La rencontre, les oeillades, les petits regards derrière l'épaule pour voir
si... Tout cela se conclut, dans le meilleur des cas, par un échange, en bonne
et due forme, d'un numéro de téléphone. Celui-ci commencera plus fréquemment
par 06, parfois 01, si c'est autre chose, laissez tomber, il est en vacances
(désolé pour ce billet encore effroyablement parisien). Parfois, souvent de la
part de touristes, ou alors du mec qui n'a guère envie de vous revoir mais qui
n'ose pas le dire en face, vous recevrez une adresse mail, ou msn, mais sans
vouloir trop m'avancer, vous concèderez vous-mêmes que c'est très mauvais
signe.
Lorsqu'on porte un peu d'attention à celui qui semble en porter à votre égard,
la gestion du téléphone peut s'avérer pénible. Notre pire ennemi étant la boîte
vocale, qui, à la quatrième reprise, donne légitimement l'envie de faire
valdinguer la petite chose moderne et pénible dans le premier parpaing venu. Il
y a des signes qui sont évidents et je m'étonne souvent de constater que des
gens déjà plus qu'expérimentés se laissent prendre dans le piège
grossier.
S'il ne rappelle pas tout de suite, pas de panique ; il fait comme vous,
il attend que vous rappeliez le premier. Ce petit jeu, vous en conviendrez,
peut durer longtemps. Donnez-vous deux à trois jours, et pendant ce temps-là,
voyez si vous êtes vraiment disponible (je ne parle pas de cul, dans ce cas-là,
c'est immédiat et rapide). Je veux dire, un mec a votre tél, vous avez le sien,
vous n'avez pas baisé encore, ou alors une fois seulement mais vous aimeriez
vous revoir, il y a donc autre chose qui se trame, isn't it ? Dans ce cas,
il faut préparer un peu...
Certes, vous n'êtes pas encore amoureux, mais quelques ouvertures nouvelles
apparaissent dans votre quotidien, il faut en tous les cas qu'elles soient
nettes et dénuées d'ambiguïtés. Pendant les deux jours où vous n'avez pas de
nouvelles, sans vous faire de film, rangez votre appart un minimum (mais gardez
votre petit bordel à vous, les appart trop rangés ont le don de stresser :
la pire plaie, ceux qui trient leurs CD ou qui rangent leurs chaussons dans une
boîte à chaussons), préparez une brosse à dents supplémentaire (au cas où), un
rasoir neuf de plus, achetez les petites bricoles que vous aimeriez avoir
depuis longtemps sans vous être donné le temps d'y consacrer du temps en allant
faire un tour au BHV ou je ne sais où... Tout ce petit cérémoniel est
simplement destiné à vous aider, à vous permettre de vérifier si vous êtes
prêts ou non à commencer une histoire. Si c'est fastidieux, la brosse à dent,
votre disponibilité, tout ça, je pense que ce n'est pas encore prêt... Il ne
s'agit pas de le préparer, mais de vous préparer, c'est très différent. Mettre
à profit une courte attente permet de pointer ses envies, exigences et
désirs...
Au bout de deux jours, rappelez ! Pas de textos, c'est crétin et ça fait
tourner autour du pot. Rappelez et vous verrez. La boîte vocale ? attendez
une demi-heure, ou laissez tomber. Le mec qui veut vous rappeler parce qu'il y
tient trouve du temps en 30 minutes, s'il rappelle seulement le lendemain ou
deux jours après, c'est mauvais signe, après, je peux me tromper...
Quoique.
Bon, si vous voulez partager vos expériences en la matière, ce blog est là pour
ça !
Bon vent !
Qu'il est commode d'avoir affaire à vous autres gens à principe !
Quelquefois un brouillon d'Amoureux vous déconcerte par sa timidité, ou vous
embarrasse par ses fougueux transports ; c'est une fièvre qui, comme
l'autre, a ses frissons et son ardeur, et quelquefois varie dans ses symptômes.
Mais votre marche réglée se devine si facilement : L'arrivée, le maintien,
le ton, le discours, je savais tout dès la veille. Choderlos de Laclos-Les
Liaisons Dangereuses
La Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont. Lettre LXXXV
dimanche 3 mai 2009
Le téléphone
Par Jérôme le dimanche 3 mai 2009, 21:21 - love, etc.
dimanche 26 avril 2009
Une voix s'endort
Par Jérôme le dimanche 26 avril 2009, 21:07 - you and me
Ce blog a deux histoires. Une première période, à quatre mains, un projet
commun, un besoin d'échanger, sans doute aussi un projet à porter à deux. Le
temps a passé. Un autre moment a suivi, plus personnel, plus apaisé aussi, plus
célibataire, c'est clair. Certains lecteurs ont dû s'en rendre compte. Ces
pages n'ont habituellement pas la vocation, ou l'ambition, de commenter
l'actualité. Il est cependant une voix qui me manquera, parce que, si dérisoire
cet événement soit-il en apparence, cette voix a beaucoup inspiré et inspire
votre serviteur.
Ce blog est pétri de multiples histoires, certains faits sont réels, d'autres
totalement fictifs, mais les objectifs restent les mêmes : vous faire du
bien. Je pense, sincèrement, que l'écoute, le partage, l'attention portée aux
soucis de l'autre bénéficient certes à soi-même, mais aussi au Tout. C'est ce
qu'on appelle la Fraternité, mon voeu le plus cher est que ce blog soit
fraternel, rassurant et qu'il épanouisse la partie la plus belle de votre être.
Ce que je fais pour les pédales, à mon modeste niveau, une autre en avait fait
son cheval de bataille. Trois fois je lui ai parlé, et, si dérisoire soit cette
incursion dans le monde du people, je ne puis passer sous silence que
cette personne est toujours dans un recoin de mon esprit lorsque j'écris
ici.
Bon vent Macha, et merci !

mercredi 22 avril 2009
Petit exercice de style...
Par Jérôme le mercredi 22 avril 2009, 12:44 - love, etc.
Sans nul doute de tes yeux les larmes ont débordé
Les années, dis-tu, ont tes espoirs achevés
Vrai, à trop les entendre, tu as très vite compris
Que discours amoureux et sottes théories
Avaient sur ta nature, ton style et ta mémoire
Pour le moins transformé ta vision de l'histoire
Certes, par les idées d'autrui le monde est conduit
Mais ne néglige pas que toi aussi es instruit
Tes amours jugées mortes palpitent en ton giron
Et c'est ce livre écrit qui te donne la leçon
Alors n'écoute plus ces pisse-froid lymphatiques
Ces Pythies ou ces molles Cassandre sarcastiques
Que ces vers aient sur toi un effet bénéfique
Sache que de ton passé naît une âme authentique
Certaines rimes enclenchent de tristes habitudes
La solitude n'est pas encore décrépitude
Va, sors, souris, quitte ces compagnes oiseuses
Tu verras mourir tes craintes orageuses...
Bon vent !
"C'est au public maintenant à voir si j'ai bien ou mal réussi ; et je
n'emploierai point ici (...) mon adresse et ma rhétorique à le prévenir en ma
faveur. Tout ce que je lui puis dire, c'est que j'ai travaillé cette pièce avec
le même soin que toutes mes autres poésies..."
Boileau-Introduction à la satire sur l'équivoque.
jeudi 16 avril 2009
Les mouches du temps
Par Jérôme le jeudi 16 avril 2009, 23:16 - anti depressive delivery
Le comportementaliste Paul Watzlawick, fondateur de l'école de Palo Alto, a
consacré plusieurs ouvrages à démontrer que la réalité, que nous pensons
tangible et indiscutable, n'existait pas. Nos perceptions, nos sensations, nos
douleurs recèlent une part inexprimable, intransposable d'une personne à
l'autre, et pour démontrer ce que nous croyons vrai, il faut un arsenal de
technologies inaccessibles.
Cette fenêtre qui est derrière moi , par exemple, et que je ne vois pas en ce
moment puisque j'écris, je ne puis démontrer pleinement son existence,
d'ailleurs, vous n'êtes pas censé me croire lorsque j'affirme qu'il y a une
fenêtre derrière moi en ce moment, et quand vous me lirez, vous en serez encore
moins sûr... Si je plaçais un miroir face à mon bureau, qui reflèterait cette
même fenêtre, le temps parcouru par la lumière entre l'objet et son reflet, si
infime soit-il, resterait suffisamment long pour ne pas attester totalement
l'existence de la dite fenêtre à l'instant T. Ma voisine d'en face verra quant
à elle une autre fenêtre que la mienne, elle ne seront donc pas les mêmes.
Watzlawick, dans L'Invention de la Réalité et dans Réalité de la
Réalité s'est ainsi amusé à détailler nos conceptions du monde, notre idée
sur le réel, pour démontrer (il fut d'ailleurs vertement critiqué pour cela)
qu'il n'existait matériellement aucune preuve, aucune inférence parfaitement
fiable permettant de juger que ce que nous appelons un fait est réel.
Dans un de ses chapitres, il évoque "les mouches du temps", ce
qu'entendra un anglais auquel on affirme que le temps passe : "Time
Flies". Ce que l'un traduira sous la forme d'un adage populaire, un autre
y verra des mouches un peu curieuses. Ce sont ces petites confusions, variables
d'un individu à l'autre, qui fondent la psychologie comportementaliste,
l'hypnose. Le thérapeute essaie de saisir la réalité du patient, de s'y
introduire et de travailler en la prenant en considération. Ce travail est, ou
devrait être, celui du pédagogue, également. Cette "inexistence" de la réalité
peut aller très loin, et prouver la réalité de Dieu, devenant le seul principe
absolu et factuel, une certitude aux regards de l'immatérialité et du caractère
insaisissable du monde qui nous entoure. Blaise Pascal avait effleuré et
pressenti ce sujet dans un très beau texte teinté du pessimisme un peu
pisse-froid naturel au personnage : "Voilà où nous mènent les
connaissances naturelles. Si celles-là ne sont véritables, il n'y a point de
réalité dans l'homme, et si elles le sont, il y trouve un grand sujet
d'humiliation..." (pensée 230)
Cette petite apostille m'est venue à l'idée après une conversation avec un ami
qui déplorait un souci quotidien du célibataire : "pourquoi diable ça ne
fonctionne pas avec un mec alors que sur le papier, il n'existe aucune raison
objective pour qu'on ne s'entende pas ?" Le contraire serait épuisant, nous
nous mettrions en couple quasi quotidiennement. En y regardant d'un peu plus
prêt, nous décrivons une relation amoureuse qui fonctionne bien avec des termes
irrationnels : nous parlons de "magie", d'"alchimie" de
la rencontre, nous évoquons la guigne et même les plus sceptiques et rationnels
d'entre nous emploie des expressions teintées de mystère : "la roue
tourne", "un de perdu, dix de retrouvés", "nous n'étions pas
sur la même longueur d'onde", "nous sommes sur deux planètes
différentes". Parfois, la sentence est définitive et relève de
l'oxymore : "il ne savait pas ce qu'il voulait". Rappelons aussi
l'air de Ferrat : "aimer, à perdre la raison...". Amour et fait ne
s'entendent pas, acceptons-le ainsi.
