trouver un mec

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vendredi 25 juillet 2008

Le petit chic en plus...

Maria Callas parlait de son petit chic ; un carré Hermès qui la distinguait immédiatement du commun des mortels. Souvent, dès la première rencontre, il y a chez un mec des petits chics qui nous émeuvent plus que d'autres. Liste non exhaustive et subjective de ces premiers instants immortels, ceux qui durent, qui durent, et qui resteront, malgré tout ce qui suivra (peut-être)... :

Il a un léger accent étranger ;
Il vous dit qu'il n'est pas libre ce week-end parce qu'il doit voir sa grand-mère ;
Il a manqué la dernière marche de l'escalier en sortant de boîte et s'est rattrapé à vous ;
Il vous prête un livre, ou un DVD, ou je ne sais quoi lors de votre première rencontre, sans avouer que c'est pour être sûr de vous revoir (qui ne l'a jamais fait ? hein ? hein ?) ;
Il est arrivé avec 20 minutes d'avance à votre premier rendez-vous ;
Sans le faire exprès, il a cassé une tasse au petit déjeuner et il ne sait pas comment s'excuser ;
Il est embêté, parce qu'il vous a offert des fleurs, vu qu'il ne connaît ni vos goûts musicaux, ni ce que vous aimez en général, et il sait qu'il a l'air con ;
Il a oublié son portefeuille chez vous et court à toute vitesse le récupérer avant de louper son train ;
Il a choisi un bar pendant deux heures pour votre premier rendez-vous ;
Le bar est fermé, vous vous rétractez sur le PMU du coin, il est tout désolé ;
Il vous explique qu'il n'est pas parti en vacances l'été dernier parce qu'il était tout seul, et que bon, partir seul, parfois, bof... ;
Il vous dit qu'il ne cherche pas de mec, mais que bon, si vous insistez un peu...

En rédigeant ce post, je me rends compte que toutes ces phrases (sauf la première, rhaaaaaa, les étrangers) peuvent aussi bien attendrir que faire fuir. Moralité : nous ne tombons pas amoureux de ce que l'autre fait, mais juste de ce qu'il est....

Bon vent !

dimanche 20 juillet 2008

Coucher avec un touriste

De temps en temps, au coin d'une rue, il existe des preuves tangibles que le monde gay existe, qu'il est solidaire, qu'il porte en lui une empathie, un partage...
Juillet est un mois merveilleux ; à Paris, les visages changent, de nouvelles têtes font leur apparition, on se surprend à reparler anglais, allemand, espagnol. Un flot de touristes pénètrent la Marais. On les reconnaît facilement : ils ont le même plan, ils fréquentent les mêmes lieux : Le Dépôt, le Central, l'Open, ces établissements qui sont dans tous les guides.
Ils prennent un verre, et nous regardent du coin de l'oeil. Hier, j'en ai rencontré un. J'aime bien les étrangers, je me suis toujours dit que mon prochain mari (oui, je suis contre le mariage gay, et pourtant je dis "mari", il y a une nuance...) ne parlerait pas ma langue. Il y a quelque chose chez ces mecs : de la douceur, la soif d'apprendre, le sourire, l'échange ; et puis, il leur manque cette musique névrotique très française dont il faudra que nous causions un jour.... On se sent également plus à l'aise avec eux, l'impression d'avoir moins de choses à justifier, à expliquer, je ne sais pas... Immédiatement, on sort des lieux communs, on parle de pays, de cultures, et dans le même temps -et c'est ce qui fait la magie de notre communauté- on se rend compte que nous avons eu la même vie, les mêmes questions, sur nous-mêmes, nos ex, notre tronche, notre estime de soi.
Ce touriste venait de Sacramento, il vote Obama, il était paumé, sans hôtel. Evidemment, je suis une tapette intégrale et triomphante ; pas sûr que s'il avait eu 60 balais, des cheveux blancs, une sale tronche, je lui aurais proposé de dormir chez moi, mais que celui qui n'a jamais péché etc. etc. Je l'ai raccompagné, on a parlé, un peu dîné. Ce qui est fascinant avec les touristes, c'est qu'on touche du doigt une véritable internationale gay, une communauté au sens le plus humain du terme. Il y a des gestes, des expressions, des mimiques, des sourires, des craintes, des complexes, qui montrent que nous sommes tous faits du même bois, qui montrent que le magnifique petit papillon arc en ciel nous a tous survolés quand nous étions dans notre berceau. J'ai passé une belle nuit, et cet inconnu aussi. Là est l'essentiel, mais il y a aussi le principal : chaque type est unique, mais chaque type est également membre d'une bien belle famille, qui est prête à nous accueillir les bras ouverts, pour peu qu'on se force un peu la main.

Nota bene : sur Adventice, Trouver un Mec en 10 leçons a enfin dépassé le Big Penis Book, l'amour dépasse la grosse queue, on est sur la bonne voie, non ? Merci à vous...

Bon vent !

mardi 8 juillet 2008

Correspondance interrompue 2

Paris, le 19 mars 2008

Cher Y,

Tu vois, je n'ai pas téléphoné, j'ai su attendre, j'ai certes beaucoup pleuré, je me suis bien pris la tête, mais j'ai trouvé la force de ne pas te harceler de questions qui ne cessent de me tourmenter. Que te répondre ? Je te comprends.. Je ne comprends pas, mais te comprends. C'est un peu bizarre, je sais, disons que je me mets bien à ta place, je comprends ta lassitude, mais je ne comprends pas pourquoi elle s'est installée sans qu'on ne remarque quoi que ce soit.
Il faut croire que ces choses-là demandent un peu d'expérience, nous ne savions pas, nous nous faisions confiance, sans doute un peu trop, et nous n'avons pas vu que peu à peu, les liens se distendaient. Nous faisions des choses ensemble, mais étions-nous ensemble ? La nuance est là, je n'arrive pas trop à mettre des mots dessus mais je suis persuadé que c'est à ce stade que le bât blesse.
Je ne vais pas t'ennuyer longtemps, il n'y a pas grand chose à dire. Nous nous séparons et il faudra que je t'oublie. Dans une histoire, on ne souffre jamais en même temps. Desproges disait qu'il y en avait toujours un qui souffrait et l'autre qui s'emmerdait, j'étais le premier, toi le second. Je ne sais que te dire de plus, il y a des regrets, mais paradoxalement, je ne regrette rien....

