J'aimais bien Frédéric Mitterrand. Je veux dire, avant qu'il soit Ministre.
Je n'aime pas les gens qui courent au plat de lentilles, surtout quand la
lentille est sarkozyste. Je suis viscéralement et bêtement antisarkozyste, il
suffit que NS dise qu'il fasse beau pour que je trouve que le temps est à
l'orage. Cet homme ne me donne aucune envie de faire un effort, il sape un à un
ce qui a construit notre nation : notre Ecole, nos protections sociales,
notre justice, nos institutions. Cette homme est petit, vil, vulgaire, inculte,
grossier et foule du pied une mission, une fonction, qu'il ne maîtrise
aucunement. Les habits qu'il porte sont trop amples pour lui, avec un peu de
chance, l'histoire fera en sorte qu'il s'empêtre dedans ; il est à
craindre que nos concitoyens en feront les frais. Je n'aime plus Frédéric
Mitterrand, comme je n'aime plus "Claudia" Bruni, comme je conchie Fadela
Amara, comme je trouve ridicule Martin Hirsch qui propose de rémunérer les
élèves s'ils se donnent la peine d'écouter leurs maîtres. Cette créature est un
avatar néfaste, une erreur historique ; c'est la victoire de la médiocrité
et c'est à mon humble avis l'ultime sursaut vital de la démocratie telle que
nous l'entendons depuis 50 ans. Avec Sarkozy, le suffrage universel direct a
atteint ses limites : nous n'élisons plus un homme, mais une image, un
produit, un affect, une émotion, une névrose. Cet homme est détestable et il
infecte irrémédiablement tous ceux qu'il approche. Je serai antisarkozyste
primaire tant que ce pantin sera au pouvoir, je ne demande aucune
justification. Je le hais parce que je hais ce qui est médiocre.
Frédéric Mitterrand m'était d'une indifférence somptueuse jusqu'à ce que je
lise "La Mauvaise Vie". Dans ce roman, aux relents proustiens, il y avait tout
ce qui me fait vibrer : la sensibilité, l'honnêteté, et le regard mi-doux,
mi-compassé, mi-amer que toutes les vieilles tarlouzes qui ont passé la
cinquantaine doivent ressentir. Ce type a voulu dresser un bilan, il était
suffisamment nombriliste, et aussi suffisamment pudique, pour que ses écrits
fissent mouche.
Il voulut entrer en politique, il voulut défendre un oxymore : une
politique culturelle à l'heure où des pans entiers de notre culture et de notre
identité s'effondrent. Il eût pu se battre pour la défense des langues
anciennes à l'école, le statut des intermittents, la politique de subventions,
le soutiens aux jeunes précaires, le mécénat, la reconnaissance des arts du
vivant (danse et théâtre) aux heures de grande écoute, il préféra défendre
Hadopi. Mitterrand (je parle de lui au passé) ne fut qu'un prête-nom, un alibi
grossier, une petite parenthèse people dans une politique sans projet, sans
antennes, sans buts, sans socles, dénuée de la moindre sensibilité culturelle
et morale.
Mitterrand avait un atout : il était homosexuel. Pendant la semaine où le
feu des projecteurs le noya autant qu'il nous aveugla, Mitterrand aurait pu,
aurait dû, reconnaître que pour une folle de son rang, de son âge, de son
style, les pulsions de la jeunesse ne s'en laissent pas compter, l'attrait du
jeune minet est intact, et que son voyage en Thaïlande, malgré son éthique, ses
valeurs, ses principes, était là aussi pour le rassurer, lui faire du bien.
Oui, on va en Thaïlande aussi parce que le sexe est facile, parce que la
jeunesse (même "majeure") s'offre à vous sans difficultés. Je ne vais
certainement pas faire l'apologie du sexe tarifé avec les mineurs, mais le fait
est, et de nombreux mecs y succombent, et je pense qu'ils ne sont pas pour
autant pervers.
