ça va, tu as passé une bonne journée ?" ; c'en était rituel. J'effaçais ainsi deux personnes d'un coup par cette simple phrase : moi, qui m'oubliais, et lui, qui était forcé de répondre oui. Voilà comment le faux s'instille dans la relation.

Quand on veut quelque chose, et bien fatalement, on va avoir peur de le perdre. Alors on ménage, on chouchoute, on fait briller ; bref, on chosifie, on met sur un piédestal, on oublie l'autre, paradoxalement, alors que c'est exactement le contraire qui est recherché....
Je n'ai pas de recette à vous donner, d'ailleurs, je doute qu'elles existent. Soyez attentifs à vous-mêmes, c'est paradoxalement la seule clef, celle qui vous donnera accès à l'autre.

Bon vent !

"Mon âme, quand seras-tu persuadé que tu as tout en toi ?"
Marc Aurèle, pensées pour moi-même.

"Alors quoi ? Tu ne vas pas faire ton possible pour montrer que tout le monde perd son temps à courir après le superflu et que beaucoup d'hommes ont passé leur vie à rechercher les moyens de vivre ? ... Tu me demandes quel mal il y a ? Un mal infini : ils ne vivent pas, ils attendent de vivre. Ils remettent tout à plus tard. Même si nous faisons attention, la vie aurait toujours sur nous une longueur d'avance. Mais, comme nous nous attardons, elle passe comme si elle n'était pas à nous et, si le jour dernier l'achève, elle meurt un peu chaque jour."
Sénèque, lettres à Lucilius, Apprendre à vivre, lettre LII.

mardi 22 juillet 2008

Dieu, j'aime ce Monde !

Eté oblige, nous devons sourire ! Passons donc la crème solaire sur notre cervelle (parfois trop) en ébullition, épilons nous les fesses de la mélancolie, et sourions à la vie, car quelques anecdotes, quelques pétillements dans le regard, vont achever de vous montrer cette chance unique que vous avez tous, ce trésor que vous détenez : celui d'être une pédale, et donc, ce bonheur ultime que nous portons en chacun de nous... !

Tout a commencé il y a quelques années, dans un restaurant de la rue des Lombards qui aujourd'hui n'existe plus. J'étais avec quelques amis du Piano Zinc (qui aujourd'hui n'existe plus, non plus... Purée...) et nous mangions. Vous savez, ces menus si pédales : langoustines sur duvet de ciboulette ciselée, filet mignon à la sauce youpala et son coulis de pêches de vigne du Languedoc, et pour finir, dessert en farandoles avec la bise du chef... Je n'ai plus trop de mémoire, mais c'était dans ce goût-là... J'avais 22, 23, un minot. Et j'étais avec des folles intégrales, celles que j'aime et auxquelles je finirai peut-être par ressembler, un jour : les drôles, les cassantes, les cyniques, mais les au grand coeur.
Brusquement, la musique de fond a changé. D'une techno merdique, on a entendu quelques notes bien familières : "Il venait d'avoir 18 ans, il était beau comme un enfant..." Et là, on entendit, dans toute cette cave voûtée qui dégustait un fin sorbet abricot-basilic sur velouté de framboises marocaines : FORT COMME UN HOOOOMMMMMMMMMEEEEEEEEEEEEEEEEUUUUHHHHHHH !!!!!!!!
Toutes, oui, toutes, les bears, les poilues, les crevettes, les TBM, les TTBM, elles ont chanté et repris le couplet de sainte Yolanda... Là, un de mes potes s'exclame : "Dieu, j'aime ce monde !"
Tout est dans cette phrase, et voici le récit d'une folle journée, qui montre que ce monde, justement, n'est pas prêt de crever...

Midi : un plan cul, hétéro refoulé. Super canon, plein de gentillesse, le feu au derrière, quand même. Il me demande si j'ai un copain (après éjaculation, je précise...)
Après-Midi : Balade avec un vieil ami, un qui sait, un qui a vu, connu, un qui donne les bons conseils. On se ressource, on écoute l'eau couler, les oiseaux qui chantent, on mate les mecs torse nu, on fait des commentaires. C'est l'amitié, l'expérience. C'est juste bien.
Je rentre à Châtelet, croise un contact internet. Discussion flamboyante. On refait le monde, parlons d'amour, de mecs, des ex, de la vie. De cette putain de vie qui continue malgré les petits découragements qui ne sont rien d'autre que la vie, finalement...
Près du BHV, je croise un vieux pote, pas vu depuis 10 ans.
Lui : Purée, t'as pas changé !
Moi : Menteuse ! Tu deviens quoi ?
Lui : Je suis prof
Moi : Bienvenue au club ! Et sinon, les amours ??
Lui : Je viens de larguer mon mec...
Moi : Paix à son âme. C'était mérité au moins ?
Lui : Oui, on n'avais plus rien à se dire, je dois l'oublier.
Moi : Donc, maintenant, tu le détestes.
Lui : Effectivement.
Moi : C'est normal, tu es tout à fait normal.
Lui : J'ai recraqué y'a pas longtemps
Moi : Ah oué ?... Et Pourquoi ?
Lui : Après notre séparation, il a pris un chien (il ajoute : bonjour Monsieur Freud...), et la bête est morte trois semaines après d'une crise cardiaque. Il était en larmes, je l'ai consolé.
NB : Je jure que c'est vrai
Moi : Laisse-le crever, il ne te méritait pas.
Lui : Tu as raison, tu as msn ?
Moi : Oui (je lui donne).
Lui : Cool, on va pouvoir parler, en plus j'ai une cam...

Et ce n'est pas fini, tandis que je me dis qu'il faudrait que je m'achète une cam mais que quand même, ça fait un peu début de la fin... Atterrissage au bistrot. Le serveur me demande mon téléphone, après quand même deux semaines d'intenses oeillades. Nous parlons de choses et d'autres, parce que bon, dans ces cas-là, on ne sait pas parler de quoi que ce soit d'autres que de choses sans intérêts.... Il m'a quand même dit que j'étais démodé, parce que je ne connaissais pas je ne sais plus qui, Nathalie Imburgéra, un nom comme ça... C'est donc aujourd'hui 22 juillet 2008 qu'un barman me dit que je suis démodé, dans la vie d'une tapette, c'est notable..
(barman qui je crois me drague, mais je ne suis pas sûr : demander un numéro de téléphone, de mon temps, c'était draguer, mais en 2008 ??).


