trouver un mec

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jeudi 4 mars 2010

I like it, me gusta eso, j'aime.

Facebook est à mon avis devenu, avec le 11 septembre, le bling bling, l'Iphone, les tweets et Lady Gaga la marque angulaire de la première décennie du XXIème siècle. Inutile de gloser, je suis inconditionnellement accroc à ce machin : nombrilisme persistant, quête d'attention, réactivité, tout se conjugue pour que ce nouveau cercle tribal me séduise autant qu'il effraie. En fait, je ne sais pas vous, mais j'ai un mal considérable à ne pas passer un moment sur mon profil, et de guetter les commentaires, et de partager, et de raconter des âneries toutes les deux heures. Je me dis parfois que si ce truc avait existé quand je préparais le bachot, je ne l'aurais jamais décroché.

Du strict point de vue amoureux, c'est assez rigolo. Déjà, on retrouve ses ex. Comme si le passage désormais obligé sur la toile normalisait les écueils amoureux, comme si cette ultime incursion dans le quotidien achevait paisiblement une histoire qui a priori ne regardait personne d'autre que les deux impétrants. J'ai viré un ex il doit y avoir un an, parce que ça me dérangeait de constater qu'il avait une vie largement pleine et épanouie tandis que ma présence était réduite à sa portion congrue (narcisse, narcisse...). De temps en temps, je constate qu'il est encore vivant et la tentation de le réintégrer dans mon cercle se pointe, et puis non en fait, je ne sais pas, c'est presque une manière de respecter le passé, maintenant qu'il est loin derrière moi. Un de mes amis m'avait un jour dit : "Mais je n'ai même pas envie de savoir s'il va bien ou mal, je m'en fous, et c'est plus sain."
L'autre truc, c'est le facebookage (ça fait "flicage" un peu) avant la relation : genre on rencontre un mec. Autrefois, on échangeait un numéro de fixe et basta, maintenant, putain, il faut être largement plus équipé : msn, mail, portable, portail FB, tweet, cam, enfin la totale. En se débrouillant bien, on connaît tout du mec avant d'avoir baiser avec lui : quelques plans cams, ses copains, son boulot, ce qu'il écoute, tout ça machin.
Bon, c'est ni bien ni mal, c'est ainsi. C'est finalement une nouvelle forme de séduction et cela répond à une question lancinante dans la vie amoureuse : "Mais que pense-t-il en réalité ?" On a toujours envie de savoir, c'est ainsi : ce qu'il a dans le crâne, ce qu'il se dit. On a tous connu cette expérience du truc difficile à sortir en Face to Face et qui passe comme une lettre à la poste sur un statut ou sur MSN, genre "I'm in love" alors que devant le mec, tout l'après-midi, on est resté à niaiser, en buvant un café froid et en parlant d'Europe Ecologie... J'ai même connu un mec qui ne voulait pas baiser en réel mais qui le soir, rentré chez lui, m'a proposé une cam...
Facebook, objectivement, ne sert à rien, mais vu son succès, a un rôle social à jouer. A mon avis, il est de deux ordres : le retour à la tribu, et le recours à une boule de cristal techno et taxée d'efficacité. On cherche, déniche, les goûts, les amis, les photos de l'être convoité. Ce qui me rassure, c'est que malgré tout ce bordel, on n'est pas plus avancé sur la poursuite de l'histoire, pour le coup bien réelle.
Bon vent !
"Je suis ce Hollandais Volant ; je ne peux m'arrêter d'errer (d'aimer) en vertu d'une ancienne marque qui me voua, dans les temps reculés de mon enfance profonde, au dieu Imaginaire, m'affligeant d'une compulsion de parole qui m'entraîne à dire "Je t'aime", d'escale en escale, jusqu'à ce que quelque autre recueille cette parole et me la retourne ; mais nul ne peut assumer la réponse impossible, et l'errance continue."
Roland Barthes-Fragments d'un discours amoureux.

samedi 13 février 2010

Valentin, aux chiottes !



Avertissement : Ceci est un billet de mauvaise foi...

Je vais un peu faire dans l'aigreur, après tout, rire de soi est paraît-il la meilleure des thérapies.
Il me semble quand même que cette débauche indécente et royalement kitsch de coeurs rose-bonbon, de petits mots doux égrainés au Monoprix, à la radio, dans les journaux gratuits, en somme toute une vulgate officielle visant à rendre au couple une image d'absolu incompressible est loin d'être anodine. Bizarrement, des tas de publications mettent au jour un flamboyant paradoxe : Belinda Cannone nous explique que le couple gay, qui inventa pendant près de trente ans de nouvelles manières de s'aimer devient (un comble) plus normatif qu'un hétéro. Pascal Bruckner, dans le paradoxe amoureux, essaie de nous éclairer sur cette rupture apparente, dans notre monde occidental, entre le souhait que tout un chacun énonce de se coller en couple et son envie de rester tout de même un peu libre, sans compte à rendre. Enfin, mais elle je ne l'ai pas encore lue (le seul fait qu'elle ait été critiquée par cette gourde de Cécile Duflot me la rend toutefois sympathique), Elisabeth-respect-Badinter a apparemment publié un brillant opuscule sur cette nouvelle névrose féminine : être mère, faire des enfants, les allaiter, en somme, vivre conformément à des canons qu'on pensait hors d'âge ou de propos. Chez ces trois auteurs, un constat : le tiraillement entre une vie qui se délite de partout, professionnellement, socialement, identitairement, plus généralement culturellement, et le refuge dans des concepts communs jugés un peu promptement confortables : l'amour, le couple, la vie tranquille.
Comme cette vie de couple fait également peur, on essaie de trouver des compromis, et la lente quête de ces compromis entraîne parfois une sérieuse procrastination, votre serviteur en témoigne.

J'aère, sinon, on va encore me dire que mes post ne sont pas Feng Shui...

La Saint Valentin résonne en moi comme un sévère rappel à l'ordre d'une chape morale aux apparences doucereuses et inoffensives. Le couple serait donc le terminus post quem à partir duquel toute vie épanouissante serait garantie. Je vous l'ai dit, je fais dans l'aigreur... Comme si les mecs seuls faisaient exprès d'être seuls, comme si on anéantissait leur vie, leurs quêtes, leurs aspirations, leurs envies, leurs désirs partiellement comblés, leurs hésitations, leurs interrogations, en somme ce qui les fait humains, pour les substituer à un vague concept glorieusement marketing se résumant à "Sois en couple, tu seras heureux..." On se croirait sous le Maccarthysme.

Air, air, air....

Le couple appartient à l'imaginaire : il est à mon humble avis difficile à mettre en place parce qu'on se limite à la forme plus qu'au fond. La Saint Valentin fait songer à ces pilules de bonheur qu'on avalait sur les dance floor dans nos jeunes années et qui nous faisaient tenir 36 heures d'affilée dans la joie et l'allégresse. Les gays se sont emparés de ce truc d'une manière limite indécente, à force de copier ce que les hétéros ont fait de pire, on va vraiment finir par paumer notre identité. Cette "fête" engendre un monstre : Le Couple, ou plutôt une idée du couple rose-fuchsia hors duquel aucune autre identité n'est pensée, réfléchie. Cette fête dénie le droit aux autres d'être ce qu'ils sont, avec leurs imperfections et leurs malaises, qui sont somme toute légitimes. Même avec mes ex, je trouvais que cette connerie était indécente, ça me fait vraiment penser au Téléthon (Pierre Bergé, Love'u !) : dans la rue se baladent les éclopés du célibat, les grosses, les moches, les vieilles, les dépressives, les connes, les pauvres filles de tous les genres, brandies devant les vitrines des restaurants où se goinfrent des mecs en couples devant leur menu à 38 euros pour l'occasion et qui se gobergent de ce qu'ils jugent promptement être du mal être.

Bon, en plus, le temps est pourri !

Bon vent !

"La libération des moeurs portait en elle une grande promesse : celle d'un festin ouvert à tous. Mais notre carrière amoureuse commence aussi par l'expérience de la rebuffade. L'émerveillement se paie d'une fin de non recevoir : le regard commande d'impérieuses étreintes qu'aucun contact ne confirme. Les grandes cités proclament : tout est possible. Alors, pourquoi ne m'arrive-t-il rien, ou si peu ? Avant tout chagrin concret, le sujet amoureux fait l'épreuve de son invisibilité."
Pascal Bruckner-Le paradoxe amoureux

mercredi 16 décembre 2009

Identité

Qu'est-ce qui fait que nous soyons pédales ? Je veux dire : aujourd'hui, en 2009, bientôt 10, dans un monde finissant où la banquise se liquéfie, quelles sont les liens entre nous, quelles sont nos forces, nos saveurs, nos couleurs, la petite chose en plus qui permet à ce Monde débile de tourner un peu plus rond ? J'en suis convaincu, je l'ai déjà mainte fois ressassé ici : être pédé est une chance inouïe, un miracle. Notre vie n'est pas portée vers la procréation, l'accomplissement, mais autre chose... C'est cet autre chose-là qui va nous arrêter.
Un couple de mecs, c'est un moment un peu bizarre à passer dans la vie : il faut construire, mais sur des bases relativement inédites tout de même ; certains mettent tout dans leur petit appart à deux, d'autres vivent de manière plus indépendantes, d'autres enfin sont en couple sans l'être, il y a du sentiment, mais sans enjeux démesurés, avec une petite certitude qui gratte le fond de la cervelle et qui chuchote que rien ne dure dans ce monde. Héraclite l'obscur, celui qui pensait que tout devait perdurer en ce bas-monde, n'a pas vaincu. Notre vie change, se feuillette, s'emporte, et nous changeons avec elle, emportant nos anciennes amours, nos relations d'autrefois, les remisant dans les boîtes à souvenirs, parfois dans l'oubli. S'estompent haines, peurs et rancoeurs, et un renouveau perpétuel se fait jour ; nous agissons pour que la chose se déroule avec le moins d'encombres possibles, certains savent s'y prendre mieux que d'autres, et c'est ainsi.
L'identité, on le voit avec le débat actuel, impliquerait un vieux fond maurassien : celui de la durée, de la pierre rugueuse qui graduellement se recouvre de mousse. Que pouvons-nous faire durer lorsque nous sommes avec un autre mec ? Une seule et unique chose à mon avis : l'humour. Le pédé a de l'humour, il doit en avoir, et je déplore que nos associations et autres sidacrates soient aussi amusants qu'un congrès de jansénistes lettons. Nous ne rions plus, de rien. Or, la douce ironie, le clin d'oeil complice, le rire ensemble émaillent nos esprits de quantités de souvenirs qui, avec le temps, forgent un lien indéfectible, même si dans le même temps les sentiments s'émoussent. Tous mes mecs avaient de l'humour, moi-même, je dois plaisanter deux heures par jour. C'est le rire qui fit notre force, c'est le brocard qui aura raison de nos normes, de nos familles parfois chiantes, de la coincitude généralisée. L'identité gaie ne mourra pas tant que la mort n'aura pas refermé à jamais nos sourires. Riez, vous aimerez.
Bon vent !