Impossible de te dire que nous nous reverrons.

Je t'embrasse, prends soin de toi !

X


Dans quelques mois, nous verrons ce que ces deux jeunes garçons sont devenus, ils se donneront quelques nouvelles, à suivre donc... Je me suis dis que le style épistolaire était sans doute celui qui parlait le mieux de la rupture et de la question du pourquoi... Maintenant, comme on dit à l'ORTF (c'est de saison), nous allons reprendre le cours de nos programmes habituels... Bon vent !

dimanche 6 juillet 2008

Correspondance interrompue 1

Paris, le 12 mars 2008

Cher X,

Je t'écris pour te dire que c'est terminé.
Voilà quatre années que nous partageons nos vies respectives, et j'ai envie d'arrêter. C'est dit bizarrement : "j'ai envie d'arrêter", comme si je faisais un régime ou que je ne voulais plus fumer, mais il n'en est rien . Il va m'être difficile de trouver des mots, d'ailleurs, autant te prévenir, je n'aurai pas les mots qu'il faut. Mais je te connais, je te connais bien, il te faut des réponses ; il m'aurait été plus facile de te rendre tes clefs, les mettre dans ta boîte aux lettres et laisser le temps faire son office. Tu aurais été un autre, c'est sans doute ce que j'aurais fait, non par manque de respect, mais parce que c'est plus facile pour les deux mecs. On se quitte, on ne se voit plus, on rumine, tranquillement, dans le deuil et le souvenir, jusqu'au jour où tout repart comme avant. Parce que s'il est une chose dont je suis certain, c'est que tout, pour toi, comme pour moi, repartira comme avant... Aussi, puisque je te connais bien, et je sais que tu vas m'appeler pour avoir des réponses que je n'ai pas, je vais essayer d'expliquer, du mieux que je pourrai. Je te préviens, les mots choisis n'auront sans doute pas le même sens pour toi comme pour moi, je ferai au mieux, mais je te connais, tu vas pinailler !
Une chose : il n'y a ni mépris, ni griefs. Certes, j'aurai pu te reprocher de nombreuses choses, et toi aussi. Par exemple, tu n'étais pas assez sûr de toi, c'est souvent moi qui prenait les décisions, tu avais une mauvaise foi que je n'ai jamais rencontré chez aucune créature terrestre avant toi, un égo bien placé, tu aimes être au centre des choses, qu'on te remarque et tu es doué d'une susceptibilité en acier trempée. Moi, de mon côté, je suis, j'étais (la grammaire est compliqué dans ces situations) trop peu affectif, peut-être (moi, je ne trouvais pas, mais toi, sans doute, si, un peu), tu me trouvais certainement un peu froid, distant, lointain, certainement pas assez à ton écoute. Tu vois, des griefs, nous en avions, mais bizarrement, ces défauts, que j'ai et que tu as, ils nous ont construits, moi, en tous les cas, ils m'ont séduits. Alors, je ne pense pas que ce soit à cause d'eux que les choses s'arrêtent, que la lassitude s'est installée...
Pourquoi, alors ? Je ne sais pas. peu à peu, tu n'étais plus X, mais un garçon qui vivait avec moi et pour lequel j'ai fini par ne plus rien éprouver. Tu n'y es pour rien, et comme tu es un affectif presque télépathe, avec un flair qui me laisse pantois ("monsieur je fais les questions et les réponses, et j'interprète tout ;)"), je suis sûr que tu t'étais douté de quelque chose, mais, dans le même temps, comme la solitude doit t'effrayer, ou tout du moins le rejet, j'ai fait des efforts, je me suis forcé, pour toi, pour nous deux. Mais rien à faire, je n'étais plus amoureux de toi. On ne sait pas pourquoi on tombe amoureux, on ignore tout autant pourquoi on ne l'est plus. Un écrivain que nous aimons bien toi et toi disait que le seul mot de toute la langue française qui devrait être interdit dans les romans est "indicible" ; selon lui, tout peut être dit. Je n'en suis pas si certain, en matière d'amour, en tous les cas, de trop nombreuses choses sont difficiles à dire. Il nous manque sans doute l'expérience, va savoir ?
Cette petite lettre est une bien malhabile tentative pour t'expliquer ce que moi-même je ne comprends pas. Je t'aimais, c'est une évidence, et j'étais bien avec toi, sinon, ces quatre années n'auraient jamais eu lieu. Tu es un type incroyable, amoureux, gentil, chiant des fois (très chiant même), mais à l'évidence, un mec bien, comme moi d'ailleurs, comme beaucoup d'entre nous. Il arrive, dans la vie, que des mecs bien ne se sentent plus bien ensemble. Ils se sont rencontrés, ils se sont mutuellement construits, et ils se séparent, avec leur nouveau personnage. Tu laisseras une part non négligeable de toi dans ma vie, et je pense que de mon côté, il en sera de même. Tu m'as appris l'humour, la déconne, les soirées arrosées, les délires et le rire ; moi, je t'ai appris à écouter, à attendre, à te tranquilliser. Nos deux personnes se sont rencontrées et se sont aimées, elles peuvent donc poursuivre leur chemin.
Sans doute ai-je des choses à apprendre, sans doute aurions-nous pu rester ensemble si j'avais eu un peu plus d'expérience, mais quand la lassitude et la routine te prennent à la gorge et que tu ne sais t'en défaire, il vaut mieux baisser les armes que lutter. De ton côté, tu vas peut-être apprendre à dire non, à exister différemment dans le couple (je te rassure, tu existes :-)), et du mien, j'apprendrai sans doute à plus écouter, ou tout du moins, à mieux montrer que j'écoutais...
Ce ne sera pas avec toi, ni toi avec moi, mais avec d'autres.
Je souhaite que tu ailles bien, merci pour ce moment de vie que nous nous sommes offerts.