Loin de moi l'idée de sombrer dans un relativisme peu constructif, mais il me
semble clair que l'amour ne peut en aucune manière être cerné par des
mécanismes explicatifs rationnels, par des équations et des relations causales.
Les mathématiques n'ont aucune place dans ce domaine. La réalité de l'autre est
parfois telle que, bien qu'elle nous fasse écho (nous sommes des animaux
sociaux et empathiques, ne l'oublions pas), elle ne s'inscrit pas durablement
dans nos systèmes. L'erreur serait de penser que nous y serions pour quelque
chose, qu'il faudrait s'améliorer ou qu'il faudrait évoluer. Ces
opérations : évolution, amélioration, viennent naturellement, à condition
de garder un projet de vie, une ligne, un point de mire. Nos temps sont variés,
nos mondes le sont tout autant et plus les années passent, plus je me demande
si nous avons un quelconque contrôle sur tout ceci.
Bon vent !
"Il me semble, Usbek, que nous ne jugeons jamais des choses que par un
retour secret que nous faisons sur nous-mêmes. Je ne suis pas surpris que les
Nègres peignent le diable d'une blancheur éblouissante et leurs dieux noirs
comme du charbon (...). On a dit fort bien que, si les triangles faisaient un
dieu, ils lui donneraient trois côtés. Mon cher Usbek, quand je vois des hommes
qui rampent sur un atome, c'est-à-dire la Terre, qui n'est qu'un point de
l'Univers, se proposer directement pour modèles de la Providence, je ne sais
comment accorder tant d'extravagance avec tant de petitesse.
Montesquieu-Lettres Persanes. Lettre LIX.
samedi 11 avril 2009
Le contraire de un
Par Jérôme le samedi 11 avril 2009, 17:39 - anti depressive delivery
Voici un titre que j'aurais aimé trouver tout seul, mais comme souvent,
penser seul ne suffit pas, ne permet pas toujours de se renouveler, parfois,
empêche même de créer. Les influences, les rencontres, les lectures, sont des
ciments de l'existence, ils permettent de pousser les murs, de les élever,
d'enrichir quotidiennement notre royaume. Ce billet va, à nouveau, parler de la
solitude, car s'entend, se dit, se pense parfois une forme nouvelle, une
troisième, et des plus inquiétantes de cet état que nous connaissons tous et
qui réserve bonnes comme mauvaises surprises. Nous avions déjà décrit les deux
solitudes, la bonne et la mauvaise : l'accomplissement de l'une et l'état
d'abandon et de dégoût de soi que confère la seconde. Une troisième existe, et
nous ne la soupçonnions pas. Il s'agit de la solitude réfléchie, mûrie, pensée
et raisonnée. Cette solitude-là est terrible, parce qu'elle nous enferme dans
une posture, résumable en ces termes : "Je suis mieux seul qu'en couple,
au moins je ne déprime pas, et finalement, la vie n'est pas si mal, restons
donc seul, ainsi, je ne souffrirai plus de ruptures, d'impatiences ou
d'attentes..." Contre l'attente, privilégions l'oubli de soi, la négation de
l'amour, et vivons, vaille que vaille, en étant vaguement convaincu que cette
situation n'est finalement pas si terrible... Me fais-je bien comprendre
?
Il est vrai que la vie à deux n'est pas reposante, en tous les cas, et ces
pages sont là pour exprimer cette idée force : la vie à deux n'est pas un
gage d'accomplissement existentiel, ce n'est pas la solution à un mal, elle
n'est qu'une forme différente de la vie, de notre vie. Elle vient la ponctuer,
incidemment, en général sans que nous l'ayons choisie. Se fermer à cet
événement, c'est une autre démarche, plus pernicieuse, parce qu'elle repose sur
une réflexion, parce qu'elle est mûrie et s'avère même parfois vérifiée :
"nous sommes mieux seuls que mal accompagnés", entend-on. C'est un fait,
également : les histoires d'amour s'achèvent plus souvent qu'elles ne
durent, et cet achèvement fait du mal. Il est donc légitime de renoncer, de
rester cloîtré, de se fermer aux regards, aux rencontres, aux discussions que
nous serions amenés à mener. Nous y sommes tous passés.
Il est tout de même dangereux de s'enferrer dans ce que nous dicte notre ego,
même s'il semble avoir raison, même s'il a peut-être raison d'ailleurs. La
logique a de toute façon forcément raison devant l'illogique, mais comme
l'amour ne puise aucune racine dans la logique, il est impossible de résoudre
quelques questions que ce soit à son propos ; en rhétorique, il me semble
que cela s'appelle une aporie (un embarras pour choisir entre deux
propositions, disait Aristote).
Certes, aimer est une des choses les plus difficiles au monde, mais il s'agit
aussi d'une des portes ouvertes les plus rafraîchissantes, parce qu'elle abat
nos idées préconçues et nous transforme. C'est au contact de l'autre, d'une
autre histoire que nous grandissons. L'amitié remplit ce rôle, à part égale.
L'amour ajoute une touche plus inédite, que je pressens mais sur laquelle il
m'est impossible de mettre un mot. Ce que les amis bouleversent en nous par
leurs paroles, leurs actes ou leurs histoires, l'amour le révolutionne et
l'entérine. Renoncer à aimer, c'est finalement renoncer à une partie naturelle
de nous-mêmes, qu'au lieu de dompter et de maîtriser (difficilement, je le
concède), nous faisons avorter. Méfions-nous donc de l'aigreur. Qu'on ait peur,
c'est compréhensible, mais la peur s'effondre face à l'expérience, face au
recul, face à la réflexion. Un petit enfant sera effrayé à l'idée de traverser
la rue, mais guidé, en ayant grandi, il finira par être attentif aux feux, et
il aura ainsi appris à ne plus avoir peur des voitures sur la chaussée. En
amour, c'est la même chose : nous avons peur de traverser, mais nous
savons aussi que cette traversée peut être sans danger. La peur ne résout rien,
elle paralyse, parfois nous fait faire des bêtises.Ne laissons pas la crainte
dicter notre existence.
Bon vent !
"Nous sommes deux, le contraire de un et de sa solitude suffisante."
Erri De Luca-Le Contraire de Un

samedi 4 avril 2009
Ce coincé qui est en nous
Par Jérôme le samedi 4 avril 2009, 13:20 - love, etc.
La pédale est pétrie de paradoxes (litote, me souffle la correctrice) :
tantôt elle cherche un mec avec qui l'histoire pourrait durer, enrichir,
épanouir, construire, tantôt elle dédaigne les propositions qui iraient dans ce
sens en mettant en avant sa vie personnelle, son travail, ses amis, ses
bistrots, ses plans culs. Nous sommes un peu toutes en équilibre instable sur
cette corde raide : "j'y vais, mais en fait non" ou "je n'y
vais pas, mais j'aurais dû, zut, je m'en veux..." Il y a en nous deux
petits lutins qui se tirent en permanence la bourre : un gentil tout plein
qui nous oblige à aller de l'avant, à sortir, à dire oui et à croiser le regard
enjôleur qui fera chavirer nos coeurs (rime riche niveau première B me titille
la baronne), et une espèce de petite saloperie goîtreuse et laide comme un pou
qui nous freine, nous restreint, nous blottit dans notre petite coquille de
mollusque baveux où finalement, la vie n'a pas l'air si mal.
Ce saboteur pernicieux qui nous alerte, nous enjoint de faire attention,
d'attendre, de ne pas appeler tout de suite, n'est rien d'autre qu'un avatar un
peu ridicule de notre personnalité, il est une fiction, un roman raté et dénué
de sens qui a pris racine dans les années qui nous ont permis d'arriver
jusqu'ici. Etre méfiant est une chose, fermer sa porte en est une autre. De
cette situation binaire et, j'en ai conscience, ô combien caricaturale
(appelons cela de la pédagogie, ça fera plus sérieux) émerge une question,
objet de ce billet printanier et guilleret : faut-il se forcer avec un
mec ? Doit-on s'impliquer dans une histoire si on n'est pas un minimum
amoureux mais si le mec en face est : joli, gentil, baise bien, pas con,
mais bon, ça ne le fait pas, on verra avec le temps.
Bon, inutile de gloser, si j'avais la réponse, je n'écrirai pas ce blog, parce
qu'on se mettrait en couple à peu près toutes les semaines, et dans le même
temps, on connaît tous ces couples improbables qui durent, mais où jamais il
n'y eut coups de foudre, passion, et tout ce bazar ingérable dont on ferait
volontiers l'économie tellement on a passé l'âge. J'avoue humblement que le
perspective d'attendre après des textos qui arrivent toujours trop tard
m'épuise d'avance. Bien sûr, il y a le fucking friend, c'est intéressant comme
piste, parce qu'en gros, on ne partage que le côté sympa de la personne et on
ne se prend pas la tête avec le reste, même si la petite saloperie au fond à
gauche nous zozotte que ça ne durera qu'un temps, et quand tu seras une vieille
peau toute frippée et irregardable, tu aurais été bien contente d'avoir un mec
qui t'aime. Elle se trompe cette débile, un mec n'est pas un PEL, enfin, il me
semble. Moi, je le dis tout net, essayons, et lorsqu'on en a assez, et bien,
disons-le en face, c'est important ça : cela nous permet de mettre des
mots sur pourquoi ça ne marche pas, cela permet de se poser, et c'est surtout
moins hypocrite. Voilà le conseil : foncez et si vous n'êtes pas
satisfait, expliquez-vous, vous serez obligé de vous interroger, et les
questions qu'on pose et qu'on se pose sont toujours les bonnes. Sur ce, je vais
me promener.
Bon vent !
