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vendredi 29 août 2008

Le cas Farmer

Dans les prémisses de la rencontre, les conversations gravitent la plupart du temps autour de sujets relativement consensuels ; il ne s'agit pas de converser pour apprendre sur un sujet particulier, mais pour en apprendre un peu plus sur l'autre. Que soient évoqués les prix du mètre carré à Paris, l'intérêt de Paris sur la banlieue et réciproquement, les rapports aux parents, les anciennes histoires, les boulots respectifs, tous ces sujets, sont orientés dans une seule direction : la séduction.
Rares sont les fois où on se souvient des premières conversations, parce qu'elles sont assez affligeantes de banalité : à titre personnel, aucune n'est demeurée dans mon esprit, seul le moment est resté gravé dans mes souvenirs ; la voix qui résonne, les regards... Dans ces conversations, ce sont les silences qui sont les plus riches d'enseignements, qui sont les plus évocateurs et je me rappelle de chacun d'entre eux : le premier rendez-vous, la première discussion, les mots qu'on cherche, les choses qu'on a vraiment envie de dire, et les prudences, les attentes, les sourires. Ce moment-là est un des plus magiques, certes, il n'augure rien de la relation, tout peut bien se dérouler et quelques semaines, mois, années après, ce garçon extraordinaire est devenu pour vous un parfait inconnu. C'est un fait, c'est comme ça. En amour, il faut parler, un peu, de tout, de rien, dans le seul but de savoir ce qu'est l'autre, et un peu ce qu'on est soi, aussi.
Il est un sujet où la polémique vient plus facilement, où les désaccords peuvent se faire jour : celui de la musique. Ce n'est pas un détail, oh que non ! Notre univers musical reflète à la fois notre personnalité, notre histoire, nos moments de solitude, de joie, de peine, la nostalgie, la tristesse, le bonheur, ce peut-être aussi le dernier stigmate d'une lointaine histoire.
Nos CD, nos MP3 révèlent énormément de choses sur nous ; la plupart de mes Ex importants, ceux qui ont vraiment compté, les édificateurs, les piliers, avaient des goûts vaguement communs. Ils aimaient la musique un peu planante, le classique, les choses un peu tordues et cérébrales de la nouvelle scène américaines, et les chansons d'amour aussi. Nos goûts musicaux communs ou non sont essentiels : quand vous vivrez avec un mec, ce dernier aura envie d'écouter Dalida en rentrant du boulot, et vous, vous aurez envie de Björk, un peu de fatigue, et c'est l'engueulade, ou, pire encore, chacun son MP3 dans l'oreille (je dis pire parce qu'aucun autre mot ne vient, mais ce peut être une solution).
Il y a des styles de mecs assez conformes aux styles musicaux : un garçon qui s'éclate sur de la techno, ça se voit, comme un amateur de musique classique. En général, je ne me trompe jamais là-dessus, et ça en épate certains ("Toi, tu as une tête à écouter Radiohead." "Hein, quoi, mais comment tu sais ??") ; là où je suis fan aussi, c'est de débarquer chez le mek viril macho qui ne voit en vous qu'un sphincter, qui vous culbute comme un sauvage et dont la cédéthèque regorge de disques de Françoise Hardy ou de Mireille Mathieu (j'ai vu, je vous jure), ce sont des types vraiment attendrissants, parce que le costume de dur qu'il se sont taillés n'est que de circonstance (le monde pédé est un monde dur, trop dur, on en reparlera), et qu'au fond d'eux, et bien, ce sont des mecs normaux, qui rient, souffrent, pleurent et qui ont leurs anges comme leurs démons.

Il demeure une artiste qui, néanmoins, suscite autant l'effroi que l'admiration chez nous autres : Mylène Farmer.
Farmer, c'est autre chose ; des mecs qui l'aiment, il y en a pléthore, de tous les styles, de tous les âges. Bizarrement, autant le garçon avouera sans complexes aimer les Floyd, Bryan Ferry ou les Négresses Vertes, autant il ajoutera un timide "et chez Mylène Farmer aussi, il y a des choses pas mal du tout", en attendant de voir la réaction. S'il n'aime pas, en revanche, c'est une débauche hystérique de haine et d'adjectifs peu enclins à la sympathie. En général, on lui trouve tous les défauts du monde, on la brocarde, on la trouve folle à lier, à moitié dingue, et au pire, on l'accuse de se faire de l'argent sur notre joli dos de jolie tapette...
Bon, ça m'interroge. Si les pédés l'aiment, il y a une raison. La semaine dernière, j'avais des gens à la maison, farmerophobes de la deuxième génération, comme moi. Je leur passe, en fond musical, le dernier disque, parce qu'il y a une ou deux chansons qui (et j'ai eu du mal à me l'avouer) m'ont plu, et immédiatement : des réactions, positives, négatives, et aussi, immédiatement, on parle d'une époque, de nostalgie, de jeunesse. Elle suscite toujours quelque chose et ça, ça m'intrigue.
J'ai eu ma période, comme beaucoup de mecs qui ont dépassé les 30 ans depuis quelques années. C'était la grande époque des clips sombres avec des corbeaux, des chemises de nuit qui volent et une ambiance à la Valmont/Merteuil, et puis, j'ai arrêté après Innamoramento, pour une raison conne : le mec duquel je venais de me séparer était fan, j'ai donc jeté le bébé avec l'eau du bain (c'est pour cela que je n'écoute plus Jay-jay Johanson, Pascal Obispo et Radiohead ; seules Dalida et Barbara résistent, allez comprendre...), bon, entre-temps j'étais devenu un grand garçon aussi (argument aussi débile que le précédent, j'en conviens).

