Salut à toi,
On ne se connaît pas, je suppose même que tu n'existes pas, mais si tu le
permets, je vais penser, l'espace de ces quelques lignes, que tu as une vague
réalité. On ne se connaît pas et nous ne nous connaîtrons jamais, tu es un
ectoplasme, une créature sans vie, une abstraction, une image, un fantôme. Mais
tu es. Tu es un garçon que j'aurais peut-être pu rencontrer un jour. Tu ne me
ressembleras pas, c'est évident, d'ailleurs, aucun homme ne se ressemble. Nous
aurons sans doute des points communs, mais ils ne seront pas identiquement
visibles, ils ne seront pas identifiables, ils t'appartiendront autant qu'ils
m'appartiennent. Tu l'auras rencontré je ne sais où, chez des amis, dans un
bordel ou en boîte, peut-être sur internet. Tu vivras avec lui depuis quelques
jours seulement, tu ne le connaîtras pas encore très bien, comme moi,
aujourd'hui, je ne puis le connaître, tant ce n'est pas le même, tant notre
histoire nous a changés. Ce qui en a résulté, c'est toi qui le verras, c'est
toi qui apprendras à l'aimer selon des normes et des principes qui
n'appartiendront qu'à vous deux, ou c'est peut-être ce qui t'énervera.
Longtemps, même si tu n'existes sans doute pas, j'ai pensé du mal de toi, de la
jalousie, du mépris, et finalement, tu as l'air d'être un mec estimable, en
réalité, nous le sommes tous. Toi, à ton tour, tu vas partager ta vie avec
quelqu'un que j'ai aimé avant toi. Je n'en tire aucune gloire, c'est un autre
temps, une autre époque, un autre âge. Tu l'aurais rencontré il y a quelques
années, il ne t'aurait peut-être pas remarqué, parce qu'à cette époque, c'est
moi qu'il avait vu. Et toi, autrefois, tu étais différent, comme je le suis,
comme il l'est.
Cher inconnu, vous allez donc vivre une histoire d'amour nouvelle, dans celui
que tu aimes, il y a une part de tous ceux qu'il a aimé, nous nous réveillons
forcément différents après l'amour, et graduellement, ces lentes
transformations nous accaparent et nous métamorphosent. Tu ne te poses
peut-être aucune question sur l'avenir, et tu auras raison ; tu vas
certainement t'interroger sur ce qu'il est, peut-être comprendras-tu mieux que
moi quelques parcelles mystérieuses de son être, qui, sans doute, sont
peut-être plus faciles à appréhender aujourd'hui.
Ainsi, tu es le prochain, et moi, je m'éloigne tant et plus de votre univers,
pour en explorer de nouveaux, qui vous seront totalement étrangers, comme vous
m'êtes étrangers. Je vous souhaite une bonne route !
Bon vent !
" Je ne peux pas effacer le garçon juste avant moi il faudra diviser certains
sentiments par trois."
Vincent Delerm, Marine.
stardust memories
samedi 17 janvier 2009
Lettre au nouveau mec de mon ex
Par Jérôme le samedi 17 janvier 2009, 12:19
mardi 2 décembre 2008
Point final
Par Jérôme le mardi 2 décembre 2008, 22:18
Ils ne s'étaient plus revus depuis au moins un an. Après la fin, il y avait
eu l'attente, d'abord ; le chagrin ensuite, puis entrèrent en scène des
acteurs grotesques : la rancoeur, la haine sans doute aussi, les regrets,
et cette kyrielle de ressassements, des scénarios faits, refaits, défaits,
remontés, un assemblage alambiqué d'impressions et de détails pour essayer de
comprendre pourquoi tout s'était arrêté, scénarios vains parce que montés seul,
alors que dans ces situations, on déconstruit à deux autant qu'on
construit.
Ils se sont donc recroisés, un bref regard, sans même l'ombre d'un sourire,
sans clins d'oeil, chacun était en train de parler avec des connaissances
inconnues de l'autre, le temps était déjà passé par là. Il n'y avait plus rien,
sinon de l'indifférence. L'indifférence, c'est l'ultime étape : celle où
l'on n'aime plus, mais où l'on ne déteste plus non plus ; celle où chacun
est soi, mais où sont reconnues et gardées en mémoire les parts respectables
des deux anciens amants. L'indifférence n'est pas en soi négative, elle ne nie
pas le passé, elle ne nie pas ce qu'a été le bonheur, mais par chance, elle
efface les parts les plus instinctives et animales, celles qui sont arrivées
plus tard, après la fin. L'indifférence anéantit la haine, et en cela, elle est
bénéfique. Chacun reprend sa route, à sa façon, avec de nouvelles personnes, de
nouvelles histoires, de nouveaux projets.