"J'éprouvais un peu de ressentiment à son égard, il y avait du feu sous la
cendre, mais, plutôt que de le questionner inutilement, je préférais me dire
qu'il ne restait qu'à solder gentiment tous les comptes et au revoir, chacun
reprend sa route, le fil du quotidien, en attendant peut-être un autre
film."
Frédéric Mitterrand-La Mauvaise Vie.
vendredi 20 mars 2009
Eloge de l'imparfait
Par Jérôme le vendredi 20 mars 2009, 22:11 - anti depressive delivery
Certains mecs appréhendent le désir amoureux comme une quête, comme une
longue série d'épreuves, comme une métamorphose graduelle de leur être, parfois
de leur aspect physique, exclusivement destinée à les rendre désirables, aimés
et aimants. Je lis, j'écoute, je constate que peu d'entre nous sont finalement
assez détachés du regard amoureux. On s'imagine parfois que trouver un mec, et
le garder, s'apparente à une quête de sens pour soi, à un chemin, à une
amélioration graduelle qu'il faudrait accomplir consciencieusement pour
parvenir au bout de ses peines.
Ce comportement est révélé dans ces petites phrases, que vous avez sans doute
entendues : "je vais encore attendre longtemps", "ce n'est pas le bon",
"en ce moment, il faut que je m'occupe de moi, je n'ai pas la place pour un
mec", "de toute façon, j'en ai un peu fait le tour", "non, mais là, il faut que
je travaille sur moi...", etc. Dans ces petits saboteurs de l'âme que sont ces
affirmations péremptoires, règne l'idée de la quête, de l'attente, du tic-tac
de l'horloge qui rythme nos destins et détermine nos vies. Dans cette bourbe
git l'idée fallacieuse que ce sont des éléments extérieurs à nous qui décident
à notre place, confisquant ainsi notre pouvoir de décision.
Une autre idée émerge de ce fatras : il faut être mieux, il faut
s'améliorer, il faut tirer partie de ses échecs amoureux pour avancer. L'image
qui me vient à l'esprit est celle d'une bûche de chêne brut que les différentes
épreuves de la vie auraient contribué à taillader tant et plus (si possible
dans la douleur) pour qu'émerge la substantifique moelle, celle qui sera
destinée à connaître le grand et beau bonheur. A ce rythme-là, il ne restera
pourtant que de la sciure, si on attend un peu trop.
J'ai longtemps eu cette vision des choses : "si bidule m'a quitté, c'est
que je n'en valais pas la peine, à moi donc de changer ce qui doit être
changé." Je partage cette question ici parce que certains ici ont pu être
traversés par des états d'âme similaires. Dans ces cas-là, on fait n'importe
quoi : on s'enferme, on étudie, on ouvre des blogs, on prend des verres à
n'en plus finir avec des potes, on se prend la tête avec la moitié de la Terre
entière et on passe à côté de l'essentiel : soi.
Nous sommes faillibles, imparfaits et parfois dénués du moindre intérêt (aux
yeux de certains mecs, parfois aux yeux de nos ex). Et encore, étant nous-mêmes
en général les personnes les plus sévères envers nous-mêmes, il se peut que
nous nous trompions.
Ben ouais, parfois, on préfère se lever tard au lieu de bosser, on préfère
aller prendre un verre et s'en griller une en lisant Libé au lieu d'aller
nager, on préfère lire Harry Potter au lieu de Marcel Proust, on perd nos
cheveux, on ne trie pas ses déchets parce qu'il est tard et que c'est quand
même chiant (qui m'expliquera un jour ce qu'on fait des pots de yaourt et des
couvercles des pots de confiture ?), on a des sillons dans le coin des yeux, on
préfère prendre un bain au lieu de prendre une douche, on choisit
consciencieusement de glander, de ne pas préparer sa journée, d'être habillé
n'importe comment, de mettre des chaussettes blanches avec des chaussures
Kenzo, de claquer un resto alors qu'on est à découvert et tant pis pour la
méchante dame qui va vous proposer un énième prêt personnel, de manger un
confit de canard au lieu d'une salade de quinoa, d'aller voir l'expo sur le
Petit Nicolas au lieu de celle sur Andy Warhol même si dans les dîners, c'est
parfois moins bien vu (Warhol, c'est quand même vraiment très moche...), de
laisser son studio en bordel et ne pas du tout avoir le temps de le ranger vu
qu'il faut un peu se balader dans le Marais, zut il fait beau quoi et on a eu
un hiver quand même super merdique...
On est ça, et parfois le contraire (on range, on lit Proust, on ne fume plus et
on fait du sport avant d'aller manger bio en prenant une salade à 7 € et un
verre d'eau parce que 800 € de découvert, ça fait chier...). Dites-vous juste
que le mec en face, il est à peu près pareil et démerdez-vous !
Bon vent !
"Montaigne se rend chez une courtisane lettrée, qui lui lit une
interminable élégie de sa composition ; Montaigne s'en serait tiré à
meilleur compte avec la vérole."
Paul Morand-Venise.

Tu perds ton temps À mariner dans ses yeux Tu perds son sang Tel Attila
Tel Othello Tu te noircis Dans quoi tu te mires Dans quel étang À l'avenir
Laisse venir Laisse le vent du soir décider Laisse venir Laisse venir Laisse
venir...
(Note de la patronne des lieux : Tu parles d'un cadeau d'anniversaire, bon
vent connard !)
vendredi 13 mars 2009
Il manque quelque chose
Par Jérôme le vendredi 13 mars 2009, 01:03 - people have the power !
Une semaine un peu bizarre m'oblige à prendre la plume à une heure bien trop
tardive pour un jeudi soir. Il y eut cette rencontre, appelons-la amoureuse,
même si ce Jules de chez Smith en face ne se fait pas plus d'illusions
que moi sur "notre" (que j'ai désormais du mal avec la première personne du
pluriel...) avenir, ce qui, dans une certaine mesure, nous (tiens, ça va mieux
là tout de suite) rapproche. Et puis cette discussion, lundi soir, dans le
cadre d'une association que nous animons avec quelques amis sur la mémoire
gay : une ancienne militante venait témoigner, les rafles, les
intimidations policières, les années 80 et cette idée : l'homosexualité
pouvait, devait changer le Monde. Et ce soir, ce putain de film : Milk.
Trois éléments, disjoints en apparence, qui tous, gravitent autour d'une même
sphère. Que ou qui sommes nous quand nous sommes pédés en 2009 ? Ma
copine, la militante, qui me connaît, et qui devine mieux que moi les travers
de ma pensée, a su me devancer : "ne sois pas nostalgique, ce monde était
dur". Nostalgique, je le suis, c'est un fait, je ne cherche plus trop à m'en
libérer, le présent m'emmerde, l'avenir m'indiffère au mieux ou au pire
m'effraie ; le passé ? son seul défaut, c'est qu'il fut et ne sera
plus, hormis ce détail, on peut le maîtriser, le triturer, le comprendre, le
détester, l'aimer, enfin, il laisse une porte ouverte à l'humanité, il peut,
d'une certaine manière, nous donner la conscience d'exister, il forge, c'est
indéniable, une identité, des assises.
La nostalgie n'est pas un état définitif, elle n'est qu'un flux de l'âme, qui,
comme tous courants fluides, passe et trépasse, mais quand elle s'agrippe, elle
ne nous lâche guère facilement. Je suis, il est vrai, épouvantablement
nostalgique, et d'entendre cette amie parler m'a donné, non pas envie d'être
avant et de connaître tout ce qu'elle évoquait de sordide, mais a suscité une
question bien difficile : quelle est notre cause ? quelle est notre
lutte ? quels sont nos combats, nos déchaînements ? à quoi, ou à qui
serviront nos intelligences, nos folies, nos truculences, nos humours ?
Nous sommes pédés, je crois, et j'y croirai jusqu'à mon dernier souffle, que
nos vies peuvent, encore aujourd'hui, changer le Monde. Je suis convaincu que
nos intuitions, notre sensibilité, notre rage, notre cynisme, notre méchanceté
parfois, notre grand coeur souvent, sont des moteurs de la vie, qu'ils mettent
de la couleur là où il n'y a que grisaille et morosité. La joie, le miracle
d'être pédé est là : nous avons la force de rire de tout, nous avons la
force de nous moquer de tout, à commencer de nous-mêmes, nous avons la force,
dans les moments les plus difficiles, de croiser un regard amical, de relever
les yeux et de voir scintiller des millions d'étoiles qui, allumées avant nous,
nous éclairent, nous guident, nous font avancer. Appelez ces étoiles comme vous
voulez, chacun les-nôtres, les miennes sont dans ma musique de dinde, ma
mauvaise foi quasi névrotique, mes colères confidentielles, et tous ces éclats
de rire, ces regards, ces moments chaleureux, ces étreintes amoureuses et
amicales qui ont égayé ma vie depuis bientôt près de vingt ans. Vous avez sans
doute les-vôtres, trouvez-les.
Etre gay, aujourd'hui, cela ne s'affiche plus par de la révolte, par de la
colère. Bien entendu, il existe des luttes nécessaires, essentielles, et les
gens qui s'y consacrent forcent mon respect. Je ne sais pas pourquoi, mais je
ne me sens pas la force de m'y investir plus que j'ai pu le faire par le
passé.
Il manque quelque chose à tout cela. Et je n'arrive pas à savoir ce que
c'est.
Il manque de la drôlerie, de la morgue, il manque de la couleur. Oui, nous
écoutons, conseillons, alertons, et encore une fois, c'est nécessaire, beau et
utile, mais comment se fait-il que les luttes légitimes d'aujourd'hui ne nous
fédèrent plus comme autrefois, comme à Castro Street il y a 30 ans ?
L'identité gay s'est créée sur de la colère, mais une colère joyeuse, nous
n'avons plus la joie, et notre colère est pulsionnelle, elle monte par à-coup,
parfois s'éloigne (bon, je vais être honnête, je parle de la mienne).
Il manque quelque chose, quelque chose qui sans doute n'existe pas, quelque
chose qui n'a peut-être pas lieu d'être. Je ne sais pas si nous sommes une
communauté, si nous avons une identité, je ne distingue pas ce que les pédés
peuvent apporter au Monde aujourd'hui, et pourtant, je suis persuadé que nous
avons quelque chose dans notre boîte magique qui pètera à la gueule d'une
société qui s'éloigne tant et plus du glamour et de la joie.
Mon ex avait appelé tout cela de l'aigreur. Il avait peut-être raison, mais de
une, c'est l'avis de mon ex, il n'est donc d'aucun intérêt, de deux, je ne me
suis jamais senti aussi heureux qu'en ce moment... C'est parce qu'il doit y
avoir (un peu) de lumière en face...