"Alors il paraît que vous êtes amie avec la duchesse d'Arcourt..., et même très amie... On prétend partout que vous êtes très liées, c'est vrai ?"
Arletty, lassée, se tourna vers lui et lui jeta :
"Monsieur, je ne peux rien dire, je suis un gentleman !"
Jean-Claude Brialy-Le Ruisseau des Singes.

vendredi 3 juillet 2009

Les hommes, leur I-Phone et Baudrillard

Dire que la chose masculine est complexe est un doux et délicat euphémisme. Mais il y a bien un domaine dans lequel nous nous opposons, nous pédales éconduites et pérégrinantes, en deux camps bien distincts, c'est dans notre gestion de la chose portable et numérique. Deux camps s'affrontent, et je paraphraserai Michael Jackson (The Girl is Mine) : "There are lovers, there are fighters". J'appartiens à la première des deux, vous trouverez votre catégorie lorsque la chose sera explicitée plus allant. Prenons un exemple à peine personnel, on l'a tous vécu, c'est même presque un lieu commun.
Une rencontre, admettons à une soirée, chez des amis, un anniversaire, peu importe. Une rencontre qu'on va qualifier "hors normes" : pas sur le réseau, pas dans le Marais, pas dans un bar, autrement dit, une rencontre rendue intéressante grâce à son particulier contexte. Dans ces cas en effet, le hasard a joué son plus joli coup de maître, rien, strictement rien n'était attendu. Un regard, des sourires, une conversation, quelques hésitations, et plaf, on se lance, et la folle nuit blanche insoupçonnée prend racine et s'entiche d'une incursion dans le réel. Le fantasme est devenu concret. L'amour est finalement à portée de main.
Très important le contexte de la rencontre, il faudrait y revenir. Il est à mon avis clair que "l'autre" devient affublé d'une aura supérieure lorsqu'il est rencontré au moment le plus inopportun qui soit. Dans le même temps, ce contexte n'est pas gage de succès, ce serait encore trop facile. Mais venons-en au fait.
La nuit fut extatique (prenons un exemple optimal si vous le voulez bien), on se lève tôt, très tôt, parce que le lendemain, il faut travailler (admettons que la-dite soirée eût lieu en semaine ou que nos impétrants travaillassent le week-end) et on s'échange nos numéros de téléphone portable. Je ne sais pas si c'est parce que je suis devenu l'heureux propriétaire d'un I-Phone depuis peu, mais l'irruption de ce magnifique et inutile objet transitionnel entre nous deux eut tendance à accroître mon sentiment de toute puissance sur "l'autre".
Baudrillard a écrit des tas de choses fascinantes là-dessus. Lorsqu'il dit : « La séduction représente la maîtrise de l'univers symbolique, alors que le pouvoir ne représente que la maîtrise de l'univers réel. », il est loin d'avoir tort... Nous confondons évidemment, dans nos rapports à l'amour, la séduction et le pouvoir sur l'autre. Aujourd'hui, sortir son jouet high tech et demander un numéro après une nuit de baise explosive, implique de facto que l'autre soit sur la même longueur d'onde. Ici, pas de séduction de l'autre, mais sa simple chosification. Celui qui a un I-Phone aujourd'hui, c'est le même pantin qui sortait son portable SAGEM au restaurant en 1995 : il est dans le vent, il a l'objet absolu, la marque d'argent, de pouvoir, il est fun, il est grand et puissant. Rappelez-vous en 1985, nous voulions tous des walkman, un peu pour ces raisons-là : disposer facilement d'une touche, d'un regard différent d'autrui à notre endroit. Notre rapport à l'objet est indissociable de notre rapport à nous-mêmes. L'objet, et celui-là en particulier, c'est l'enfant qui dort en nous qui vient à se réveiller, et qui veut l'exprimer haut et fort, il veut se distinguer des autres, être dans le vent. Son sentiment de puissance devient aussitôt avéré : Nietzsche disait : l'enfance est une innocence, mais aussi une négligence. J'ajouterais : le sentiment d'enfance est une innocence surpuissante, et tout autant une négligence surpuissante, de soi-même comme de l'autre....
Evidemment, arrivent les deux camps : ceux qui résistent à l'envie d'appeler, et ceux qui y succombent et ne peuvent s'empêcher d'envoyer des textos, des mails, des messages sur FB (l'I-Phone renforce notre idée de pouvoir sur le monde, non la séduction du monde) : tous les moyens sont bons pour que l'autre devienne partie prenante de notre univers ; techniquement, la mécanique est très au point. Il est impossible de ne pas avoir accès électronique à l'autre.
Humainement, et heureusement, l'autre a encore le choix de ne pas rappeler, avec des raisons qui lui sont propres. Quel que pût avoir été le contexte de la rencontre ou le moment fabuleux passé au pieux...
Ce petit billet simplement pour signifier à l'aimable engeance qui lit ces lignes qu'il n'est pas si important qu'on soit transit devant son téléphone ou qu'on joue l'indifférence, il faut simplement accepter que l'autre est un humain, pas un numéro de téléphone ou un profil twitter, il n'est pas un périphérique plus ou moins bien harmonisé avec notre petit monde de pédale urbaine, et ça, malgré le râteau mémorable que je me suis pris, je trouve ça vachement bien !
Bon vent !

"Avant que l'oeil ne perde sa capacité de voir, il verra jusqu'à un poil de duvet. Quand l'oreille approche de la surdité, elle entend voleter un menu insecte. Avant que sa bouche ne s'affadisse en buvant, elle distingue l'eau de chaque source (...). Seul ce qui n'est pas poussé à l'extrême ne connaît pas de retour."
Lie-Tseu-Sur le Destin.


"En ce siècle finissant, la mondialisation galopante et l'extension vertigineuse des réseaux de communication de tous bords nous conduisent à être livrés en pâture à notre toute-puissance infantile quand elle nous fait comprendre la célébration et la consommation et nous amène à flirter périlleusement avec nos propres frontières intérieures."
Jacques Salomé-Le Courage d'être Soi.

Le beau et vénérable Matoo rencontré à la Pride m'a donné envie d'accélérer une petite idée qui germait dans mes synapses depuis peu. Le monde des pédéblogueurs est vaste, varié, et sur un certain point complémentaire. L'idée de se rencontrer autour d'un verre m'est venue, fin août, début septembre par exemple. Nous pourrions échanger sur tout cela, se voir en vrai, savoir ce qui nous anime dans nos lignes, etc. Ceux qui sont intéressés peuvent écrire ici, et relayer l'info sur leur propre blog. A bientôt, maybe...

dimanche 3 mai 2009

Le téléphone

La rencontre, les oeillades, les petits regards derrière l'épaule pour voir si... Tout cela se conclut, dans le meilleur des cas, par un échange, en bonne et due forme, d'un numéro de téléphone. Celui-ci commencera plus fréquemment par 06, parfois 01, si c'est autre chose, laissez tomber, il est en vacances (désolé pour ce billet encore effroyablement parisien). Parfois, souvent de la part de touristes, ou alors du mec qui n'a guère envie de vous revoir mais qui n'ose pas le dire en face, vous recevrez une adresse mail, ou msn, mais sans vouloir trop m'avancer, vous concèderez vous-mêmes que c'est très mauvais signe.
Lorsqu'on porte un peu d'attention à celui qui semble en porter à votre égard, la gestion du téléphone peut s'avérer pénible. Notre pire ennemi étant la boîte vocale, qui, à la quatrième reprise, donne légitimement l'envie de faire valdinguer la petite chose moderne et pénible dans le premier parpaing venu. Il y a des signes qui sont évidents et je m'étonne souvent de constater que des gens déjà plus qu'expérimentés se laissent prendre dans le piège grossier.
S'il ne rappelle pas tout de suite, pas de panique ; il fait comme vous, il attend que vous rappeliez le premier. Ce petit jeu, vous en conviendrez, peut durer longtemps. Donnez-vous deux à trois jours, et pendant ce temps-là, voyez si vous êtes vraiment disponible (je ne parle pas de cul, dans ce cas-là, c'est immédiat et rapide). Je veux dire, un mec a votre tél, vous avez le sien, vous n'avez pas baisé encore, ou alors une fois seulement mais vous aimeriez vous revoir, il y a donc autre chose qui se trame, isn't it ? Dans ce cas, il faut préparer un peu...
Certes, vous n'êtes pas encore amoureux, mais quelques ouvertures nouvelles apparaissent dans votre quotidien, il faut en tous les cas qu'elles soient nettes et dénuées d'ambiguïtés. Pendant les deux jours où vous n'avez pas de nouvelles, sans vous faire de film, rangez votre appart un minimum (mais gardez votre petit bordel à vous, les appart trop rangés ont le don de stresser : la pire plaie, ceux qui trient leurs CD ou qui rangent leurs chaussons dans une boîte à chaussons), préparez une brosse à dents supplémentaire (au cas où), un rasoir neuf de plus, achetez les petites bricoles que vous aimeriez avoir depuis longtemps sans vous être donné le temps d'y consacrer du temps en allant faire un tour au BHV ou je ne sais où... Tout ce petit cérémoniel est simplement destiné à vous aider, à vous permettre de vérifier si vous êtes prêts ou non à commencer une histoire. Si c'est fastidieux, la brosse à dent, votre disponibilité, tout ça, je pense que ce n'est pas encore prêt... Il ne s'agit pas de le préparer, mais de vous préparer, c'est très différent. Mettre à profit une courte attente permet de pointer ses envies, exigences et désirs...
Au bout de deux jours, rappelez ! Pas de textos, c'est crétin et ça fait tourner autour du pot. Rappelez et vous verrez. La boîte vocale ? attendez une demi-heure, ou laissez tomber. Le mec qui veut vous rappeler parce qu'il y tient trouve du temps en 30 minutes, s'il rappelle seulement le lendemain ou deux jours après, c'est mauvais signe, après, je peux me tromper... Quoique.
Bon, si vous voulez partager vos expériences en la matière, ce blog est là pour ça !
Bon vent !
Qu'il est commode d'avoir affaire à vous autres gens à principe ! Quelquefois un brouillon d'Amoureux vous déconcerte par sa timidité, ou vous embarrasse par ses fougueux transports ; c'est une fièvre qui, comme l'autre, a ses frissons et son ardeur, et quelquefois varie dans ses symptômes. Mais votre marche réglée se devine si facilement : L'arrivée, le maintien, le ton, le discours, je savais tout dès la veille. Choderlos de Laclos-Les Liaisons Dangereuses
La Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont. Lettre LXXXV

mercredi 22 avril 2009

Petit exercice de style...

Sans nul doute de tes yeux les larmes ont débordé
Les années, dis-tu, ont tes espoirs achevés
Vrai, à trop les entendre, tu as très vite compris
Que discours amoureux et sottes théories
Avaient sur ta nature, ton style et ta mémoire
Pour le moins transformé ta vision de l'histoire
Certes, par les idées d'autrui le monde est conduit
Mais ne néglige pas que toi aussi es instruit
Tes amours jugées mortes palpitent en ton giron
Et c'est ce livre écrit qui te donne la leçon
Alors n'écoute plus ces pisse-froid lymphatiques
Ces Pythies ou ces molles Cassandre sarcastiques
Que ces vers aient sur toi un effet bénéfique
Sache que de ton passé naît une âme authentique
Certaines rimes enclenchent de tristes habitudes
La solitude n'est pas encore décrépitude
Va, sors, souris, quitte ces compagnes oiseuses
Tu verras mourir tes craintes orageuses...