J'attends de tes nouvelles, Y

Note de l'écouteur aux portes : encore un billet tristounet après celui-ci (la réponse), et ça va rigoler à nouveau... ; bon vent !

jeudi 3 juillet 2008

Parlons de la chose...

Chose promise, chose due.
Petit point étymologique : dans homosexuel, il y a sexuel ; c'est peu dire d'affirmer que ce sujet nous préoccupe gravement, nous autres, garçons sensibles et interlopes. L'idée du post m'est venue après une conversation assez inouïe sur le réseau téléphonique avec un petit bonhomme de 17 ans. Je rappelle, pour les jeunes, que cette forme de drague était courante avant l'explosion d'internet. Le principe est simple : on appelle un numéro (aujourd'hui non surtaxé), on utilise sa voix la plus langoureuse, on décrit en 10 secondes ce qu'on veut : généralement, c'est assez simple : "passif dans le 17ème cherche queue à sucer" ; "actif, 30 ans, dans le 20ème cherche son trou", et on attend le client. Généralement, on ne donne pas son âge directement, ou alors, on ment un peu, parce que plus on est vieux, moins on a de chances d'être appelé. Je le confesse, je dis trente ans, ça passe mieux, bizarrement, quand je suis honnête et que je donne mon vrai âge, ça mord moins bien... Mais là n'est pas le sujet, même si de l'âge, il faudra en parler un jour...
Ce jeune mec avait laissé ce message sur la BAL : "il a baisé avec moi sans capote, je ne sais pas quoi faire"... J'ai mis mes hormones de côté, ai remballé mon attirail proéminent et d'un seul coup d'un seul, ma conscience militante n'a fait qu'un saut : je l'ai contacté, parce que des conversations avec des mecs qui arrêtent la capote, j'en ai eues pas mal, et très souvent, je sais qu'il y a derrière plusieurs sentiments, entremêlées : de la détresse, du cynisme, du "à quoi bon", de la lassitude, et souvent aussi, de la solitude, beaucoup.
Ce mec me dit qu'il a 17 ans, qu'il sort avec un mec de 38, il ne sait pas si ce type est amoureux de lui mais ils adorent baiser ensemble. Et puis, dernièrement, le mec (le vieux de 38 ans) a enlevé la capote avant de l'enfiler. Mon interlocuteur avait la trouille. Trouille légitime...
Je fais donc ma Mère Thérésa, lui explique que dans ces cas-là, il faut de toute urgence faire une prise de sang, un test rapide, afin de commencer un traitement (qui, au bout de cinq ou six rapports non protégés, n'est plus un traitement post exposition, mais un véritable protocole), un test de vérif est fait au bout d'un mois et là, la vie bascule définitivement.
Je lui explique tout ça, il me remercie. Me promet qu'il va aller à Saint Louis (c'est gentil de me promettre, je ne le connais pas). Une question me titille, avant de raccrocher ; je lui dis, en substance : "mais tu sais, tu t'apprêtes à vivre les années les plus bouleversantes et les plus fastes de ta vie sentimentale, de belles années, et sache au moins une chose, dans un couple, vous êtes deux, tu as ton mot à dire, surtout quand ta vie est en danger ; ton mec, même si tu l'aimes, n'a pas le droit de t'imposer ça." Il me répond le truc classique : "j'étais excité, j'en avais envie". Serge Hefez, un brillant psychiatre spécialiste de la sexualité homosexuelle, a très bien décrit ce processus d'excitation, qui dans de nombreux cas, nous pousse à commettre l'irréparable. C'est difficile de lutter contre ça, je ne suis pas une mère la morale, je sais que parfois, il est dur de se raisonner, surtout quand on a 17 ans, surtout quand on est amoureux, surtout quand on veut garder son mec. Un de mes ex est mort de ça, exactement le même schéma...
Là, il me répond un truc qui m'a mis sur le cul (je m'étais renculotté entre temps) : "tu sais, je suis passif, c'est lui qui décide..."
Le rapport de force, la soumission, le rôle de l'actif et du passif dans le couple. Quelle question ! La tradition antique a répandu dans nos consciences cette insondable connerie : Socrate, le vieil homme mûr, actif, et l'éphèbe, celui qui apprend, celui qui reçoit, le passif. Chez les Romains, le propriétaire de l'esclave devait toujours être actif et l'esclave passif, dans le cas contraire, on l'insultait ou le brocardait. George Steiner, un philosophe, a écrit un très beau livre : l'art de la transmission, qui parle de pédagogie. Il commence, de manière un peu provocante, par expliquer que l'acte de transmettre est assez proche de l'acte sexuel : celui qui délivre le savoir est actif, celui qui le reçoit est passif. Il prend des tas d'exemples chez les Grecs. Je résume outrancièrement sa pensée, c'est plus complexe. Lisez Steiner quand vous aurez un moment, c'est un mec brillant, et des mecs de cette valeur, par les temps qui courent, c'est rare... Chez les Asmat de Nouvelle-Guinée, les jeunes hommes, dans la maison des hommes, sucent leurs aînés et avalent leur sperme, parce qu'ils reçoivent ainsi la force et la connaissance. Encore de temps en temps, on entend des bêtises du genre : le soumis est passif, le domi est actif ; on sait qui fait l'homme et qui fait la femme, et autres âneries...