Bon vent !
"Le vieux soutenait que s'il mourait il ne perdait rien parce qu'il
avait tout vécu, essayé, vu. Erreur ! Il ne s'était même pas rendu compte
que si les gonds des portes ne sont pas huilés, ils grincent ! Comment, au
cours d'une si longue vie, cela avait-il pu lui échapper ? Il avait les
oreilles bouchées, ou quoi ?"
Fernando Vallejo-La Rambla Paralela.

mercredi 4 mars 2009
Vade Retro Fiducia !
Par Jérôme le mercredi 4 mars 2009, 17:56 - love, etc.
Fiducia. La confiance, la fidélité en latin. Une injonction
biblique s'imposait, tant les discussions sur la fidélité dans les couples
pédés prennent, parfois, des tournants moralistes relativement indigestes.
L'objet de ce billet n'est pas de disserter sur les bienfaits ou méfaits de
cette prétendue infidélité, le terme lui-même me dérange par sa connotation
hétérocentrée. Nous singeons le mariage, nous singeons le couple homme-femme et
nous récupérons même ses travers. L'infidélité, c'est un terme qui s'emploie
dans le cadre du mariage, or tant que nous n'avons (Dieu merci) pas droit au
mariage, l'infidélité n'existe pas... C'est sémantique, mais c'est comme ça
(mon opinion sur le mariage gay ne regarde que moi, mais je conçois que là, je
viens de perdre la moitié de mes lecteurs).
Pour pas mal de pédés autour de moi, "aller voir ailleurs", comme on dit, c'est
une démarche de perdant. On la subirait, au choix : parce qu'on est
immature, parce qu'on ne sait pas communiquer, parce qu'on n'a pas réglé toutes
ses questions, enfin, aussi, parce qu'on serait des hormones sur pattes. Je
passe sur les dérives qu'oriente immédiatement ce nouveau langage : aux
yeux des "gentils", le couple libre (il y aurait donc des couples
emprisonnés...) donnerait une mauvaise image de la sexualité entre mecs, les
errements sexuels seraient le fait de gens obsédés, immoraux, dénués
d'intérêts. Je ne caricature pas, je reporte, sans doute avec mes mots à moi,
la teneur de quelques conversations de bistrot, de quelques échanges sur le
web, de quelques réflexions amicales.
Encore une fois, il ne s'agit pas de juger, il ne s'agit pas d'expliquer.
Chaque couple est libre. Je connais des mecs qui s'aiment d'un amour fou en
ayant chacun leurs trips, leurs fucking friends, leurs réseaux, j'en connais
d'autres qui baisent à trois, et il en existe aussi (mais, c'est vrai, je n'en
connais pas) qui ont une vie de couple plus hétéronormée, et où la question de
l'infidélité peut être une cause immédiate de rupture. L'essentiel dans tout
cela tient en peu de mots : il faut être heureux, la vie est unique, et
les équilibres amoureux tiennent uniquement aux histoires personnelles,
affectives et familiales des deux protagonistes. Il est donc impossible,
malvenu, maladroit de donner une opinion sur ce que doit être un "bon" couple
pédé. Chaque couple a sa magie, son univers, et la polémique n'y a pas sa
place. C'est la raison pour laquelle je suis au mieux peiné, au pire très en
colère, lorsqu'on juge, lorsqu'on méprise, lorsqu'on brocarde. Le mec qui aime
le cul en dehors de son couple n'a pas de leçons à donner à celui qui rêve
d'une relation plus exclusive, et le contraire est également vrai. Entendre des
pédés juger d'autres pédés, leur donner des leçons, c'est insupportable. Nous
avons la chance inouïe de développer, d'encourager, de créer des sexualités et
des amours différentes, alors ne nous en privons pas.
Une question demeure. Ouvrir son couple à d'autres, rencontrer d'autres mecs,
toucher et prendre son pied avec de nouveaux corps, de nouvelles personnalités,
demande de la maturité. Il faut être suffisamment assis dans son espace
amoureux pour savoir jusqu'où on est capable d'aller, pour mesurer ce qu'on est
susceptible de perdre, il faut aussi avoir confiance en son partenaire. Il me
semble qu'à 20 ans, au bout de six mois de relations, commencer à regarder un
autre mec n'est pas un choix de vie mais un symptôme : symptôme que le
couple actuel ne convient pas, que l'on a envie de nouveau, que l'on souhaite
se frotter à d'autres regards, que la vie est longue et surprenante. En
revanche, au bout de plusieurs années, après les confrontations, les disputes,
les rabibochages, les moments d'intimité, il me semble qu'un couple est bien
plus fort, et là, chacun peut ouvrir sa fenêtre sur autre chose, sans pour
autant mépriser son partenaire, sans pour autant avoir envie de le
quitter.
Je les entends qui me disent déjà : "Oui, mais si le mec veut autre chose,
c'est que son mec ne lui convient plus, non ?" Peut-être, mais peut-être pas.
Nous sommes tous uniques, nous avons nos histoires, et dans l'ensemble, je
pense que nous sommes, à notre niveau, des gens qui méritons d'être heureux. Je
suis navré de cette réponse de normand, mais il me semble, à mesure que ce blog
avance, que l'amour est sans nul doute le seul et unique domaine de l'existence
pour lequel aucune réponse n'existe. L'amour est notre chemin, et nous tâchons
de le suivre ; on se perd, on fait fausse route, on s'enfonce, mais au
final, on essaie, et ce n'est déjà pas si mal.
Bon vent !
"Tout ce qui arrive à chacun est utile au tout." Marc-Aurèle.
Ce post est pour A.
mardi 17 février 2009
Vieillir
Par Jérôme le mardi 17 février 2009, 10:18 - anti depressive delivery
Je suis allé voir Benjamin Button, avec Brad Pitt et Cate Blanchett.
Honnêtement, le film, en soi, n'est pas un chef d'oeuvre : c'est mièvre,
la mise en scène est sombre, et l'idéologie New Age qui s'en dégage est
particulièrement gonflante. Mais un fait : deux nuits d'insomnies, et de
repenser au film, aux conséquences et aux implications d'un scénario
improbable : quid de l'homme qui ne vieillit pas ? quid de celui qui,
à mesure que les années passent, s'embellit, devient désirable et attirant, et
qui meurt enfant. J'espère ne pas devenir comme certains militants LGBT, à voir
de la pédalerie partout, mais ce putain de film a curieusement produit un effet
de malaise.
Nous vieillissons, tous, et il serait malhonnête d'affirmer que ça nous est
totalement indifférent. Je vais avoir 36 ans, ce n'est rien du tout, pourtant,
j'ai la sensation que la recherche amoureuse a maintenant pris un autre
tour : le temps des expériences est terminé, arrive celui des
accomplissements, des choix. Beaucoup de gens, dans mes âges, sont déjà en
couple, depuis parfois plus de dix ans, ils ont su commencer plus tôt. Passés
les trente ans, ce n'est pas forcément plus difficile de rencontrer quelqu'un,
mais il me semble que les alternatives se réduisent. Il y a dix ans, il m'étais
plus facile de tomber amoureux, les hommes étaient encore des inconnus, et de
s'engouffrer, expérimentalement, dans des histoires qui, aujourd'hui, à raison,
me feraient fuir. L'alternative est claire : rester seul ou s'installer,
la seconde option est plus difficile, je ne suis pas persuadé qu'elle me
conviendrait. Tout cela semble trop difficile, nos vies sont sur des rails,
professionnels, familiaux, sociaux, immobiliers aussi. Je ne suis pas certain
qu'il soit si facile de renoncer à une part de ce que nous avons construit pour
entamer, avec un inconnu, une histoire d'amour dont nous soupçonnons d'emblée
l'issue fatale, à mesure que les années ont porté leurs coups de griffe,
parfois durablement, si ce n'est définitivement.
Voilà pourquoi l'histoire de cet homme né vieillard qui mourra enfant m'a
finalement bouleversé : lui, également, n'a plus de choix. Il devient
beau, il séduit à nouveau, mais l'expérience que lui a conférée son existence,
ses névroses, ses angoisses, ne lui rendent pas la vie forcément plus facile.
Sans dévoiler la fin du film, il ne finira pas ses jours seuls, mais à quel
prix. Les Anglo-Saxons évoquent la Middle Age Crisis, cette période de
l'existence, entre 35 et 45 ans, où des choix doivent être accomplis, où des
craintes doivent être estompées, où des névroses doivent être, au moins
partiellement, réglées. Beaucoup de mes amis célibataires vivent ces années
charnières, sans rien attendre de grandiose de l'avenir, parce que nous avons
compris qu'une histoire d'amour n'était pas grandiose, elle n'est, comme le
disait je ne sais plus quelle psy, que "la rencontre de deux névroses". Nous
savons tous que les histoires d'amour n'ont pas une issue écrite à l'avance,
nous savons aussi qu'elles peuvent mal se terminer, nous savons enfin que nous
en avons malgré tout encore envie, sinon s'installe l'aigreur, dont au passage
il faudra que nous parlions un jour...
Benjamin Button nous montre que les rides intérieures sont finalement plus
repoussantes, plus isolantes que celles de notre épiderme ; certaines
pédales s'acharnent à être des Peter Pan, tandis que nous devenons, jour après
jour, des Great Gatsby...
Bon vent !
"Gatsby avait foi en cette lumière verte, en cet avenir orgastique qui
chaque année recule devant nous. Pour le moment, il nous échappe. Mais c'est
sans importance. Demain, nous courrons plus vite, nous tendrons les bras plus
avant... Et un beau matin... Et nous luttons ainsi, barques à contre-courant,
refoulés sans fin vers notre passé."
Scott Fitzgerald, Gatsby le Magnifique.

dimanche 8 février 2009
L'amour à distance
Par Jérôme le dimanche 8 février 2009, 17:13 - love, etc.