Yolanda siffle dans mes oreilles, elle me sourit, elle irradie. Elle était avec moi aujourd'hui... Elle est très fière de son boulot, apparemment...

Bilan : dans cette journée : le sexe, l'attention, l'amitié, l'expérience, l'humour, l'autodérision, l'intelligence, l'échange, la mauvaise foi, le cynisme, la séduction, l'espoir.... La vie en somme !!!
N'oubliez jamais pourquoi vous êtes une pédale !!!

Bon vent !

"Le bonheur c'est le jour qui me réveille C'est le ciel sur les arbres que je vois C'est laisser tous mes rêves de la veille Pour ce que tu m'apporteras"
Dalida...

Dalida



Je reprends le micro parce qu'on me souffle dans l'oreillette que Trouver Un Mec en 10 leçons est numéro 1 des ventes sur Adventice. Au nom de tous les deux (P & J) : Merci Merci Merci !

dimanche 20 juillet 2008

Coucher avec un touriste

De temps en temps, au coin d'une rue, il existe des preuves tangibles que le monde gay existe, qu'il est solidaire, qu'il porte en lui une empathie, un partage...
Juillet est un mois merveilleux ; à Paris, les visages changent, de nouvelles têtes font leur apparition, on se surprend à reparler anglais, allemand, espagnol. Un flot de touristes pénètrent la Marais. On les reconnaît facilement : ils ont le même plan, ils fréquentent les mêmes lieux : Le Dépôt, le Central, l'Open, ces établissements qui sont dans tous les guides.
Ils prennent un verre, et nous regardent du coin de l'oeil. Hier, j'en ai rencontré un. J'aime bien les étrangers, je me suis toujours dit que mon prochain mari (oui, je suis contre le mariage gay, et pourtant je dis "mari", il y a une nuance...) ne parlerait pas ma langue. Il y a quelque chose chez ces mecs : de la douceur, la soif d'apprendre, le sourire, l'échange ; et puis, il leur manque cette musique névrotique très française dont il faudra que nous causions un jour.... On se sent également plus à l'aise avec eux, l'impression d'avoir moins de choses à justifier, à expliquer, je ne sais pas... Immédiatement, on sort des lieux communs, on parle de pays, de cultures, et dans le même temps -et c'est ce qui fait la magie de notre communauté- on se rend compte que nous avons eu la même vie, les mêmes questions, sur nous-mêmes, nos ex, notre tronche, notre estime de soi.
Ce touriste venait de Sacramento, il vote Obama, il était paumé, sans hôtel. Evidemment, je suis une tapette intégrale et triomphante ; pas sûr que s'il avait eu 60 balais, des cheveux blancs, une sale tronche, je lui aurais proposé de dormir chez moi, mais que celui qui n'a jamais péché etc. etc. Je l'ai raccompagné, on a parlé, un peu dîné. Ce qui est fascinant avec les touristes, c'est qu'on touche du doigt une véritable internationale gay, une communauté au sens le plus humain du terme. Il y a des gestes, des expressions, des mimiques, des sourires, des craintes, des complexes, qui montrent que nous sommes tous faits du même bois, qui montrent que le magnifique petit papillon arc en ciel nous a tous survolés quand nous étions dans notre berceau. J'ai passé une belle nuit, et cet inconnu aussi. Là est l'essentiel, mais il y a aussi le principal : chaque type est unique, mais chaque type est également membre d'une bien belle famille, qui est prête à nous accueillir les bras ouverts, pour peu qu'on se force un peu la main.

Nota bene : sur Adventice, Trouver un Mec en 10 leçons a enfin dépassé le Big Penis Book, l'amour dépasse la grosse queue, on est sur la bonne voie, non ? Merci à vous...

Bon vent !

mercredi 16 juillet 2008

Blog-thérapie

Quelques courriers commencent à arriver sur les boîtes aux lettres ; il y a ce blog, il y a le bouquin, il y a aussi quelques contacts sur des sites de convivialité. Tout cela suscite réponses, interrogations, questions et demandes de conseils -là, honnêtement, stop, parce que vous n'êtes pas sorti de l'auberge :-D - .
Ce n'est pas grand chose en terme de quantité mais il y a une indéniable qualité, tant dans le style que dans l'attention portée aux écrits. Honnêtement, c'est un peu too much, parce que nous sommes comme vous : humains, imparfaits, et sans certitudes... Simplement, l'idée d'échanger ses imperfections peut parfois permettre de les relativiser, et regarder un peu différemment notre situation nous aide à mieux vivre. C'est ce qui fait qu'on écrit...
X est célibataire et triste ; Y est célibataire et joyeux ; toute la question est de comprendre pourquoi, à partir d'une même situation, les états d'âme sont différents. Modestement, ces pages y contribuent. Je ne dis pas que nous n'y mettons pas un peu de nous, je ne dis pas non plus que pour l'un comme pour l'autre, il y a peut-être une forme de thérapie, c'est possible (là, je ne parle que pour moi), mais ce qui est essentiel, c'est que l'échange de point de vue, la relativisation de schémas tout faits, la description humoristique de petites pages de vie aide à y voir clair. Quand je rédige un post sur les ex ou sur les manières de plaquer son mec, je me moque surtout de moi, et de cette faculté de faire un drame de choses qui sont, finalement, bien humaines. L'idée de partage, ici, c'est de faire en sorte que nous nous moquions un peu de nous-mêmes. Le rire seul est le chemin, j'en suis convaincu...