Ce rapport de forces amoureux est un truc très répandu chez nous les pédales ; à titre perso je suis bien meilleur actif quand le garçon avec lequel je baise est plus jeune, apprend des choses de moi ou s'intéresse à ma dérisoire personne (c'est très con, mais je n'y peux rien du tout), au contraire, je n'y arrive pas lorsque je suis impressionné ou que le type est froid comme un glaçon : ce truc m'a coûté trois ans d'hypnothérapie, et il est à peine en train de se régler...
Le cul, c'est donc très très compliqué. Ce n'est pas simplement une question de feeling : entrent en jeu des personnes, leurs inconscients, leur estime d'eux-mêmes, l'image qu'ils se font de leur partenaire, leur évolution....
Lorsque je parlais de la Pride, je disais, peut-être un peu violemment, que notre communauté avait créé des schémas, ses propres schémas, qui, d'une certaine manière, pouvaient nous faire du mal. Cette histoire de rapport de forces en est un. Dans le couple, il ne doit pas exister, ou alors, il doit être assumé par les deux partenaires, mais chacun doit pouvoir s'exprimer. Je ne crois guère au compromis dans ce domaine. Le cul est une affaire trop personnelle : renoncer à une pratique, c'est renoncer à une partie de soi. C'est difficile d'assumer ce que nous sommes, nous avons tous des fantasmes plus ou moins avouables et quand on est amoureux, il est difficile de proposer à son mec des trucs qu'il pourrait trouver bizarres (uro, SM, crad, fétichisme, plans à plusieurs, ce que je sais).
De cette difficulté à parler naîtront des frustrations, qui, à la longue, peuvent causer une rupture. Lorsqu'on a très envie de quelque chose d'inavouable (pense-t-on), et qu'on n'ose l'évoquer avec son mec, s'installe le compromis. Celui-ci permet, un temps, de tenir, mais à moyen ou long terme, ce compromis tisse une emprise sur la relation, s'apparente à de la frustration, à un renoncement, de soi-même et de son couple. On ne peut forcer le naturel. Je suis persuadé, pour prendre une image forte, qu'un mec qui tripe de se faire pisser dessus ne pourra pas se contenter d'une relation avec un type qui est dégoûté par cette pratique. Les deux mecs ont leur légitimité, aucun ne doit renoncer à ce qu'il aime. Le rapport de force ne doit pas exister...

Ce qui est vrai, mais c'est difficile, c'est qu'assez tôt, les désirs, les envies, les pulsions, doivent être communiquées, et pour y parvenir, il faut de la bouteille. Mon petit mec n'avait que 17 ans, un gosse, bon Dieu, et il tombe sur un connard... S'il avait eu 25 ans de plus, quelques expériences, il aurait (peut-être) pu échapper à cette angoisse : à son âge, la seule angoisse légitime, c'est celle de rater son bachot. Nous, les vieux pédés avons une lourde responsabilité, là est le sens profond de la communauté ; c'est à cela qu'elle devrait servir la soi-disant marche des Fiertés (faudra m'expliquer ce pluriel qui pue le politiquement correct...), mais je m'arrête, sinon, je vais reparler de la Lesbian and Bisexual and Drunk Straight and (Sometimes) Gay Pride...

Nos anciens, les vieux gays, que j'aime bien, parce qu'ils sont un peu nos pères spirituels, ont cette charge, à mon avis. Ils doivent nous aider, nous rassurer, nous expliquer que c'est normal d'avoir mal au cul quand on se fait enculer la première fois, que c'est normal de débander alors qu'on a du désir pour un mec, que c'est normal de ne pas se faire prendre si on n'a pas envie, que c'est normal de ne pas avoir envie de sodo si on n'aime pas ça ou si ça fait peur, que c'est normal d'en avoir peur, que c'est normal de se réserver quand on est jeune avant de coucher avec le premier type venu....
Un vieux pote, à la sexualité plus qu'extrême, un mec bien, me disait qu'il rencontrait beaucoup de jeunes types sur les réseaux scato (chacun son truc, no judgement darling, please). Lui a 50 ans, et ça l'étonne, parce qu'il a franchi le pas il y a seulement une dizaine d'années. C'est une sexualité qui demande pas mal d'expérience, de recul, qui oblige à mettre ses appréhensions de côté... Il s'éclate vraiment, avec des mecs qui s'éclatent, et il me disait : "tu vois Jérôme, le mec de 18 ans qui se fait fister et qui se fait chier dessus, il passe à côté d'années de découverte du sexe, il vient d'avoir le permis de conduire et on le met aux commandes d'un Concorde." Cette phrase me fait réfléchir, il n'a pas tort.

Apprendre à baiser, c'est apprendre à aimer, c'est n'être pas trop fragile pour éviter les confusions entre amour et sexe, confusions qui sont courantes avant 30 ans (peut-être même après). Je sais, perso, que j'ai plein de trucs à apprendre sur moi-même avant de prendre mon pied, et je commence, à peine, à savoir ce que je veux quand je suis au pieux avec un mec, avant, j'imitais et je faisais ce qu'il aimait ; je le faisais bien au demeurant, mais ne nous égarons pas :D.

Ce post n'est peut-être pas très clair, mais j'aimerais que nous, les pédales, soyons suffisamment solidaires pour éviter que des petits mecs se fassent plomber, qu'ils sachent dire non, et qu'ils soient heureux. Puisque nous pensons tous avec notre queue, pensons bien, soyons généreux, et de sexe, et d'affection, et d'empathie. Cette générosité nous sera rendue, un jour, quand nous serons vieux, parce que, peut-être, grâce à cela, nous ne serons pas vieux seuls.