Voilà une question qui revient assez souvent dans les discussions et les
conversations : est-il possible de s'aimer à distance ? Oui et
non : nous avons sans doute, dans nos entourages, les deux exemples. Je me
rappelle d'un lien amoureux incroyable, à 1200 km de Paris, où chaque visite de
l'un chez l'autre était un véritable moment de paradis. Tout cela a duré trois
ou quatre ans, chacun faisait sa vie en parallèle et lorsque les deux se
voyaient, c'était intense, magique, une forme en apparence accomplie de
l'amour. Cette situation, où finalement on se voyait peu, était quelque peu
artificielle, elle ralentissait même le processus amoureux. En trois ou quatre
années, deux amoureux finissent en théorie par se connaître un peu mieux,
finissent par se dompter, mais, s'ils se rencontrent épisodiquement, le travail
de "mise en lien" est plus lent, et il engendre, à moyen terme, une
frustration. Se voir trois ou quatre fois par an, c'est placer la relation
entre mecs dans une dimension symbolique, c'est même se réfugier dans cette
seule dimension symbolique : ce qui lie les êtres n'est alors
qu'abstraction, une vague idée de l'amour, alors que ce qui devrait lier les
deux partenaires, ce devrait être les deux partenaires eux-mêmes. Sans doute,
la relation lointaine nous oblige-t-elle, très vite, à assumer : il faut
se sentir capable très vite de dire : "je t'aime, je veux vivre auprès de
toi, je vais faire ce qu'il faut pour que nous nous rapprochions, j'attends de
toi qui tu en fasses autant."
Cette relation demande une grande maturité, elle demande aussi que nous nous
aimions, que nous soyons certains de nos choix, que nous soyons suffisamment
clairs avec nous-mêmes pour accepter de mettre en place des orientations dans
sa vie qui permettront, un jour, de vivre avec celui qu'on aime et qu'on a
choisi. Vivre avec lui ne signifie évidemment pas vivre sous le même toi, c'est
simplement multiplier les situations et les moments où chacun des deux mecs
s'observent dans des situations de tous les jours, pas forcément les plus
reluisantes d'ailleurs : rentrer tard du travail et n'avoir envie de
parler à personne, être anxieux, avoir des soucis familiaux, s'engueuler,
aussi. Autant de petits événements certes peu glorieux qui n'existent pas
lorsque nous aimons à plusieurs centaines de kilomètres de distance.
Il y a aussi une autre distance, tout aussi difficile à appréhender :
Paris et sa banlieue. Je ne plaisante pas, même si aujourd'hui, il est assez
simple de se déplacer en Ile de France, un garçon vivant dans le 20ème
arrondissement ne verra pas tous les jours son amoureux s'il vit à Evry, par
exemple. Très souvent, le chemin se fera dans la direction de Paris, et notre
"quatre-vingt-onzien" pourra, lui aussi, connaître une vague frustration. J'ose
imaginer que les liens amoureux feront que très rapidement, une solution sera
trouvée. Je sais, à titre personnel, que je ne me suis pas barré de ma province
froide et morne pour me retaper des dimanches soirs sur la ligne C du RER, dans
le même temps, cette situation peut tout à fait se produire. M'est avis qu'il
faut très vite en parler, s'organiser, permettre à chacun de vivre dans un
univers qui ne lui soit pas trop hostile, il est vrai que ces histoires se
terminent de deux manières : tout s'arrête, ou bien l'un des deux va vivre
chez l'autre. Si tout cela peut en rassurer certains, voilà une belle
histoire : un de mes vieux copains vit depuis 12 ans dans les Yvelines
avec un type rencontré au Sauna, il habitait avant dans le 5ème arrondissement.
Tout est possible, même être heureux dans le 78...
Bon vent !
"Le malheur de l'inconstance, c'est l'ennui ; le malheur de
l'amour-passion, c'est le désespoir et la mort. On remarque les désespoirs
d'amour, ils font anecdote ; personne ne fait attention aux vieux
libertins blasés qui crèvent d'ennui et dont Paris est pavé."
Stendhal-De l'amour Qu'il me fut difficile de trouver des choses utiles à
vous raconter, j'espère que ce ne fut pas trop long... Merci d'être toujours là
en tous les cas ! Le roman avance, peut-être ceci explique
cela...
samedi 17 janvier 2009
Lettre au nouveau mec de mon ex
Par Jérôme le samedi 17 janvier 2009, 12:19 - stardust memories
Salut à toi,
On ne se connaît pas, je suppose même que tu n'existes pas, mais si tu le
permets, je vais penser, l'espace de ces quelques lignes, que tu as une vague
réalité. On ne se connaît pas et nous ne nous connaîtrons jamais, tu es un
ectoplasme, une créature sans vie, une abstraction, une image, un fantôme. Mais
tu es. Tu es un garçon que j'aurais peut-être pu rencontrer un jour. Tu ne me
ressembleras pas, c'est évident, d'ailleurs, aucun homme ne se ressemble. Nous
aurons sans doute des points communs, mais ils ne seront pas identiquement
visibles, ils ne seront pas identifiables, ils t'appartiendront autant qu'ils
m'appartiennent. Tu l'auras rencontré je ne sais où, chez des amis, dans un
bordel ou en boîte, peut-être sur internet. Tu vivras avec lui depuis quelques
jours seulement, tu ne le connaîtras pas encore très bien, comme moi,
aujourd'hui, je ne puis le connaître, tant ce n'est pas le même, tant notre
histoire nous a changés. Ce qui en a résulté, c'est toi qui le verras, c'est
toi qui apprendras à l'aimer selon des normes et des principes qui
n'appartiendront qu'à vous deux, ou c'est peut-être ce qui t'énervera.
Longtemps, même si tu n'existes sans doute pas, j'ai pensé du mal de toi, de la
jalousie, du mépris, et finalement, tu as l'air d'être un mec estimable, en
réalité, nous le sommes tous. Toi, à ton tour, tu vas partager ta vie avec
quelqu'un que j'ai aimé avant toi. Je n'en tire aucune gloire, c'est un autre
temps, une autre époque, un autre âge. Tu l'aurais rencontré il y a quelques
années, il ne t'aurait peut-être pas remarqué, parce qu'à cette époque, c'est
moi qu'il avait vu. Et toi, autrefois, tu étais différent, comme je le suis,
comme il l'est.
Cher inconnu, vous allez donc vivre une histoire d'amour nouvelle, dans celui
que tu aimes, il y a une part de tous ceux qu'il a aimé, nous nous réveillons
forcément différents après l'amour, et graduellement, ces lentes
transformations nous accaparent et nous métamorphosent. Tu ne te poses
peut-être aucune question sur l'avenir, et tu auras raison ; tu vas
certainement t'interroger sur ce qu'il est, peut-être comprendras-tu mieux que
moi quelques parcelles mystérieuses de son être, qui, sans doute, sont
peut-être plus faciles à appréhender aujourd'hui.
Ainsi, tu es le prochain, et moi, je m'éloigne tant et plus de votre univers,
pour en explorer de nouveaux, qui vous seront totalement étrangers, comme vous
m'êtes étrangers. Je vous souhaite une bonne route !
Bon vent !
" Je ne peux pas effacer le garçon juste avant moi il faudra diviser certains
sentiments par trois."
Vincent Delerm, Marine.
lundi 12 janvier 2009
Lettre à un jeune gay
Par Jérôme le lundi 12 janvier 2009, 22:06 - love, etc.
J'avais écrit cette réponse il y a cinq ans à un blogueur qui, depuis,
est devenu un copain. Je triche un peu, mais je trouve cette lettre cohérente,
et sans doute sera-t-elle utile, ce qui me rassure, c'est qu'aujourd'hui, je
n'en changerais pas une ligne, à l'époque, j'étais célibataire, pas encore SPI,
pas franchement dans l'idée qu'un jour, j'aurais à me reprendre la tête sur le
célibat, et à la veille, sans le savoir alors, d'une histoire cardinale
aujourd'hui morte et enterrée. Time flies... (Les italiques sont de
2009...)
Marrant ton post, et nécessitant quelques réflexions, sur les jeunes, les pd,
(je n’aime pas le mot gay perso), le marais, le cul, le dépôt, et
l’amour…
Première chose, tu es gay, c’est clair, ça ne fait aucun doute, pour de
multiples raisons assez évidentes à lire de prime abord : petit délires
égocentrés, volonté de se démarquer, questionnements perpétuels sur soi, etc.
En fait, tu vis un truc que tout PD vit un moment dans sa vie, la période de
transition. D’une vie conforme à ce que la société attend de toi, conforme à la
manière dont tu as été élevé depuis la petite enfance, tu passes à un autre
truc. La plupart des PD ne savent pas ce qui les attend, dans cette autre vie,
et ils se créent alors un truc totalement artificiel : le Marais, avec ses
modes, ses codes, ses musiques, ses mots, ses gens, ses stars… Certains y
restent, s’y enterrent et finissent par en crever, moralement ou même
physiquement s’ils ne font pas gaffe : l’archétype, c’est la folle qui va
traîner sur un sling au Keller en attendant de se faire jouir dans le fion sans
capote et qui prendra ses antiprotéases en rentrant chez lui à 5h00 du matin,
la gueule pleine de whisky, de poppers et d’idées noires.
Je ne caricature pas, des mecs comme ça, il y en a plein (et je ne les blâme
pas, sauf pour le noCapote, mais pas pour la déprime), et puis il y a des
sous-archétypes : la petite fofolle fashion victim arrogante et pétasse à
souhait qui attend le mâle, et qui ne le trouve pas, parce qu’il ne convient
jamais, le trentenaire blasé de s’en être trop pris dans la gueule (tiens,
j'étais prophétique, là, rho, j'avais 30 ans...) et qui ne cherche plus,
donc qui ne trouve plus, et qui finit par ne plus trop savoir ce que signifie
être amoureux (ça c’est moi : on ne change pas, ma parole...), et
puis il y a des mecs comme toi, suffisamment neutres encore pour juger ce monde
à la fois diabolique et génial (pour rien au monde je ne voudrais être hétéro,
même si j’avais le choix, et je ne me souviens pas une seule fois dans ma vie
avoir ressenti un quelconque émoi pour une nana)…
En fait, je te conseillerais deux choses : la première, d’assumer
vraiment, c’est à dire de te positionner en tant que gay, d’en parler, de faire
de ce que tu es un truc normal, et surtout qu’on n’en parle plus après. Voilà,
c’est la première chose, la deuxième, ne diabolise pas “la communauté”, les
gens qui y vivent sont loin d’y être heureux mais ne te sens pas pour autant
obligé de l’intégrer (c’est la raison pour laquelle lorsque je constate qu’un
jeune de 20 ans (c’est ton cas je crois) commence une relation en allant au
Dépôt, ça me fait bondir : mais putain, le cul est certes nécessaire, moi
je ne pense pas pouvoir m’en passer , mais mettez-y un peu d’amour les mecs,
couchez le soir même, ça oui, il faut (grande différence avec les hétéros) mais
couchez par amour, c’est tellement mieux.
