trouver un mec

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dimanche 2 novembre 2008

Les trilogies

Des mecs que nous avons aimés, nous retenons, avec le temps, finalement peu de souvenirs. Comme si la mémoire agissait à la manière d'un filtre vertueux sur nos consciences : ne sont conservés que les meilleurs moments ; les chagrins, les colères, les défections dans les confiances patiemment nouées s'étant quant à eux, naturellement, érodés, pour ne laisser émergés de toute cette fange bourbeuse que des rocs solides, positifs, constituant autant d'assises de nos histoires futures. J'ai un tort, sans doute, celui de voir du symbolique partout, le terre à terre m'ennuie immédiatement, le rationnel m'épuise, mes univers sont plus "ailleurs", parfois aussi plus fantastiques, et justement, à mesure que je me retourne sur mon passé, il me semble assez limpide que quelques coïncidences, quelques situations d'autrefois, à la manière de substances mystérieuses mêlées dans la cornue de l'alchimiste, se sont parfaitement emboîtées pour livrer un matériau nouveau, me laissant pour le moment encore perplexe.
Mes histoires d'amour ont une cohérence, six fois, j'ai dit "je t'aime", trois fois, je suis parti, trois fois, ils sont partis. Curieusement, ce sont ces derniers qui ont laissé le plus leur marque, c'est aussi avec ces derniers que les histoires ont été les plus difficiles à vivre : avec ces trois mecs, je ne savais pas dire non, comme si une angoisse, une angoisse un peu folle d'ailleurs, immature certainement, me dictait de ne pas aller vers l'affrontement, qui me terrorisait. Ce fut une mauvaise solution, certes, il n'y eu pour ainsi dire jamais de disputes, mais pendant ces mois ou années où nous vécûmes ensemble, m'assaillaient mille questions : m'aime-t-il vraiment ? Ces silences, que veulent-ils dire ? Dans ces trois histoires, le rapport de force n'était pas en ma faveur, j'étais mou, lent, plutôt à l'affût de la réaction de l'autre, et tentant de m'y conformer. Ces histoires furent donc très édificatrices, constructives, elles s'assimilaient presque à une relation de maître à élève, sans doute une relation trop lourde à porter pour l'autre, qui naturellement, ne pouvait y trouver son compte indéfiniment et en a tiré les conclusions qui s'imposaient naturellement.
Les trois autres, c'était exactement le contraire : affrontements au grand jour, désaccords, vie à deux aussi, sous le même toit pour l'un d'entre eux. Ces mecs étaient amoureux, mais très différemment, plus simplement, ils voyaient en l'autre un simple être humain, et j'en faisais de même. Chez ces garçons, pas d'idéal, pas de transcendance, mais la vie, plus terre à terre, sans doute me convenait-elle moins. A bien y réfléchir aujourd'hui, ces histoires-là furent peut-être les plus équilibrées, les plus saines, celles où je ne me posais pas la question de savoir si j'allais le heurter, le blesser ou autre chose. Chez les premiers, devenus presque des bibelots, c'est à peine si je prenais mes marques, si j'osais prendre un verre d'eau sans demander l'autorisation, ils n'y étaient pour rien, victimes de l'image que j'avais projetée sur eux. Chez les seconds, en revanche, aucune résistance, les soucis quotidiens étaient plus tranquilles, plus banaux : les vacances, le travail (les études à l'époque) et quelques petites disputes pour des broutilles. C'est ce qui m'a déçu, à la longue.
Dans les deux cas, un rapport de force s'est instauré, tantôt en ma faveur, tantôt en la faveur de l'autre. Dans ces deux cas, les histoires furent belles et constructives, mais leur apport à la vie fut différent : certains amants furent des absolus, indéfinissables et inaccessibles (pensais-je, les pauvres, ils n'y étaient pourtant pour rien), d'autres amants furent des hommes plus ordinaires (et ils ne l'étaient pourtant ni moins ni plus que les premiers).
On parle parfois beaucoup de rapport de force dans le couple et en jetant un oeil sur le passé, je me demande surtout si le couple n'est pas la simple traduction de nos représentations, plus ou moins conscientes. Les garçons rencontrés, aimés, n'arrivent pas au hasard, ils répondent, surtout entre vingt et trente ans, à des besoins, plus ou moins faciles à identifier, et parfois, ils y répondent malgré eux.
Se connaître est nécessaire pour admettre que l'on est fait pour la vie à deux, avoir conscience de ses faiblesses est le premier aveu qui puisse autoriser l'histoire à prendre racine. Prendre conscience de ses faiblesses ne signifie pas se rabaisser, c'est souvent à cette caricature de l'aveu de faiblesse que nous nous livrons, pensant sans doute que cela va apitoyer celui qui est en face.
Il existe une force aussi, sur laquelle nous pouvons compter : celle d'être persuadé que le mec qui est avec nous nous aime vraiment, ne pas se poser une once de question à ce sujet. Personnellement, j'en ai à chaque fois douté, et c'est précisément ce doute qui, peu à peu, s'est métamorphosé en réalité. Curieusement, il me semble que le prochain mec rencontré sera le fruit de toutes ces réflexions, évolutions et constructions. Le veinard, je l'aime déjà tiens !
Bon vent !