Bon vent, et même si c'est con à dire, chiant à déballer et parfois difficile à mettre, enfilez des capotes, par pitié. La vie est belle, aussi, et vous méritez de vivre.


dimanche 15 juin 2008

La carte amoureuse de John Gottman

Revenons à du léger...
Nous cherchons tous le secret du couple qui dure : on est à l'affût de recettes, d'autres regarderont leurs amis, en essayant de déceler l'apparent mystère de leur amour durable, d'autres encore verront beaucoup de films, liront des romans, certains reproduiront aussi, malgré eux, ce qu'ils ont pu connaître chez leurs parents. Homo ou Hétéros, je ne pense pas qu'il y ait de spécificités amoureuses chez l'un ou l'autre genre...
On va me répondre : oui, mais nous, les pédés, on a plus envie de coucher et on est plus volage... Je ne suis pas sûr que les hétéros le soient moins, mais comme ils ont tout un tissu institutionnel à se farcir (mariage, visite chez les beaux-parents, gamins...), ils peuvent sans doute moins se permettre de courir... Raison pour laquelle je reste personnellement dubitatif sur le mariage gay, mais c'est une autre discussion, dont nous pourrons débattre un jour, d'ailleurs.
Retenons un point : notre idée du couple, qui est propre à chacun de nous, et plurielle. Elle s'est nourrie au cours de notre vie par nos expériences antérieures, par des mythologies (les films, les contes de fées), par notre modèle parental (je ne sais pas s'il existe des études là-dessus, mais j'ai constaté autour de moi que les mecs qui avaient eu des parents formant un couple authentique avaient plus d'histoires durables : je n'énonce aucun lien de causalité, encore moins de déterminisme, mais c'est un simple constat, qui vaut pour quelques personnes...).
Je pense que si on a eu une enfance heureuse au sein d'un couple serein, même en étant pédé, on aura eu un accès sans doute plus direct à la définition du couple (logique, on en a une sous la main), et, vraisemblablement, on passera moins de temps à passer par des expériences successives.
Tout cela n'engage que moi : ce qui est sûr, c'est que tous, nous avons la capacité physique, psychologique, intellectuelle, de vivre avec quelqu'un. Parfois, nous aurons nos vies à construire, ou à reconstruire, et l'on pourra alors être moins disponible, mais là encore, rien n'empêche une rencontre fortuite, qui pourra nous aider à nous accomplir.
Laissons-là des scénarios subjectifs et revenons à notre question de départ : le secret du couple qui dure...
Je n'ai pas la réponse, bien évidemment, sinon, je ne serais pas célibataire :-), mais quelques psychologues se sont emparés de la question : parmi eux, Winnicott, spécialiste des enfants, et John Gottman, dont on va parler aujourd'hui.

Premier point : le couple qui fonctionne bien, d'après ses observations, est celui où les deux partenaires ne cherchent aucunement à être approuvé, ou félicité par l'autre. Je sais, à titre personnel, et je connais, des mecs qui me disent : "il ne me fait jamais de compliments, il ne me dit jamais qu'il m'aime, il ne m'avoue jamais être heureux avec moi..." En fait, si on suit Gottman, c'est normal et même bon signe.
Un couple où un partenaire chercherait sans arrêt une reconnaissance est voué à l'échec. Votre mec vous prend comme vous êtes, et vous en faites de même, ce n'est pas un examen de passage, ni une quête narcissique (regarde comme je suis beau et intelligent, tu as tant de chance de m'avoir rencontré..). Si vous attendez des compliments de votre mec, et si vous passez votre temps à lui en faire : vous vous consacrez exclusivement au présent, qui, à la longue deviendra du passé, qui, à son tour, laissera la place à la nostalgie, puis aux rancoeurs, puis à la rupture. Selon Gottman : il existe une différence entre attendre des compliments et s'accomplir. Pensez à votre travail : exercez-vous pour que votre chef soit content de vous, ou pour être heureux dans un job où vous vous sentez bien et qui vous construit ? Un peu des deux, peut-être, mais à long terme, c'est le second point qui a la primeur, sinon, vous êtes à la merci du moindre changement de conjoncture (le chef change, vous êtes mutés, vous êtes virés).

Second point : Les deux partenaires ne doivent pas chercher à être admirés ou reconnus par l'autre, mais en revanche, ils doivent accepter de se laisser connaître, de se dévoiler progressivement. C'est le concept de carte amoureuse : avec les années, chacun des deux mecs dessine une carte de son partenaire, comble les vides, emplit les zones d'ombres. Ce processus : "laisser connaître" et "chercher à connaître" est infini, illimité. Il ira se nourrir des vies de chacun, des expériences individuelles, professionnelles, intellectuelles, sportives, associatives, etc. D'après Gottman, et sur la foi d'un échantillon statistique (aux Etats-Unis, principalement hétéros...), les couples durables sont ceux qui découvrent de nouvelles parcelles de l'autre, année après année. Deux pièges : il ne s'agit pas d'accumuler les expériences pour que l'autre découvre sans arrêt des nouveautés, il ne s'agit pas non plus de passer son temps à scruter l'autre. Il faut, toujours d'après Gottman, simplement veiller à vivre pour soi, en toutes circonstances, sans penser à son partenaire, mais sans oublier non plus de garder de l'intérêt pour lui, pour ce qu'il fait et ce qu'il est.
Vous allez me dire : oui, c'est un peu découvrir la lune tout cela. Pas si sûr... Très souvent, on considère que la découverte de l'autre tient dans les trois premières années, qui sont celles de la passion et du rapprochement, et ensuite, on laisse la routine s'installer. Là, la routine existe mais en gardant ses projets personnels, en pensant et se repliant sur soi, paradoxalement, on suscite un regain d'intérêt chez l'autre (à condition que l'autre en fasse de même). Réfléchissez bien à ce dernier point, ce n'est pas si évident...

Troisième et dernier point Beaucoup de gens pensent qu'il faut trouver le "bon" partenaire pour vivre heureux. Cette idée est fausse, et nous vient des mythes hollywoodiens qui présentent seulement les débuts des passions et des rencontres (c'est souvent là que s'arrête le film, lorsque les deux héros se rencontrent et décident d'entamer leur histoire). En fait, le plus important n'est pas dans la recherche du "bon" (qui change de toute façon en fonction de nos âges, de nos envies, de nos expériences : je ne suis plus, à 35 ans, attiré par les mêmes mecs que lorsque j'en avais 20), mais dans le fait de cultiver la relation qu'on a choisi. Qu'on a choisi Ce point est essentiel.