Bon vent !
"C'est au public maintenant à voir si j'ai bien ou mal réussi ; et je n'emploierai point ici (...) mon adresse et ma rhétorique à le prévenir en ma faveur. Tout ce que je lui puis dire, c'est que j'ai travaillé cette pièce avec le même soin que toutes mes autres poésies..."
Boileau-Introduction à la satire sur l'équivoque.

samedi 4 avril 2009

Ce coincé qui est en nous

La pédale est pétrie de paradoxes (litote, me souffle la correctrice) : tantôt elle cherche un mec avec qui l'histoire pourrait durer, enrichir, épanouir, construire, tantôt elle dédaigne les propositions qui iraient dans ce sens en mettant en avant sa vie personnelle, son travail, ses amis, ses bistrots, ses plans culs. Nous sommes un peu toutes en équilibre instable sur cette corde raide : "j'y vais, mais en fait non" ou "je n'y vais pas, mais j'aurais dû, zut, je m'en veux..." Il y a en nous deux petits lutins qui se tirent en permanence la bourre : un gentil tout plein qui nous oblige à aller de l'avant, à sortir, à dire oui et à croiser le regard enjôleur qui fera chavirer nos coeurs (rime riche niveau première B me titille la baronne), et une espèce de petite saloperie goîtreuse et laide comme un pou qui nous freine, nous restreint, nous blottit dans notre petite coquille de mollusque baveux où finalement, la vie n'a pas l'air si mal.
Ce saboteur pernicieux qui nous alerte, nous enjoint de faire attention, d'attendre, de ne pas appeler tout de suite, n'est rien d'autre qu'un avatar un peu ridicule de notre personnalité, il est une fiction, un roman raté et dénué de sens qui a pris racine dans les années qui nous ont permis d'arriver jusqu'ici. Etre méfiant est une chose, fermer sa porte en est une autre. De cette situation binaire et, j'en ai conscience, ô combien caricaturale (appelons cela de la pédagogie, ça fera plus sérieux) émerge une question, objet de ce billet printanier et guilleret : faut-il se forcer avec un mec ? Doit-on s'impliquer dans une histoire si on n'est pas un minimum amoureux mais si le mec en face est : joli, gentil, baise bien, pas con, mais bon, ça ne le fait pas, on verra avec le temps.
Bon, inutile de gloser, si j'avais la réponse, je n'écrirai pas ce blog, parce qu'on se mettrait en couple à peu près toutes les semaines, et dans le même temps, on connaît tous ces couples improbables qui durent, mais où jamais il n'y eut coups de foudre, passion, et tout ce bazar ingérable dont on ferait volontiers l'économie tellement on a passé l'âge. J'avoue humblement que le perspective d'attendre après des textos qui arrivent toujours trop tard m'épuise d'avance. Bien sûr, il y a le fucking friend, c'est intéressant comme piste, parce qu'en gros, on ne partage que le côté sympa de la personne et on ne se prend pas la tête avec le reste, même si la petite saloperie au fond à gauche nous zozotte que ça ne durera qu'un temps, et quand tu seras une vieille peau toute frippée et irregardable, tu aurais été bien contente d'avoir un mec qui t'aime. Elle se trompe cette débile, un mec n'est pas un PEL, enfin, il me semble. Moi, je le dis tout net, essayons, et lorsqu'on en a assez, et bien, disons-le en face, c'est important ça : cela nous permet de mettre des mots sur pourquoi ça ne marche pas, cela permet de se poser, et c'est surtout moins hypocrite. Voilà le conseil : foncez et si vous n'êtes pas satisfait, expliquez-vous, vous serez obligé de vous interroger, et les questions qu'on pose et qu'on se pose sont toujours les bonnes. Sur ce, je vais me promener.
Bon vent !
"J'éprouvais un peu de ressentiment à son égard, il y avait du feu sous la cendre, mais, plutôt que de le questionner inutilement, je préférais me dire qu'il ne restait qu'à solder gentiment tous les comptes et au revoir, chacun reprend sa route, le fil du quotidien, en attendant peut-être un autre film."
Frédéric Mitterrand-La Mauvaise Vie.

mercredi 4 mars 2009

Vade Retro Fiducia !

Fiducia. La confiance, la fidélité en latin. Une injonction biblique s'imposait, tant les discussions sur la fidélité dans les couples pédés prennent, parfois, des tournants moralistes relativement indigestes. L'objet de ce billet n'est pas de disserter sur les bienfaits ou méfaits de cette prétendue infidélité, le terme lui-même me dérange par sa connotation hétérocentrée. Nous singeons le mariage, nous singeons le couple homme-femme et nous récupérons même ses travers. L'infidélité, c'est un terme qui s'emploie dans le cadre du mariage, or tant que nous n'avons (Dieu merci) pas droit au mariage, l'infidélité n'existe pas... C'est sémantique, mais c'est comme ça (mon opinion sur le mariage gay ne regarde que moi, mais je conçois que là, je viens de perdre la moitié de mes lecteurs).
Pour pas mal de pédés autour de moi, "aller voir ailleurs", comme on dit, c'est une démarche de perdant. On la subirait, au choix : parce qu'on est immature, parce qu'on ne sait pas communiquer, parce qu'on n'a pas réglé toutes ses questions, enfin, aussi, parce qu'on serait des hormones sur pattes. Je passe sur les dérives qu'oriente immédiatement ce nouveau langage : aux yeux des "gentils", le couple libre (il y aurait donc des couples emprisonnés...) donnerait une mauvaise image de la sexualité entre mecs, les errements sexuels seraient le fait de gens obsédés, immoraux, dénués d'intérêts. Je ne caricature pas, je reporte, sans doute avec mes mots à moi, la teneur de quelques conversations de bistrot, de quelques échanges sur le web, de quelques réflexions amicales.
Encore une fois, il ne s'agit pas de juger, il ne s'agit pas d'expliquer. Chaque couple est libre. Je connais des mecs qui s'aiment d'un amour fou en ayant chacun leurs trips, leurs fucking friends, leurs réseaux, j'en connais d'autres qui baisent à trois, et il en existe aussi (mais, c'est vrai, je n'en connais pas) qui ont une vie de couple plus hétéronormée, et où la question de l'infidélité peut être une cause immédiate de rupture. L'essentiel dans tout cela tient en peu de mots : il faut être heureux, la vie est unique, et les équilibres amoureux tiennent uniquement aux histoires personnelles, affectives et familiales des deux protagonistes. Il est donc impossible, malvenu, maladroit de donner une opinion sur ce que doit être un "bon" couple pédé. Chaque couple a sa magie, son univers, et la polémique n'y a pas sa place. C'est la raison pour laquelle je suis au mieux peiné, au pire très en colère, lorsqu'on juge, lorsqu'on méprise, lorsqu'on brocarde. Le mec qui aime le cul en dehors de son couple n'a pas de leçons à donner à celui qui rêve d'une relation plus exclusive, et le contraire est également vrai. Entendre des pédés juger d'autres pédés, leur donner des leçons, c'est insupportable. Nous avons la chance inouïe de développer, d'encourager, de créer des sexualités et des amours différentes, alors ne nous en privons pas.
Une question demeure. Ouvrir son couple à d'autres, rencontrer d'autres mecs, toucher et prendre son pied avec de nouveaux corps, de nouvelles personnalités, demande de la maturité. Il faut être suffisamment assis dans son espace amoureux pour savoir jusqu'où on est capable d'aller, pour mesurer ce qu'on est susceptible de perdre, il faut aussi avoir confiance en son partenaire. Il me semble qu'à 20 ans, au bout de six mois de relations, commencer à regarder un autre mec n'est pas un choix de vie mais un symptôme : symptôme que le couple actuel ne convient pas, que l'on a envie de nouveau, que l'on souhaite se frotter à d'autres regards, que la vie est longue et surprenante. En revanche, au bout de plusieurs années, après les confrontations, les disputes, les rabibochages, les moments d'intimité, il me semble qu'un couple est bien plus fort, et là, chacun peut ouvrir sa fenêtre sur autre chose, sans pour autant mépriser son partenaire, sans pour autant avoir envie de le quitter.
Je les entends qui me disent déjà : "Oui, mais si le mec veut autre chose, c'est que son mec ne lui convient plus, non ?" Peut-être, mais peut-être pas. Nous sommes tous uniques, nous avons nos histoires, et dans l'ensemble, je pense que nous sommes, à notre niveau, des gens qui méritons d'être heureux. Je suis navré de cette réponse de normand, mais il me semble, à mesure que ce blog avance, que l'amour est sans nul doute le seul et unique domaine de l'existence pour lequel aucune réponse n'existe. L'amour est notre chemin, et nous tâchons de le suivre ; on se perd, on fait fausse route, on s'enfonce, mais au final, on essaie, et ce n'est déjà pas si mal.
Bon vent !
"Tout ce qui arrive à chacun est utile au tout." Marc-Aurèle.
Ce post est pour A.

dimanche 8 février 2009

L'amour à distance

Voilà une question qui revient assez souvent dans les discussions et les conversations : est-il possible de s'aimer à distance ? Oui et non : nous avons sans doute, dans nos entourages, les deux exemples. Je me rappelle d'un lien amoureux incroyable, à 1200 km de Paris, où chaque visite de l'un chez l'autre était un véritable moment de paradis. Tout cela a duré trois ou quatre ans, chacun faisait sa vie en parallèle et lorsque les deux se voyaient, c'était intense, magique, une forme en apparence accomplie de l'amour. Cette situation, où finalement on se voyait peu, était quelque peu artificielle, elle ralentissait même le processus amoureux. En trois ou quatre années, deux amoureux finissent en théorie par se connaître un peu mieux, finissent par se dompter, mais, s'ils se rencontrent épisodiquement, le travail de "mise en lien" est plus lent, et il engendre, à moyen terme, une frustration. Se voir trois ou quatre fois par an, c'est placer la relation entre mecs dans une dimension symbolique, c'est même se réfugier dans cette seule dimension symbolique : ce qui lie les êtres n'est alors qu'abstraction, une vague idée de l'amour, alors que ce qui devrait lier les deux partenaires, ce devrait être les deux partenaires eux-mêmes. Sans doute, la relation lointaine nous oblige-t-elle, très vite, à assumer : il faut se sentir capable très vite de dire : "je t'aime, je veux vivre auprès de toi, je vais faire ce qu'il faut pour que nous nous rapprochions, j'attends de toi qui tu en fasses autant."
Cette relation demande une grande maturité, elle demande aussi que nous nous aimions, que nous soyons certains de nos choix, que nous soyons suffisamment clairs avec nous-mêmes pour accepter de mettre en place des orientations dans sa vie qui permettront, un jour, de vivre avec celui qu'on aime et qu'on a choisi. Vivre avec lui ne signifie évidemment pas vivre sous le même toi, c'est simplement multiplier les situations et les moments où chacun des deux mecs s'observent dans des situations de tous les jours, pas forcément les plus reluisantes d'ailleurs : rentrer tard du travail et n'avoir envie de parler à personne, être anxieux, avoir des soucis familiaux, s'engueuler, aussi. Autant de petits événements certes peu glorieux qui n'existent pas lorsque nous aimons à plusieurs centaines de kilomètres de distance.
Il y a aussi une autre distance, tout aussi difficile à appréhender : Paris et sa banlieue. Je ne plaisante pas, même si aujourd'hui, il est assez simple de se déplacer en Ile de France, un garçon vivant dans le 20ème arrondissement ne verra pas tous les jours son amoureux s'il vit à Evry, par exemple. Très souvent, le chemin se fera dans la direction de Paris, et notre "quatre-vingt-onzien" pourra, lui aussi, connaître une vague frustration. J'ose imaginer que les liens amoureux feront que très rapidement, une solution sera trouvée. Je sais, à titre personnel, que je ne me suis pas barré de ma province froide et morne pour me retaper des dimanches soirs sur la ligne C du RER, dans le même temps, cette situation peut tout à fait se produire. M'est avis qu'il faut très vite en parler, s'organiser, permettre à chacun de vivre dans un univers qui ne lui soit pas trop hostile, il est vrai que ces histoires se terminent de deux manières : tout s'arrête, ou bien l'un des deux va vivre chez l'autre. Si tout cela peut en rassurer certains, voilà une belle histoire : un de mes vieux copains vit depuis 12 ans dans les Yvelines avec un type rencontré au Sauna, il habitait avant dans le 5ème arrondissement. Tout est possible, même être heureux dans le 78...
Bon vent !
"Le malheur de l'inconstance, c'est l'ennui ; le malheur de l'amour-passion, c'est le désespoir et la mort. On remarque les désespoirs d'amour, ils font anecdote ; personne ne fait attention aux vieux libertins blasés qui crèvent d'ennui et dont Paris est pavé."
Stendhal-De l'amour Qu'il me fut difficile de trouver des choses utiles à vous raconter, j'espère que ce ne fut pas trop long... Merci d'être toujours là en tous les cas ! Le roman avance, peut-être ceci explique cela...

lundi 12 janvier 2009

Lettre à un jeune gay

J'avais écrit cette réponse il y a cinq ans à un blogueur qui, depuis, est devenu un copain. Je triche un peu, mais je trouve cette lettre cohérente, et sans doute sera-t-elle utile, ce qui me rassure, c'est qu'aujourd'hui, je n'en changerais pas une ligne, à l'époque, j'étais célibataire, pas encore SPI, pas franchement dans l'idée qu'un jour, j'aurais à me reprendre la tête sur le célibat, et à la veille, sans le savoir alors, d'une histoire cardinale aujourd'hui morte et enterrée. Time flies... (Les italiques sont de 2009...)