"Les canons de la bonne société sont, ou devraient être, semblables aux canons de l'art. Elle doit être aussi digne et aussi irréelle qu'une cérémonie, et combiner le caractère insincère d'un théâtre romanesque avec l'esprit et la beauté qui nous le font aimer. Est-si terrible, après tout, l'insincérité ? Je ne le crois pas. C'est simplement une méthode de multiplication de nos personnalités."
Oscar Wilde. Le Portrait de Dorian Gray.

mercredi 29 octobre 2008

Le sens de la vie

La plupart des textes, des livres, et aussi le sens commun résument la fin de la conquête amoureuse en quelques mots bien sentis : c'est en vivant convenablement seul que les hasards et la fortune jouent en notre faveur. Un de mes amis me demandait, après la rupture (qui commence à remonter quand même), "mais pourquoi elle t'attriste tant ? qu'est-ce que ça peut bien faire que tu sois avec un mec, tu as un boulot génial, des projets, tu écris, plus d'amis sincères que beaucoup pourraient rêver et tu as mille choses à faire, où est alors le problème ?" Un autre, plus prosaïque sans doute, rétorquait : "Tu sais, Elizabeth Taylor a divorcé sept fois, et elle s'en est remise". Tout cela signifiait en substance : à quoi bon courir après l'amour, qui parfois n'arrive jamais, et dont l'absence n'est nullement l'imprimatur d'une vie réussie, parfois au contraire, si on en juge par le nombre de ruptures, de divorces, de drames humains que parfois, le couple engendre ?
En ces temps de crise économique, certains auteurs, les Houellebecq (NB : la lecture du dernier entretien avec BHL me l'a rendu sympathique, en tous les cas, moins caricatural et plus émouvant qu'il n'aurait voulu qu'on l'entendît), Angot, Millet (remarquable dernier roman, "Jour de Souffrance", la gifle 2008 pour l'instant) agitent tous leurs plumes dans cette direction somme toute assez contemporaine : l'amour est une offre, certains peuvent se le permettre, d'autres non. De même, quelques économistes expliquaient que la conquête amoureuse était avant tout un luxe, et qu'il fallait être bien installé dans la vie, ne plus avoir à régler le problème de son logement, de son indépendance, de sa carrière ou que sais-je encore, pour se mettre en recherche ; je n'ai plus les noms, on avait parlé de ça avec mon ex... Par exemple, lorsque vous êtes cloués à l'hôpital avec un cancer du poumon, vous pensez à vous en sortir, pas à trouver l'amour. Il existe selon ces écrits une hiérarchie dans les ambitions, et l'amour est apparemment la plus inaccessible d'entre elles.
A ce regard cynique s'oppose, dans la littérature, des romans plus "contes de fées", les Marc Levy et autres Anna Gavalda en sont la marque. Ces romans, qui se lisent assez bien, soufflent sur notre part d'espoir, de bonheur, et laissent une plus grande place au hasard de la rencontre. Ce qu'ils affirment, et c'est ce que beaucoup d'entre nous pensent, je trouve, c'est : "la solitude n'a qu'une fin, rompre avec elle", elle n'est pas un état définitif, mais transitoire, et c'est à nous de la vivre sereinement, en suscitant les rencontres, de temps en temps. Avec les années, on apprend à se remettre des déconvenues, qui ne sont jamais des échecs, et malgré ces petites contrariétés romanesques, nous poursuivons, inlassablement, notre quête du Graal.
Comme je l'avais dit je ne sais plus trop quand, dans la littérature vivent et se présentent nombre de réponses à nos questions. Lisons tant qu'il en est temps.
Je me demande si nous tous, pédés célibataires, ne sommes pas un peu à cheval entre ces deux pans de la fiction : une forme de résignation positive, en quelque sorte. Accepter l'état tout en ne l'acceptant pas totalement, attendre sans vraiment attendre, oublier sans savoir oublier. C'est à ce jeu d'équilibriste que nous jouons, et parfois, nous y laissons quelques plumes, qui ne sont rien, me semble-t-il, en proportion avec les nombreuses satisfactions que la vie à deux engendre.
Tout cela se résume, je pense, à une quête de la vie heureuse : de quoi a-t-on besoin pour être heureux ? S'accomplir seul ou à deux ? Faut-il être confortablement assis dans l'existence pour réussir (au risque de ne pas voir les opportunités sentimentales qui se présentent) ou au contraire, doit-on s'orienter uniquement dans le but de la rencontre, quitte alors à s'oublier.
Nous avons, parfois, une perception un peu chrétienne du rapport amoureux : la quête de l'amour ressemble, dans certains discours, à une quête divine. La vision de l'autre s'apparente à un mécanisme presqu'asymptotique : on cherche à se rapprocher de l'homme de sa vie, mais on se doute qu'on ne l'atteindra jamais, ce qui crée, à la longue, des frustrations, des besoins nouveaux, des déceptions, que sais-je encore... Augustin posait une question simple, à propos de Dieu cette fois : "qu'est-ce que j'aime, en vous aimant ?", cette question, nous nous la posons tous à propos de notre mec. Il y a beaucoup de volupté chez certains auteurs chrétiens, et parfois, il suffit de remplacer le nom Dieu par le mot amour pour trouver de profondes similarités avec nos questionnements sentimentaux. Augustin, de poursuivre : je n'aime ni votre physique, ni vos membres, ni les parfums, ni les aromates, ce que j'aime, c'est cette part intérieure de mon être que je connais assez mal et que tu as créé, ce que j'aime, c'est le mystère. Encore une fois, sans être pontifiant, dans nos inconscients amoureux se nichent ces équivalences. Notre mec, nous l'aimons, sans trop savoir ce qu'il est, ni ce qu'il pense, et nous aimons aussi ce qu'il est en nous (pas de cochonnerie s'il vous plaît, même si le symbole de la pénétration est ici on ne peut plus significatif...). La différence, c'est qu'un mec peut parfois sortir de nos vies, tandis que chez les chrétiens, ils étaient tranquilles, ils participaient au gang bang céleste pour l'éternité après leur mort terrestre.
Chercher un mec, en trouver un, est à mauvais titre une quête existentielle, comparable en bien des points, à celle de Dieu par un chrétien (qui, dans l'absolu, renonce d'ailleurs à la chair pour mieux se rapprocher de son idéal, comme si ces deux dimensions étaient inconciliables). J'entends souvent des pédales dire : je cherche, et me fait écho cette idée de quête perpétuelle, ce mythe de Sisyphe infini et irrémédiable. La conquête amoureuse est parfois un peu philosophique, et c'est parce que nous sommes hommes, parce que nous sommes imparfaits, que fort heureusement, nous acceptons de redescendre un peu sur terre et de nous offrir / ouvrir à autrui. Les mecs qui se rencontrent vivent avec les imperfections de chacun, et bon an, mal an, ils s'y habituent. Redescendons un peu sur terre et cessons de voir en l'autre un mirage, un bibelot, une quête ou un absolu. Etre amoureux signifie simplement accepter de partager, par forcément accéder au Septième Ciel ou au paradis. C'est là que je voulais en venir. Voir en l'autre un objectif, c'est renoncer à l'autre, en faire un formidable objet de déception, parce qu'en regard avec des idéaux, les Martin, Joël, Philippe et autre Eric ne peuvent que décevoir, comme nous décevons aussi. L'amour, c'est finalement l'acceptation de la déception. Tout est paradoxe.
Bon vent !