Conclusion : tout cela a l'air bien théorique, mais il y a une multitude d'événements qui doivent vous faire écho. Je vous conseille de prendre un crayon, un papier, 15 à 20 minutes, et de vous demander clairement :

Comment puis-je aider mon mec (qu'il existe ou non) à mieux me connaître ?
(si vous êtes déjà en couple) "Comment puis-je mieux connaître mon copain ?
"Pour moi, être amoureux, c'est...
"Pour être un meilleur ami, je pourrais...
"Pour qu'il y ait de l'amour dans ma vie...
"Si je prends davantage sur moi pour satisfaire mes aspirations...

Ce jeu des petites phrases à compléter est très serein, il vous oblige à vous poser quelques secondes, et à clarifier votre propre carte amoureuse, car ce qui est vrai, c'est qu'avant de bien connaître l'autre, il faut se connaître et s'aimer soi-même, un minimum...

Je vous renvoie à deux livres qui m'ont beaucoup servi pour ce post :
John Gottman. Les couples heureux ont leurs secrets : les sept lois de la réussite. Pocket évolution, 2006.
Gottman

Tan Ben-Shahar. L'apprentissage du bonheur. Belfond. 2008.
shahar

Bon vent !

mardi 3 juin 2008

Le mec : mode d'emploi

Avertissement :
Ce Mec répond à toutes les normes de garantie exigées par la Commission de vérification des Mecs, des ex, des belles mamans, des filles à pédés, des amants de passage et des coups d'un soir. Si toutefois vous n'en étiez que faiblement satisfait, il vous est tout à fait possible de l'abandonner là dans le bar à cul le plus proche. Nous espérons néanmoins que notre modèle vous donnera entière satisfaction.

Compatibilité :
Ce mec est compatible avec tous les autres modèles : âges, passions diverses et névroses éventuelles pouvant toutefois faire leur apparition à l'usage. Nous vous conseillons néanmoins de le manipuler avec précaution, de ne pas culpabiliser inutilement, au moins dans les premiers temps. Certains utilisateurs ont en effet pu constater une phase de rodage somme toute assez normale. Celle-ci leur garantira une utilisation maximale. La phase de rodage se manifeste souvent par les signes suivants : hésitations, rappels au téléphone très intermittents, surdéveloppement de la boîte vocale et du répondeur... Si ces signes de rodage venaient à perdurer au-delà de quelques semaines, envisagez néanmoins de changer de modèle.

Installation de votre Mec :
D'une prise en main en apparence aisée, le Mec devra être parfaitement étudié avant d'envisager son utilisation maximale. Vérifiez donc que les différents panneaux de commande soient opérationnels : attentif à votre conversation, intéressé, soucieux de vous revoir. En cas de défaillance, dans les premiers jours, n'hésitez pas à solliciter fréquemment le système, il se peut qu'au démarrage, vous ne soyez pas pleinement convaincu de son efficience. Si les doutes persistent, il vous est encore possible de changer d'interface. Attendez donc quelques jours.
Le Mec est installé et pleinement opérationnel si vous vous sentez en confiance à ses côtés. Attention toutefois, il se peut que le système ne soit pour sa part qu'incomplètement en confiance, n'hésitez pas, encore une fois, à changer de modèle si vous sentez que vous-même, vous ne lui donnez pas entière satisfaction. En cas de surcharge en effet, le Mec peut griller et devenir inopérant (il répondra en général : "on se rappelle, tu me tiens au courant"). L'installation demande patience, doigté et savoir-faire.
Divers utilisateurs ont remarqué que plus on avait eu à faire avec des Mecs par le passé, plus on savait comment initialiser un nouveau modèle, sachez néanmoins que des surprises demeurent possibles et que rien n'est acquis.

Configuration de votre Mec
Le Mec doit être un minimum configuré avec votre mode de vie, si vous l'avez choisi, vous l'avez de toute façon fait en connaissance de cause. Nos modèles sont toutefois suffisamment variés et intelligents pour garder un peu de libre arbitre. Quelques conseils pour une configuration optimale :

  • Prévoyez quelques dîners amoureusement préparés.
  • Envisagez assez rapidement un aspect sexuel, sans omettre le préservatif.
  • Veillez constamment à être à son écoute.
  • Veillez également à ce qu'il soit lui aussi à votre écoute.

Nous nous refusons à toutes garanties si ces quelques conditions prérequises ne sont pas établies. En cas de réclamations ou si notre produit ne vous avait pas donné entière satisfaction, laissez-vous un peu de temps avant de changer de modèle.

Bon vent !

vendredi 2 mai 2008

Cerveau gauche, cerveau droit

Une fois n'est pas coutume, un peu de sciences et de culture dans ce monde pétri d'hormones, de paillettes, de talons et de muscles ne va pas faire de mal.

D'aucun nous demande : "mais dites-nous, Philippe et Jérôme, vous qui savez tout de l'amour, quel est le grand secret ? Celui qui permet d'être certain que le mec qu'on va rencontrer, il va durer longtemps ?" Nous nous grattons la tête, prenons une pose inspirée et répondons : "attends deux minutes mon petit lapin, on va y réfléchir, en attendant, laisse nous des commentaires au lieu de venir nous rendre visite sans même nous dire qui tu es... (message inside)"

Deux réponses à cette question : l'une est philosophique, l'autre plus physiologique. Et vous allez voir que ces réponses, si elles dégrossissent la question, si elles donnent des pistes, ne vont pas vous donner la clef, ce serait trop simple, non ?

Philosophiquement, et ça remonte à Platon et son Banquet. Platon distingue deux Eros, l'Eros classique (celui qui lance sa flèche, Cupidon), autrement appelé céleste, et celui qu'on appelle communément l'Eros vulgaire. Ces deux Eros jouent avec nous comme un marionnettiste, mais de manières différentes.

L'Eros vulgaire, c'est le papillon, celui qui s'attache avant tout au corps, à l'acte, à la baise. Quand on va au bordel, c'est pour satisfaire notre Eros vulgaire, on le nourrit assez vite, et il se contente. Cet Eros-là fait partie de chacun d'entre nous, il ne faut pas en avoir honte, il ne faut pas se poser trop de questions.