Le grand défi, c'est de ne pas raconter nos vies. Je maintiens, parfois je me persuade, mais fondamentalement, j'y crois fermement : internet doit être un lieu d'échanges, pas un lieu d'exhibitions. Il peut arriver qu'au détour d'un billet, une allusion, un paragraphe soit inspiré de la réalité, de même, il est évident qu'il existe des styles, je m'en rends d'autant compte que nous écrivons à deux, et vous l'avez constaté, il existe des regards variés, que ce soit sur la Pride, ou dernièrement, sur les ex ; j'ai rédigé un billet un peu ironique, mordant, mais finalement très optimiste, Philippe, pour sa part, ce que j'en ai compris, a examiné cette question sous un autre angle, plus sentimental, plus humaniste aussi. Chacun de nous deux apporte sa pierre, mais ce n'est pas la réalité, c'est une réalité (d'ailleurs, la réalité n'existe pas, nous en recauserons, parce que c'est un point important de nos schèmes amoureux, cette idée qu'il faut faire comme ça ou comme ci).
Peu importe les différences de vues, il y a diversité dans les visions des choses : votre vision de l'amour vaut autant que la nôtre, celle-ci est liée à notre passé, à notre personnalité, à notre optimisme, à notre espérance, à notre estime de soi. Il existe toutefois un point essentiel, et je ne pense pas outrageusement déformer l'opinion de mon co-blogueur à ce sujet : nous y croyons tous.

Voilà, c'est une petite réponse aux courriers reçus dernièrement. Retenez une chose : vous valez tous le coup, vous êtes toutes des chieuses et vous avez toutes des coeurs en or. Maintenant, il faut mêler harmonieusement la chieuse qui est en vous avec le coeur qui bat en vous. Si on peut aider, on le fait, mais là n'est pas l'ambition.
L'ambition, c'est de se faire plaisir : nous en écrivant, vous en lisant. Je rappelle une belle tirade tirée des "Aventuriers de l'Arche Perdue" (oui oui je sais, mes références...) : "Ici, nous faisons de l'histoire, si vous voulez la vérité, allez au cours de philosophie de Monsieur Evans dans la salle d'à côté !"

bon vent !

mardi 15 juillet 2008

Que deviennent les ex quand ils sortent de notre vie ?

Il y a ceux qui disparaissent. Une rupture douloureuse, pour l'un, pour l'autre, ou pour les deux. Écoute, je n'ai rien contre toi, mais je préfère ne pas te voir pendant quelque temps. Un mois passe. Un an. Plus encore.

Et puis, plus rien. Le silence. L'absence. L'oubli.

Le garçon à qui l'on a pensé à chaque instant, celui avec qui on a partagé les jours et les nuits, ce garçon sort totalement de votre vie. Je ne sais pas comment vous le vivez. Pour ma part, j'avoue que j'ai du mal à me faire à l'idée que je ne reverrai jamais une personne que j'ai aimée, même brièvement. Le lien n'est jamais tout à fait rompu.

Alors je vis avec quelques fantômes. Il y ce petit libraire, en banlieue, auquel je pense parfois. Et ce journaliste, un garçon très maladroit, qui m'a tant apporté. Ce prof d'histoire-géo. Ils me manquent. Ce n'est pas de la nostalgie, ni des regrets. Juste l'envie de savoir s'ils sont heureux. Quel chemin ils ont suivi. Je me surprends parfois à faire une recherche Google, histoire de. Avec le soutien de Big Brother, j'ai retrouvé la trace de certains. Et comme un idiot, je n'ose pas les recontacter. La peur de raviver chez eux des souvenirs, de leur rappeler un passé qu'ils veulent peut-être oublier... Ou de laisser croire, à tort, que je voudrais recommencer une histoire...

lundi 14 juillet 2008

L'ex, vie et moeurs...

L'ex est une créature faite de multiples contraires : détestée, adorée, comprise, incompréhensible, regrettée, enviée...
Il vit généralement dans des quartiers qu'on a autrefois adoré fréquenter mais dont la simple visite nous est aujourd'hui insupportable. Inutile de préciser que si votre ex habitait aux Halles, on est bien embêté...
Même s'il reste en vie (malheureusement), on parle de l'ex à l'imparfait : il n'aimait pas la soupe aux choux, il détestait Céline Dion, il était adorable, c'était un connard. Il est mauvais signe de parler de son ex au présent...
Pendant notre deuil, l'ex semble vivre de façon paradisiaque au pays des ex, tandis que vous, vous souffrez : il voit ses amis, réussit enfin à faire tout ce qu'il ne pouvait pas faire avec nous, il paraît heureux et soulagé. Tout cela vous énerve.
Pendant votre deuil, arrive une période (courte mais légitime) où la seule idée que votre ex respire le même air que vous vous est somptueusement insupportable ; pendant ce temps, il ne faut absolument pas le rencontrer. Evidemment, tandis qu'astucieusement vous évitez son quartier (en allant à la FNAC Wagram au lieu de celle du Forum), vous tombez sur lui.

Les autres trucs qui vous énervent chez votre ex (liste non exhaustive) :

  • Qu'il vous dise qu'il a encore beaucoup d'affection pour vous.
  • Qu'il vous raconte ses plans culs.
  • Qu'il voit des copains à lui que vous aimiez bien et que vous ne verrez plus jamais.
  • Qu'il ne soit pas aimable au téléphone quand vous l'appelez et que vous n'avez rien d'important à lui dire et qu'il le sent.
  • Quand il vous dit que vous êtes un mec bien et que vous retrouverez quelqu'un.
  • Quand il vous explique que c'était mieux de vous séparer avant que ça ne "clashe" vraiment.
  • Quand vous le rencontrez en train de tenir la main de son nouveau mec (là, ça énerve grave, surtout qu'avec vous, il n'aimait pas).
  • Quand il a l'air heureux et vous non.
  • Quand il vous dit qu'il vous a vraiment aimé (alors qu'il ne vous l'a jamais dit pendant que vous étiez ensemble).


Bon, on arrête la caricature ? Toutes ces petites choses, on les pense évidemment, mais on sait, au fond de notre coeur, que les étiquettes, si rassurantes qu'elles soient, ne nous permettront jamais de connaître à fond la personne avec laquelle nous pensions faire notre vie. On se rassure, on blâme, on se moque, on brocarde, on regrette, mais c'est une vaine tentative pour comprendre ce qui ne souffre aucune explication.

Pour vous rassurer, ouvrez votre Gaffiot (prénommé Felix, vieux dictionnaire latin-français) et regardez deux minutes quelles sont les traductions qu'il donne du préfixe Ex :

  • "enlever"
  • "chasser"
  • "puiser"
  • "tirer"
  • "demander"
  • "apprendre"
  • "point d'où part une douleur, une maladie"
  • "point de départ", "immédiatement après"
  • "anciennement" et "ci-devant".