Marrant ton post, et nécessitant quelques réflexions, sur les jeunes, les pd, (je n’aime pas le mot gay perso), le marais, le cul, le dépôt, et l’amour…

Première chose, tu es gay, c’est clair, ça ne fait aucun doute, pour de multiples raisons assez évidentes à lire de prime abord : petit délires égocentrés, volonté de se démarquer, questionnements perpétuels sur soi, etc. En fait, tu vis un truc que tout PD vit un moment dans sa vie, la période de transition. D’une vie conforme à ce que la société attend de toi, conforme à la manière dont tu as été élevé depuis la petite enfance, tu passes à un autre truc. La plupart des PD ne savent pas ce qui les attend, dans cette autre vie, et ils se créent alors un truc totalement artificiel : le Marais, avec ses modes, ses codes, ses musiques, ses mots, ses gens, ses stars… Certains y restent, s’y enterrent et finissent par en crever, moralement ou même physiquement s’ils ne font pas gaffe : l’archétype, c’est la folle qui va traîner sur un sling au Keller en attendant de se faire jouir dans le fion sans capote et qui prendra ses antiprotéases en rentrant chez lui à 5h00 du matin, la gueule pleine de whisky, de poppers et d’idées noires.

Je ne caricature pas, des mecs comme ça, il y en a plein (et je ne les blâme pas, sauf pour le noCapote, mais pas pour la déprime), et puis il y a des sous-archétypes : la petite fofolle fashion victim arrogante et pétasse à souhait qui attend le mâle, et qui ne le trouve pas, parce qu’il ne convient jamais, le trentenaire blasé de s’en être trop pris dans la gueule (tiens, j'étais prophétique, là, rho, j'avais 30 ans...) et qui ne cherche plus, donc qui ne trouve plus, et qui finit par ne plus trop savoir ce que signifie être amoureux (ça c’est moi : on ne change pas, ma parole...), et puis il y a des mecs comme toi, suffisamment neutres encore pour juger ce monde à la fois diabolique et génial (pour rien au monde je ne voudrais être hétéro, même si j’avais le choix, et je ne me souviens pas une seule fois dans ma vie avoir ressenti un quelconque émoi pour une nana)…

En fait, je te conseillerais deux choses : la première, d’assumer vraiment, c’est à dire de te positionner en tant que gay, d’en parler, de faire de ce que tu es un truc normal, et surtout qu’on n’en parle plus après. Voilà, c’est la première chose, la deuxième, ne diabolise pas “la communauté”, les gens qui y vivent sont loin d’y être heureux mais ne te sens pas pour autant obligé de l’intégrer (c’est la raison pour laquelle lorsque je constate qu’un jeune de 20 ans (c’est ton cas je crois) commence une relation en allant au Dépôt, ça me fait bondir : mais putain, le cul est certes nécessaire, moi je ne pense pas pouvoir m’en passer , mais mettez-y un peu d’amour les mecs, couchez le soir même, ça oui, il faut (grande différence avec les hétéros) mais couchez par amour, c’est tellement mieux.

K..., ne change pas, n’essaie pas de te conformer à ce que tu vois ou entends : tu aimes le prog, alors n’achète pas un disque de M. Farmer pour faire genre, les mecs que tu rencontreras ne connaîtront pas, tu feras connaître, et ça se fera bien comme ça. Dans le même temps, respecte les autres folles, celles qui n’ont plus la liberté que tu as encore, mais aussi celles qui traînent, celles qui mettent des talons aiguilles, des robes et qui parlent d’elles au féminin.

Si tu fais tout ça, tu seras heureux.

Bon, K..., si tu passes par là, excuse-moi d'avoir cafté...

Bon vent !
"Formé à demi par les nécessités du temps, un FAIT est enfoui tout obscur et embarrassé, tout naïf, tout rude, quelquefois mal construit, comme un bloc de marbre non dégrossi ; les premiers qui le déterrent et le prennent en main le voudraient autrement tourné, et le passent à d'autres main déjà un peu arrondi ; d'autres le polissent en le faisant circuler ; en moins de rien il arrive au grand jour en statue impérissable"
Vigny, Cinq-Mars.

vendredi 26 décembre 2008

On se rappelle ?

Nous n'avons pas toujours de chance de vivre au XXIème siècle, je ne parle pas de Nicolas Sarkozy, du réchauffement climatique ou de la crise des sub-primes, tous ces bibelots épiphénoménaux ne sont que des soubresauts ridicules au regard de la gigantesque lame de fond qu'est l'histoire qui range au rang de simple et ridicule anecdote ce qui occupe pourtant l'essentiel de nos préoccupations d'occidental. Non, je veux parler de notre effroyable palette en matière de communication : aujourd'hui, nous pouvons, à tous moments, communiquer avec quelqu'un, par l'écrit, par la voix, par les abréviations, par le smileys, dans la rue, au bureau, jusque dans les chiottes. Pas une minute n'existe où nous ne sommes pas la proie d'autrui, d'une manière ou d'une autre, nous envoyons des messages, nous en attendons, et se crée, lentement, une nouvelle norme sociale, d'inédits protocoles, où il nous devient parfois de plus en plus insupportable d'attendre une réponse à un message envoyé depuis au moins trente secondes.
A bien y réfléchir, en matière amoureuse, cela a occasionné de considérables dégâts. Nous n'attendons plus, il nous faut des réponses, des nouvelles, le répondeur téléphonique est devenu le seul refuge à nombre d'entre nous, et ne pas avoir de rappel crée chez nous lassitude, incompréhension, mécontentement le cas échéant. Il n'a pas rappelé, et pourquoi ? Et je réessaie, tu crois ? Attends, j'ai un texto, merde, c'est Orange qui me propose ses promos... Le dimanche soir, nous attendons des nouvelles, le soir, en lisant ses mails, nous sommes à l'affût, derrière nos écouteurs, nos écrans ; dans la relation amoureuse sont venus s'immiscer des pixels, des bip sonores, des fréquences, des réseaux, des modems. C'est trop. Le mec que l'on convoite n'a plus d'excuse, il doit rappeler, il n'a plus de vie, il a un téléphone, qu'aurait-il de mieux à faire que répondre à nos appels éplorés et forcément plus importants que tout le reste... ?
Quand on y songe, tout cela n'est pas vieux. Héloïse et Abélard, Hadrien et Antinoüs, nos grands-parents, Valmont et la Présidente, Châteaubriand et Lucille, sa soeur tant aimée, tous n'avaient que la lettre, la poste, les délais, les coursiers, les carrosses, parfois, l'Atlantique était à traverser, des massifs entiers, des provinces gigantesques devaient être franchies pour que la missive de l'être aimé arrive à bon port. Nous sommes effroyablement impatients, nous ne savons pas bien utiliser les outils que l'on nous a offert un peu trop rapidement ; je me demande même si nous sommes assez mûrs dans nos perceptions amoureuses pour que ce qui n'est que passion ne soit pas supplanté par l'impatience, pour que le sentiment ne soit pas remplacé par le tout et tout de suite. Trop de précipitation nuit à nos rencontres et à nos façons d'aimer, je me demande si c'est un progrès. Ce stress accumulé, ces attentes inutiles devant un combiné, ces questionnements vains qui envieillissent déjà les prémisses des amours débutantes. L'amour ne saurait se contenter de ces quelques gadgets, qui le rendraient pathétiquement à la merci de la première coupure EDF venue. Alors, oui, il faut faire avec, et le faire sereinement. Un conseil : appelez-le vite, mais pour avoir quelque chose à proposer, pas pour vérifier l'existence d'on se sait quelle chimère... Je vous laisse avec Swann, qui n'en finit pas de se torturer avec ces stratégies amoureuses, parfois si proches des nôtres, où la maîtrise du billard à trois bandes est requise, pour son grand malheur...
Bonnes fêtes à tous et bon vent !

"Déjà il se figurait Odette inquiète, affligée de n'avoir reçu ni visite ni lettre et cette image, en calmant sa jalousie, lui rendait facile de se déshabituer à la voir. Sans doute, par moments, tout au bout de son esprit où sa résolution la refoulait grâce à toute la longueur interposée des trois semaines de séparation acceptée, c'était avec plaisir qu'il considérait l'idée qu'il reverrait Odette à son retour ; mais c'était aussi avec si peu d'impatience, qu'il commençait à se demander s'il ne doublerait pas volontiers la durée d'une abstinence si facile."
Marcel Proust, du côté de chez Swann.

samedi 20 décembre 2008

Dire je t'aime

Lorsque deux garçons se sont rencontrés, qu'ils ont partagé plus que quelques nuits, que l'intérêt et l'estime mutuels qu'ils éprouvent l'un pour l'autre se changent progressivement en sentiment amoureux, naît une pulsion nouvelle. Une pulsion qui étreint, qui ouvre à d'autres mondes, mais dont la définition est somme toute assez complexe. Les Grecs avaient un mot, l'Agape, qui traduisait aussi bien l'amour inconditionnel que divin. C'est peut-être cet Agape, venant compléter l'amour eros, induisant des connotations plus physiques, qui exprimerait au mieux ce nouvel état, provisoire dans l'histoire à deux, mais nécessaire.
L'agape, c'est par exemple les deux mains jointes pendant l'acte sexuel, vous savez, ce moment magique où nos deux mains se rejoignent, où nos doigts s'entrecroisent et nos paumes se plaquent l'une contre l'autre, ces moments de plaisir et de caresses où l'esprit a envie d'en exprimer plus que les corps... Cette sensation de vertige qui met le sourire aux lèvres, la douce magie enchanteresse et joyeuse qui coule, cristalline, dans nos veines et irrigue le moindre de nos organes de nouvelles énergies. Cette pulsion n'a pas de nom : l'autre est là, il existe, celui dont quelques mois plus tôt on ne soupçonnait pas l'existence, prend chair, corps et âme dans notre vie, il la colore, la change un peu sans doute aussi, en devient un nouvel acteur à part entière. Nous sommes tous assez différents sur la nature de cette pulsion, sur cette sensation d'accomplissement, sur l'idée que désormais, notre chemin n'est plus seulement solitaire. Certains agissent comme si de rien n'était, et se contentent de profiter de ces moments nouveaux, au quotidien, 24 heures à la fois, comme dit un de mes amis ; d'autres auront besoin de verbaliser, de poser une pierre fondatrice, de déclamer, par une sorte d'acte officiel, que désormais, l'amour est présent dans la vie de deux garçons qui étaient, il y a quelques semaines encore, des étrangers l'un pour l'autre. Cet acte fondateur, c'est la phrase qu'on prononce soit trop peu, soit trop souvent : "Je t'aime".
Parfois, elle arrive spontanément, et nous emporte voluptueusement vers de curieux ailleurs lorsqu'on lui répond "moi aussi" ; parfois, elle est pensée, montée en stratégie, parce que nous sommes encore timides, parce qu'on craint la réaction, peut-être aussi, parce que, secrètement, on aurait aimé l'entendre avant de la prononcer.
J'ignore si cette phrase fait sens chez chacun d'entre vous, je sais, personnellement, que j'ai besoin de la prononcer à un moment de la relation, que c'est assez naturel, mais je sais aussi qu'avec le temps, on ne met sans doute pas les mêmes implications dans ces quelques mots. Plus on est jeune, il me semble, plus on l'exprime facilement, et plus on s'assagit, plus elle fait sens, plus elle renvoie à des images, des attentes, des projets qui ont un impact précis dans la vie. Il est des moments de la vie qui sont indicibles, dire je t'aime met de l'exprimable dans l'inexprimable, voilà pourquoi la chose est aussi nécessaire que futile...
Bon vent !