K..., ne change pas, n’essaie pas de te conformer à ce que tu vois ou
entends : tu aimes le prog, alors n’achète pas un disque de M. Farmer pour
faire genre, les mecs que tu rencontreras ne connaîtront pas, tu feras
connaître, et ça se fera bien comme ça. Dans le même temps, respecte les autres
folles, celles qui n’ont plus la liberté que tu as encore, mais aussi celles
qui traînent, celles qui mettent des talons aiguilles, des robes et qui parlent
d’elles au féminin.
Si tu fais tout ça, tu seras heureux.
Bon, K..., si tu passes par là, excuse-moi d'avoir cafté...
Bon vent !
"Formé à demi par les nécessités du temps, un FAIT est enfoui tout obscur
et embarrassé, tout naïf, tout rude, quelquefois mal construit, comme un bloc
de marbre non dégrossi ; les premiers qui le déterrent et le prennent en
main le voudraient autrement tourné, et le passent à d'autres main déjà un peu
arrondi ; d'autres le polissent en le faisant circuler ; en moins de
rien il arrive au grand jour en statue impérissable"
Vigny, Cinq-Mars.
mercredi 7 janvier 2009
Le bordel : guide de survie
Par Jérôme le mercredi 7 janvier 2009, 21:46 - heart is a lonely hunter
Un lecteur, que j'avais visiblement déçu, m'a un jour envoyé un courrier
doux-amer où il me demandait ce que j'allais faire dans les bordels, et
d'abord, qu'est-ce que c'était que ces choses ? Bon lui répondis-je, on
peut lire Saint Augustin ou Chateaubriand et tout de même apprécier enfiler une
jeune folle sur un sling ; là-dessus, aucune contradiction à mon
avis...
Alors, commençons par le début : un bordel, ce n'est plus un lieu où l'on
paie on ne sait qui pour lutiner on ne sait comment (c'est terminé depuis
Marthe Richard, RIP) mais c'est désormais un joli endroit convivial où l'on
paie un serveur en string pour baiser avec un inconnu qui a payé lui aussi. Ma
philosophie du bordel est la suivante : si tu paies pour quoi que ce soit,
il faut que ce "quoi que ce soit" soit, d'une manière ou d'une autre,
fourni.
Cet axiome occasionne ainsi une perte considérable de temps. Je ne suis pas le
seul à penser ainsi, ce qui explique la première observation que n'importe quel
quidam pourra énoncer après avoir pénétré cette antre démoniaque : dans un
bordel, les mecs tournent.
Même s'il n'y a que six personnes, on tourne. Il y a deux écoles : les
tournants, et les assis. Je ne parle pas tout de suite des groupes, cela
viendra en son temps.
Les qui tournent... tournent. Ils matent, regardent, vérifient si un sosie de M
Pokora ne se cacherait pas au fond d'une cabine, en général, ils tombent plutôt
sur Macha Béranger enrhumée, alors ils font demi-tour, et recommencent.
Parfois, je m'amuse à compter les tours (je fais partie des intermédiaires,
ceux qui s'assoient et tournent régulièrement, à heure fixe, en général au
générique du porno...), c'est hallucinant, on dépasse la vingtaine en une
heure. Tourner, c'est finalement assez attendrissant : le garçon, joli ou
non, cherche quelqu'un qui lui convienne, rien que cela, ça cloue le bec à ceux
qui disent qu'on baise avec n'importe qui dans "ce genre d'endroit", comme ils
disent, ceusses qui trouvent ça mal. Le mec qui tourne, je l'aime bien, il
vire, recule, vérifie, se retourne, suit. Parfois, une stratégie se met en
place : je me balade, j'en remarque un qui me plaît, zut, il ne m'a pas
vu, je repasse, et là, il me voit, j'avance vers le coin, recule pour vérifier
qu'il suive, parfois il suit, parfois non. Cornegidouille, on recommence... Et
même ! Même s'il ne suit pas, cela ne veut rien dire, il peut être timide,
c'est peut-être la première fois qu'il vient, il préfère qu'on vienne
l'aborder. Dans le cul, comme dans l'amour, si étroitement liés, quoiqu'en
disent "ceusses qui trouvent ça mal", tout est indéfectiblement lié... Rien
n'est simple dans l'humain, même "dans ce genre d'endroit"
Les assis, c'est plus difficile. Certains se donnent grâce à leur fessier des
airs mystérieux, ou réservés, parfois, c'est seulement qu'ils ont mal aux
pieds, que sais-je... Ce qu'ils attendent, ceux-là, c'est qu'on leur parle,
sauf que parler au bordel, c'est limité à "tu viens souvent ici ?" (la réponse
est en général non...), "tu fais quoi dans la vie ?", "c'est sympa le quinzième
?", éventuellement, une fois la chose accomplie, on peut demander le prénom,
mais là, on entre dans l'intime...
Statistiquement, il y a autant de mecs valables dans ceux qui tournent que dans
ceux qui sont assis, statistiquement, je me demande dans quelle mesure nous ne
sommes pas tous des mecs valables.
Bon vent et bonne année 2009 !
"Ne refuse pas un bienfait à celui qui y a droit, Quand tu as le pouvoir de
l'accorder. Ne dis pas à ton prochain: Va et reviens, Demain je donnerai! quand
tu as de quoi donner. Ne médite pas le mal contre ton prochain, Lorsqu'il
demeure tranquillement près de toi." Proverbes 3, 27-29
mercredi 31 décembre 2008
En guise de bilan
Par Jérôme le mercredi 31 décembre 2008, 15:28 - you and me
L'année s'achève, ce soir à minuit. La rotation de notre planète suscite
toujours quelques réactions, réflexions et retour sur l'arrière. Un mot
simple : merci ! Les pages écrites ici trouvent un écho que je ne
soupçonnais guère, vous êtes environ 150 à visiter quotidiennement ces lieux, à
parfois y laisser un commentaire, envoyer un courrier ou quelques
encouragements. Ecrire est difficile, le format internet n'est guère propice à
l'écriture et à l'introspection, parce que la plupart d'entre vous attendent
une suite, la réclament parfois, et que de mon côté, je ne parle pas lorsque je
n'ai rien à dire... Souvent, il a été question d'arrêter, parce que
l'inspiration, l'envie, et le lent isolement que confère parfois l'acte de se
livrer partiellement à des inconnus, étaient difficiles à trouver et à
supporter. Voyez en ces pages une respiration, un moyen de se retourner sur
soi, une confiance en l'avenir autant qu'une réconciliation avec le passé. Je
me suis amusé à recenser quelques requêtes qui vous avaient permis d'atterrir
ici. Je passerai rapidement sur "se branler au quotidien" ou "blog ou ont voix
des hétéros qui se branles" (sic) ; non que ces questions ne m'intéressent
pas, mais je n'ai guère que des photos de ma petite personne à fournir aux
intéressés et je ne serai, Dieu merci, jamais hétérosexuel de ma vie...
Arrêtons-nous plutôt à : "Comment sortir d'une déception amoureuse ?"
(bizarrement, les fautes d'orthographe sont absentes, on en conclut ce qu'on en
veut ; je déteste les fautes d'orthographe). J'imagine le lecteur, un soir
apparemment, qui, dans cette lucarne interactive, cherchait une réponse. La
Pythie cybernétique fonctionne finalement assez mal, elle donnera parfois des
pistes, quelques éclaircissements, mais cela ne reste que des mots, et si les
mots soignent parfois, peut-être, ils ne peuvent suffire à rendre la nécessaire
confiance en soi, celle qui justement, permet de répondre à la question posée.
Un ami m'a un jour confessé détester ce qui était écrit ici, il me disait en
substance : "je n'aime pas cette manie de construire des pyramides par le
sommet" ; cette remarque est venue à point. Oui, ces pages sont triturées,
elles ne sont pas le signe d'un regard apaisé sur l'autre, elles détricotent ce
qui, sans doute, ne suscite aucun mystère chez la plupart d'entre nous (vous).
Elles cherchent à mettre du sens là où, par nature, l'incompréhensible de lasse
jamais d'être. Nous cherchons des réponses à des questions qui ne se posent
pas, parce que l'amour est une simple question de destin, de chance, et de
regard sur soi un peu amélioré. Là est la simple ambition : nous cherchons
du complexe là où les choses sont simples, nous voulons de l'aventure là où il
ne subsistera que du quotidien, nous croyons devoir participer aux jeux
Olympiques tandis qu'une simple promenade aux Buttes Chaumont est attendue. Je
pense souvent à ce lecteur nocturne, à sa requête, et j'espère que là où il
est, il a progressivement réussi à s'en sortir, et si ces pages l'ont un peu
aidé, mes heures passées auprès de vous n'auront pas été vaines...
Bon vent !
"Les plaisirs d'aventure ne m'auraient convenu qu'aux temps passés. Dans le
XIVème, XVème, XVIème et XVIIème siècles, la civilisation imparfaite, les
croyances superstitieuses, les usages étrangers et demi-barbares, mêlaient le
roman partout : les caractères étaient forts, l'imagination puissante,
l'existence mystérieuse et cachée. La nuit, autour des hauts murs des
cimetières et des couvents, sous les remparts déserts de la ville, le long des
chaînes et des fossés des marchés, à l'orée des quartiers clos, dans les rues
étroites et sans réverbères, où des voleurs et des assassins se tenaient
embusqués, où des rencontres avaient lieu tantôt à la lumière des flambeaux,
tantôt dans l'épaisseur des ténèbres, c'était au péril de sa tête qu'on
cherchait le rendez-vous donné par quelque Héloïse. Pour se livrer au désordre,
il fallait aimer véritablement ; pour violer les moeurs générales, il
fallait faire de grands sacrifices. Nous seulement il s'agissait d'affronter
des dangers fortuits et de braver le glaive des lois, mais on était obligé de
vaincre en soi l'empire des habitudes régulières, l'autorité de la famille, la
tyrannie des coutumes domestiques, l'opposition de la conscience... Toutes ces
entraves doublaient l'énergie des passions."
FR de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, Livre Quatrième.
vendredi 26 décembre 2008
On se rappelle ?
Par Jérôme le vendredi 26 décembre 2008, 13:09 - love, etc.