"L'attention que l'attente rassemble en lui n'est pas destinée à obtenir la réalisation de ce qu'il attend, mais à laisser s'écarter par la seule attente toutes les choses réalisables, approche de l'irréalisable."
Maurice Blanchot. L'attente, l'oubli.

"Dieu, c'est l'homme parfait."
Alain, je ne sais plus trop où....

dimanche 5 octobre 2008

Les petits signes

Quand on est célibataire, et aussi lorsque l'essentiel des plaies du passé est cicatrisé, on recherche avidement quelques bonnes raisons de sortir de l'état de douce torpeur solitaire qui nous envahit, tranquillement. Quelques petits signes viennent alors éclairer nos existences, indiquant, que, peut-être, nous serions prêt à rencontrer à nouveau. Florilège non exhaustif :

  • Les petits déjeuners du dimanche matin en écoutant France Culture commencent à devenir un peu pénibles, surtout quand on se rend compte qu'on n'a pas ouvert la bouche depuis le petit matin ;
  • Les couples qui se tiennent la main dans le Marais vous énervent un peu ;
  • Tiens, le téléphone sonne, zut, c'est encore Maman ;
  • Votre plan Q attitré et d'habitude toujours dispo a pris quatre jours de RTT ;
  • Vous en avez marre de vous branler devant votre webcam ;
  • Brusquement, vous trouvez un charme incompressible à votre patibulaire gardien d'immeuble ;
  • Vous devenez incroyablement affectueux avec votre chat, qui n'était pas habitué jusqu'ici ;
  • Vous commencez à raconter votre journée à votre bonzaï ;
  • Sans le faire exprès, vous achetez deux kilos de reines des reinettes sans penser que vous n'en arriverez jamais à bout tout seul, mais bon, elles étaient en promo ;
  • Votre boîte d'e-mail regorge de pub pour Meetic, Be2 et Gayromeo, et ça vous énerve ;
  • Finalement, vous dites oui quand on vous demande votre téléphone ;
  • Votre mère commence à vous demander si vous avez quelqu'un ;
  • Vous trouvez que les chambres d'hôtel single, c'est trop cher ;
  • Vous avez recroisé votre ex avec un mec que vous ne connaissiez pas, il vous a à peine salué ;
  • Vous avez une brosse à dents de disponible ;
  • Votre lit commence à être un peu grand pour vous ;
  • Les chansons de Linda Lemay semblent avoir été écrites pour vous ;
  • On est en octobre, vous pensez déjà à la tenue de la gay pride ;
  • Au sport, vous ne regardez plus seulement l'état pitoyable de vos semblants de pectoraux ;
  • Vos meilleurs potes vous demandent si vous allez rester seul encore longtemps ;
  • Vos collègues vous trouvent chiants et essaient de vous caser ;
  • Au bistrot, le serveur commence à vous présenter de nouveaux clients ;
  • La perspective de passer Noël en famille vous exaspère, on va encore vous faire des réflexions ;
  • Votre psy trouve qu'il n'a plus besoin de vous voir ;
  • Tiens, bizarrement, vous avez envie de rappeler Kevin, rencontré en juillet dernier au Cap Ferret.