"Point d'où part une douleur", "apprendre", "point de départ", "immédiatement après"...
Tout est là. Y a-t-il besoin d'une autre conclusion ?

Bon vent !

mercredi 9 juillet 2008

Trouver un mec en 10 leçons

Ce blog existe depuis maintenant cinq mois. Il parle d’amour pédé, de drague, des codes et de certains travers de notre communauté... Un blog à quatre mains, un projet à deux. A l'origine, et avant ce blog, il y a eu un autre projet, lui aussi à quatre mains : un livre, Trouver un mec en 10 leçons.

Ce bouquin, c'est à la fois une méthode infaillible pour trouver un mec, le guide destiné à toute pédale qui ne souhaite plus vivre seule, une démystification de la drague et de ses codes... Pour le dire en deux mots, un livre indispensable :-D . Nous avons voulu écrire un vrai guide, drôle, qui aide le débutant, rassure le trentenaire, encourage les autres. Nous avons voulu vous faire part de nos expériences, nous les avons étudiées, parfois un peu brocardées, et ce livre est né, aux éditions Textes Gais.

Nous espérons que les lecteurs s’amuseront à le lire autant que nous nous sommes amusés à l’écrire, et que, qui sait, ils trouveront l’homme de leur vie. Et si c'est le cas, nous les invitons à venir nous le raconter ici. Parce qu’évidemment, le blog continue. L’amour est un vaste sujet, infini, et des idées, nous en avons des milliers.

Pour les parisiens, il est disponible aux Mots à la Bouche. Et pour les autres, on le trouve ici, , et .

Nous attendons vos réactions, vos critiques, vos déclarations d'amour, vos numéros de téléphone :-D , et … vos histoires, évidemment !

Jérôme & Philippe

trouver un mec en 10 leçons

Parlons cul...ture

Longtemps, la culture générale, ou plutôt son absence, m'a complexé. Les dîners en ville où l'on n'a rien à dire ou penser (croit-on), les discussions alambiquées sur la nouvelle télévision à écran plat, les moments parfois un peu pénibles où chacun y va de sa référence, son film, sa lecture du moment. Je n'aime guère les pontifiants, ceux qui savent et qui s'en vantent. Vous savez, ces types qui ont tout lu sur Wagner ou la chanson réaliste et qui ne manquent pas de vous placer la référence inconnue, qui n'est pas destinée à être partagée, mais qui sert juste de balise indiquant à l'aimable auditoire : "tu vois, moi je sais" en sous-entendant, "et toi, tu ne sais pas, alors ferme-la".
Très souvent, et je pense que c'est assez courant chez les pédales (qui aiment bien parler d'elles-mêmes, tout de même, en témoigne le foisonnement des sites, des blogs, des pages personnelles, des portails, des facebooks, des sites de convivialité), un jeu peut-être un peu pernicieux se met en place : on parle, on assène, on postule, on prouve, on agite le petit cocotier de nos références littéraires et culturelles dans l'espoir qu'en tombera l'argument définitif, claquant et sec, permettant de poser définitivement sa petite personnalité.

Je ne généralise pas, mais des comme ça, nous en connaissons tous. Le savoir devrait être une générosité. Si j'ai une pomme, que tu as une pomme, nous les échangeons, et chacun d'entre nous reste avec une pomme ; mais si j'ai une idée, et que tu as une idée, en les échangeant, chacun d'entre nous repart avec deux idées. Là est toute la différence.
J'ai longtemps nourri le complexe de ne pas être cultivé, et très souvent, ce complexe a engendré de curieux rapports amoureux (raison d'être de ce billet). Vous rencontrez un mec pour la première fois, la conversation finit vite par dériver vers des sujets un peu extérieurs : sorti du nom, du boulot, de l'âge, du "tu viens souvent ici", il faut meubler un peu la conversation. A titre personnel (désolé, je parle beaucoup de moi ici, mais c'est pour la bonne cause), je n'aime pas les blancs dans la conversation, il faut les remplir, vite et bien, ce qui est, j'en conviens, une erreur. Les gens qui savent se taire et écouter ont souvent plus de choses à partager, et surtout, ils gardent une part de mystère, une générosité de l'autre. Evidemment, si les deux se taisent, c'est difficile. Je suis de ceux que le silence angoisse terriblement lorsque je ne suis pas seul.
Dans ces cas-là, il faut parler. J'ai pleinement conscience que cette assertion est le produit d'une personnalité qui n'est guère aboutie dans ce domaine, aussi, n'hésitez pas à éclairer ma lanterne... :)
J'étais sur le chat récemment et un garçon de 24 ans me contacte. Nous parlons de choses et d'autres et je fus frappé par sa violence et sa résolution. "J'ai une Mégane mais je veux une alpha-roméo", "mon studio ne me plaît pas, il me faut un duplex", je lui demande s'il vit encore chez ses parents (ce qui ne me semble pas complètement fantaisiste dans le contexte économique actuel) et il me répond : "non mais ça ne va pas, je ne suis pas un looser..." La conversation ne s'est pas éternisée, mais une réflexion est venue...
Je me demande si en lisant un peu plus, ce garçon n'acquerrait pas un regard un peu plus ouvert, si, en regardant vivre, hésiter, se tromper, d'autres personnages, il n'assouplirait pas un petit peu sa vision des choses, et des mecs. Si ça se trouve, il est passé à côté de quelqu'un de bien parce que ce type n'avait ni belle bagnole, ni appartement et qu'il vivait chez ses parents... Dans les livres, dans la littérature, il y a des exemples, des situations, des réflexions qui nourrissent autant que dans la vie. Je ne vais rien étaler, mais je sais que j'ai appris beaucoup de choses en lisant Proust, par exemple : le désordre amoureux, la quête de soi, l'envie de s'accomplir, les petits travers de l'humain. Je dis Proust, et je sens qu'on va se foutre de ma gueule, parce qu'il a une sale réputation. En fait, il ne s'agit pas ici d'asséner de manière professorale la sentence : "lis, tu seras moins con", mais simplement d'inviter au partage. C'est une idée en l'air, mais je pense que nous autres, pédales, dans le rapport amoureux redécouvrons assez souvent la lune : "il est mytho, je ne sais pas s'il est sincère, je me demande s'il m'aime toujours". Ces questions sont légitimes, et elles intéressent les deux personnes, elles leur sont propres. Ce qui est vrai, c'est que parfois, nous nourrissons de fausses illusions, qui peuvent devenir de la rancoeur, alors qu'il serait plus simple de feuilleter quelques pages pour nous rendre compte que Sagan, Laclos, Flaubert, Maupassant ont déjà décrit des sentiments que nous nous pensons inédits...
Je ne voudrais pas passer pour élitiste en écrivant cela, quand j'étais plus jeune, j'étais persuadé que je ne pourrais pas vivre avec un mec qui ne soit pas cultivé. C'est de la foutaise, à certains, l'expérience de l'existence apporte ce que d'autres trouvent dans la littérature ou dans les séries américaines (qui sont quand même bien fichues quant à la description du rapport amoureux). Je pense sincèrement que ça peut aider un peu...
La semaine dernière, dans un bar du Marais, à côté d'une célèbre librairie, je parle avec un garçon. Trop jeune, trop beau, je reste persuadé qu'il a juste envie de parler. Il me dit habiter à Télégraphe, comme je ne sais jamais quoi dire dans ces contextes si particuliers, à mi-chemin entre la conversation, le discours galant et la conquête amoureuse, je lui sors : "tu sais que Télégraphe, c'est le point culminant de Paris", et je lui explique ce qu'était un télégraphe. Il m'a souri, gentiment, et m'a répondu simplement : "merci, je ne savais pas", et on a papoté tranquillement. Il n'a pas eu honte, il a appris, et moi, m'a appris des choses que j'ignorais sur la télévision espagnole. Encore l'image de la pomme et de l'idée. Maintenant, on se salue, simplement, et amicalement...
Nous perdons parfois la simplicité de dire "je ne sais pas", moi, ça me vient seulement depuis peu, je me suis rendu compte à quel point c'était plus riche que de faire semblant de savoir, ou même de sortir le mince vernis sur un sujet que nous pensons maîtriser.
Dire "je ne sais pas", c'est une force du couple qui fonctionne. Celui qui ignore a des choses à recevoir, et celui qui sait à des choses à donner. Les deux gardent donc leur part de mystère, qui fait avancer la machine. D'autant que les rôles ne sont pas définis : tour à tour, l'ignorant se fait savant et le savant ignorant...