"Mais s'il faut que je reste seul, si nul être qui m'aima ne demeure après moi pour me conduire à mon dernier asile, moins qu'un autre j'ai besoin de guide : je me suis enquis du chemin, j'ai étudié les lieux où je dois passer, j'ai voulu voir ce qui arrive au dernier moment."
Châteaubriand. Mémoires d'Outre Tombe.
"Quand je t'aime, j'ai l'impression d'être le seul homme sur la terre ; j'ai l'impression d'être à toi, comme la rivière au delta, prisonnier volontaire, il est midi ou minuit, un enfer au paradis...."
Demis Roussos. Quand je t'aime... Oui ? Quoi ? j'aime les poils...

Vous voulez lui dire ? Vous ne savez comment faire, petits conseils... :

  • Dis-donc, depuis le temps qu'on est ensemble, ça te dirait que je fasse comme Hugh Grant ? Non, pas une pipe, je sais bafouiller d'autres choses aussi. Essaie deux minutes de te mettre dans la peau de Julia Roberts.
  • Tu as un caractère de merde, t'es même pas un canon, mais je t'aime.
  • Tiens, je ne t'avais jamais encore dit un truc qui ne t'a pas énervé...
  • Tu sais, mon ange, qu'il paraît que je suis romantique, je vais te le prouver...

NB : Vous connaissez, la phrase où il est question d'imbéciles et d'avis qui changent...

dimanche 2 novembre 2008

Les trilogies

Des mecs que nous avons aimés, nous retenons, avec le temps, finalement peu de souvenirs. Comme si la mémoire agissait à la manière d'un filtre vertueux sur nos consciences : ne sont conservés que les meilleurs moments ; les chagrins, les colères, les défections dans les confiances patiemment nouées s'étant quant à eux, naturellement, érodés, pour ne laisser émergés de toute cette fange bourbeuse que des rocs solides, positifs, constituant autant d'assises de nos histoires futures. J'ai un tort, sans doute, celui de voir du symbolique partout, le terre à terre m'ennuie immédiatement, le rationnel m'épuise, mes univers sont plus "ailleurs", parfois aussi plus fantastiques, et justement, à mesure que je me retourne sur mon passé, il me semble assez limpide que quelques coïncidences, quelques situations d'autrefois, à la manière de substances mystérieuses mêlées dans la cornue de l'alchimiste, se sont parfaitement emboîtées pour livrer un matériau nouveau, me laissant pour le moment encore perplexe.
Mes histoires d'amour ont une cohérence, six fois, j'ai dit "je t'aime", trois fois, je suis parti, trois fois, ils sont partis. Curieusement, ce sont ces derniers qui ont laissé le plus leur marque, c'est aussi avec ces derniers que les histoires ont été les plus difficiles à vivre : avec ces trois mecs, je ne savais pas dire non, comme si une angoisse, une angoisse un peu folle d'ailleurs, immature certainement, me dictait de ne pas aller vers l'affrontement, qui me terrorisait. Ce fut une mauvaise solution, certes, il n'y eu pour ainsi dire jamais de disputes, mais pendant ces mois ou années où nous vécûmes ensemble, m'assaillaient mille questions : m'aime-t-il vraiment ? Ces silences, que veulent-ils dire ? Dans ces trois histoires, le rapport de force n'était pas en ma faveur, j'étais mou, lent, plutôt à l'affût de la réaction de l'autre, et tentant de m'y conformer. Ces histoires furent donc très édificatrices, constructives, elles s'assimilaient presque à une relation de maître à élève, sans doute une relation trop lourde à porter pour l'autre, qui naturellement, ne pouvait y trouver son compte indéfiniment et en a tiré les conclusions qui s'imposaient naturellement.
Les trois autres, c'était exactement le contraire : affrontements au grand jour, désaccords, vie à deux aussi, sous le même toit pour l'un d'entre eux. Ces mecs étaient amoureux, mais très différemment, plus simplement, ils voyaient en l'autre un simple être humain, et j'en faisais de même. Chez ces garçons, pas d'idéal, pas de transcendance, mais la vie, plus terre à terre, sans doute me convenait-elle moins. A bien y réfléchir aujourd'hui, ces histoires-là furent peut-être les plus équilibrées, les plus saines, celles où je ne me posais pas la question de savoir si j'allais le heurter, le blesser ou autre chose. Chez les premiers, devenus presque des bibelots, c'est à peine si je prenais mes marques, si j'osais prendre un verre d'eau sans demander l'autorisation, ils n'y étaient pour rien, victimes de l'image que j'avais projetée sur eux. Chez les seconds, en revanche, aucune résistance, les soucis quotidiens étaient plus tranquilles, plus banaux : les vacances, le travail (les études à l'époque) et quelques petites disputes pour des broutilles. C'est ce qui m'a déçu, à la longue.
Dans les deux cas, un rapport de force s'est instauré, tantôt en ma faveur, tantôt en la faveur de l'autre. Dans ces deux cas, les histoires furent belles et constructives, mais leur apport à la vie fut différent : certains amants furent des absolus, indéfinissables et inaccessibles (pensais-je, les pauvres, ils n'y étaient pourtant pour rien), d'autres amants furent des hommes plus ordinaires (et ils ne l'étaient pourtant ni moins ni plus que les premiers).
On parle parfois beaucoup de rapport de force dans le couple et en jetant un oeil sur le passé, je me demande surtout si le couple n'est pas la simple traduction de nos représentations, plus ou moins conscientes. Les garçons rencontrés, aimés, n'arrivent pas au hasard, ils répondent, surtout entre vingt et trente ans, à des besoins, plus ou moins faciles à identifier, et parfois, ils y répondent malgré eux.
Se connaître est nécessaire pour admettre que l'on est fait pour la vie à deux, avoir conscience de ses faiblesses est le premier aveu qui puisse autoriser l'histoire à prendre racine. Prendre conscience de ses faiblesses ne signifie pas se rabaisser, c'est souvent à cette caricature de l'aveu de faiblesse que nous nous livrons, pensant sans doute que cela va apitoyer celui qui est en face.
Il existe une force aussi, sur laquelle nous pouvons compter : celle d'être persuadé que le mec qui est avec nous nous aime vraiment, ne pas se poser une once de question à ce sujet. Personnellement, j'en ai à chaque fois douté, et c'est précisément ce doute qui, peu à peu, s'est métamorphosé en réalité. Curieusement, il me semble que le prochain mec rencontré sera le fruit de toutes ces réflexions, évolutions et constructions. Le veinard, je l'aime déjà tiens !
Bon vent !

"Les canons de la bonne société sont, ou devraient être, semblables aux canons de l'art. Elle doit être aussi digne et aussi irréelle qu'une cérémonie, et combiner le caractère insincère d'un théâtre romanesque avec l'esprit et la beauté qui nous le font aimer. Est-si terrible, après tout, l'insincérité ? Je ne le crois pas. C'est simplement une méthode de multiplication de nos personnalités."
Oscar Wilde. Le Portrait de Dorian Gray.

mercredi 29 octobre 2008

Le sens de la vie

La plupart des textes, des livres, et aussi le sens commun résument la fin de la conquête amoureuse en quelques mots bien sentis : c'est en vivant convenablement seul que les hasards et la fortune jouent en notre faveur. Un de mes amis me demandait, après la rupture (qui commence à remonter quand même), "mais pourquoi elle t'attriste tant ? qu'est-ce que ça peut bien faire que tu sois avec un mec, tu as un boulot génial, des projets, tu écris, plus d'amis sincères que beaucoup pourraient rêver et tu as mille choses à faire, où est alors le problème ?" Un autre, plus prosaïque sans doute, rétorquait : "Tu sais, Elizabeth Taylor a divorcé sept fois, et elle s'en est remise". Tout cela signifiait en substance : à quoi bon courir après l'amour, qui parfois n'arrive jamais, et dont l'absence n'est nullement l'imprimatur d'une vie réussie, parfois au contraire, si on en juge par le nombre de ruptures, de divorces, de drames humains que parfois, le couple engendre ?
En ces temps de crise économique, certains auteurs, les Houellebecq (NB : la lecture du dernier entretien avec BHL me l'a rendu sympathique, en tous les cas, moins caricatural et plus émouvant qu'il n'aurait voulu qu'on l'entendît), Angot, Millet (remarquable dernier roman, "Jour de Souffrance", la gifle 2008 pour l'instant) agitent tous leurs plumes dans cette direction somme toute assez contemporaine : l'amour est une offre, certains peuvent se le permettre, d'autres non. De même, quelques économistes expliquaient que la conquête amoureuse était avant tout un luxe, et qu'il fallait être bien installé dans la vie, ne plus avoir à régler le problème de son logement, de son indépendance, de sa carrière ou que sais-je encore, pour se mettre en recherche ; je n'ai plus les noms, on avait parlé de ça avec mon ex... Par exemple, lorsque vous êtes cloués à l'hôpital avec un cancer du poumon, vous pensez à vous en sortir, pas à trouver l'amour. Il existe selon ces écrits une hiérarchie dans les ambitions, et l'amour est apparemment la plus inaccessible d'entre elles.
A ce regard cynique s'oppose, dans la littérature, des romans plus "contes de fées", les Marc Levy et autres Anna Gavalda en sont la marque. Ces romans, qui se lisent assez bien, soufflent sur notre part d'espoir, de bonheur, et laissent une plus grande place au hasard de la rencontre. Ce qu'ils affirment, et c'est ce que beaucoup d'entre nous pensent, je trouve, c'est : "la solitude n'a qu'une fin, rompre avec elle", elle n'est pas un état définitif, mais transitoire, et c'est à nous de la vivre sereinement, en suscitant les rencontres, de temps en temps. Avec les années, on apprend à se remettre des déconvenues, qui ne sont jamais des échecs, et malgré ces petites contrariétés romanesques, nous poursuivons, inlassablement, notre quête du Graal.
Comme je l'avais dit je ne sais plus trop quand, dans la littérature vivent et se présentent nombre de réponses à nos questions. Lisons tant qu'il en est temps.
Je me demande si nous tous, pédés célibataires, ne sommes pas un peu à cheval entre ces deux pans de la fiction : une forme de résignation positive, en quelque sorte. Accepter l'état tout en ne l'acceptant pas totalement, attendre sans vraiment attendre, oublier sans savoir oublier. C'est à ce jeu d'équilibriste que nous jouons, et parfois, nous y laissons quelques plumes, qui ne sont rien, me semble-t-il, en proportion avec les nombreuses satisfactions que la vie à deux engendre.
Tout cela se résume, je pense, à une quête de la vie heureuse : de quoi a-t-on besoin pour être heureux ? S'accomplir seul ou à deux ? Faut-il être confortablement assis dans l'existence pour réussir (au risque de ne pas voir les opportunités sentimentales qui se présentent) ou au contraire, doit-on s'orienter uniquement dans le but de la rencontre, quitte alors à s'oublier.
Nous avons, parfois, une perception un peu chrétienne du rapport amoureux : la quête de l'amour ressemble, dans certains discours, à une quête divine. La vision de l'autre s'apparente à un mécanisme presqu'asymptotique : on cherche à se rapprocher de l'homme de sa vie, mais on se doute qu'on ne l'atteindra jamais, ce qui crée, à la longue, des frustrations, des besoins nouveaux, des déceptions, que sais-je encore... Augustin posait une question simple, à propos de Dieu cette fois : "qu'est-ce que j'aime, en vous aimant ?", cette question, nous nous la posons tous à propos de notre mec. Il y a beaucoup de volupté chez certains auteurs chrétiens, et parfois, il suffit de remplacer le nom Dieu par le mot amour pour trouver de profondes similarités avec nos questionnements sentimentaux. Augustin, de poursuivre : je n'aime ni votre physique, ni vos membres, ni les parfums, ni les aromates, ce que j'aime, c'est cette part intérieure de mon être que je connais assez mal et que tu as créé, ce que j'aime, c'est le mystère. Encore une fois, sans être pontifiant, dans nos inconscients amoureux se nichent ces équivalences. Notre mec, nous l'aimons, sans trop savoir ce qu'il est, ni ce qu'il pense, et nous aimons aussi ce qu'il est en nous (pas de cochonnerie s'il vous plaît, même si le symbole de la pénétration est ici on ne peut plus significatif...). La différence, c'est qu'un mec peut parfois sortir de nos vies, tandis que chez les chrétiens, ils étaient tranquilles, ils participaient au gang bang céleste pour l'éternité après leur mort terrestre.
Chercher un mec, en trouver un, est à mauvais titre une quête existentielle, comparable en bien des points, à celle de Dieu par un chrétien (qui, dans l'absolu, renonce d'ailleurs à la chair pour mieux se rapprocher de son idéal, comme si ces deux dimensions étaient inconciliables). J'entends souvent des pédales dire : je cherche, et me fait écho cette idée de quête perpétuelle, ce mythe de Sisyphe infini et irrémédiable. La conquête amoureuse est parfois un peu philosophique, et c'est parce que nous sommes hommes, parce que nous sommes imparfaits, que fort heureusement, nous acceptons de redescendre un peu sur terre et de nous offrir / ouvrir à autrui. Les mecs qui se rencontrent vivent avec les imperfections de chacun, et bon an, mal an, ils s'y habituent. Redescendons un peu sur terre et cessons de voir en l'autre un mirage, un bibelot, une quête ou un absolu. Etre amoureux signifie simplement accepter de partager, par forcément accéder au Septième Ciel ou au paradis. C'est là que je voulais en venir. Voir en l'autre un objectif, c'est renoncer à l'autre, en faire un formidable objet de déception, parce qu'en regard avec des idéaux, les Martin, Joël, Philippe et autre Eric ne peuvent que décevoir, comme nous décevons aussi. L'amour, c'est finalement l'acceptation de la déception. Tout est paradoxe.
Bon vent !