Il est temps, n'est-il pas ?
Bon vent !

lundi 22 septembre 2008

Ressemblances et différences

Un bloggeur sympathique qui parfois vient se perdre dans ces pages a, il y a peu de temps, dressé un constat assez amusant, même si je ne parviens pas très bien à distinguer si son observation relève d'une quelconque réalité ou bien si elle est seulement le fruit d'un ressenti personnel. L'idée est la suivante : les mecs qui sortent ensemble se ressemblent physiquement, même look, même taille, même allure, voire mêmes centres d'intérêt.
Admettons. La ressemblance, comme en famille, est néanmoins avant tout un donné subjectif : Tatie Raymonde trouvera que le petit dernier a les yeux de sa maman, et la belle-mère trouvera plutôt que c'est le portrait craché de son fils. Cependant, c'est un fait, en se baladant dans le Marais, on repère quelques couples particulièrement mimétiques. Par l'âge, d'abord, ce qui est finalement assez logique : ce sont les jeunes qui sortent le plus, ce sont eux qu'on voit le plus ; les plus âgés, ceux qui ont dépassé la trentaine (on arrête assez vite d'être jeunes chez les pédales), sortent entre potes ou ne sortent plus, enfin, il me semble, mais ne généralisons pas... La mode aussi, joue beaucoup, je me souviens, du temps de mon triomphe, c'était le tee shirt moulant en lycra qui était la marque identitaire absolue et on se ressemblait tous, il y a eu les clones un peu avant, et les cuirs, les motards, les bears, tout ça. C'est une évidence, tous ces critères communautaires entrent en jeu dans cette impression de similarité chez les mecs.
En général, au début d'une rencontre, on cherche les "points communs" : il aime Brahms, comme moi, il n'aime pas le fromage, comme moi, il déteste Mylène Farmer, comme moi, ces petits détails, anodins d'apparence, sont le ciment du début de la relation. Ils favorisent les rapprochements, les discussions, et surtout, ils éveillent dans notre conscience amoureuse l'idée que l'alter ego est en face de nous, et que la relation, sur ces fondements, sera amenée à durer. Viennent ensuite les divergences, rarement rédhibitoires si Cupidon a déjà frappé : l'un sera plus ordonné, l'autre plus fouillis, l'un plus structuré, l'autre plus artiste, peu importe. Chacune de ses dissemblances permettent de nous démarquer de cet autre, de lui reconnaître une identité propre, un destin bien à lui, et c'est dans ce jonglage permanent entre mimétisme et semi-rejet que se bâtit l'histoire d'amour.
Les deux expressions existent dans le langage populaire et traduisent cette complémentarité qui se joue dans la différence ou au contraire dans la ressemblance : "chaque pot a son couvercle", impliquant que deux éléments distincts se complètent, et aussi "qui se ressemble s'assemble", admettant qu'une certaine convergence d'être, de penser ou d'autre chose a favorisé la rencontre.
Prenons les jumeaux mythologiques Castor et Pollux : l'un est mortel, l'autre immortel, et ce dernier partage son don avec son frère, mort ; ainsi, ces deux êtres jumeaux, identiques, habitent à la fois dans les enfers et dans l'Olympe. Castor et Pollux et tous les mythes relatifs à la gémellité sont des fondamentaux de l'Occident : la constellation des Gémeaux, Caïn et Abel dans l'Ancien Testament, les Asivin des Indiens.
Ce mode binaire est une structure indo-européenne ; il n'est pas transposable au couple hétéro mais je serais moins péremptoire concernant les mecs, parce qu'entre deux garçons, des myriades d'interrelations plus ou moins conscientes s'entrechoquent et qu'elles ne sont pas le fruit de notre éducation, enfin, pas seulement : père-fils, frère-frère (on entend cela parfois : "j'ai trouvé l'âme-frère"), ami-ami. Nous sommes sans doute plus proches, dans nos inconscients et nos cultures, des modèles antiques et romanesques que les hétéros, sans doute plus marqué par la famille de laquelle ils sont issus.
Castor et Pollux sont deux frères, ils ne couchent pas, mais se suivent à la vie à la mort, gravitent dans des mondes distincts mais toujours complémentaires, et ils ne se désolidarisent jamais. Leur ressemblance physique s'accompagne d'une dissemblance dans leurs univers respectifs, l'un est guerrier, l'autre dompteur, l'un frappe, l'autre se sert de l'animal pour frapper ; l'un vit dans la nuit, l'autre dans le jour, l'un reçoit les honneurs de Zeus tandis que l'autre les attend, et cela à tour de rôle, indéfiniment. Cette complémentarité entre deux hommes est également illustrée dans la Bible : Caïn est agriculteur, Abel berger, et quand Caïn veut rompre ce lien, en tuant son frère, il est alors maudit.. Là encore, rompre la ressemblance, c'est en quelque sorte renier la différence, c'est supprimer un équilibre...
Il est évident que la ressemblance nous rassure, tandis que, c'est animal, ou humain, c'est selon, la différence effraiera de prime abord. Par la suite, le mimétisme sera une cause de rupture, tandis que les différences seront le terreau fertile de la relation. Comme Castor et Pollux ou Caïn et Abel, deux amants alternent leurs statuts, changent de rôle, et avancent, tranquillement, vers leur destin fatalement, irrémédiablement, aussi distinct que dédoublé.