Si le couple gay avait un sens, si on ne s'efforçait pas de le faire ressembler
à une copie-carbone du couple hétéro, avec le gosse, le chien et le pavillon,
si la communauté associative valorisait les couples au lieu de les brocarder,
si les vieux pédés étaient membres à part entière des lieux de sexe (à quand un
sauna qui propose du moins 20 % pour les plus de 50 ans ?), si l'itinéraire de
tous les pédés était envisagé avec la lumière et non, comme c'est le cas
aujourd'hui, comme une lente et inexorable descente vers la solitude et
l'oubli, sans doute, je dis bien sans doute, la plupart des mecs n'irait pas
chercher loin et illégalement ce qu'ils réclament à corps et à cris ici.
Mitterrand n'est qu'un tout petit ministre, mais il avait la chance, la tâche,
la responsabilité, de parler au nom des siens. Il préféra sauver son
maroquin.
Bon vent !
"Le monde du mal échappe tellement, en somme, à la prise de notre esprit
!... L'historien, le moraliste, le philosophe même, ne veulent voir que le
criminel, ils refont le mal à l'image et à la ressemblance de l'homme. Ils ne
se forment aucune idée du mal lui-même, cette énorme aspiration du vide, du
néant."
Georges Bernanos-Journal d'un Curé de Campagne.
people have the power !
lundi 12 octobre 2009
Caniveau
Par Jérôme le lundi 12 octobre 2009, 19:27
vendredi 13 mars 2009
Il manque quelque chose
Par Jérôme le vendredi 13 mars 2009, 01:03
Une semaine un peu bizarre m'oblige à prendre la plume à une heure bien trop
tardive pour un jeudi soir. Il y eut cette rencontre, appelons-la amoureuse,
même si ce Jules de chez Smith en face ne se fait pas plus d'illusions
que moi sur "notre" (que j'ai désormais du mal avec la première personne du
pluriel...) avenir, ce qui, dans une certaine mesure, nous (tiens, ça va mieux
là tout de suite) rapproche. Et puis cette discussion, lundi soir, dans le
cadre d'une association que nous animons avec quelques amis sur la mémoire
gay : une ancienne militante venait témoigner, les rafles, les
intimidations policières, les années 80 et cette idée : l'homosexualité
pouvait, devait changer le Monde. Et ce soir, ce putain de film : Milk.
Trois éléments, disjoints en apparence, qui tous, gravitent autour d'une même
sphère. Que ou qui sommes nous quand nous sommes pédés en 2009 ? Ma
copine, la militante, qui me connaît, et qui devine mieux que moi les travers
de ma pensée, a su me devancer : "ne sois pas nostalgique, ce monde était
dur". Nostalgique, je le suis, c'est un fait, je ne cherche plus trop à m'en
libérer, le présent m'emmerde, l'avenir m'indiffère au mieux ou au pire
m'effraie ; le passé ? son seul défaut, c'est qu'il fut et ne sera
plus, hormis ce détail, on peut le maîtriser, le triturer, le comprendre, le
détester, l'aimer, enfin, il laisse une porte ouverte à l'humanité, il peut,
d'une certaine manière, nous donner la conscience d'exister, il forge, c'est
indéniable, une identité, des assises.
La nostalgie n'est pas un état définitif, elle n'est qu'un flux de l'âme, qui,
comme tous courants fluides, passe et trépasse, mais quand elle s'agrippe, elle
ne nous lâche guère facilement. Je suis, il est vrai, épouvantablement
nostalgique, et d'entendre cette amie parler m'a donné, non pas envie d'être
avant et de connaître tout ce qu'elle évoquait de sordide, mais a suscité une
question bien difficile : quelle est notre cause ? quelle est notre
lutte ? quels sont nos combats, nos déchaînements ? à quoi, ou à qui
serviront nos intelligences, nos folies, nos truculences, nos humours ?