"L'attention que l'attente rassemble en lui n'est pas destinée à obtenir la réalisation de ce qu'il attend, mais à laisser s'écarter par la seule attente toutes les choses réalisables, approche de l'irréalisable."
Maurice Blanchot. L'attente, l'oubli.

"Dieu, c'est l'homme parfait."
Alain, je ne sais plus trop où....

dimanche 5 octobre 2008

Les petits signes

Quand on est célibataire, et aussi lorsque l'essentiel des plaies du passé est cicatrisé, on recherche avidement quelques bonnes raisons de sortir de l'état de douce torpeur solitaire qui nous envahit, tranquillement. Quelques petits signes viennent alors éclairer nos existences, indiquant, que, peut-être, nous serions prêt à rencontrer à nouveau. Florilège non exhaustif :

  • Les petits déjeuners du dimanche matin en écoutant France Culture commencent à devenir un peu pénibles, surtout quand on se rend compte qu'on n'a pas ouvert la bouche depuis le petit matin ;
  • Les couples qui se tiennent la main dans le Marais vous énervent un peu ;
  • Tiens, le téléphone sonne, zut, c'est encore Maman ;
  • Votre plan Q attitré et d'habitude toujours dispo a pris quatre jours de RTT ;
  • Vous en avez marre de vous branler devant votre webcam ;
  • Brusquement, vous trouvez un charme incompressible à votre patibulaire gardien d'immeuble ;
  • Vous devenez incroyablement affectueux avec votre chat, qui n'était pas habitué jusqu'ici ;
  • Vous commencez à raconter votre journée à votre bonzaï ;
  • Sans le faire exprès, vous achetez deux kilos de reines des reinettes sans penser que vous n'en arriverez jamais à bout tout seul, mais bon, elles étaient en promo ;
  • Votre boîte d'e-mail regorge de pub pour Meetic, Be2 et Gayromeo, et ça vous énerve ;
  • Finalement, vous dites oui quand on vous demande votre téléphone ;
  • Votre mère commence à vous demander si vous avez quelqu'un ;
  • Vous trouvez que les chambres d'hôtel single, c'est trop cher ;
  • Vous avez recroisé votre ex avec un mec que vous ne connaissiez pas, il vous a à peine salué ;
  • Vous avez une brosse à dents de disponible ;
  • Votre lit commence à être un peu grand pour vous ;
  • Les chansons de Linda Lemay semblent avoir été écrites pour vous ;
  • On est en octobre, vous pensez déjà à la tenue de la gay pride ;
  • Au sport, vous ne regardez plus seulement l'état pitoyable de vos semblants de pectoraux ;
  • Vos meilleurs potes vous demandent si vous allez rester seul encore longtemps ;
  • Vos collègues vous trouvent chiants et essaient de vous caser ;
  • Au bistrot, le serveur commence à vous présenter de nouveaux clients ;
  • La perspective de passer Noël en famille vous exaspère, on va encore vous faire des réflexions ;
  • Votre psy trouve qu'il n'a plus besoin de vous voir ;
  • Tiens, bizarrement, vous avez envie de rappeler Kevin, rencontré en juillet dernier au Cap Ferret.


Il est temps, n'est-il pas ?
Bon vent !

lundi 22 septembre 2008

Ressemblances et différences

Un bloggeur sympathique qui parfois vient se perdre dans ces pages a, il y a peu de temps, dressé un constat assez amusant, même si je ne parviens pas très bien à distinguer si son observation relève d'une quelconque réalité ou bien si elle est seulement le fruit d'un ressenti personnel. L'idée est la suivante : les mecs qui sortent ensemble se ressemblent physiquement, même look, même taille, même allure, voire mêmes centres d'intérêt.
Admettons. La ressemblance, comme en famille, est néanmoins avant tout un donné subjectif : Tatie Raymonde trouvera que le petit dernier a les yeux de sa maman, et la belle-mère trouvera plutôt que c'est le portrait craché de son fils. Cependant, c'est un fait, en se baladant dans le Marais, on repère quelques couples particulièrement mimétiques. Par l'âge, d'abord, ce qui est finalement assez logique : ce sont les jeunes qui sortent le plus, ce sont eux qu'on voit le plus ; les plus âgés, ceux qui ont dépassé la trentaine (on arrête assez vite d'être jeunes chez les pédales), sortent entre potes ou ne sortent plus, enfin, il me semble, mais ne généralisons pas... La mode aussi, joue beaucoup, je me souviens, du temps de mon triomphe, c'était le tee shirt moulant en lycra qui était la marque identitaire absolue et on se ressemblait tous, il y a eu les clones un peu avant, et les cuirs, les motards, les bears, tout ça. C'est une évidence, tous ces critères communautaires entrent en jeu dans cette impression de similarité chez les mecs.
En général, au début d'une rencontre, on cherche les "points communs" : il aime Brahms, comme moi, il n'aime pas le fromage, comme moi, il déteste Mylène Farmer, comme moi, ces petits détails, anodins d'apparence, sont le ciment du début de la relation. Ils favorisent les rapprochements, les discussions, et surtout, ils éveillent dans notre conscience amoureuse l'idée que l'alter ego est en face de nous, et que la relation, sur ces fondements, sera amenée à durer. Viennent ensuite les divergences, rarement rédhibitoires si Cupidon a déjà frappé : l'un sera plus ordonné, l'autre plus fouillis, l'un plus structuré, l'autre plus artiste, peu importe. Chacune de ses dissemblances permettent de nous démarquer de cet autre, de lui reconnaître une identité propre, un destin bien à lui, et c'est dans ce jonglage permanent entre mimétisme et semi-rejet que se bâtit l'histoire d'amour.
Les deux expressions existent dans le langage populaire et traduisent cette complémentarité qui se joue dans la différence ou au contraire dans la ressemblance : "chaque pot a son couvercle", impliquant que deux éléments distincts se complètent, et aussi "qui se ressemble s'assemble", admettant qu'une certaine convergence d'être, de penser ou d'autre chose a favorisé la rencontre.
Prenons les jumeaux mythologiques Castor et Pollux : l'un est mortel, l'autre immortel, et ce dernier partage son don avec son frère, mort ; ainsi, ces deux êtres jumeaux, identiques, habitent à la fois dans les enfers et dans l'Olympe. Castor et Pollux et tous les mythes relatifs à la gémellité sont des fondamentaux de l'Occident : la constellation des Gémeaux, Caïn et Abel dans l'Ancien Testament, les Asivin des Indiens.
Ce mode binaire est une structure indo-européenne ; il n'est pas transposable au couple hétéro mais je serais moins péremptoire concernant les mecs, parce qu'entre deux garçons, des myriades d'interrelations plus ou moins conscientes s'entrechoquent et qu'elles ne sont pas le fruit de notre éducation, enfin, pas seulement : père-fils, frère-frère (on entend cela parfois : "j'ai trouvé l'âme-frère"), ami-ami. Nous sommes sans doute plus proches, dans nos inconscients et nos cultures, des modèles antiques et romanesques que les hétéros, sans doute plus marqué par la famille de laquelle ils sont issus.
Castor et Pollux sont deux frères, ils ne couchent pas, mais se suivent à la vie à la mort, gravitent dans des mondes distincts mais toujours complémentaires, et ils ne se désolidarisent jamais. Leur ressemblance physique s'accompagne d'une dissemblance dans leurs univers respectifs, l'un est guerrier, l'autre dompteur, l'un frappe, l'autre se sert de l'animal pour frapper ; l'un vit dans la nuit, l'autre dans le jour, l'un reçoit les honneurs de Zeus tandis que l'autre les attend, et cela à tour de rôle, indéfiniment. Cette complémentarité entre deux hommes est également illustrée dans la Bible : Caïn est agriculteur, Abel berger, et quand Caïn veut rompre ce lien, en tuant son frère, il est alors maudit.. Là encore, rompre la ressemblance, c'est en quelque sorte renier la différence, c'est supprimer un équilibre...
Il est évident que la ressemblance nous rassure, tandis que, c'est animal, ou humain, c'est selon, la différence effraiera de prime abord. Par la suite, le mimétisme sera une cause de rupture, tandis que les différences seront le terreau fertile de la relation. Comme Castor et Pollux ou Caïn et Abel, deux amants alternent leurs statuts, changent de rôle, et avancent, tranquillement, vers leur destin fatalement, irrémédiablement, aussi distinct que dédoublé.

Bon vent !