Bon vent !

Tous deux sur le même lit,
Ils se tournent le dos, brûlant de se parler ;
Si la tendresse est dans leur coeur,
Chacun défend sa dignité ;
Mais, lentement, les yeux se tournent,
Leurs regards se rencontrent :
La querelle des amants
S'achève dans les rires et les étreintes passionnées.
Amaru, Centuries. Poèmes sanskrits de l'Inde Ancienne.

mardi 9 septembre 2008

La peur de s'engager

La vie est parfois mal faite.
Vous êtes seul, a priori plutôt réceptif à la rencontre amoureuse. Un beau jour, vous rencontrez, et vous trouvez ça sympa. Vous demandez alors le numéro de téléphone, puis vous vous voyez, vous baisez évidemment, et brusquement (souvent après cette dernière étape d'ailleurs...) : une angoisse, un détail microscopique, incompréhensible et indéfinissable vous souffle à l'oreille : "non, ce n'est pas ton moment, attends encore un peu, profite de ces instants où tu redécouvres le bonheur d'être seul, celui-là n'est pas là pour être en couple avec toi, c'est un passage, une transition..." Considérée de l'autre bord, la version est sans doute moins empreinte de psychologie trentenaire attardée : "mais c'est quoi ce connard qui a peur de s'engager ???"
La peur de s'engager : il semblerait qu'il s'agisse de la nouvelle phrase à la mode. Quand on a un mec qui nous plaît juste assez pour tirer son coup mais pas encore suffisamment pour aller au-delà de la ceinture, on lui sort, le sourire en coin et la mine gênée : "tu sais, j'ai peur de m'engager" ; lorsqu'on tombe sur un type qui nous évite, ne rappelle pas tous les jours (signe d'une relation en bonne voie), qui n'est jamais libre ou disponible le week-end, qui est fatigué le soir, qui n'a plus assez de forfait pour appeler sur le portable, qui n'a pas une soirée à lui parce qu'il a beaucoup de travail, on peut, décemment se dire : "il a peur de s'engager". La peur de s'engager, redoutablement parisienne, effroyablement trentenaire. J'ai envie de vivre avec quelqu'un, mais si c'est avec lui, ne sera-ce pas un échec ? Et puis, des déconvenues, j'en ai tellement connues, je n'ai plus envie de souffrir, et enfin, mes copains, mon bistrot, mes plans culs deux fois par semaine, finalement, c'est confortable ; et puis aussi, est-il fait pour moi, Mon ex machin, mon ex truc, c'était autre chose quand même... Tout cela, toutes ces phrases, ces sensations, ces sentiments, ces questionnements, tiennent en cette expression amélipoulinesque : "j'ai peur de m'engager..."

Reprenons les choses à la base. Parfois, on estime que la peur de s'engager est liée à une vision romantique de l'amour. En gros, l'idée, c'est : "le prince charmant existe, je ne suis pas sûr que ce soit Martin, Pierre, Jules ou Kévin, donc, plutôt que de me planter, je lui dis stop et j'attends mieux". Deux issues : si j'avais attendu avec Martin, Pierre, Jules ou Kévin, ç'aurait peut-être valu la peine, mais je suis passé à côté ; ou alors : je n'ai rien perdu, parce que de toute façon, ça se serait arrêté. Ce genre de question ne mène pas loin, et il faut mieux arrêter de se les poser. Comment ? En sortant, en rencontrant, en faisant comme la pomme qui n'essaie pas de tomber volontairement de l'arbre mais qui attend son heure... Elle sait qu'elle tombera, comme vous, vous savez, au fond de vous, que vous rencontrerez un mec...
Il est néanmoins des cas où il est légitime de ne pas s'engager, ou de ne pas en avoir envie, tandis que, paradoxalement, on cherche quelqu'un... Chercher un mec durablement ne signifie pas se coller avec le premier venu. Dans l'absolu, chaque mec vaut la peine, seulement, il est des moments de notre vie où nous avons besoin de quelque chose de précis, d'inouï, de nouveau, d'inédit, et, sans forcément avoir la certitude de ce que nous cherchons exactement, nous avons l'intuition que certains garçons, si formidables soient-ils, ne nous conviennent pas.
Ici pointe toute la magie et le caractère irrationnel de l'amour : vous pourrez faire des thèses, des recherches, lire tous les ouvrages sur la question, l'amour demeure un mystère. Une personne nous attire et nous l'attirons, conformément à une loi de la physique totalement indéfinissable et propre à chacun (ouf !!!)...
Certains mecs nous font avancer, c'est une conception de l'amour qui était très en vogue chez les Grecs : le partenaire enseigne à l'élève. D'autres attendent de nous une vie plus "normale" pourrait-on dire : un quotidien, une relation égalitaire. Paradoxalement, ce genre de relation est le plus courant, la plupart des types qu'on rencontre cherche à vivre heureux avec un mec. Elle est toutefois, aussi, la plus difficile à assumer : il faut être solide, dans sa vie, dans ce qu'on est, dans ses attentes, dans son être... Tout cela demande un temps considérable. Il faut s'être pas mal planté (ou avoir réussi pas mal d'autres histoires...) avant d'y parvenir... Nous avons mille fois connu ces types extraordinaires, qui nous transportaient dès le premier soir, et qui, quatre ou cinq jours passés, nous exaspéraient : brutalement, une partie de notre conscience a pris le dessus, pour nous siffloter : "écoute, ce mec est génial, mais il n'est pas fait pour toi, il y a ce détail, cette habitude, ce petit chic-là, qui te dérangent", parfois ces détails nous paraissent rédhibitoires, parfois, ils nous charment... Allez comprendre !