Ils se sont donc revus, sans avoir envie de se dire ne serait-ce que bonjour,
ce n'était certainement pas du mépris, mais simplement un signe tangible de
l'éloignement. On ne dit pas bonjour aux inconnus, et les deux étaient devenus
de parfaits inconnus l'un par rapport à l'autre. En arriver là avait pris du
temps, et ce moment est souvent aussi craint qu'il est attendu. En cet instant
s'étaient donc engloutis on ne sait où le mépris, l'espoir et la colère. Ils
n'étaient plus rien l'un pour l'autre.
Trouver un mec, c'est rédiger un palimpseste, pour que la nouvelle histoire
soit lisible, il faut avoir gratté ce qui a précédé ; bien sûr, des traces
demeurent, les meilleures de nous-mêmes, de la lente construction mutuelle qui
a émergé d'une histoire ne doit rester que le meilleur, que le solide, que le
tangible, que le joli. L'autre n'était plus un absolu, après le chaos était
revenu un nouvel ordre, un nouveau décor. Et dans ce décor allaient, sous peu
de temps, jouer de nouveaux acteurs. Le rideau est pour l'instant baissé,
patience... Et, au passage, merci à l'inconnu, qui, peut-être, vient parfois se
perdre dans ses pages.
Bon vent !
"Elle en avait fini, songeait-elle, avec toutes les trahisons, les
bassesses et les innombrables convoitises qui la torturaient. Elle ne haïssait
personne maintenant ; une confusion de crépuscules s'abattait en sa
pensée, et de tous les bruits de la terre, Emma n'entendait plus que
l'intermittente lamentation de son propre coeur, douce et indistincte, comme le
dernier écho d'une symphonie qui s'éloigne."
Gustave Flaubert, Madame Bovary.
"Souvent, en effet, quand nous commençons d'aimer, avertis par notre
expérience et notre sagacité, -malgré la protestation de notre coeur qui a le
sentiment ou plutôt l'illusion de l'éternité de l'amour, - nous savons qu'un
jour celui de la pensée de qui nous vivons nous sera aussi indifférent que nous
le sont maintenant tous les autres que lui... Nous entendrons son nom sans une
volupté douloureuse, nous verrons son écriture sans trembler, nous ne
changerons pas notre chemin pour l'apercevoir dans la rue, nous le
rencontrerons sans trouble, nous le possèderons sans délire. Alors cette
prescience certaine, malgré le pressentiment absurde et si fort que nous
l'aimerons toujours, nous fera pleurer ; et l'amour, l'amour qui sera
encore levé sur nous comme un divin matin infiniment mystérieux et triste
mettra devant notre douleur un peu de ses grands horizons étranges, si
profonds, un peu de désolation enchanteresse..."
Légèrement adapté de Marcel Proust (j'ai remplacé les féminins par les
masculins), Sources des larmes qui sont dans les amours passées.
Ce blog va prendre une autre direction, plus légère, plus dans l'esprit du livre Trouver un Mec en 10 leçons : des sorties, des coups de gueule, du rire, un blog normal en somme. Difficile de poursuivre dans l'introspection, les choses étant maintenant réglées. Au début de ce blog, il y eut une histoire, puis une rupture, mais j'entends la suite piétiner devant la porte encore close, restons donc ensemble, ouvrons-la et poursuivons le chemin...
vendredi 29 août 2008
Le cas Farmer
Par Jérôme le vendredi 29 août 2008, 15:44
Dans les prémisses de la rencontre, les conversations gravitent la plupart
du temps autour de sujets relativement consensuels ; il ne s'agit pas de
converser pour apprendre sur un sujet particulier, mais pour en apprendre un
peu plus sur l'autre. Que soient évoqués les prix du mètre carré à Paris,
l'intérêt de Paris sur la banlieue et réciproquement, les rapports aux parents,
les anciennes histoires, les boulots respectifs, tous ces sujets, sont orientés
dans une seule direction : la séduction.