Tous deux sur le même lit,
Ils se tournent le dos, brûlant de se parler ;
Si la tendresse est dans leur coeur,
Chacun défend sa dignité ;
Mais, lentement, les yeux se tournent,
Leurs regards se rencontrent :
La querelle des amants
S'achève dans les rires et les étreintes passionnées.
Amaru, Centuries. Poèmes sanskrits de l'Inde Ancienne.

mardi 9 septembre 2008

La peur de s'engager

La vie est parfois mal faite.
Vous êtes seul, a priori plutôt réceptif à la rencontre amoureuse. Un beau jour, vous rencontrez, et vous trouvez ça sympa. Vous demandez alors le numéro de téléphone, puis vous vous voyez, vous baisez évidemment, et brusquement (souvent après cette dernière étape d'ailleurs...) : une angoisse, un détail microscopique, incompréhensible et indéfinissable vous souffle à l'oreille : "non, ce n'est pas ton moment, attends encore un peu, profite de ces instants où tu redécouvres le bonheur d'être seul, celui-là n'est pas là pour être en couple avec toi, c'est un passage, une transition..." Considérée de l'autre bord, la version est sans doute moins empreinte de psychologie trentenaire attardée : "mais c'est quoi ce connard qui a peur de s'engager ???"
La peur de s'engager : il semblerait qu'il s'agisse de la nouvelle phrase à la mode. Quand on a un mec qui nous plaît juste assez pour tirer son coup mais pas encore suffisamment pour aller au-delà de la ceinture, on lui sort, le sourire en coin et la mine gênée : "tu sais, j'ai peur de m'engager" ; lorsqu'on tombe sur un type qui nous évite, ne rappelle pas tous les jours (signe d'une relation en bonne voie), qui n'est jamais libre ou disponible le week-end, qui est fatigué le soir, qui n'a plus assez de forfait pour appeler sur le portable, qui n'a pas une soirée à lui parce qu'il a beaucoup de travail, on peut, décemment se dire : "il a peur de s'engager". La peur de s'engager, redoutablement parisienne, effroyablement trentenaire. J'ai envie de vivre avec quelqu'un, mais si c'est avec lui, ne sera-ce pas un échec ? Et puis, des déconvenues, j'en ai tellement connues, je n'ai plus envie de souffrir, et enfin, mes copains, mon bistrot, mes plans culs deux fois par semaine, finalement, c'est confortable ; et puis aussi, est-il fait pour moi, Mon ex machin, mon ex truc, c'était autre chose quand même... Tout cela, toutes ces phrases, ces sensations, ces sentiments, ces questionnements, tiennent en cette expression amélipoulinesque : "j'ai peur de m'engager..."

Reprenons les choses à la base. Parfois, on estime que la peur de s'engager est liée à une vision romantique de l'amour. En gros, l'idée, c'est : "le prince charmant existe, je ne suis pas sûr que ce soit Martin, Pierre, Jules ou Kévin, donc, plutôt que de me planter, je lui dis stop et j'attends mieux". Deux issues : si j'avais attendu avec Martin, Pierre, Jules ou Kévin, ç'aurait peut-être valu la peine, mais je suis passé à côté ; ou alors : je n'ai rien perdu, parce que de toute façon, ça se serait arrêté. Ce genre de question ne mène pas loin, et il faut mieux arrêter de se les poser. Comment ? En sortant, en rencontrant, en faisant comme la pomme qui n'essaie pas de tomber volontairement de l'arbre mais qui attend son heure... Elle sait qu'elle tombera, comme vous, vous savez, au fond de vous, que vous rencontrerez un mec...
Il est néanmoins des cas où il est légitime de ne pas s'engager, ou de ne pas en avoir envie, tandis que, paradoxalement, on cherche quelqu'un... Chercher un mec durablement ne signifie pas se coller avec le premier venu. Dans l'absolu, chaque mec vaut la peine, seulement, il est des moments de notre vie où nous avons besoin de quelque chose de précis, d'inouï, de nouveau, d'inédit, et, sans forcément avoir la certitude de ce que nous cherchons exactement, nous avons l'intuition que certains garçons, si formidables soient-ils, ne nous conviennent pas.
Ici pointe toute la magie et le caractère irrationnel de l'amour : vous pourrez faire des thèses, des recherches, lire tous les ouvrages sur la question, l'amour demeure un mystère. Une personne nous attire et nous l'attirons, conformément à une loi de la physique totalement indéfinissable et propre à chacun (ouf !!!)...
Certains mecs nous font avancer, c'est une conception de l'amour qui était très en vogue chez les Grecs : le partenaire enseigne à l'élève. D'autres attendent de nous une vie plus "normale" pourrait-on dire : un quotidien, une relation égalitaire. Paradoxalement, ce genre de relation est le plus courant, la plupart des types qu'on rencontre cherche à vivre heureux avec un mec. Elle est toutefois, aussi, la plus difficile à assumer : il faut être solide, dans sa vie, dans ce qu'on est, dans ses attentes, dans son être... Tout cela demande un temps considérable. Il faut s'être pas mal planté (ou avoir réussi pas mal d'autres histoires...) avant d'y parvenir... Nous avons mille fois connu ces types extraordinaires, qui nous transportaient dès le premier soir, et qui, quatre ou cinq jours passés, nous exaspéraient : brutalement, une partie de notre conscience a pris le dessus, pour nous siffloter : "écoute, ce mec est génial, mais il n'est pas fait pour toi, il y a ce détail, cette habitude, ce petit chic-là, qui te dérangent", parfois ces détails nous paraissent rédhibitoires, parfois, ils nous charment... Allez comprendre !

La peur de s'engager, elle est finalement assez logique. Elle témoigne de notre degré d'empathie avec l'autre. Si on se mettait avec le premier venu, nous serions finalement comparables à des mammifères reproducteurs empreints de sauvagerie, tandis qu'avec cette méfiance, ces droits "à l'erreur", ces expériences répétées, nous sculptons, progressivement, notre personnalité amoureuse. Saint Jérôme parlait d'une lime pour forger les esprits : gardons cette image en tête, au lieu d'utiliser la serpette et la scie égoïne... Toutes ces craintes, ces peurs, ces méfiances, si elles nous sautent à la gorge, ne sont pas là par hasard. Il faut les écouter, mais, parfois aussi, leur tordre le cou...

Bon vent !

Si assuré et ferme que tu sois, ne cause de peine à personne ; que personne n'ait à subir le poids de ta colère. Si le désir est en toi de la paix éternelle, souffre seul, sans que l'on puisse, ô victime, te traiter de bourreau.
Omar Khayyam, Ruba' iyat IV, XIIIème siècle, quelque part en Perse...

mercredi 3 septembre 2008

Les fourmis dans le bras...

Dans les sensations qui suivent la rencontre, dans les souvenirs mémorables, marquants, qui identifient clairement que le sentiment, l'affection, autrement dit les prémisses de l'amour, ont pris place dans notre fonctionnement quotidien, il en est un que nous avons tous connus : le petit matin, au réveil, où, enlacés, nous ne savons plus que faire de nos bras, de nos jambes, emberlificotés qu'ils sont dans ceux de l'autre, un autre que nous explorons autant qu'il nous explore. Alors, on s'étreint, on cherche sa position, dans le demi-sommeil, soucieux de trouver notre confort, sans pour autant trop s'éloigner de l'autre. On se met sur le ventre, son bras lové contre notre torse, et on a l'air pas trop mal, et puis, d'un coup, il nous demande si on peut se pousser, se tourner, se mettre autrement, alors on se colle, dos contre ventre, en suivant des lignes parallèles que seuls les couples débutants connaissent. On tâche de trouver le sommeil, on guête la torpeur, et elles reviennent, ces petites fourmis dans le bras, tout écrasé qu'il est contre l'autre. Ces recherches de positions durent, la chaleur est là, une moiteur agréable, des odeurs qui n'appartiennent qu'aux deux, et qui, déjà, amorcent la complicité, celle des corps à défaut, pour l'instant, de celle des personnes.
Le bras qui picote, c'est le couple : être confortable, penser à soi, et ne pas s'éloigner de l'autre, lui laisser toute la place, qu'il reste près de nous sans être gêné, et que nous restions près de lui en faisant en sorte que, tranquillement, il s'acclimate à nos positions, nos manières d'être, à ce que nous sommes. Les picotements dans les bras, nous les avons tous connus, ils n'appartiennent qu'à l'amour. Etrangement, ils disparaissent lorsque les deux s'éloignent l'un de l'autre, au cours du temps puis s'estompent lorsque chacun reprend sa place (quelle douloureuse expression !). Je me souviens d'une fin d'histoire qui m'avait été annoncée inconsciemment par l'autre qui, dans son sommeil, avait enlevé mon bras enroulant son torse et s'était brutalement éloigné de moi. Le lendemain, aucun souvenir, mais le corps avait parlé, quelques semaines plus tard, le reste allait suivre...
Ces pratiques du corps, ces stigmates du couple endormi sont un beau symbole de l'amour : ni trop proche, ni trop loin, ni trop inconfortable, mais avec quelques compromis...
Bon vent !

samedi 23 août 2008

Les hommes, les champignons et moi

Quand j'étais petit, mon Papa m'emmenait aux champignons dans la forêt d'Argonne. Je détestais cela, d'une part, parce qu'en Argonne, il pleut tout le temps, il y avait aussi de grosses limaces rouges (les plus grosses limaces rouges que j'ai vues de toute ma vie, d'ailleurs), et surtout, je ne voyais pas la queue d'un champignon, ou alors, quand j'en trouvais, c'était des gros moches et pas bons, ou alors des tout pourris desséchés qui poussent sur les arbres, voire des dangereux pour la santé, et même des mortels...
Lui, il ramenait plein de pieds de mouton, des trompettes de la mort et des girolles, c'était vraiment énervant : alors, il me disait, pour me consoler : "c'est le métier qui rentre, tu verras, tu finiras par les voir, toi aussi." Bon, il est mort un jour, et je ne suis plus jamais retourné aux champignons...
Ce qui est vrai pour ces aimables végétaux eucaryotes sporophores l'est aussi pour l'homo sapiens sapiens sexualensis... Je discutais avec un de mes (comment dit-on ?...)"contacts" il y a quelques jours et il me disait : "quand tu cherches, le mec le sent, et il fuit, parce que ça effraie..."
Je ne me souviens pas trop comment mon Père trouvait ses champignons, mais je me souviens qu'il ne les cherchait jamais, justement : c'est vrai. Il se baladait, il regardait les oiseaux, il regardait le ciel, les arbres, trouvait des tas de trucs bien pourris comme on en trouve dans les forêts humides (des lichens, des écorces pleines de vers, des cailloux aux formes rigolotes), et puis, pouf ! de temps en temps, un champignon comestible, il le ramassait, et pensait à autre chose. A la fin de la journée, il y avait cinq omelettes...
Tout cela me rappelle aussi une histoire que racontait Edmund Hillary (le néo-zélandais qui a grimpé sur l'Everest pour la première fois) : il était au Népal et cherchait des sherpas. Il en déniche deux biens, musclés, solides, de rudes gaillards. Ceux-là lui proposent de l'accompagner sur quelque montagne, histoire de l'entraîner avant de faire le grand bon en avant : ils partent donc à l'aventure ; les sherpas avec de simples sandales, Hillary avec un solide harnachement d'alpiniste, des masques à oxygène et tout le toutim... Ils grimpent, grimpent, les sherpas gardent le sourire, tandis qu'Hillary suffoque. Ils arrivent finalement au sommet de la petite montagne ; notre brave Edmund est tout interloqué, limite colère : "m'enfin, c'est injuste, vous êtes affublé comme des véliplanchistes et vous n'êtes pas épuisés, moi, je suis bien équipé et je crache mes poumons !". Les braves sherpas, un tantinet bouddhistes sur les bords, lui répondent, goguenards : "Pendant que nous montions, toi, tu ne pensais qu'au sommet, nous, au chemin : nous avons regardé le ciel, les nuages, les roches, la neige, les rivières, bref, nous avons profité du parcours, et toi, tu n'as rien vu..." C'est bon, non ?
Les champignons et l'Everest me permettent de rebondir sur l'interrogation de mon "contact" : oui, c'est vrai, si tu cherches, tu vas tomber sur des machins bien pourris, des types tristes, des qui cherchent aussi, souvent des cas (j'en ai une belle collection à mon actif, mais ayant moi-même beaucoup cherché, je suppose que je dois traîner cette même réputation de boulet chez nombre de garçons sensibles...). Ces aventures nous sont arrivées à tous : on est au bar, en boîte, au bordel, et le premier mec qui se jette sur nous, c'est un aigle qui fond sur sa proie, la langue pendante et le regard hormonalement suggestif, avec un peu de malchance, en prime, il est totalement bourré. C'est normal, il est à l'affut : il fait partie des chasseurs, qui attendent et dévorent...
Je n'aime pas les chasseurs, ils tuent des bestioles innocentes, ils attendent, tapis dans leur abri, ils appâtent, ils jouent faux, ils se lèvent le matin pour tuer. Je préfère le mec qui va aux champignons ; il part en balade, ramasse éventuellement quelques spécimens s'il en trouve ou rentre chez lui le panier vide, conscient d'avoir passé un bon moment, malgré tout...