La peur de s'engager, elle est finalement assez logique. Elle témoigne de notre degré d'empathie avec l'autre. Si on se mettait avec le premier venu, nous serions finalement comparables à des mammifères reproducteurs empreints de sauvagerie, tandis qu'avec cette méfiance, ces droits "à l'erreur", ces expériences répétées, nous sculptons, progressivement, notre personnalité amoureuse. Saint Jérôme parlait d'une lime pour forger les esprits : gardons cette image en tête, au lieu d'utiliser la serpette et la scie égoïne... Toutes ces craintes, ces peurs, ces méfiances, si elles nous sautent à la gorge, ne sont pas là par hasard. Il faut les écouter, mais, parfois aussi, leur tordre le cou...

Bon vent !

Si assuré et ferme que tu sois, ne cause de peine à personne ; que personne n'ait à subir le poids de ta colère. Si le désir est en toi de la paix éternelle, souffre seul, sans que l'on puisse, ô victime, te traiter de bourreau.
Omar Khayyam, Ruba' iyat IV, XIIIème siècle, quelque part en Perse...

mercredi 3 septembre 2008

Les fourmis dans le bras...

Dans les sensations qui suivent la rencontre, dans les souvenirs mémorables, marquants, qui identifient clairement que le sentiment, l'affection, autrement dit les prémisses de l'amour, ont pris place dans notre fonctionnement quotidien, il en est un que nous avons tous connus : le petit matin, au réveil, où, enlacés, nous ne savons plus que faire de nos bras, de nos jambes, emberlificotés qu'ils sont dans ceux de l'autre, un autre que nous explorons autant qu'il nous explore. Alors, on s'étreint, on cherche sa position, dans le demi-sommeil, soucieux de trouver notre confort, sans pour autant trop s'éloigner de l'autre. On se met sur le ventre, son bras lové contre notre torse, et on a l'air pas trop mal, et puis, d'un coup, il nous demande si on peut se pousser, se tourner, se mettre autrement, alors on se colle, dos contre ventre, en suivant des lignes parallèles que seuls les couples débutants connaissent. On tâche de trouver le sommeil, on guête la torpeur, et elles reviennent, ces petites fourmis dans le bras, tout écrasé qu'il est contre l'autre. Ces recherches de positions durent, la chaleur est là, une moiteur agréable, des odeurs qui n'appartiennent qu'aux deux, et qui, déjà, amorcent la complicité, celle des corps à défaut, pour l'instant, de celle des personnes.
Le bras qui picote, c'est le couple : être confortable, penser à soi, et ne pas s'éloigner de l'autre, lui laisser toute la place, qu'il reste près de nous sans être gêné, et que nous restions près de lui en faisant en sorte que, tranquillement, il s'acclimate à nos positions, nos manières d'être, à ce que nous sommes. Les picotements dans les bras, nous les avons tous connus, ils n'appartiennent qu'à l'amour. Etrangement, ils disparaissent lorsque les deux s'éloignent l'un de l'autre, au cours du temps puis s'estompent lorsque chacun reprend sa place (quelle douloureuse expression !). Je me souviens d'une fin d'histoire qui m'avait été annoncée inconsciemment par l'autre qui, dans son sommeil, avait enlevé mon bras enroulant son torse et s'était brutalement éloigné de moi. Le lendemain, aucun souvenir, mais le corps avait parlé, quelques semaines plus tard, le reste allait suivre...
Ces pratiques du corps, ces stigmates du couple endormi sont un beau symbole de l'amour : ni trop proche, ni trop loin, ni trop inconfortable, mais avec quelques compromis...
Bon vent !