Contrairement à ce que disent les psychanalystes, l'Eros vulgaire n'est pas une pulsion, c'est simplement une part de notre individu qui n'a besoin d'être amoureux que charnellement. C'est une forme d'amour, mais un amour au hasard, sans que n'entre en considération l'avenir. C'est un amour présent, attiré par le corps et la beauté. Point barre. C'est donc essentiellement notre part esthétique qui entre en action, et non notre part spirituelle.

Notre Eros vulgaire, on le perçoit plus nettement après une rupture sentimentale, quand on a l'esprit occupé à notre travail, à nos occupations, à nos amis. C'est celui qui est le plus en surface, qui n'a pas besoin de faire d'efforts pour se manifester, tout simplement parce qu'il se meut surtout grâce au hasard. C'est en effet le hasard son principal moteur. L'image, c'est celle de grains de poussières qui volettent dans l'air et qui s'associent. Nous vivons dans une sorte de mouvement brownien, et, au pif, on s'agrège. Pour Platon, au moment où nous nous agrégeons pourra intervenir l'Eros céleste. Une remarque avant de passer à la suite : les chrétiens ont confondu l'Eros vulgaire avec l'homosexualité, c'est la raison pour laquelle aux yeux de ces braves gens, nous passons pour des pervers, des brutes, des animaux, des créatures contre-nature. Cette part d'amour "vulgaire" (au sens étymologique, "qui nous concerne tous" : vulgo, are signifie "répandre dans le public", me dit mon Gaffiot, le seul mec qui me comprenne en ce moment), elle nous oblige à mettre le nez dehors, à nous fier à nos sens, à notre intuition. Elle est nécessaire, sans quoi nous serions purs esprits, et comme les deux faces d'une même pièce, elle est intimement liée à l'Eros céleste, celui qui nous intéresse tous.

Venons-en à l'Eros céleste, c'est là qu'il entre en jeu : c'est celui qui nous guide vers des amours et des êtres que Platon juge plus "intelligents", plus "purs", résumons en disant que l'Eros céleste nous fait voir au-delà du corps. Si on simplifie : l'Eros vulgaire fait les présentations, nous oblige à sortir, c'est un peu notre fille à pédé à nous, et l'Eros céleste parachève la rencontre. Ce sont les points communs, les affects, les différences, bref, c'est le sentiment amoureux. Pour Platon, nous avons besoin des deux : le vulgaire nous extériorise, nous fait essayer, nous fait nous planter, et nous fait admettre notre intérêt pour le corps de l'autre, l'Eros céleste vient parfois à la rescousse pour approfondir la question.

C'est alors l'amour with a big A !!

Evidemment, si l'Eros céleste se manifestait sans arrêt, nous tomberions d'épuisement, sans avoir le temps d'expérimenter, sans avoir le temps de prendre le temps, d'aller à la rencontre. L'amour céleste permanent : c'est l'amour platonique, au sens propre du terme : un amour spiritualisé à outrance, sans issues. De même, seulement dynamisé par notre Eros vulgaire, on passerait son temps à baguenauder de corps en corps, au hasard, sans nous poser.

Or, et c'est-là le génie de Platon, l'Eros céleste doit intervenir, parce qu'existe dans le monde notre deuxième moitié, que notre Eros vulgaire nous oblige à chercher, et que notre Eros céleste nous fait découvrir.

Il est donc, d'un point de vue philosophique, normal d'avoir parfois envie d'aller voir ailleurs, il est normal de n'avoir envie que de cul, comme il est normal d'aspirer à un amour plus stable, plus fort. L'un amène l'autre.

Ce qui est passionnant avec cette histoire de deux moitiés, c'est que des psychologues et des spécialistes du cerveau la retrouvent, indirectement. Ils ne seront peut-être pas d'accord avec les raccourcis que je vais faire, mais le blog étant un épanchement de soi, allons-y de notre théorie personnelle. C'est passionnant.

Que disent les neuro-sciences sur la théorie des deux moitiés ?

Notre cerveau se compose de deux hémisphères : gauche et droit. Le cerveau gauche, c'est celui de l'analyse, c'est "la bosse des maths" si on veut, c'est le rationnel, le logique, le carré, l'argument ; le cerveau droit (mon préféré) a une autre capacité : celle de faire des liens très rapides entre des choses qui apparemment n'ont aucun sens, c'est le cerveau du traitement simultané des informations, de l'analogie, de l'intuition, c'est le siège des pensées divergentes (qui sortent de l'opinion commune), c'est aussi le siège des émotions. Une personne cerveau gauche sera calme, prudente, analytique ; une personne cerveau droit plus affective, plus difficile à suivre, plus empathique, plus à fleur de peau. Dans notre personnalité, une hémisphère est plus développée qu'une autre. En gros, 50% de la population est cerveau gauche, et 50 % est cerveau droit. Regardez les couples qui durent autour de vous : c'est souvent un cerveau gauche et un cerveau droit, l'un un peu fofolle, l'autre plus raisonnable, l'un plus anxieux, l'autre plus rassurant, l'un casanier, l'autre chien fou. Rimbaud et Verlaine : deux cerveaux droits : ils se sont autodétruits. Sartre, Beauvoir : cerveau droit chez Monsieur, gauche chez Madame, ç'a donné quelque chose de pas mal. Les deux moitiés de Platon existent dans les faits.

Ainsi, revenons à nos moutons. Comment savoir que le mec rencontré est le bon ?

De une, philosophiquement comme physiologiquement, l'idée du "bon" existe : les moitiés de Platon, les deux hémisphères du cerveau.

Dans le banquet, Platon n'envisage pas la séparation, il pense que le mec pour la vie, c'est une réalité. Il considère deux hypothèses : parfois, une moitié homme et une moitié femme se retrouvent : ce sont alors les androgynes, ils font des bébés et accouchent d'une autre moitié qui gravitera dans le monde, à la recherche de sa moitié, in saecula saeculorum (pour les siècles des siècles, NdT). Parfois, et là, on frétille, nous autres, dindes : deux moitiés hommes se rencontrent.