Rares sont les fois où on se souvient des premières conversations, parce
qu'elles sont assez affligeantes de banalité : à titre personnel, aucune
n'est demeurée dans mon esprit, seul le moment est resté gravé dans mes
souvenirs ; la voix qui résonne, les regards... Dans ces conversations, ce
sont les silences qui sont les plus riches d'enseignements, qui sont les plus
évocateurs et je me rappelle de chacun d'entre eux : le premier
rendez-vous, la première discussion, les mots qu'on cherche, les choses qu'on a
vraiment envie de dire, et les prudences, les attentes, les sourires. Ce
moment-là est un des plus magiques, certes, il n'augure rien de la relation,
tout peut bien se dérouler et quelques semaines, mois, années après, ce garçon
extraordinaire est devenu pour vous un parfait inconnu. C'est un fait, c'est
comme ça. En amour, il faut parler, un peu, de tout, de rien, dans le seul but
de savoir ce qu'est l'autre, et un peu ce qu'on est soi, aussi.
Il est un sujet où la polémique vient plus facilement, où les désaccords
peuvent se faire jour : celui de la musique. Ce n'est pas un détail, oh
que non ! Notre univers musical reflète à la fois notre personnalité,
notre histoire, nos moments de solitude, de joie, de peine, la nostalgie, la
tristesse, le bonheur, ce peut-être aussi le dernier stigmate d'une lointaine
histoire.
Nos CD, nos MP3 révèlent énormément de choses sur nous ; la plupart de mes
Ex importants, ceux qui ont vraiment compté, les édificateurs, les piliers,
avaient des goûts vaguement communs. Ils aimaient la musique un peu planante,
le classique, les choses un peu tordues et cérébrales de la nouvelle scène
américaines, et les chansons d'amour aussi. Nos goûts musicaux communs ou non
sont essentiels : quand vous vivrez avec un mec, ce dernier aura envie
d'écouter Dalida en rentrant du boulot, et vous, vous aurez envie de Björk, un
peu de fatigue, et c'est l'engueulade, ou, pire encore, chacun son MP3 dans
l'oreille (je dis pire parce qu'aucun autre mot ne vient, mais ce peut être une
solution).
Il y a des styles de mecs assez conformes aux styles musicaux : un garçon
qui s'éclate sur de la techno, ça se voit, comme un amateur de musique
classique. En général, je ne me trompe jamais là-dessus, et ça en épate
certains ("Toi, tu as une tête à écouter Radiohead." "Hein, quoi, mais comment
tu sais ??") ; là où je suis fan aussi, c'est de débarquer chez le mek
viril macho qui ne voit en vous qu'un sphincter, qui vous culbute comme un
sauvage et dont la cédéthèque regorge de disques de Françoise Hardy ou de
Mireille Mathieu (j'ai vu, je vous jure), ce sont des types vraiment
attendrissants, parce que le costume de dur qu'il se sont taillés n'est que de
circonstance (le monde pédé est un monde dur, trop dur, on en reparlera), et
qu'au fond d'eux, et bien, ce sont des mecs normaux, qui rient, souffrent,
pleurent et qui ont leurs anges comme leurs démons.
Il demeure une artiste qui, néanmoins, suscite autant l'effroi que
l'admiration chez nous autres : Mylène Farmer.
Farmer, c'est autre chose ; des mecs qui l'aiment, il y en a pléthore, de
tous les styles, de tous les âges. Bizarrement, autant le garçon avouera sans
complexes aimer les Floyd, Bryan Ferry ou les Négresses Vertes, autant il
ajoutera un timide "et chez Mylène Farmer aussi, il y a des choses pas mal
du tout", en attendant de voir la réaction. S'il n'aime pas, en revanche,
c'est une débauche hystérique de haine et d'adjectifs peu enclins à la
sympathie. En général, on lui trouve tous les défauts du monde, on la brocarde,
on la trouve folle à lier, à moitié dingue, et au pire, on l'accuse de se faire
de l'argent sur notre joli dos de jolie tapette...
Bon, ça m'interroge. Si les pédés l'aiment, il y a une raison. La semaine
dernière, j'avais des gens à la maison, farmerophobes de la deuxième
génération, comme moi. Je leur passe, en fond musical, le dernier disque, parce
qu'il y a une ou deux chansons qui (et j'ai eu du mal à me l'avouer) m'ont plu,
et immédiatement : des réactions, positives, négatives, et aussi,
immédiatement, on parle d'une époque, de nostalgie, de jeunesse. Elle suscite
toujours quelque chose et ça, ça m'intrigue.
J'ai eu ma période, comme beaucoup de mecs qui ont dépassé les 30 ans depuis
quelques années. C'était la grande époque des clips sombres avec des corbeaux,
des chemises de nuit qui volent et une ambiance à la Valmont/Merteuil, et puis,
j'ai arrêté après Innamoramento, pour une raison conne : le mec
duquel je venais de me séparer était fan, j'ai donc jeté le bébé avec l'eau du
bain (c'est pour cela que je n'écoute plus Jay-jay Johanson, Pascal Obispo et
Radiohead ; seules Dalida et Barbara résistent, allez comprendre...), bon,
entre-temps j'étais devenu un grand garçon aussi (argument aussi débile que le
précédent, j'en conviens).