Aussi, quand vous le rencontrerez, ne dites pas oui, ne dites pas non, mais écoutez, simplement, et demandez de répéter, de clarifier. A votre tour, clarifiez. C'est sur ce petit terreau de connaissances déjà partagées, quelques minutes après le premier regard, que naîtra votre histoire...

Bon vent !

"J'ai refermé le codex en marquant l'endroit avec mon doigt, je crois. Le visage enfin apaisé, je me suis confié à Alypius. Mais lui-même m'a confié ce qui se passait en lui, et que j'ignorais... Je lui montre alors le passage et son attention se porte sur la suite... Alypius s'y reconnut... Il m'a rejoint sans troubles, sans hésitations"
Augustin d'Hippone, les Confessions, livre VIII

Je vous raconterai la teneur des relations entre Augustin et Alypius, si vous voulez. Ce qui est beau dans cet extrait, c'est le partage d'abord, mais aussi une part d'inconnu qui demeure. Ce que l'un voit n'est pas forcément ce que l'autre voit. Ainsi naît l'échange, voire l'amour...

mardi 8 juillet 2008

Correspondance interrompue 2

Paris, le 19 mars 2008

Cher Y,

Tu vois, je n'ai pas téléphoné, j'ai su attendre, j'ai certes beaucoup pleuré, je me suis bien pris la tête, mais j'ai trouvé la force de ne pas te harceler de questions qui ne cessent de me tourmenter. Que te répondre ? Je te comprends.. Je ne comprends pas, mais te comprends. C'est un peu bizarre, je sais, disons que je me mets bien à ta place, je comprends ta lassitude, mais je ne comprends pas pourquoi elle s'est installée sans qu'on ne remarque quoi que ce soit.
Il faut croire que ces choses-là demandent un peu d'expérience, nous ne savions pas, nous nous faisions confiance, sans doute un peu trop, et nous n'avons pas vu que peu à peu, les liens se distendaient. Nous faisions des choses ensemble, mais étions-nous ensemble ? La nuance est là, je n'arrive pas trop à mettre des mots dessus mais je suis persuadé que c'est à ce stade que le bât blesse.
Je ne vais pas t'ennuyer longtemps, il n'y a pas grand chose à dire. Nous nous séparons et il faudra que je t'oublie. Dans une histoire, on ne souffre jamais en même temps. Desproges disait qu'il y en avait toujours un qui souffrait et l'autre qui s'emmerdait, j'étais le premier, toi le second. Je ne sais que te dire de plus, il y a des regrets, mais paradoxalement, je ne regrette rien....

Impossible de te dire que nous nous reverrons.

Je t'embrasse, prends soin de toi !

X


Dans quelques mois, nous verrons ce que ces deux jeunes garçons sont devenus, ils se donneront quelques nouvelles, à suivre donc... Je me suis dis que le style épistolaire était sans doute celui qui parlait le mieux de la rupture et de la question du pourquoi... Maintenant, comme on dit à l'ORTF (c'est de saison), nous allons reprendre le cours de nos programmes habituels... Bon vent !