samedi 23 août 2008

Les hommes, les champignons et moi

Quand j'étais petit, mon Papa m'emmenait aux champignons dans la forêt d'Argonne. Je détestais cela, d'une part, parce qu'en Argonne, il pleut tout le temps, il y avait aussi de grosses limaces rouges (les plus grosses limaces rouges que j'ai vues de toute ma vie, d'ailleurs), et surtout, je ne voyais pas la queue d'un champignon, ou alors, quand j'en trouvais, c'était des gros moches et pas bons, ou alors des tout pourris desséchés qui poussent sur les arbres, voire des dangereux pour la santé, et même des mortels...
Lui, il ramenait plein de pieds de mouton, des trompettes de la mort et des girolles, c'était vraiment énervant : alors, il me disait, pour me consoler : "c'est le métier qui rentre, tu verras, tu finiras par les voir, toi aussi." Bon, il est mort un jour, et je ne suis plus jamais retourné aux champignons...
Ce qui est vrai pour ces aimables végétaux eucaryotes sporophores l'est aussi pour l'homo sapiens sapiens sexualensis... Je discutais avec un de mes (comment dit-on ?...)"contacts" il y a quelques jours et il me disait : "quand tu cherches, le mec le sent, et il fuit, parce que ça effraie..."
Je ne me souviens pas trop comment mon Père trouvait ses champignons, mais je me souviens qu'il ne les cherchait jamais, justement : c'est vrai. Il se baladait, il regardait les oiseaux, il regardait le ciel, les arbres, trouvait des tas de trucs bien pourris comme on en trouve dans les forêts humides (des lichens, des écorces pleines de vers, des cailloux aux formes rigolotes), et puis, pouf ! de temps en temps, un champignon comestible, il le ramassait, et pensait à autre chose. A la fin de la journée, il y avait cinq omelettes...
Tout cela me rappelle aussi une histoire que racontait Edmund Hillary (le néo-zélandais qui a grimpé sur l'Everest pour la première fois) : il était au Népal et cherchait des sherpas. Il en déniche deux biens, musclés, solides, de rudes gaillards. Ceux-là lui proposent de l'accompagner sur quelque montagne, histoire de l'entraîner avant de faire le grand bon en avant : ils partent donc à l'aventure ; les sherpas avec de simples sandales, Hillary avec un solide harnachement d'alpiniste, des masques à oxygène et tout le toutim... Ils grimpent, grimpent, les sherpas gardent le sourire, tandis qu'Hillary suffoque. Ils arrivent finalement au sommet de la petite montagne ; notre brave Edmund est tout interloqué, limite colère : "m'enfin, c'est injuste, vous êtes affublé comme des véliplanchistes et vous n'êtes pas épuisés, moi, je suis bien équipé et je crache mes poumons !". Les braves sherpas, un tantinet bouddhistes sur les bords, lui répondent, goguenards : "Pendant que nous montions, toi, tu ne pensais qu'au sommet, nous, au chemin : nous avons regardé le ciel, les nuages, les roches, la neige, les rivières, bref, nous avons profité du parcours, et toi, tu n'as rien vu..." C'est bon, non ?
Les champignons et l'Everest me permettent de rebondir sur l'interrogation de mon "contact" : oui, c'est vrai, si tu cherches, tu vas tomber sur des machins bien pourris, des types tristes, des qui cherchent aussi, souvent des cas (j'en ai une belle collection à mon actif, mais ayant moi-même beaucoup cherché, je suppose que je dois traîner cette même réputation de boulet chez nombre de garçons sensibles...). Ces aventures nous sont arrivées à tous : on est au bar, en boîte, au bordel, et le premier mec qui se jette sur nous, c'est un aigle qui fond sur sa proie, la langue pendante et le regard hormonalement suggestif, avec un peu de malchance, en prime, il est totalement bourré. C'est normal, il est à l'affut : il fait partie des chasseurs, qui attendent et dévorent...
Je n'aime pas les chasseurs, ils tuent des bestioles innocentes, ils attendent, tapis dans leur abri, ils appâtent, ils jouent faux, ils se lèvent le matin pour tuer. Je préfère le mec qui va aux champignons ; il part en balade, ramasse éventuellement quelques spécimens s'il en trouve ou rentre chez lui le panier vide, conscient d'avoir passé un bon moment, malgré tout...

"Un âne, pour le moins, instruit par la nature,
A l'instinct qui le guide obéit sans murmure ;
ne va point follement de sa bizarre voix
Défier aux chansons les oiseaux dans les bois :
Sans avoir la raison, il marche sur sa route."
Boileau, Satires : à Monsieur Morel, Docteur en Sorbonne

Parfois, il nous faudrait être des ânes, surtout en amour...
Bon vent !

Je reprends le micro parce que Tony Duvert est mort. Il n'était pas très connu mais c'était un époustouflant écrivain, très gênant sans doute. Je ne connais que le Journal d'un Innocent : une bouffée bien anachronique aujourd'hui, le droit des adolescents à jouir de leur corps comme bon leur semble, très dérangeant, très incorrect, daté, et à n'en pas douter, totalement mis à l'index aujourd'hui. Duvert, c'est cette période des années 70 où tout semblait possible, même les pires âneries, mais lui, il les décrivait avec un talent et une sensibilité on ne peut plus respectables. Je vous conseille de lire pour vous faire une idée, c'est une langue belle, datée, et ça nous change des délires narcissiques de cette banane de Christine Angot ou des outrages de ce crétin de Houellebecq (dont il est le précurseur, mais ces ânes-là l'ignorent sans doute).

Tony Duvert

samedi 26 juillet 2008

Cette délicate question du pourquoi...