Nous sommes pédés, je crois, et j'y croirai jusqu'à mon dernier souffle, que
nos vies peuvent, encore aujourd'hui, changer le Monde. Je suis convaincu que
nos intuitions, notre sensibilité, notre rage, notre cynisme, notre méchanceté
parfois, notre grand coeur souvent, sont des moteurs de la vie, qu'ils mettent
de la couleur là où il n'y a que grisaille et morosité. La joie, le miracle
d'être pédé est là : nous avons la force de rire de tout, nous avons la
force de nous moquer de tout, à commencer de nous-mêmes, nous avons la force,
dans les moments les plus difficiles, de croiser un regard amical, de relever
les yeux et de voir scintiller des millions d'étoiles qui, allumées avant nous,
nous éclairent, nous guident, nous font avancer. Appelez ces étoiles comme vous
voulez, chacun les-nôtres, les miennes sont dans ma musique de dinde, ma
mauvaise foi quasi névrotique, mes colères confidentielles, et tous ces éclats
de rire, ces regards, ces moments chaleureux, ces étreintes amoureuses et
amicales qui ont égayé ma vie depuis bientôt près de vingt ans. Vous avez sans
doute les-vôtres, trouvez-les.
Etre gay, aujourd'hui, cela ne s'affiche plus par de la révolte, par de la
colère. Bien entendu, il existe des luttes nécessaires, essentielles, et les
gens qui s'y consacrent forcent mon respect. Je ne sais pas pourquoi, mais je
ne me sens pas la force de m'y investir plus que j'ai pu le faire par le
passé.
Il manque quelque chose à tout cela. Et je n'arrive pas à savoir ce que
c'est.
Il manque de la drôlerie, de la morgue, il manque de la couleur. Oui, nous
écoutons, conseillons, alertons, et encore une fois, c'est nécessaire, beau et
utile, mais comment se fait-il que les luttes légitimes d'aujourd'hui ne nous
fédèrent plus comme autrefois, comme à Castro Street il y a 30 ans ?
L'identité gay s'est créée sur de la colère, mais une colère joyeuse, nous
n'avons plus la joie, et notre colère est pulsionnelle, elle monte par à-coup,
parfois s'éloigne (bon, je vais être honnête, je parle de la mienne).
Il manque quelque chose, quelque chose qui sans doute n'existe pas, quelque
chose qui n'a peut-être pas lieu d'être. Je ne sais pas si nous sommes une
communauté, si nous avons une identité, je ne distingue pas ce que les pédés
peuvent apporter au Monde aujourd'hui, et pourtant, je suis persuadé que nous
avons quelque chose dans notre boîte magique qui pètera à la gueule d'une
société qui s'éloigne tant et plus du glamour et de la joie.
Mon ex avait appelé tout cela de l'aigreur. Il avait peut-être raison, mais de
une, c'est l'avis de mon ex, il n'est donc d'aucun intérêt, de deux, je ne me
suis jamais senti aussi heureux qu'en ce moment... C'est parce qu'il doit y
avoir (un peu) de lumière en face...
Bon vent !
"Le vieux soutenait que s'il mourait il ne perdait rien parce qu'il
avait tout vécu, essayé, vu. Erreur ! Il ne s'était même pas rendu compte
que si les gonds des portes ne sont pas huilés, ils grincent ! Comment, au
cours d'une si longue vie, cela avait-il pu lui échapper ? Il avait les
oreilles bouchées, ou quoi ?"
Fernando Vallejo-La Rambla Paralela.