dimanche 6 juillet 2008

Correspondance interrompue 1

Paris, le 12 mars 2008

Cher X,

Je t'écris pour te dire que c'est terminé.
Voilà quatre années que nous partageons nos vies respectives, et j'ai envie d'arrêter. C'est dit bizarrement : "j'ai envie d'arrêter", comme si je faisais un régime ou que je ne voulais plus fumer, mais il n'en est rien . Il va m'être difficile de trouver des mots, d'ailleurs, autant te prévenir, je n'aurai pas les mots qu'il faut. Mais je te connais, je te connais bien, il te faut des réponses ; il m'aurait été plus facile de te rendre tes clefs, les mettre dans ta boîte aux lettres et laisser le temps faire son office. Tu aurais été un autre, c'est sans doute ce que j'aurais fait, non par manque de respect, mais parce que c'est plus facile pour les deux mecs. On se quitte, on ne se voit plus, on rumine, tranquillement, dans le deuil et le souvenir, jusqu'au jour où tout repart comme avant. Parce que s'il est une chose dont je suis certain, c'est que tout, pour toi, comme pour moi, repartira comme avant... Aussi, puisque je te connais bien, et je sais que tu vas m'appeler pour avoir des réponses que je n'ai pas, je vais essayer d'expliquer, du mieux que je pourrai. Je te préviens, les mots choisis n'auront sans doute pas le même sens pour toi comme pour moi, je ferai au mieux, mais je te connais, tu vas pinailler !
Une chose : il n'y a ni mépris, ni griefs. Certes, j'aurai pu te reprocher de nombreuses choses, et toi aussi. Par exemple, tu n'étais pas assez sûr de toi, c'est souvent moi qui prenait les décisions, tu avais une mauvaise foi que je n'ai jamais rencontré chez aucune créature terrestre avant toi, un égo bien placé, tu aimes être au centre des choses, qu'on te remarque et tu es doué d'une susceptibilité en acier trempée. Moi, de mon côté, je suis, j'étais (la grammaire est compliqué dans ces situations) trop peu affectif, peut-être (moi, je ne trouvais pas, mais toi, sans doute, si, un peu), tu me trouvais certainement un peu froid, distant, lointain, certainement pas assez à ton écoute. Tu vois, des griefs, nous en avions, mais bizarrement, ces défauts, que j'ai et que tu as, ils nous ont construits, moi, en tous les cas, ils m'ont séduits. Alors, je ne pense pas que ce soit à cause d'eux que les choses s'arrêtent, que la lassitude s'est installée...
Pourquoi, alors ? Je ne sais pas. peu à peu, tu n'étais plus X, mais un garçon qui vivait avec moi et pour lequel j'ai fini par ne plus rien éprouver. Tu n'y es pour rien, et comme tu es un affectif presque télépathe, avec un flair qui me laisse pantois ("monsieur je fais les questions et les réponses, et j'interprète tout ;)"), je suis sûr que tu t'étais douté de quelque chose, mais, dans le même temps, comme la solitude doit t'effrayer, ou tout du moins le rejet, j'ai fait des efforts, je me suis forcé, pour toi, pour nous deux. Mais rien à faire, je n'étais plus amoureux de toi. On ne sait pas pourquoi on tombe amoureux, on ignore tout autant pourquoi on ne l'est plus. Un écrivain que nous aimons bien toi et toi disait que le seul mot de toute la langue française qui devrait être interdit dans les romans est "indicible" ; selon lui, tout peut être dit. Je n'en suis pas si certain, en matière d'amour, en tous les cas, de trop nombreuses choses sont difficiles à dire. Il nous manque sans doute l'expérience, va savoir ?
Cette petite lettre est une bien malhabile tentative pour t'expliquer ce que moi-même je ne comprends pas. Je t'aimais, c'est une évidence, et j'étais bien avec toi, sinon, ces quatre années n'auraient jamais eu lieu. Tu es un type incroyable, amoureux, gentil, chiant des fois (très chiant même), mais à l'évidence, un mec bien, comme moi d'ailleurs, comme beaucoup d'entre nous. Il arrive, dans la vie, que des mecs bien ne se sentent plus bien ensemble. Ils se sont rencontrés, ils se sont mutuellement construits, et ils se séparent, avec leur nouveau personnage. Tu laisseras une part non négligeable de toi dans ma vie, et je pense que de mon côté, il en sera de même. Tu m'as appris l'humour, la déconne, les soirées arrosées, les délires et le rire ; moi, je t'ai appris à écouter, à attendre, à te tranquilliser. Nos deux personnes se sont rencontrées et se sont aimées, elles peuvent donc poursuivre leur chemin.
Sans doute ai-je des choses à apprendre, sans doute aurions-nous pu rester ensemble si j'avais eu un peu plus d'expérience, mais quand la lassitude et la routine te prennent à la gorge et que tu ne sais t'en défaire, il vaut mieux baisser les armes que lutter. De ton côté, tu vas peut-être apprendre à dire non, à exister différemment dans le couple (je te rassure, tu existes :-)), et du mien, j'apprendrai sans doute à plus écouter, ou tout du moins, à mieux montrer que j'écoutais...
Ce ne sera pas avec toi, ni toi avec moi, mais avec d'autres.
Je souhaite que tu ailles bien, merci pour ce moment de vie que nous nous sommes offerts.

J'attends de tes nouvelles, Y

Note de l'écouteur aux portes : encore un billet tristounet après celui-ci (la réponse), et ça va rigoler à nouveau... ; bon vent !

samedi 5 juillet 2008

Nos phrases à la con...

Quand on se quitte, on est très originaux.

Florilège des non-dits, de ces petites phrases qui existent pour exprimer l'inexprimable....

Je n'ai rien à te reprocher, mais ça ne marche plus
C'est comme les puzzles, les ronds ne vont pas avec les carrés
Je me suis dit que c'était mieux comme ça
Il n'y a aucun grief, je t'assure
Tu es un mec bien, tu trouveras vite
(La pire) Je ne te méritais pas
(La encore pire) Tu ne me méritais pas
(La très conne) Tu méritais mieux
On a eu des bons moments, quand même
Tu sais, il n'y a pas d'explications à donner
Je n'ai pas à me justifier
Il ne faut pas m'en vouloir, je n'allais pas me forcer
La lassitude a pris le dessus
Mais cette rupture n'enlève rien à la relation
L'important, c'est le chemin qu'on a parcouru ensemble
Tu pourras revoir Martin sans que je te fasse la gueule
Mais toi aussi, tu as déjà quitté un mec, tu dois me comprendre, non ?
On en rira dans quelques années
Je ne regrette rien des années passées ensemble
Si c'était à refaire...