Pour Platon, c'est la forme d'amour la plus pure, la plus aboutie, celle qui accouche non d'un humain (et pour cause), mais de l'esprit. Or, dans la perspective platonicienne, l'esprit est immortel (c'est pour cela qu'il était bien vu des chrétiens, parce que vu comme le précurseur de l'immortalité de l'âme, mais je diverge...).

Les neurosciences confirment donc les deux moitiés, mais nous expliquent en revanche, ces connasses, que l'attachement amoureux est provisoire, liée uniquement au souci de reproduction des espèces. Physiologiquement, en effet, le sentiment amoureux intense ne durerait que trois années pour les neurosciences. Quand nous sommes "in love", le cerveau libère des hormones, nos zones cérébrales liées à l'empathie sont plus développées, notre degré d'attention à l'autre fonctionne à plein régime pendant trois ans, et puis ça se tasse. C'est pour cela que souvent, on raconte qu'après trois ans, ça passe ou ça casse... Ca se tasse pour de bêtes raisons de sélection naturelle : au bout de trois ans, on a eu le temps théorique de faire un petit.

Conclusion : l'hypothèse des neurosciences et celle de Platon se rejoignent sur un point. Deux fonctionnements, deux esprits différents, se complètent. C'est dans le devenir de cette union que les choses divergent.

Pour Platon, ces deux esprits accouchent d'un véritable esprit, durable, immortel. Les créateurs homosexuels, Marais et Cocteau, Michel Ange et ses élèves, Socrate et Platon, Charpini et Brancato, Omar et Fred, etc. Pour les neurosciences, notre attachement amoureux est en revanche provisoire : nous nous complétons, mais juste pour faire des bébés. Là, c'est génial, parce que nous ne faisons pas de bébés, nous autres, et pourtant, parfois, on se sépare quand même : on dira alors qu'on n'est plus sur la même longueur d'onde, qu'on ne se comprenait plus, et c'est vrai. Nos deux cerveaux ne se comprennent plus, au sens strict.

Conclusion bis : Vous avez donc bel et bien votre alter ego, un mec vous attend quelque part, c'est une certitude, et philosophique, et physiologique. Il y en a eu avant, mais vous vous êtes transformé, votre cerveau a changé, et le nouveau y sera adapté. Votre Eros vulgaire vous pousse à le trouver. Et le bon, vous le sentirez, vous saurez que c'est lui.

Allez, bon vent.

Pour en savoir plus Théorie des moitiés, amour platonique : Platon, le Banquet, G. Flammarion, poche. 9 €

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Neurosciences, cerveaux gauche et droit : Jeanne Siaud-Facchin, Trop intelligent pour être heureux ? l'adulte surdoué, Odile Jacob 21,90 €

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lundi 31 mars 2008

Ma part d'adolescence

Je le rencontre sur le réseau, dans le couloir sans fin d’une boîte, ou dans les vapeurs d’un sauna. Un regard, un sourire, un mot. On se prend la main, on s’embrasse.
C’est lui. Je le sais. Celui avec qui je vais vivre une longue histoire.
Quelques caresses, des baisers. Et en moi une certitude. Nous allons être heureux ensemble. Il y a des signes qui ne trompent pas. L’étreinte. Encore des caresses. Des baisers. Et toujours cette certitude. Cette sensation d’accord entre nous deux. Alors je donne. Tout ce que je peux donner.
Il en est toujours ainsi. Que la rencontre dure quelques minutes, quelques heures, quelques jours ou quelques mois, c’est toujours la même flamme qui s’allume en moi. Elle brûle, quelques minutes, quelques heures, quelques jours ou quelques mois. J’y crois toujours. Sincèrement. Naïvement peut-être. Le désir n'est jamais seulement désir physique. Il est aussi désir d'amour, et de belle histoire. Ce sentiment s'empare de moi comme si j'avais 15 ans. Chaque garçon que j'embrasse m'offre quelques instants d'amour. Que je lui rends, avec le plus grand bonheur.
S’il est vrai que l’on garde une part d’enfance en soi, il faut admettre que l’on garde également une grande part d’adolescence. Pour le meilleur.

dimanche 30 mars 2008

Bon sang, mais, mais, mais… C’est le printemps !

Youpi, joie, allégresse et oiseaux qui chantent. C’est le printemps ! La saison mirifique où on ressort ses tee-shirt de l’an dernier, où on vérifie que ses petits muscles tout bien préparés cet hiver à la salle de sport ressemblent à quelque chose. La saison où les jeunes sportifs se remettent à courir dans les parcs, où les terrasses se remplissent à nouveau de non fumeurs, où les vitrines de fringues s’égayent de choses multicolores et immettables. Bref, c’est la saison des amours. Bon, certes, la météo est pourrie. Mais vous vous en fichez, vous lisez ce blog, vous allez être prêt avant tout le monde, donc, ce 30 mars, c’est le moment de vous préparer au grand saut et d’assurer : -Virez vos compils mortifères de Barbara et achetez l’intégrale d’Annie Cordy. -Vérifiez vos Tee-Shirt, ne gardez que les couleurs vives et joyeuses. La mode est au rouge, cette année, paraît-il… -Sortez : deux expos par mois minimum, un troquet par semaine, lâchez le réseau et traînez dans les rues, les folles ressortent, on les revoie, et les petits minets du printemps nouveaux sont arrivés. -Ravivez vos réseaux, vos ex, vos amis, invitez-vous, élargissez votre terrain de chasse. C’est le printemps, la saison des amoureux, soyez prêt. Il est au coin de la rue, si ça se trouve, en se penchant de sa fenêtre, il vous voit… Ne vous inquiétez pas, on va vous aider, vous n'entrez pas en terrain hostile, bien au contraire !

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