Nous n'avons pas toujours de chance de vivre au XXIème siècle, je ne parle
pas de Nicolas Sarkozy, du réchauffement climatique ou de la crise des
sub-primes, tous ces bibelots épiphénoménaux ne sont que des soubresauts
ridicules au regard de la gigantesque lame de fond qu'est l'histoire qui range
au rang de simple et ridicule anecdote ce qui occupe pourtant l'essentiel de
nos préoccupations d'occidental. Non, je veux parler de notre effroyable
palette en matière de communication : aujourd'hui, nous pouvons, à tous
moments, communiquer avec quelqu'un, par l'écrit, par la voix, par les
abréviations, par le smileys, dans la rue, au bureau, jusque dans les chiottes.
Pas une minute n'existe où nous ne sommes pas la proie d'autrui, d'une manière
ou d'une autre, nous envoyons des messages, nous en attendons, et se crée,
lentement, une nouvelle norme sociale, d'inédits protocoles, où il nous devient
parfois de plus en plus insupportable d'attendre une réponse à un message
envoyé depuis au moins trente secondes.
A bien y réfléchir, en matière amoureuse, cela a occasionné de considérables
dégâts. Nous n'attendons plus, il nous faut des réponses, des nouvelles, le
répondeur téléphonique est devenu le seul refuge à nombre d'entre nous, et ne
pas avoir de rappel crée chez nous lassitude, incompréhension, mécontentement
le cas échéant. Il n'a pas rappelé, et pourquoi ? Et je réessaie, tu
crois ? Attends, j'ai un texto, merde, c'est Orange qui me propose ses
promos... Le dimanche soir, nous attendons des nouvelles, le soir, en lisant
ses mails, nous sommes à l'affût, derrière nos écouteurs, nos écrans ;
dans la relation amoureuse sont venus s'immiscer des pixels, des bip sonores,
des fréquences, des réseaux, des modems. C'est trop. Le mec que l'on convoite
n'a plus d'excuse, il doit rappeler, il n'a plus de vie, il a un téléphone,
qu'aurait-il de mieux à faire que répondre à nos appels éplorés et forcément
plus importants que tout le reste... ?
Quand on y songe, tout cela n'est pas vieux. Héloïse et Abélard, Hadrien et
Antinoüs, nos grands-parents, Valmont et la Présidente, Châteaubriand et
Lucille, sa soeur tant aimée, tous n'avaient que la lettre, la poste, les
délais, les coursiers, les carrosses, parfois, l'Atlantique était à traverser,
des massifs entiers, des provinces gigantesques devaient être franchies pour
que la missive de l'être aimé arrive à bon port. Nous sommes effroyablement
impatients, nous ne savons pas bien utiliser les outils que l'on nous a offert
un peu trop rapidement ; je me demande même si nous sommes assez mûrs dans
nos perceptions amoureuses pour que ce qui n'est que passion ne soit pas
supplanté par l'impatience, pour que le sentiment ne soit pas remplacé par le
tout et tout de suite. Trop de précipitation nuit à nos rencontres et à nos
façons d'aimer, je me demande si c'est un progrès. Ce stress accumulé, ces
attentes inutiles devant un combiné, ces questionnements vains qui
envieillissent déjà les prémisses des amours débutantes. L'amour ne saurait se
contenter de ces quelques gadgets, qui le rendraient pathétiquement à la merci
de la première coupure EDF venue. Alors, oui, il faut faire avec, et le faire
sereinement. Un conseil : appelez-le vite, mais pour avoir quelque chose à
proposer, pas pour vérifier l'existence d'on se sait quelle chimère... Je vous
laisse avec Swann, qui n'en finit pas de se torturer avec ces stratégies
amoureuses, parfois si proches des nôtres, où la maîtrise du billard à trois
bandes est requise, pour son grand malheur...
Bonnes fêtes à tous et bon vent !
"Déjà il se figurait Odette inquiète, affligée de n'avoir reçu ni visite ni
lettre et cette image, en calmant sa jalousie, lui rendait facile de se
déshabituer à la voir. Sans doute, par moments, tout au bout de son esprit où
sa résolution la refoulait grâce à toute la longueur interposée des trois
semaines de séparation acceptée, c'était avec plaisir qu'il considérait l'idée
qu'il reverrait Odette à son retour ; mais c'était aussi avec si peu
d'impatience, qu'il commençait à se demander s'il ne doublerait pas volontiers
la durée d'une abstinence si facile."
Marcel Proust, du côté de chez Swann.
samedi 20 décembre 2008
Dire je t'aime
Par Jérôme le samedi 20 décembre 2008, 13:06 - love, etc.
Lorsque deux garçons se sont rencontrés, qu'ils ont partagé plus que
quelques nuits, que l'intérêt et l'estime mutuels qu'ils éprouvent l'un pour
l'autre se changent progressivement en sentiment amoureux, naît une pulsion
nouvelle. Une pulsion qui étreint, qui ouvre à d'autres mondes, mais dont la
définition est somme toute assez complexe. Les Grecs avaient un mot, l'Agape,
qui traduisait aussi bien l'amour inconditionnel que divin. C'est peut-être cet
Agape, venant compléter l'amour eros, induisant des connotations plus
physiques, qui exprimerait au mieux ce nouvel état, provisoire dans l'histoire
à deux, mais nécessaire.
L'agape, c'est par exemple les deux mains jointes pendant l'acte sexuel, vous
savez, ce moment magique où nos deux mains se rejoignent, où nos doigts
s'entrecroisent et nos paumes se plaquent l'une contre l'autre, ces moments de
plaisir et de caresses où l'esprit a envie d'en exprimer plus que les corps...
Cette sensation de vertige qui met le sourire aux lèvres, la douce magie
enchanteresse et joyeuse qui coule, cristalline, dans nos veines et irrigue le
moindre de nos organes de nouvelles énergies. Cette pulsion n'a pas de
nom : l'autre est là, il existe, celui dont quelques mois plus tôt on ne
soupçonnait pas l'existence, prend chair, corps et âme dans notre vie, il la
colore, la change un peu sans doute aussi, en devient un nouvel acteur à part
entière. Nous sommes tous assez différents sur la nature de cette pulsion, sur
cette sensation d'accomplissement, sur l'idée que désormais, notre chemin n'est
plus seulement solitaire. Certains agissent comme si de rien n'était, et se
contentent de profiter de ces moments nouveaux, au quotidien, 24 heures à la
fois, comme dit un de mes amis ; d'autres auront besoin de verbaliser, de
poser une pierre fondatrice, de déclamer, par une sorte d'acte officiel, que
désormais, l'amour est présent dans la vie de deux garçons qui étaient, il y a
quelques semaines encore, des étrangers l'un pour l'autre. Cet acte fondateur,
c'est la phrase qu'on prononce soit trop peu, soit trop souvent : "Je
t'aime".
Parfois, elle arrive spontanément, et nous emporte voluptueusement vers de
curieux ailleurs lorsqu'on lui répond "moi aussi" ; parfois, elle est
pensée, montée en stratégie, parce que nous sommes encore timides, parce qu'on
craint la réaction, peut-être aussi, parce que, secrètement, on aurait aimé
l'entendre avant de la prononcer.
J'ignore si cette phrase fait sens chez chacun d'entre vous, je sais,
personnellement, que j'ai besoin de la prononcer à un moment de la relation,
que c'est assez naturel, mais je sais aussi qu'avec le temps, on ne met sans
doute pas les mêmes implications dans ces quelques mots. Plus on est jeune, il
me semble, plus on l'exprime facilement, et plus on s'assagit, plus elle fait
sens, plus elle renvoie à des images, des attentes, des projets qui ont un
impact précis dans la vie. Il est des moments de la vie qui sont indicibles,
dire je t'aime met de l'exprimable dans l'inexprimable, voilà pourquoi la chose
est aussi nécessaire que futile...
Bon vent !
"Mais s'il faut que je reste seul, si nul être qui m'aima ne demeure après
moi pour me conduire à mon dernier asile, moins qu'un autre j'ai besoin de
guide : je me suis enquis du chemin, j'ai étudié les lieux où je dois
passer, j'ai voulu voir ce qui arrive au dernier moment."
Châteaubriand. Mémoires d'Outre Tombe.
"Quand je t'aime, j'ai l'impression d'être le seul homme sur la
terre ; j'ai l'impression d'être à toi, comme la rivière au delta,
prisonnier volontaire, il est midi ou minuit, un enfer au
paradis...."
Demis Roussos. Quand je t'aime... Oui ? Quoi ? j'aime les
poils...
Vous voulez lui dire ? Vous ne savez comment faire, petits conseils...
:
- Dis-donc, depuis le temps qu'on est ensemble, ça te dirait que je fasse
comme Hugh Grant ? Non, pas une pipe, je sais bafouiller d'autres choses
aussi. Essaie deux minutes de te mettre dans la peau de Julia
Roberts.
- Tu as un caractère de merde, t'es même pas un canon, mais je
t'aime.
- Tiens, je ne t'avais jamais encore dit un truc qui ne t'a pas
énervé...
- Tu sais, mon ange, qu'il paraît que je suis romantique, je vais te le
prouver...
NB : Vous connaissez, la phrase où il est question d'imbéciles et d'avis qui changent...
dimanche 7 décembre 2008
Champs-Elysées
Par Jérôme le dimanche 7 décembre 2008, 15:02 - my men and me
C'était sur un réseau tout ce qu'il y a de plus réseau ; depuis deux
ans que je fréquente ce machin auquel je ne comprends pas toujours grand-chose
(entre les descriptifs ultra-perfectionnés que personne ne lit, les
propositions et les items aussi proches de la réalité qu'un discours de
Roselyne Bachelot sur le VIH, les payants pas vraiment payants et les gratuits
pas toujours gratuits, je suis perdu dans mes repères...), bon, toujours est-il
qu'il y a une fonction que j'apprécie particulièrement : qui est venu vous
visiter ? C'est crétin, mais ça évite nombre de râteaux, au moins, vous
avez la vague impression que le mec en face pourrait être intéressé si vous le
contactez, ce que je ne manquai pas de faire ce soir-là.
Il me réponds, aussi sec, et rendez-vous est pris pour le lendemain. Mal à
l'aise il était ce garçon, pourtant, j'avais bien rangé mon appartement tout
repeint, tout joli, je lui propose un verre d'eau (c'est le seul truc qui me
vienne à l'idée dans ces cas-là) et après s'être désaltéré, nous faisons plus
intimement connaissance. Bon, il faisait partie de ceux qui m'ennuient
prodigieusement : les mecs qui n'embrassent pas. Des fléaux, ces trucs-là.