Elles sont marrantes, ces phrases, je les ai toutes entendues ou prononcées, vous sans doute aussi. Elles ne m'ont jamais vraiment consolé, sans doute parce que derrière, il y a cette question du "pourquoi ça ne marche plus ?" qui est littéralement paralysante. Je pense qu'on grandit en amour lorsqu'on ne cherche plus pourquoi ça marche, et pourquoi ça n'a plus marché. Certains y arrivent vite, pour d'autres, il faut un peu plus de temps. Nous avons, chacun, nos horloges sentimentales, qui ne sont pas (et c'est tant mieux) au diapason...
Ces petites phrases, nous ne pouvons pas y échapper, on ne peut faire sans elles, elles nous rendent de fiers services, le pire, c'est qu'elles sont vraiment sincères. Exprimer l'inexprimable, qui en est capable en effet ? Quand ça ne marche plus, ça ne marche plus, le pire, c'est que nous n'y sommes pour rien, ni lui, ni moi. Reste une question : un couple qui se sépare, serait-ce un échec ou un succès ?
Que penser après une rupture ? "J'ai réussi à rester avec Truc" ou "on s'est séparé, c'est encore raté"... M'est avis que ni l'une, ni l'autre des réponses ne conviennent vraiment. L'histoire a eu lieu, a été belle, et puis, s'est terminée. Un bon film, même lorsque la salle s'est éteinte et qu'elle se vide peu à peu, reste un bon film. Ne demeure que le souvenir, qui aura durablement marqué son empreinte.
J'ai souvent plus souffert de mes ruptures non à cause du mec qui s'est barré, mais à cause de la culpabilité de ne pas avoir su le garder, mais cette question n'a aucun sens, le mec fait ce qu'il veut. C'est, graduellement, en conservant notre liberté que les liens auraient dû se resserrer...

"Pourquoi personne ne reconnaît-il ses tares ? Parce qu'on est encore sous leur emprise. Il faut être réveillé pour raconter son rêve, de même que reconnaître ses faiblesses est un signe de santé." Sénèque, lettre à Lucilius, Lettre LIII.

jeudi 3 juillet 2008

Parlons de la chose...

Chose promise, chose due.
Petit point étymologique : dans homosexuel, il y a sexuel ; c'est peu dire d'affirmer que ce sujet nous préoccupe gravement, nous autres, garçons sensibles et interlopes. L'idée du post m'est venue après une conversation assez inouïe sur le réseau téléphonique avec un petit bonhomme de 17 ans. Je rappelle, pour les jeunes, que cette forme de drague était courante avant l'explosion d'internet. Le principe est simple : on appelle un numéro (aujourd'hui non surtaxé), on utilise sa voix la plus langoureuse, on décrit en 10 secondes ce qu'on veut : généralement, c'est assez simple : "passif dans le 17ème cherche queue à sucer" ; "actif, 30 ans, dans le 20ème cherche son trou", et on attend le client. Généralement, on ne donne pas son âge directement, ou alors, on ment un peu, parce que plus on est vieux, moins on a de chances d'être appelé. Je le confesse, je dis trente ans, ça passe mieux, bizarrement, quand je suis honnête et que je donne mon vrai âge, ça mord moins bien... Mais là n'est pas le sujet, même si de l'âge, il faudra en parler un jour...
Ce jeune mec avait laissé ce message sur la BAL : "il a baisé avec moi sans capote, je ne sais pas quoi faire"... J'ai mis mes hormones de côté, ai remballé mon attirail proéminent et d'un seul coup d'un seul, ma conscience militante n'a fait qu'un saut : je l'ai contacté, parce que des conversations avec des mecs qui arrêtent la capote, j'en ai eues pas mal, et très souvent, je sais qu'il y a derrière plusieurs sentiments, entremêlées : de la détresse, du cynisme, du "à quoi bon", de la lassitude, et souvent aussi, de la solitude, beaucoup.
Ce mec me dit qu'il a 17 ans, qu'il sort avec un mec de 38, il ne sait pas si ce type est amoureux de lui mais ils adorent baiser ensemble. Et puis, dernièrement, le mec (le vieux de 38 ans) a enlevé la capote avant de l'enfiler. Mon interlocuteur avait la trouille. Trouille légitime...
Je fais donc ma Mère Thérésa, lui explique que dans ces cas-là, il faut de toute urgence faire une prise de sang, un test rapide, afin de commencer un traitement (qui, au bout de cinq ou six rapports non protégés, n'est plus un traitement post exposition, mais un véritable protocole), un test de vérif est fait au bout d'un mois et là, la vie bascule définitivement.
Je lui explique tout ça, il me remercie. Me promet qu'il va aller à Saint Louis (c'est gentil de me promettre, je ne le connais pas). Une question me titille, avant de raccrocher ; je lui dis, en substance : "mais tu sais, tu t'apprêtes à vivre les années les plus bouleversantes et les plus fastes de ta vie sentimentale, de belles années, et sache au moins une chose, dans un couple, vous êtes deux, tu as ton mot à dire, surtout quand ta vie est en danger ; ton mec, même si tu l'aimes, n'a pas le droit de t'imposer ça." Il me répond le truc classique : "j'étais excité, j'en avais envie". Serge Hefez, un brillant psychiatre spécialiste de la sexualité homosexuelle, a très bien décrit ce processus d'excitation, qui dans de nombreux cas, nous pousse à commettre l'irréparable. C'est difficile de lutter contre ça, je ne suis pas une mère la morale, je sais que parfois, il est dur de se raisonner, surtout quand on a 17 ans, surtout quand on est amoureux, surtout quand on veut garder son mec. Un de mes ex est mort de ça, exactement le même schéma...
Là, il me répond un truc qui m'a mis sur le cul (je m'étais renculotté entre temps) : "tu sais, je suis passif, c'est lui qui décide..."
Le rapport de force, la soumission, le rôle de l'actif et du passif dans le couple. Quelle question ! La tradition antique a répandu dans nos consciences cette insondable connerie : Socrate, le vieil homme mûr, actif, et l'éphèbe, celui qui apprend, celui qui reçoit, le passif. Chez les Romains, le propriétaire de l'esclave devait toujours être actif et l'esclave passif, dans le cas contraire, on l'insultait ou le brocardait. George Steiner, un philosophe, a écrit un très beau livre : l'art de la transmission, qui parle de pédagogie. Il commence, de manière un peu provocante, par expliquer que l'acte de transmettre est assez proche de l'acte sexuel : celui qui délivre le savoir est actif, celui qui le reçoit est passif. Il prend des tas d'exemples chez les Grecs. Je résume outrancièrement sa pensée, c'est plus complexe. Lisez Steiner quand vous aurez un moment, c'est un mec brillant, et des mecs de cette valeur, par les temps qui courent, c'est rare... Chez les Asmat de Nouvelle-Guinée, les jeunes hommes, dans la maison des hommes, sucent leurs aînés et avalent leur sperme, parce qu'ils reçoivent ainsi la force et la connaissance. Encore de temps en temps, on entend des bêtises du genre : le soumis est passif, le domi est actif ; on sait qui fait l'homme et qui fait la femme, et autres âneries...