samedi 13 septembre 2008
The End
Par Jérôme le samedi 13 septembre 2008, 13:16
The End, c'est le titre d'un des livres de Didier Lestrade, paru
chez Denoël il y a quelques années, en pleine époque de controverse sur le
bareback. Lestrade disait les choses à sa manière, rarement mesuré qu'il est,
mais assez souvent juste : la communauté gay, c'est fini, chacun pense à
sa gueule, l'amour a fait place à une intense consommation de sexe, d'alcool,
de drogue aussi parfois, les mecs ne baisent plus en pleine lumière, mais en
souterrain, et surtout, ils ne pensent plus à protéger l'autre, ni à se
protéger. The end, c'était un constat implacable, une condamnation extrême
d'une soi-disant communauté LGBT soi-disant ouverte et généreuse qui, au final,
était composée d'individus simplement guidés par leur existence propre, par
leur confort, par leur seul plaisir. Selon Didier, abandonner la protection,
c'est renoncer à cimenter notre groupe, c'est éclater nos problématiques, c'est
se replier sur soi, sur son cul, sur sa queue, et c'est agir égoïstement. Ne
plus mettre de capote, penser : "le SIDA, c'est un passage, une maladie
chronique, juste quelques médoc à avaler", c'est finalement réduire l'attention
portée à l'autre, c'est renoncer à ce qui nous fait homme, c'est évacuer notre
générosité, notre attention, pour simplement veiller à notre petit confort.
Dans l'absolu, l'abandon de la prévention, le no-Kpote, les plans jus, le
plombage, le fécondage ; toutes ces pratiques d'abandon, relèvent de la
même logique que les prêts à la consommation, traduisant un seul et unique
objectif : son plaisir, maintenant, tout de suite...
Lestrade, on aime ou on n'aime pas ; sur le bareback, mon avis vous
importe peu, disons que je distingue les séropos qui s'enquillent vingt ans de
traitement et qui en ont assez, et les jeunes qui considèrent qu'après tout, on
peut vivre avec le VIH, et que ce n'est pas cette petite contrainte qui va les
empêcher de s'éclater. Au premier, je ne sais jamais que répondre, après tout,
je les comprends, même si je n'accepte pas, à titre personnel, ce genre de
comportements sexuels. Avec les seconds, j'aurais tendance à être plus sévère,
en tous les cas plus perplexe.
La fin de la communauté, je la vois sans arrêts, et ce n'est pas les belles
paroles de la Gay Pride ou le politiquement correct mielleux de la pédocratie
LGBT bon teint qui me fera changer d'avis. La communauté a échoué, qu'on ne
vienne pas me dire le contraire : les mecs sont de plus en plus seuls,
dégoutés parfois ; ça picole énormément le vendredi soir dans les bordels,
ça oublie, ça pense à soi. Des problématiques politiques ? Des
luttes ? Lesquelles ? Si quelques associations abattent un boulot
remarquables, Sida Info Service, SOS Homophobie, la plupart restent centrées
sur leurs membres, assurent une nécessaire convivialité, mais rares sont celles
qui, finalement, proposent des choses simples : être bien, s'estimer, se
trouver beau même si on n'est pas digne d'être en couverture de Sensitif,
rendre aux pédés leur culture, partager les expériences des Bory, les moments
de rire des Chazot, les détresses ou les révoltes des Hocquenghem...
La communauté est morte quand je vois ce culte du corps, ce rejet de la
vieillesse, ce besoin d'être jeune, d'avoir du fric, ce besoin de briller sans
partager. Depuis 1996, je me suis engagé : d'abord au CGL, puis à Act Up,
et finalement aux Soeurs de la Perpétuelle Indulgence. Ces trois fois, mes
objectifs étaient différents : exister en tant qu'homo, faire de la
politique et de la lutte, et finalement, protéger l'autre, l'aimer, l'entendre.
J'en ai terminé, tout cela m'a coûté trop cher, aujourd'hui, je reste seul,
sans mec, et autour de moi, je ne vois pas d'amélioration : les mecs ne se
protègent plus systématiquement, ils négocient la capote, ils se branlent
derrière leur cam, ils jouissent, rebraguettent et poursuivent leur petite
vie...
J'ai le sentiment que ces douze années ont été perdues depuis que j'ai vu ce
mec, blond, qui aurait pu être mignon sans ses traits tirés par l'alcool et la
cigarette. Il était au bar du Duplex, il gueulait, se faisait remarquer, il a
même tenté d'allumer une cigarette dans le bar (ô geste suprême de subversion).