Farmer, quand on débute avec nos questionnements divers sur notre identité
sexuelle, notre identité tout court, c'est quand même très efficace. Elle
véhicule une image à la fois fragile et puissante, très sexuelle dominatrice et
douce, mystérieuse et haute en couleur, un peu baroque et surannée : tout
ce qui, à mes yeux, fait l'homosexualité ou la conscience d'être
homosexuel.
Farmer, c'est un miroir, une confidente, une épaule, pour tous ceux qui
l'aiment. J'imagine que dans les moments de solitude adolescente, se retrouver
dans une petite chambre, tandis que les parents ne comprennent rien à ce que
nous sommes, et écouter Ainsi Sois-Je, c'est quelque chose qui reste
gravé dans la mémoire et, qu'on le veuille ou non, nous construit...
Finalement, je comprends assez bien pourquoi elle plaît et déplaît tant :
comme un reflet, parfois, il nous séduit, parfois, nous n'avons qu'une envie,
c'est de briser le miroir. Ne brûlons tout de même pas trop vite nos
icônes.
Ce blog n'est plus à quatre mains ; mon co-blogueur a eu envie de
passer à autre chose, je suis donc tout seul avec vous maintenant. L'idée reste
la même, parler des hommes, parler d'amour, échanger, être heureux. J'ai encore
la motivation, des idées, et du temps à vous consacrer, n'hésitez pas à laisser
impressions, idées, sentiments sur tout cela, ça permet d'avancer et ça
encourage...
Je me dis quand même que ce couplet convient tout à fait au jeune homo qui
cherche à s'assumer, je ne suis pas si mécontent que cela de l'avoir entendu à
16 ans, avec le recul...
"''Tour à tour on me chasse
De vos fréquentations
Je n'admets pas qu'on menace
Mes résolutions
Je me fous bien des qu'en dira-t-on
Je suis caméléon
Prenez garde à mes soldats de plomb
C'est eux qui vous tueront"''

dimanche 22 juin 2008
Le début de la fin...
Par Jérôme le dimanche 22 juin 2008, 13:50
Nous fîmes un merveilleux repas chez Michaux, quand nous pûmes enfin
pénétrer dans le restaurant ; mais quand nous eûmes terminé et qu'il ne
fut plus question d'attribuer à la faim le sentiment qui ressemblait à une
faim, qui nous avait saisis lorsque nous nous trouvions sur le pont, ce
sentiment subsistait en nous. Il subsistait alors que nous prenions l'autobus
pour rentrer. Il subsistait quand nous entrâmes dans la chambre, et, alors même
que nous étions couchés et que nous avions fait l'amour dans le noir, il
subsistait encore. Quand je m'éveillai devant les fenêtres largement ouvertes
et vis le clair de lune sur les toits des hautes maisons, il subsistait.
J'abritai mon visage du clair de lune, dans l'ombre, mais je ne pouvais dormir
et restait éveillé, l'esprit obsédé. Nous nous étions réveillés deux fois l'un
et l'autre, au cours de la nuit, et ma femme dormait paisiblement, maintenant,
le visage éclairé par la lune. Je tentai de bannir cette obsession. C'était
trop stupide. La vie m'avait paru si simple ce matin-là...
Paris était une très vieille ville et nous étions jeunes et rien n'y était
simple, ni même la pauvreté, ni la richesse soudaine, ni le clair de lune, ni
le bien, ni le mal, ni le souffle d'un être endormi à vos côtés dans le clair
de lune.
Ernest Hemingway
Paris est une fête.