Farmer, quand on débute avec nos questionnements divers sur notre identité sexuelle, notre identité tout court, c'est quand même très efficace. Elle véhicule une image à la fois fragile et puissante, très sexuelle dominatrice et douce, mystérieuse et haute en couleur, un peu baroque et surannée : tout ce qui, à mes yeux, fait l'homosexualité ou la conscience d'être homosexuel.
Farmer, c'est un miroir, une confidente, une épaule, pour tous ceux qui l'aiment. J'imagine que dans les moments de solitude adolescente, se retrouver dans une petite chambre, tandis que les parents ne comprennent rien à ce que nous sommes, et écouter Ainsi Sois-Je, c'est quelque chose qui reste gravé dans la mémoire et, qu'on le veuille ou non, nous construit...
Finalement, je comprends assez bien pourquoi elle plaît et déplaît tant : comme un reflet, parfois, il nous séduit, parfois, nous n'avons qu'une envie, c'est de briser le miroir. Ne brûlons tout de même pas trop vite nos icônes.

Ce blog n'est plus à quatre mains ; mon co-blogueur a eu envie de passer à autre chose, je suis donc tout seul avec vous maintenant. L'idée reste la même, parler des hommes, parler d'amour, échanger, être heureux. J'ai encore la motivation, des idées, et du temps à vous consacrer, n'hésitez pas à laisser impressions, idées, sentiments sur tout cela, ça permet d'avancer et ça encourage...

Je me dis quand même que ce couplet convient tout à fait au jeune homo qui cherche à s'assumer, je ne suis pas si mécontent que cela de l'avoir entendu à 16 ans, avec le recul...

"''Tour à tour on me chasse

De vos fréquentations

Je n'admets pas qu'on menace

Mes résolutions

Je me fous bien des qu'en dira-t-on

Je suis caméléon

Prenez garde à mes soldats de plomb

C'est eux qui vous tueront"''

farmer

dimanche 22 juin 2008

Le début de la fin...

Nous fîmes un merveilleux repas chez Michaux, quand nous pûmes enfin pénétrer dans le restaurant ; mais quand nous eûmes terminé et qu'il ne fut plus question d'attribuer à la faim le sentiment qui ressemblait à une faim, qui nous avait saisis lorsque nous nous trouvions sur le pont, ce sentiment subsistait en nous. Il subsistait alors que nous prenions l'autobus pour rentrer. Il subsistait quand nous entrâmes dans la chambre, et, alors même que nous étions couchés et que nous avions fait l'amour dans le noir, il subsistait encore. Quand je m'éveillai devant les fenêtres largement ouvertes et vis le clair de lune sur les toits des hautes maisons, il subsistait. J'abritai mon visage du clair de lune, dans l'ombre, mais je ne pouvais dormir et restait éveillé, l'esprit obsédé. Nous nous étions réveillés deux fois l'un et l'autre, au cours de la nuit, et ma femme dormait paisiblement, maintenant, le visage éclairé par la lune. Je tentai de bannir cette obsession. C'était trop stupide. La vie m'avait paru si simple ce matin-là...
Paris était une très vieille ville et nous étions jeunes et rien n'y était simple, ni même la pauvreté, ni la richesse soudaine, ni le clair de lune, ni le bien, ni le mal, ni le souffle d'un être endormi à vos côtés dans le clair de lune.