Que disait-il ? "Je ne sais pas si j'ai le SIDA, et je m'en fous,
plein de mecs autour de moi l'ont, ils sont soulagés, ils n'ont plus besoin de
faire gaffe, et ils n'ont pas l'air malheureux." Ce n'était pas en 1995,
c'était en 2008, en septembre...
Je regardais ce mec, partagé entre l'envie de lui péter la gueule ou l'écouter
et le faire changer, et puis je me suis regardé, moi, seul, devant mon Perrier
rondelle, et je me suis dit que j'ai consacré un temps considérable, des nuits,
des marches, des manifestations, à essayer de protéger des connards pareils...
Ce mec braillait, il s'est fait virer, j'ai cru voir, avant qu'il ne détale,
qu'il sniffait je ne sais quoi avant de se barrer. Connard.
La communauté est morte, elle nous hurle dessus, nous fait la morale en nous
reprochant notre apathie, elle nous tance parce qu'Edvige, on s'en branle
(enfin, moi, je m'en branle, un fichier de plus, de toute façon, nous sommes
fichés de notre carte de métro à notre abonnement ciné, alors), cette
soi-disant communauté est incapable de nous aimer. Et quelque part, pour en
avoir fait partie, pour avoir même joué un rôle actif, je la comprends, parce
que ce petit merdeux, je n'ai éprouvé que haine contre lui...
Quand s'autorisera-t-on à ne plus avoir peur ? Quand penserons-nous aux
autres (seule vraie façon ne penser à soi) ?
En ayant entendu cette petite fiente, je me dis que j'ai passé mes plus belles
années à me tromper, et que, peut-être, à l'heure qu'il est, je ne serais
peut-être pas à traîner seul dans les bars à écouter des conneries...
Bon vent quand même !
"Mon message est : vous agissez comme des cons parce que cela
apporte une diversion dans vos vies. Vous croyez qu'en faisant de plus en plus
de conneries, votre vie sera plus courte et que vous aurez moins de problèmes à
gérer. Faux. le pire problème que vous aurez à affronter, c'est de savoir qu'il
vous reste juste quelques jours à vivre. Et ce n'est pas parce que vous voulez
limiter la longue liste de problèmes à affronter que vous avez le droit de vous
comporter comme des porcs. Vous croyez que vous êtes différent ? Moi
aussi, mon petit travail de journaliste ne me procure pas toujours des
satisfactions. Moi aussi, je suis à la recherche d'une liberté qui passe par un
travail qui me plaise."
Didier Lestrade, The End.

vendredi 27 juin 2008
Pourquoi j'irai à la gay pride
Par Philippe le vendredi 27 juin 2008, 23:07
Il y a quelques jours, au hasard des rayons d'une librairie, je suis tombé
sur un livre relatant les parades de Christopher street, dans les années 70.
C'est là que sont nées les gay prides, il y a une trentaine d'années. Sur les
photos, pour beaucoup en noir et blanc, des hommes sortis d'un clip de Village
People. De policiers, des cow boys, des cuirs moustachus... Des looks d'un
autre temps, mais de très beaux mecs. Et des revendications. Le droit d'aimer.
Le respect. Le militantisme gay naissait. C'était avant le sida. Ça fait si
longtemps.
Que reste-t-il de ces mecs aujourd'hui ? Ces photos. Et surtout ce qu'ils
nous ont transmis. Des droits. Le militantisme. La fierté. Et cette journée de
fête. Je marcherai pour eux, entre autres.
Je marcherai aussi pour ceux que j'aime. Et avec eux. Les amis. Les militants.
Les mecs d'un soir. Les ex, aussi. Et tous ces inconnus. Les exubérants, les
timides, les jeunes, les vieux... J'aime cette communauté, ses couleurs, sa
diversité. Oui, il y a des crétins. Oui, il y a des connards. Oui, il y a moins
de militants qu'hier. Oui, certaines associations ne me conviennent pas. Je
n'ai pas à juger. Ce qui importe, c'est cette journée de fête partagée. C'est
un moment rare. Demain, nous serons des centaines de milliers, amis, amants,
amours, inconnus. Ensemble.