samedi 19 avril 2008
des goûts et des couleurs
Par Jérôme le samedi 19 avril 2008, 20:52
Rimbaud, dans Voyelles, s'était amusé à associer sensations, couleurs et lettres, et force est de constater qu'il avait vu juste, le bougre. Les sentiments, les souvenirs, se teintent, avec le temps, d'une nuance, d'une ligne directrice plus ou moins monochrome. L'idée de ce blog permet parfois de poser des mots sur les choses, et d'illustrer quelques idées qui partiraient au gré des vents sans être jamais fixées. Donner une couleur à ses ex, quelle drôle d'idée. Et pourtant, avec le temps, ce sont des couleurs qui reviennent. Moi, j'ai eu l'ex vert, l'ex rouge et l'ex bleu. Le vert, le premier amour, où tout était improvisé, ou chacun découvrait une nouvelle vie, de nouvelles identités, de nouvelles sensations. Avec l'ex vert, les choses étaient neuves, les visites, les bars, les boîtes, les sorties, les amis. L'ex vert, comme un fruit à peine éclos, était un peu acide, était pétri de fougue et de jeunesse, se cherchait autant qu'il me cherchait. L'ex vert a fini par mûrir, et s'en est allé, un jour. Je sais qu'il va bien. Quelques années plus tard, après désillusions, faux espoirs, enthousiasmes débridés, soirées arrosées, arriva l'ex rouge, rencontré dans un bordel. L'ex rouge, était un sanguin, un vif, un vrai lion (c'était d'ailleurs son signe astrologique). L'ex rouge, il était forcément gay ou triste, hésitant ou sûr de lui, il ne connaissait pas la nuance. Il était empreint de sauvagerie et d'animalité. L'ex rouge, c'est le mec parfait avant trente ans, il est blindé d'énergie, de désirs, d'envies de tous ordres ; il est reparti un jour, sans regarder en arrière, et son énergie souffle encore. Et puis il y a l'ex bleu. La couleur des sages, des calmes, des tranquilles. L'ex bleu n'élève pas la voix, il attend, écoute, pense sans doute beaucoup mais laisse venir. L'ex bleu est forcément plus mature, il en a vu autant que vous, il est à la frange entre l'espoir, forcément l'espoir, et la désillusion. L'ex bleu lit beaucoup, s'informe, partage, enrichit autant qu'il s'enrichit. Lui aussi, s'en est allé, et doit décorer d'autres vies, calmement, à son habitude... Vert, rouge, bleu, quelques couleurs qui ont coloré une vie, et qui, avec le temps, dessinent une bien jolie fresque.
dimanche 13 avril 2008
Le temps de l'innocence
Par Philippe le dimanche 13 avril 2008, 17:08
1980. Le mercredi, c'est le jour du catéchisme. A vrai dire, ce n'est pas
très emballant. Heureusement, j'ai mes amis là-bas. Ce sont les gens qui sont
en classe avec moi. Nous avons des débats enflammés sur le dernier gadget de
pif. Les autres, ceux de l'école Charcot, nous ne les fréquentons pas. C'est
bien connu, cette école, c'est un ramassis d'abrutis. Pourtant, parmi eux, il y
a Hugues. Il parle avec les durs. Il est habillé comme les grands du collège.
Et puis je ne sais pas, il y a quelque chose que j'aime bien quand je le
regarde. Son sourire ? Ses taches de rousseur ? Ses cheveux qui font
des boucles ? Je ne sais pas. Je n'ose pas l'aborder.
Mardi 14 septembre 1982. Dans la cour du collège Carnot, l'air est frais.
Eternelle atmosphère de petit matin des rentrées scolaires. Je retrouve
quelques copains de CM2, aussi intimidés que moi. Nous sommes tous accompagnés
de notre mère. Une cloche sonne, elle est suivie d'un larsen épouvantable, puis
le directeur nous souhaite la bienvenue. C'est une armoire à glace, il est
terrifiant. Classe de 6ème A. Commence la litanie des noms. Classe de 6ème B.
Un de mes amis est appelé, il disparaît sous le préau. Classe de 6ème C. La
cour se vide peu à peu, mes copains sont maintenant tous partis, et je suis
toujors là. J'ai l'impression d'avoir été oublié. Classe de 6ème H. Philippe
N., enfin, c'est moi, mon coeur bat, j'échange un regard avec ma mère et je
rejoins le rang.
Inspection rapide de mes futurs camarades. Parmi eux, il y a Hugues. Avec ses
boucles. Ses taches de rousseur. Nous entrons en classe, je m'assois à côté de
lui. Il me remet, nous échangeons rapidement deux mots, il me sourit. Ah ouais,
le caté, Pascal, les conneries qu'il faisait, il était con, qu'est-ce qu'on se
marrait. Je me sens bien, mon appréhension du matin a disparu. Quelque chose me
plaît. Le sourire, les boucles, sa tenue. Un je ne sais quoi, que je perçois à
peine, que je ne comprends pas encore.
Nous sommes restés assis côte à côte tout l'année. Malgré tout, je n'en comprendrai pas plus sur cette attirance avant longtemps.
jeudi 3 avril 2008
En matière d'amour, nul n'est prophète.
Par Philippe le jeudi 3 avril 2008, 21:23

Bah oui, tout le monde peut se tromper.