Ernest Hemingway
Paris est une fête.

samedi 19 avril 2008

des goûts et des couleurs

Rimbaud, dans Voyelles, s'était amusé à associer sensations, couleurs et lettres, et force est de constater qu'il avait vu juste, le bougre. Les sentiments, les souvenirs, se teintent, avec le temps, d'une nuance, d'une ligne directrice plus ou moins monochrome. L'idée de ce blog permet parfois de poser des mots sur les choses, et d'illustrer quelques idées qui partiraient au gré des vents sans être jamais fixées. Donner une couleur à ses ex, quelle drôle d'idée. Et pourtant, avec le temps, ce sont des couleurs qui reviennent. Moi, j'ai eu l'ex vert, l'ex rouge et l'ex bleu. Le vert, le premier amour, où tout était improvisé, ou chacun découvrait une nouvelle vie, de nouvelles identités, de nouvelles sensations. Avec l'ex vert, les choses étaient neuves, les visites, les bars, les boîtes, les sorties, les amis. L'ex vert, comme un fruit à peine éclos, était un peu acide, était pétri de fougue et de jeunesse, se cherchait autant qu'il me cherchait. L'ex vert a fini par mûrir, et s'en est allé, un jour. Je sais qu'il va bien. Quelques années plus tard, après désillusions, faux espoirs, enthousiasmes débridés, soirées arrosées, arriva l'ex rouge, rencontré dans un bordel. L'ex rouge, était un sanguin, un vif, un vrai lion (c'était d'ailleurs son signe astrologique). L'ex rouge, il était forcément gay ou triste, hésitant ou sûr de lui, il ne connaissait pas la nuance. Il était empreint de sauvagerie et d'animalité. L'ex rouge, c'est le mec parfait avant trente ans, il est blindé d'énergie, de désirs, d'envies de tous ordres ; il est reparti un jour, sans regarder en arrière, et son énergie souffle encore. Et puis il y a l'ex bleu. La couleur des sages, des calmes, des tranquilles. L'ex bleu n'élève pas la voix, il attend, écoute, pense sans doute beaucoup mais laisse venir. L'ex bleu est forcément plus mature, il en a vu autant que vous, il est à la frange entre l'espoir, forcément l'espoir, et la désillusion. L'ex bleu lit beaucoup, s'informe, partage, enrichit autant qu'il s'enrichit. Lui aussi, s'en est allé, et doit décorer d'autres vies, calmement, à son habitude... Vert, rouge, bleu, quelques couleurs qui ont coloré une vie, et qui, avec le temps, dessinent une bien jolie fresque.

dimanche 13 avril 2008

Le temps de l'innocence

1980. Le mercredi, c'est le jour du catéchisme. A vrai dire, ce n'est pas très emballant. Heureusement, j'ai mes amis là-bas. Ce sont les gens qui sont en classe avec moi. Nous avons des débats enflammés sur le dernier gadget de pif. Les autres, ceux de l'école Charcot, nous ne les fréquentons pas. C'est bien connu, cette école, c'est un ramassis d'abrutis. Pourtant, parmi eux, il y a Hugues. Il parle avec les durs. Il est habillé comme les grands du collège. Et puis je ne sais pas, il y a quelque chose que j'aime bien quand je le regarde. Son sourire ? Ses taches de rousseur ? Ses cheveux qui font des boucles ? Je ne sais pas. Je n'ose pas l'aborder.

Mardi 14 septembre 1982. Dans la cour du collège Carnot, l'air est frais. Eternelle atmosphère de petit matin des rentrées scolaires. Je retrouve quelques copains de CM2, aussi intimidés que moi. Nous sommes tous accompagnés de notre mère. Une cloche sonne, elle est suivie d'un larsen épouvantable, puis le directeur nous souhaite la bienvenue. C'est une armoire à glace, il est terrifiant. Classe de 6ème A. Commence la litanie des noms. Classe de 6ème B. Un de mes amis est appelé, il disparaît sous le préau. Classe de 6ème C. La cour se vide peu à peu, mes copains sont maintenant tous partis, et je suis toujors là. J'ai l'impression d'avoir été oublié. Classe de 6ème H. Philippe N., enfin, c'est moi, mon coeur bat, j'échange un regard avec ma mère et je rejoins le rang.
Inspection rapide de mes futurs camarades. Parmi eux, il y a Hugues. Avec ses boucles. Ses taches de rousseur. Nous entrons en classe, je m'assois à côté de lui. Il me remet, nous échangeons rapidement deux mots, il me sourit. Ah ouais, le caté, Pascal, les conneries qu'il faisait, il était con, qu'est-ce qu'on se marrait. Je me sens bien, mon appréhension du matin a disparu. Quelque chose me plaît. Le sourire, les boucles, sa tenue. Un je ne sais quoi, que je perçois à peine, que je ne comprends pas encore.

Nous sommes restés assis côte à côte tout l'année. Malgré tout, je n'en comprendrai pas plus sur cette attirance avant longtemps.

jeudi 3 avril 2008

En matière d'amour, nul n'est prophète.

humilité
Bah oui, tout le monde peut se tromper.