"Un âne, pour le moins, instruit par la nature,
A l'instinct qui le guide obéit sans murmure ;
ne va point follement de sa bizarre voix
Défier aux chansons les oiseaux dans les bois :
Sans avoir la raison, il marche sur sa route."
Boileau, Satires : à Monsieur Morel, Docteur en Sorbonne

Parfois, il nous faudrait être des ânes, surtout en amour...
Bon vent !

Je reprends le micro parce que Tony Duvert est mort. Il n'était pas très connu mais c'était un époustouflant écrivain, très gênant sans doute. Je ne connais que le Journal d'un Innocent : une bouffée bien anachronique aujourd'hui, le droit des adolescents à jouir de leur corps comme bon leur semble, très dérangeant, très incorrect, daté, et à n'en pas douter, totalement mis à l'index aujourd'hui. Duvert, c'est cette période des années 70 où tout semblait possible, même les pires âneries, mais lui, il les décrivait avec un talent et une sensibilité on ne peut plus respectables. Je vous conseille de lire pour vous faire une idée, c'est une langue belle, datée, et ça nous change des délires narcissiques de cette banane de Christine Angot ou des outrages de ce crétin de Houellebecq (dont il est le précurseur, mais ces ânes-là l'ignorent sans doute).

Tony Duvert

samedi 26 juillet 2008

Cette délicate question du pourquoi...

Nous exploitons des ressources infinies afin d'alimenter ce blog et d'en faire quelque chose de constructif : d'abord, quand même, nos expériences, qui sont, vous vous en doutez, incroyablement exemplaires et dignes du plus haut intérêt, que ce soit en matière de rencontres, de râteaux, de plantages, de coups de foudre, de "tu crois que je le rappelle ou j'attends encore", de "merde, mon ex, attends, j'ai pas envie de le voir...", de "purée, il me saoule celui-là avec son numéro masqué...".... En bref, une expérience de pédale parisienne lambda, ni encore trop névrosée, ni plus assez, normale en somme...
A cette flamboyance existentielle s'ajoute, en tous les cas de mon côté, une littérature remarquablement abondante, très à la mode chez les hétéros, et adorablement Bridget Jones dans l'âme. Vous savez, ces livres qu'on feuillette du bout des lèvres (quoi ? j'aime bien l'image...) dans le rayon psy des supermarchés et des FNAC, avec des couvertures roses et bleues qui parlent de Mars et de Vénus. Il existe en effet une tripotée de bouquins sur le sujet amoureux, sur la rencontre, sur comment garder un couple, sur le est-ce que ça va marcher ? Et moi, je suis fan, une véritable encyclopédie...
Enfin, pour éclairer nos lanternes, je dispose aussi d'une abondante discographie qui en général fait honte à la plupart des mecs qui ont le remarquable courage de tomber amoureux de moi. Il s'agit d'un ensemble exhaustif de chansons d'amour kitsch à souhait ; elles ont remarquablement su cerner le sujet amoureux et peuvent être d'un très grand secours en période de disette morale et affective (oui, personnellement, j'ai une relative difficulté à accepter l'état de célibataire, que je considère somme toute anormal et fondamentalement transitoire...). Donc, quand vraiment ça ne va pas, il y a Michelle, Sylvie, Yolanda, Lynda et les autres.
Un exemple, maybe... ? Essayez ces paroles remarquables :

''J'ai un problème je sens bien que je t'aime
Oh, j'ai un problème c'est que je t'aime aussi
Ces mots-là restent toujours les mêmes
C'est nous qui changeons le jour où on les dit.''

Je vous laisse cinq minutes pour savoir qui c'est... Trouvé ? J'espère... Et bien moi, vous peut-être, ces paroles, elles me parlent, parce qu'elles sont criantes de vérité. Les chansons des années 70 parlent d'amour de manière un peu candide, mais parfois, on a l'impression qu'elles ont été écrites juste pour nous, surtout quand on vient de se faire plaquer. Ecoutez juste un peu de Michel Delpech après une rupture, effet larmoyant garanti... J'organise des stages si vous voulez :-D.
Tout cela me donne une autre idée de post, ce sera après les vacances...

Revenons à nos moutons, il y a un bouquin qui me turlupine en ce moment...

Souvent, dans la littérature psy du couple en déroute, parfois bien construite, parfois un peu placebo quand même, on cherche des moyens de se rassurer, ce qui est légitime, on cherche aussi ce qui peut clocher, le cas échéant (bien que je sois persuadé que la question ne se pose pas ainsi : un être humain ne "cloche" pas, il est...), soit chez nous, soit dans notre couple, soit dans le mec qui partage notre vie... Je suis donc en train de lire un truc qui me pose question : Comment guérir du mal d'amour, de Patricia Delahaie, aux éditions Leduc.
Bon, ça s'adresse à des hétéros, avec des problématiques hétéros, et je ne vais pas en faire un résumé, il y a des trucs remarquables, notamment sur l'acceptation de soi et l'exorcisme de son ex, je suis fan et on va en reparler un jour....

Il y a cependant un détail qui me chiffonne...

Dans son bouquin, Pat (appelons-la Pat, si vous le voulez bien), trouve toujours une cause à la rupture. Une vraie cause, un événement perturbateur qui vient tout de go annoncer que la belle histoire d'amour doit s'achever, parce qu'il doit en être ainsi, ainsi soit-il... Exemples donnés par Pat : le mec trompait Suzette, Suzette dépensait trop de sous, Robert ne voulait pas d'enfants, Martin voulait vivre au Pérou et Josette préférait Vierzon, Pascal a rencontré une stagiaire qu'il a subrepticement eu envie de sauter en oubliant sa femme, son chien, son bébé, les traites de son appart... Bref, Pat, elle est claire : une rupture, c'est à cause d'un truc bien précis qui vient foutre sa merde...
Déjà, ça me gêne parce que je pense qu'il y a quand même une histoire de poule et d'oeuf là-dedans. Si événement perturbateur unique (ce qui n'est pas gagné) il y a, il peut n'être qu'une conséquence d'autre chose. Par exemple, si Josette préfère Vierzon, elle a ses raisons et elle n'a sans doute jamais osé en parler à Martin, ce qui, à la longue, occasionna des troubles qui se révèlèrent au moment fatidique où il fallut en parler, de Vierzon....
De même, si Machin trompe Machine, c'est parce qu'à la base, Machine, gna gna gna gna gna... Et donc, Machin, il s'est senti gna gna gna, du coup, il s'est laissé aller à tac tac tac....

Pat, cette idée des causes aux causes qui ont déclenché des causes, elle n'en parle pas. Elle évoque l'événement déclencheur absolu, le bouton atomique, la fin des haricots, bref, prenez l'image que vous souhaitez, mais en gros, pour Pat, dans une rupture, il y a un gentil et un méchant...
(En général, le méchant est le plaqueur, le gentil est le plaqué).

Moi, même si elle m'arrange cette idée (c'est que voyez-vous, je fus surtout plaqué), je la trouve quand même un rien culpabilisante (pour les deux ; comme quoi, je ne suis pas toujours de mauvaise foi...).

Je me demande si un couple, en théorie, après quelques années, n'est pas à peu près capable de surmonter n'importe quoi pourvu qu'il sache comment s'y prendre ?
(m'énerve ce point d'interrogation tout seul...)


Je parle bien de couple, pas des deux mecs différenciés qui forment un machin institutionnel qu'ils pensent être un couple parce qu'ils ont vu le même modèle dans Desperate Housewife.
Le couple est un dans mon esprit, et c'est cette unité qui gère les (in)fidélités, les problèmes de boulot, de fric, de lassitude...
Parfois, quand ça casse, et ce n'est ni de la faute à l'un, ni de la faute à l'autre, c'est qu'un des deux, ou les deux, ne sait pas gérer, ne sait pas comment faire. On n'a pas la clef : on ne sait pas comment redonner de la vie dans la routine, il ne sait pas comment expliquer que parfois il a envie de coucher ailleurs, il y a des craintes, des non dits, qui, à long terme, d'inoffensifs, deviennent redoutables.
Parfois, les problèmes qu'un couple doit surmonter le dépassent, tout simplement : la routine, principalement...

L'idée que la rupture, ce serait "à cause de ceci ou de cela", elle implique que l'un des deux mecs n'aurait pas été à la hauteur par rapport à l'autre, ce qui, d'emblée, établit une hiérarchie entre les deux mecs, ce qui est forcément mauvais. En général, le mec qui veut partir (sauf cas pathologiques : violences, domination malsaine, contamination, je ne sais pas) est bien embêté, parce qu'il ne sait pas comment faire autrement...
Il ne sait pas, et l'autre est tout aussi démuni. Quand un mec nous quitte, ou même quand on quitte un mec, il y a une petite part de remise en question (parfois une très grosse d'ailleurs), mais elle n'a pas de sens. On n'a pas tant changé que ça au cours de la relation, c'est la relation qui ne convient plus, c'est Le Couple qui ne sait plus ce qui ne convient plus, il n'y a pas de fautes....

Je dis ça pour rassurer un peu les lecteurs qui seraient en train de vivre une rupture, ou qui ont du mal pour s'en remettre. Il n'y a pas de raisons à chercher... C'est très humain de chercher des raisons, mais c'est caricatural. C'est un peu comme si vous disiez : je suis perdu en forêt parce que je ne sais pas lire un plan, donc je suis perdu en forêt parce que je suis une gourde et je ne saurai plus jamais comment me promener en forêt...
Non ! En fait, vous êtes perdu en forêt parce qu'il commence à faire nuit, qu'avec le temps, vous vous y emmerdez copieusement dans cette forêt-là, alors qu'au début, vous trouviez ça génial, c'est aussi parce que vous n'êtes pas (plus ?) familiarisé avec ce milieu, parce que certaines parties ne sont pas sur votre plan, parce que finalement, vous préféreriez marcher au bord de la plage, parce que vous n'avez pas encore bien appris à vous servir d'une boussole, parce qu'il y a des nuages qui obscurcissent le ciel... Il y a plein de raisons, et vous n'en maîtrisez qu'une infime partie.
Si vous êtes en train de rompre, j'espère que ce billet vous aura mis un peu de baume au coeur... Sachez que le temps arrange tout. Nous en reparlerons, et je vous résumerai quand même le livre de Pat, parce qu'il y a de bonnes choses !
Bon vent!

Mal d'amour

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