Ce rapport de forces amoureux est un truc très répandu chez nous les pédales ; à titre perso je suis bien meilleur actif quand le garçon avec lequel je baise est plus jeune, apprend des choses de moi ou s'intéresse à ma dérisoire personne (c'est très con, mais je n'y peux rien du tout), au contraire, je n'y arrive pas lorsque je suis impressionné ou que le type est froid comme un glaçon : ce truc m'a coûté trois ans d'hypnothérapie, et il est à peine en train de se régler...
Le cul, c'est donc très très compliqué. Ce n'est pas simplement une question de feeling : entrent en jeu des personnes, leurs inconscients, leur estime d'eux-mêmes, l'image qu'ils se font de leur partenaire, leur évolution....
Lorsque je parlais de la Pride, je disais, peut-être un peu violemment, que notre communauté avait créé des schémas, ses propres schémas, qui, d'une certaine manière, pouvaient nous faire du mal. Cette histoire de rapport de forces en est un. Dans le couple, il ne doit pas exister, ou alors, il doit être assumé par les deux partenaires, mais chacun doit pouvoir s'exprimer. Je ne crois guère au compromis dans ce domaine. Le cul est une affaire trop personnelle : renoncer à une pratique, c'est renoncer à une partie de soi. C'est difficile d'assumer ce que nous sommes, nous avons tous des fantasmes plus ou moins avouables et quand on est amoureux, il est difficile de proposer à son mec des trucs qu'il pourrait trouver bizarres (uro, SM, crad, fétichisme, plans à plusieurs, ce que je sais).
De cette difficulté à parler naîtront des frustrations, qui, à la longue, peuvent causer une rupture. Lorsqu'on a très envie de quelque chose d'inavouable (pense-t-on), et qu'on n'ose l'évoquer avec son mec, s'installe le compromis. Celui-ci permet, un temps, de tenir, mais à moyen ou long terme, ce compromis tisse une emprise sur la relation, s'apparente à de la frustration, à un renoncement, de soi-même et de son couple. On ne peut forcer le naturel. Je suis persuadé, pour prendre une image forte, qu'un mec qui tripe de se faire pisser dessus ne pourra pas se contenter d'une relation avec un type qui est dégoûté par cette pratique. Les deux mecs ont leur légitimité, aucun ne doit renoncer à ce qu'il aime. Le rapport de force ne doit pas exister...

Ce qui est vrai, mais c'est difficile, c'est qu'assez tôt, les désirs, les envies, les pulsions, doivent être communiquées, et pour y parvenir, il faut de la bouteille. Mon petit mec n'avait que 17 ans, un gosse, bon Dieu, et il tombe sur un connard... S'il avait eu 25 ans de plus, quelques expériences, il aurait (peut-être) pu échapper à cette angoisse : à son âge, la seule angoisse légitime, c'est celle de rater son bachot. Nous, les vieux pédés avons une lourde responsabilité, là est le sens profond de la communauté ; c'est à cela qu'elle devrait servir la soi-disant marche des Fiertés (faudra m'expliquer ce pluriel qui pue le politiquement correct...), mais je m'arrête, sinon, je vais reparler de la Lesbian and Bisexual and Drunk Straight and (Sometimes) Gay Pride...

Nos anciens, les vieux gays, que j'aime bien, parce qu'ils sont un peu nos pères spirituels, ont cette charge, à mon avis. Ils doivent nous aider, nous rassurer, nous expliquer que c'est normal d'avoir mal au cul quand on se fait enculer la première fois, que c'est normal de débander alors qu'on a du désir pour un mec, que c'est normal de ne pas se faire prendre si on n'a pas envie, que c'est normal de ne pas avoir envie de sodo si on n'aime pas ça ou si ça fait peur, que c'est normal d'en avoir peur, que c'est normal de se réserver quand on est jeune avant de coucher avec le premier type venu....
Un vieux pote, à la sexualité plus qu'extrême, un mec bien, me disait qu'il rencontrait beaucoup de jeunes types sur les réseaux scato (chacun son truc, no judgement darling, please). Lui a 50 ans, et ça l'étonne, parce qu'il a franchi le pas il y a seulement une dizaine d'années. C'est une sexualité qui demande pas mal d'expérience, de recul, qui oblige à mettre ses appréhensions de côté... Il s'éclate vraiment, avec des mecs qui s'éclatent, et il me disait : "tu vois Jérôme, le mec de 18 ans qui se fait fister et qui se fait chier dessus, il passe à côté d'années de découverte du sexe, il vient d'avoir le permis de conduire et on le met aux commandes d'un Concorde." Cette phrase me fait réfléchir, il n'a pas tort.

Apprendre à baiser, c'est apprendre à aimer, c'est n'être pas trop fragile pour éviter les confusions entre amour et sexe, confusions qui sont courantes avant 30 ans (peut-être même après). Je sais, perso, que j'ai plein de trucs à apprendre sur moi-même avant de prendre mon pied, et je commence, à peine, à savoir ce que je veux quand je suis au pieux avec un mec, avant, j'imitais et je faisais ce qu'il aimait ; je le faisais bien au demeurant, mais ne nous égarons pas :D.

Ce post n'est peut-être pas très clair, mais j'aimerais que nous, les pédales, soyons suffisamment solidaires pour éviter que des petits mecs se fassent plomber, qu'ils sachent dire non, et qu'ils soient heureux. Puisque nous pensons tous avec notre queue, pensons bien, soyons généreux, et de sexe, et d'affection, et d'empathie. Cette générosité nous sera rendue, un jour, quand nous serons vieux, parce que, peut-être, grâce à cela, nous ne serons pas vieux seuls.

Bon vent, et même si c'est con à dire, chiant à déballer et parfois difficile à mettre, enfilez des capotes, par pitié. La vie est belle, aussi, et vous méritez de vivre.


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