Je marcherai aussi pour rendre hommage aux militants. Je connais bien mon
co-blogueur et je me doute que ses écrits ont dépassé sa pensée. Les militants
ne s'achètent pas une bonne conscience pour 15€. Des centaines de militants
bossent comme des fous, tard le soir, tôt le week end. Ils donnent leur temps,
leur énergie, prennent parfois des risques personnels. Et nombre d'entre eux le
font de façon totalement désintéressée. Simplement parce qu'ils souhaitent
améliorer notre vie. Aucun des droits que nous avons acquis ces 30 dernières
années ne nous a été donné par hasard. La dépénalisation de l'homosexualité,
l'âge de consentement à 16 ans, la destruction des fichiers d'homosexuels dans
les préfectures, le pacs, la pénalisation de l'homophobie, les droits des
malades du sida... Toutes les avancées ont été le fruit d'une lutte et d'un
travail de militants, anonymes ou célèbres. Venir demain, c'est également
rendre hommage à cet immense travail.
Enfin, et surtout, je marcherai pour tous ces lycéens et ces collégiens, pour
qui l'homosexualité est loin d'être une fête, que ce soit à l'école ou dans au
sein de leur famille. J'espère les aider, d'une façon ou d'une autre. Et
j'espère qu'ils viendront à leur tour, un jour.
Bien sûr, comme tout le monde, je préfèrerais que la gay pride soit plus ceci,
moins cela. Qu'importe. Même récupérée politiquement, commercialement, ou
n'importe comment, elle reste la fête qui nous unit tous. Nous n'avons pas le
droit d'abandonner ce que nos glorieux ancêtres ont créé. Nous ne pouvons pas
nous priver de ce moment de communion. Nous ne devons pas oublier l'adolescent
d'aujourd'hui, qui nous rejoindra dans quelques années. Et nous allons nous
amuser, bordel !
mercredi 25 juin 2008
Pourquoi je n'irai pas à la pride cette année...
Par Jérôme le mercredi 25 juin 2008, 16:20
Non, raté, perdu ! Rien de politique là-dedans (quoique)... Je le
rappelle, ce blog est un blog de sentiments, d'impressions partagées, de
tranquillité, c'est un blog qui parle d'amour. Ne comptez pas sur moi pour
dire : "la pride c'est caca, il y a que des folles et des drag -queens et
nous on veut vivre comme tout le monde gna gna gna gna gna"...
Je ne serai pas à la pride, la première que je rate depuis 11 ans, parce que je
ne peux pas, j'ai d'autres obligations, mais il fallait tout de même que nous
en parlions.
Ma première pride, c'était en 1995. J'étais beau, jeune et triomphant, à peine
dépucelé de la veille, et je m'étais dit :"là, mon petit père, tu assumes,
marche avec les folles !"
J'y allais un peu pour draguer, mais dès qu'un gars me plaisait, il était de
Province, ou étranger, ou maqué... Personnellement, la gay pride, en tant que
célibataire, ne m'a jamais apporté grande satisfaction du point de vue
sentimental. Trop de gens, trop de fêtes, je ne dois pas avoir ma tête des
grands jours, parce qu'il y a toujours un petit fond de tristesse.
Oui, de tristesse...
Pour moi, la pride, il faut la faire en amoureux, main dans la main.
D'autres se sont battus pour ça, avant nous... Ils se sont battus pour avoir le
droit de s'aimer au grand jour. Alors, à quoi bon manifester si on n'a personne
à aimer ? J'ai rarement fait une pride en couple, trois fois pour être
exact, avec trois mecs différents, et ce sont les plus belles. Celles où on se
sentait invincibles, triomphants, au-dessus des autres, où les ailes nous
poussaient dans le dos et où nous dominions le monde, ce petit monde gris et
terne les autres jours. Marcher au grand jour avec le mec qu'on aime, c'est le
plus beau cadeau que nous ont fait les Bory, Hocquenguem, Lestrade et ces
milliers de militants anonymes pour lesquels marcher en amoureux, marcher en
aimant, était un risque.