Il y en a deux sortes : ceux pour lesquels embrasser signifie mettre dans
la partie de cul une once de sentiments, et là, c'est péché, ou (et mon
visiteur appartenait à cette deuxième catégorie), ceux qui croient encore
qu'ils vont attraper plein de maladies en mélangeant leur salive à celle d'un
inconnu. J'explique vaguement qu'il ne risque pas la mort, mais bon,
visiblement, il y avait un véritable chantier à entreprendre, donc, nous nous
activons à la tâche. Le fait est, quand le mec n'embrasse pas, c'est embêtant,
à part les tétons, quelques caresses, et deux trois bricoles, ça limite le
champ des possibles (il se faisait sucer avec capote aussi...). Finalement, la
chose se termine vaillamment et triomphalement, même s'il ne pouvait s'empêcher
de me poser des questions sur mon boulot, ma vie, mon oeuvre tandis que mes
yeux étaient face à son nombril (si vous voyez ce que je veux dire...).
Lorsqu'il but finalement son verre d'eau, il me demande mon âge. Bonne fille,
je lui dis la vérité, après tout, on avait déjà baisé, et là, il me
répond : "Mais c'est génial, tu as dû connaître Champs-Elysées" (pour les
plus jeunes d'entre vous, c'était une émission de variétés très Carpentier dans
l'âme présentée par Drucker, déjà...). Quelque part, je me dis que là, ça y
est, les jeunes nous ont envahis, jusque dans nos maisons, il y a des gens qui
n'ont pas connu ce que j'ai connu ; je passerai sous silence toutes formes
de commentaires sur cette extraordinaire référence télévisuelle. Je suis bien
obligé de lui répondre par l'affirmative, bizarrement, ça ne me fait pas drôle,
au contraire, ça donne un début de respectabilité. Toujours est-il que ça m'a
bien fait rire.
Bon vent !

mardi 2 décembre 2008
Point final
Par Jérôme le mardi 2 décembre 2008, 22:18 - stardust memories
Ils ne s'étaient plus revus depuis au moins un an. Après la fin, il y avait
eu l'attente, d'abord ; le chagrin ensuite, puis entrèrent en scène des
acteurs grotesques : la rancoeur, la haine sans doute aussi, les regrets,
et cette kyrielle de ressassements, des scénarios faits, refaits, défaits,
remontés, un assemblage alambiqué d'impressions et de détails pour essayer de
comprendre pourquoi tout s'était arrêté, scénarios vains parce que montés seul,
alors que dans ces situations, on déconstruit à deux autant qu'on
construit.
Ils se sont donc recroisés, un bref regard, sans même l'ombre d'un sourire,
sans clins d'oeil, chacun était en train de parler avec des connaissances
inconnues de l'autre, le temps était déjà passé par là. Il n'y avait plus rien,
sinon de l'indifférence. L'indifférence, c'est l'ultime étape : celle où
l'on n'aime plus, mais où l'on ne déteste plus non plus ; celle où chacun
est soi, mais où sont reconnues et gardées en mémoire les parts respectables
des deux anciens amants. L'indifférence n'est pas en soi négative, elle ne nie
pas le passé, elle ne nie pas ce qu'a été le bonheur, mais par chance, elle
efface les parts les plus instinctives et animales, celles qui sont arrivées
plus tard, après la fin. L'indifférence anéantit la haine, et en cela, elle est
bénéfique. Chacun reprend sa route, à sa façon, avec de nouvelles personnes, de
nouvelles histoires, de nouveaux projets.
Ils se sont donc revus, sans avoir envie de se dire ne serait-ce que bonjour,
ce n'était certainement pas du mépris, mais simplement un signe tangible de
l'éloignement. On ne dit pas bonjour aux inconnus, et les deux étaient devenus
de parfaits inconnus l'un par rapport à l'autre. En arriver là avait pris du
temps, et ce moment est souvent aussi craint qu'il est attendu. En cet instant
s'étaient donc engloutis on ne sait où le mépris, l'espoir et la colère. Ils
n'étaient plus rien l'un pour l'autre.
Trouver un mec, c'est rédiger un palimpseste, pour que la nouvelle histoire
soit lisible, il faut avoir gratté ce qui a précédé ; bien sûr, des traces
demeurent, les meilleures de nous-mêmes, de la lente construction mutuelle qui
a émergé d'une histoire ne doit rester que le meilleur, que le solide, que le
tangible, que le joli. L'autre n'était plus un absolu, après le chaos était
revenu un nouvel ordre, un nouveau décor. Et dans ce décor allaient, sous peu
de temps, jouer de nouveaux acteurs. Le rideau est pour l'instant baissé,
patience... Et, au passage, merci à l'inconnu, qui, peut-être, vient parfois se
perdre dans ses pages.
Bon vent !
"Elle en avait fini, songeait-elle, avec toutes les trahisons, les
bassesses et les innombrables convoitises qui la torturaient. Elle ne haïssait
personne maintenant ; une confusion de crépuscules s'abattait en sa
pensée, et de tous les bruits de la terre, Emma n'entendait plus que
l'intermittente lamentation de son propre coeur, douce et indistincte, comme le
dernier écho d'une symphonie qui s'éloigne."
Gustave Flaubert, Madame Bovary.
"Souvent, en effet, quand nous commençons d'aimer, avertis par notre
expérience et notre sagacité, -malgré la protestation de notre coeur qui a le
sentiment ou plutôt l'illusion de l'éternité de l'amour, - nous savons qu'un
jour celui de la pensée de qui nous vivons nous sera aussi indifférent que nous
le sont maintenant tous les autres que lui... Nous entendrons son nom sans une
volupté douloureuse, nous verrons son écriture sans trembler, nous ne
changerons pas notre chemin pour l'apercevoir dans la rue, nous le
rencontrerons sans trouble, nous le possèderons sans délire. Alors cette
prescience certaine, malgré le pressentiment absurde et si fort que nous
l'aimerons toujours, nous fera pleurer ; et l'amour, l'amour qui sera
encore levé sur nous comme un divin matin infiniment mystérieux et triste
mettra devant notre douleur un peu de ses grands horizons étranges, si
profonds, un peu de désolation enchanteresse..."
Légèrement adapté de Marcel Proust (j'ai remplacé les féminins par les
masculins), Sources des larmes qui sont dans les amours passées.
Ce blog va prendre une autre direction, plus légère, plus dans l'esprit du livre Trouver un Mec en 10 leçons : des sorties, des coups de gueule, du rire, un blog normal en somme. Difficile de poursuivre dans l'introspection, les choses étant maintenant réglées. Au début de ce blog, il y eut une histoire, puis une rupture, mais j'entends la suite piétiner devant la porte encore close, restons donc ensemble, ouvrons-la et poursuivons le chemin...
samedi 29 novembre 2008
Pages blanches
Par Jérôme le samedi 29 novembre 2008, 15:03 - anti depressive delivery
Oui, facile. Pas ou peu d'inspiration depuis près d'un mois, des morceaux
d'idées mal structurées, quelques vagues impulsions pour évoquer telle ou telle
chose, mais finalement, du rien, du néant, nada, peau d'balle ! Ce blog
arrive, je pense, à son acmé, voilà notre entrée dans sa troisième période.
Après le travail conjoint à quatre mains, après les interrogations, règlements
de compte et autres réflexions à l'esprit adolescent mal dissimulé, voici la
nouvelle étape et avant dernière. Celle, sans doute, d'un vague (ré)équilibre.
Dans la recherche amoureuse s'édifient de petits échafaudages qui, à mesure que
le temps passe et que la confiance et conscience de soi recupèrent un peu de
terrain, disparaissent, recouverts par d'autres constructions. Une chose est
claire, ne pas faire part ici des dérives de l'esprit et autres DDC (déprime
dominicale du célibataire, sans traitement connu à ce jour) mais, sans cesse,
construire et reconstruire. Le couple gay n'a pas sa vérité, il en existe
autant que de mecs : être bien dans sa tête, avoir des occupations, des
plaisirs, des centres d'intérêt, oui, c'est une évidence, et les échanges
longuement élaborés dans ces pages sont la preuve que tout cela doit un peu
fonctionner. Ne plus attendre, faire comme si l'emprise du sentiment amoureux
avait progressivement desserrer ses liens tenaces, liens directement issus des
douleurs et des pages mal tournées du passé. Ne plus rien attendre, tout
simplement, regarder de la rive les flots qui se succèdent avec une grande
tranquillité tout en creusant leur lit, insidieusement et avec douceur,
sculptant ainsi de nouveaux paysages. Ne plus attendre signifie ne plus
orienter ses projets de vie dans la constitution d'un couple dont personne n'a
une idée vraiment commune. Ne plus chercher, mais sentir, progressivement,
qu'une enveloppe ancienne, une mue parsemée de trous et d'escarres git à côté
de ce que nous sommes peu à peu devenus et prend la poussière.
Certains psychologues recommandent, par exemple une fois dans le mois, de
décrire ce que nous sommes en quelques lignes, sans jugement, avec spontanéïté.
Je ne sais pas vous, moi, ça donnerait sans doute : "personnalité curieuse
et complexe, difficile à cerner, mi provocante, mi attachante, cherchant du
compliqué là où il y a du simple , aussi attaché à autrui qu'à son
indépendance..." ; dans un sens, c'est plus difficile à vendre que
BM35a19eme cho act/pass, mais vaguement plus conforme à la réalité. Nos pages
blanches, nous devons nous efforcer de les remplir (sans les obscurcir) chaque
jour. Nous vivons dans un monde effroyable où tout doit être aligné vers des
objectifs à tenir, tout doit s'insérer dans des projets, des perspectives, des
examens de prérequis (le monde de la pédagogie, que je connais un peu, est
pétri de toutes ces conneries) ; nous sommes submergés par cette idée
idiote de mettre de l'inhumain et du prévisible dans l'humain
imprévisible : signer des contrats, prévoir, justifier, raisonner,
élaborer des stratégies, notre monde regorge de ces âneries. Noircissons nos
pages avec spontanéïté, il en ressortira bien quelque chose de constructif, et
dans le cas contraire, on se sera rapproché de soi-même, ce qui est finalement
tout aussi honorable.
Bon vent !
"Son regard est pareil au regard des statues, et pour sa voix, lointaine,
et calme, et grave, elle a l'inflexion des voix chères qui se sont
tues."
Paul Verlaine, Mon rêve familier, poèmes saturniens.
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