La pride est un hymne à l'amour, mais ces dernières années, je n'y ai vu que
des militants revêches, des hétéros bourrés, des lycéens venus s'encanailler,
je n'y ai entendu que de la techno barbare, et je n'ai entre-aperçu que
quelques amoureux. Beaucoup de mecs en chasse, mais très peu de couples.
Ceux-là se cachent, ils n'ont plus envie de marcher et de défendre une cause
qui n'est pas (plus ?) la leur. Il doit bien y avoir une raison, non ?
On nous bassine avec les droits au mariage, à l'adoption, avec les homo sans
papiers, avec les droits des trans, la reconnaissance de la bisexualité en
milieu hostile, la difficile condition des prostitués Porte Dauphine,
l'homophobie au boulot, le droit de circuler sur Mars, on distribue des tonnes
de tracts, tout le monde y passe, de l'UMP à la LCR, on hurle, on hurle tant
qu'on ne sait plus pourquoi on hurle... Ces mots d'ordre sont certainement
d'une importance capitale (je ne dis rien, je vais me faire lyncher), mais trop
variés, trop dilués dans la fête, le marchandising, le copyright, les flyers,
le fric, ils sont noyés et éteints dans cette sombre merde pour finir par
disparaître. Militer à la pride, je l'ai fait, pour la prévention, et ça n'a
aucun sens, parce que personne ne nous écoute.
Pour être franc, on se pose des questions quand on passe ses nuits dans les
établissements à dire, "mettez des capotes", et quand on voit les chiffres de
progression du VIH chez les gays. Alors, qu'on arrête de nous seriner avec les
antiennes du genre : "il faut militer", "on ne peut être gay si on n'est
pas de gauche" et autres billevesées. J'ai passé trois ans à Act Up Paris, les
mecs venaient pour trois raisons : militer avec foi, rencontrer des gens
en trouvant un peu de convivialité, et militer connement et de manière
arriviste (ceux-là sont restés).
Tout cela ne marche plus. En tous les cas, je n'y crois plus, c'est mon droit.
Qui lit les tonnes de tracts récupérés sur le parcours ? Qui écoute un
militant ? la réponse est simple : d'autres militants. C'est ça que
j'appelle la pédocratie, un petit monde bien tranquille, mais qui n'invente
plus rien, parce qu'il en est incapable...
La pride ne sert pas à cela, la pride n'est pas un porte-voix politique, la
pride n'est pas une bannière commerciale, la pride devrait être autre chose. La
pride devrait être drôle.
Notre seule fierté, celle pour laquelle pour rien au monde je ne voudrais être
hétéro : c'est l'amour, cet amour gratuit, sans institution, sans ou avec
des gosses, et par-dessus tout l'amour de l'autre et l'autre qui nous aime. Cet
amour dont beaucoup d'entre nous ne savent strictement rien...Ce que beaucoup
ont réclamé avant nous, c'était, simplement, le droit de s'aimer et de diffuser
dans le monde cette part magique qui réside au sein de chaque homo, cette
truculence, cet humour, cette drôlerie, cette originalité, cette vague idée
d'un autre monde que nous sommes encore bien incapables de créer... Bory,
Chazot, Charpini et Brancato, Suzy Solidor étaient les vrais militants, parce
que dans leur rage, dans leur coeur, ils avaient de l'humour. Qui a de l'humour
aujourd'hui, qui nous apprendra à rire en coin, qui sait mêler la douce
gentillesse, la drôlerie, et la rage ?
Je n'entends que colères, hurlements hystérique chez les militants, qui se
contentent de dire : c'est mal ce qui se passe, c'est mal ce qu'on fait en
Iran, c'est mal ce que des tas de gosses vivent dans les lycées, c'est mal de
ne pas mettre de capote. Ils nous interpellent, et s'en vont, ventripotents et
bien pendus à leurs petites breloques de prétention, persuadés de détenir la
vérité universelle parce qu'ils ont raqué 15 euros dans une assoce loi 1901 et
que ce médiocre imprimatur leur donne le droit de nous forger une conscience, à
nous, les pauvres connes qui n'avons retenu d'homosexuel que sa définition la
plus basique : trouver un mec et le garder... Alors nous, pendant ce
temps-là, nous les écoutons, parce que nous sommes bien élevés, nous marchons.
SEUL...
Qui osera un jour demander que le mot d'ordre de la pride soit
l'amour ? Je travaille beaucoup, milite pas mal, et ce que je vois, dans
mes sorties, ce sont des types seuls, des types qui attendent, des types qui
parfois n'y croient plus, des types trop fiers qui n'osent pas avouer que le
soir, parfois, en rentrant du boulot, ils aimeraient bien passer un dîner aux
chandelles. La honte de dire : "j'aimerais bien rencontrer un mec stable",
les moqueries et le cynisme que nous recevons en guise de réponse, c'est contre
cela qu'il faudrait manifester.
Notre incroyable liberté, notre "ghetto" comme on dit, est une chance inouïe,
mais c'est le venin qui nous bouffera tous. Nous avons la liberté de rencontrer
et de baiser comme on veut, avec qui on veut, et 24 heures sur 24,
paradoxalement, des mecs seuls, je n'en ai jamais vus autant. Je me demande
simplement : pourquoi ? Le milieu, les établissements, les sites de
rencontres, vivent de notre misère sexuelle et affective.
Ne me faites pas dire ce que je n'ai jamais pensé : les bordels, c'est
méchant, tout ça. Non, ce n'est pas là que le bât blesse, je ne suis pas une
oie blanche, j'en profite, allègrement. Ce que je dis, ce que je pense du plus
profond de mes tripes, c'est qu'avec tous nos soi-disant droits nouveaux, avec
nos revendications merdiques et inaudibles, anonymes au possible, avec cette
pédocratie qui nous gouverne (je fais tous les 1er décembre depuis 10 ans, je
vois toujours les mêmes tronches, alors, la capacité d'informer des assoces, ça
me fait doucement rigoler...), avec notre pouvoir d'achat ciblé par des gens
forcément bienveillants, nous avons perdu notre identité : celle d'être
homosexuel, c'est-à-dire celle d'aimer un mec qui nous aimera en retour et avec
lequel nous serons heureux. Point barre, ni plus, ni moins. Etre homo, c'est
simple. C'est juste ça notre identité. Après, soyez de gauche, de droite, du
centre, vert, rouge, jaune ou bleu, pour les gosses, pour l'avortement, pour
les sans papiers, contre le racisme, antilesbiennes, soyez ce que vous voulez,
mais nom de Dieu de nom de Dieu : AIMEZ !!!!!
Personne ne nous parle plus du couple gay, comment il marche, comment ça tient,
pourquoi ça s'arrête. Plus personne ne nous parle de la vie en somme. Nos seuls
modèles de couple restent épouvantablement hétéronormés, de plus en plus
d'ailleurs. Je suis persuadé que le couple gay a ses spécificités, qu'il se
construit sur des bases inédites, nouvelles, c'est Platon, dans le Banquet, qui
en parle le mieux...
Finalement, je ne regrette pas d'aller à la pride cette année, trop de fantômes
la hantent, d'amours passées, d'amours déçues, et mes cicatrices sont à peine
refermées, mais vous, oui, vous, quand vous y serez, ne perdez pas de vue le
cadeau que la vie vous a fait : votre fierté d'aimer et d'être aimé, là
est votre grande différence avec la masse grise de la médiocrité, et cette
putain de fierté-là, c'est tous les jours qu'il vous faut la hurler, avec ce
sourire aux lèvres qui n'appartient qu'à vous.
Bon vent !
"Je veux que, si inverti que je sois, et je SUIS un inverti, je le dis bien, clairement ; je veux simplement que vous me laissiez vivre parce que je représente une forme véritablement vivante de la vie" Jean-Louis BORY