Nous exploitons des ressources infinies afin d'alimenter ce blog et d'en faire quelque chose de constructif : d'abord, quand même, nos expériences, qui sont, vous vous en doutez, incroyablement exemplaires et dignes du plus haut intérêt, que ce soit en matière de rencontres, de râteaux, de plantages, de coups de foudre, de "tu crois que je le rappelle ou j'attends encore", de "merde, mon ex, attends, j'ai pas envie de le voir...", de "purée, il me saoule celui-là avec son numéro masqué...".... En bref, une expérience de pédale parisienne lambda, ni encore trop névrosée, ni plus assez, normale en somme...
A cette flamboyance existentielle s'ajoute, en tous les cas de mon côté, une littérature remarquablement abondante, très à la mode chez les hétéros, et adorablement Bridget Jones dans l'âme. Vous savez, ces livres qu'on feuillette du bout des lèvres (quoi ? j'aime bien l'image...) dans le rayon psy des supermarchés et des FNAC, avec des couvertures roses et bleues qui parlent de Mars et de Vénus. Il existe en effet une tripotée de bouquins sur le sujet amoureux, sur la rencontre, sur comment garder un couple, sur le est-ce que ça va marcher ? Et moi, je suis fan, une véritable encyclopédie...
Enfin, pour éclairer nos lanternes, je dispose aussi d'une abondante discographie qui en général fait honte à la plupart des mecs qui ont le remarquable courage de tomber amoureux de moi. Il s'agit d'un ensemble exhaustif de chansons d'amour kitsch à souhait ; elles ont remarquablement su cerner le sujet amoureux et peuvent être d'un très grand secours en période de disette morale et affective (oui, personnellement, j'ai une relative difficulté à accepter l'état de célibataire, que je considère somme toute anormal et fondamentalement transitoire...). Donc, quand vraiment ça ne va pas, il y a Michelle, Sylvie, Yolanda, Lynda et les autres.
Un exemple, maybe... ? Essayez ces paroles remarquables :

''J'ai un problème je sens bien que je t'aime
Oh, j'ai un problème c'est que je t'aime aussi
Ces mots-là restent toujours les mêmes
C'est nous qui changeons le jour où on les dit.''

Je vous laisse cinq minutes pour savoir qui c'est... Trouvé ? J'espère... Et bien moi, vous peut-être, ces paroles, elles me parlent, parce qu'elles sont criantes de vérité. Les chansons des années 70 parlent d'amour de manière un peu candide, mais parfois, on a l'impression qu'elles ont été écrites juste pour nous, surtout quand on vient de se faire plaquer. Ecoutez juste un peu de Michel Delpech après une rupture, effet larmoyant garanti... J'organise des stages si vous voulez :-D.
Tout cela me donne une autre idée de post, ce sera après les vacances...

Revenons à nos moutons, il y a un bouquin qui me turlupine en ce moment...

Souvent, dans la littérature psy du couple en déroute, parfois bien construite, parfois un peu placebo quand même, on cherche des moyens de se rassurer, ce qui est légitime, on cherche aussi ce qui peut clocher, le cas échéant (bien que je sois persuadé que la question ne se pose pas ainsi : un être humain ne "cloche" pas, il est...), soit chez nous, soit dans notre couple, soit dans le mec qui partage notre vie... Je suis donc en train de lire un truc qui me pose question : Comment guérir du mal d'amour, de Patricia Delahaie, aux éditions Leduc.
Bon, ça s'adresse à des hétéros, avec des problématiques hétéros, et je ne vais pas en faire un résumé, il y a des trucs remarquables, notamment sur l'acceptation de soi et l'exorcisme de son ex, je suis fan et on va en reparler un jour....

Il y a cependant un détail qui me chiffonne...

Dans son bouquin, Pat (appelons-la Pat, si vous le voulez bien), trouve toujours une cause à la rupture. Une vraie cause, un événement perturbateur qui vient tout de go annoncer que la belle histoire d'amour doit s'achever, parce qu'il doit en être ainsi, ainsi soit-il... Exemples donnés par Pat : le mec trompait Suzette, Suzette dépensait trop de sous, Robert ne voulait pas d'enfants, Martin voulait vivre au Pérou et Josette préférait Vierzon, Pascal a rencontré une stagiaire qu'il a subrepticement eu envie de sauter en oubliant sa femme, son chien, son bébé, les traites de son appart... Bref, Pat, elle est claire : une rupture, c'est à cause d'un truc bien précis qui vient foutre sa merde...
Déjà, ça me gêne parce que je pense qu'il y a quand même une histoire de poule et d'oeuf là-dedans. Si événement perturbateur unique (ce qui n'est pas gagné) il y a, il peut n'être qu'une conséquence d'autre chose. Par exemple, si Josette préfère Vierzon, elle a ses raisons et elle n'a sans doute jamais osé en parler à Martin, ce qui, à la longue, occasionna des troubles qui se révèlèrent au moment fatidique où il fallut en parler, de Vierzon....
De même, si Machin trompe Machine, c'est parce qu'à la base, Machine, gna gna gna gna gna... Et donc, Machin, il s'est senti gna gna gna, du coup, il s'est laissé aller à tac tac tac....

Pat, cette idée des causes aux causes qui ont déclenché des causes, elle n'en parle pas. Elle évoque l'événement déclencheur absolu, le bouton atomique, la fin des haricots, bref, prenez l'image que vous souhaitez, mais en gros, pour Pat, dans une rupture, il y a un gentil et un méchant...
(En général, le méchant est le plaqueur, le gentil est le plaqué).

Moi, même si elle m'arrange cette idée (c'est que voyez-vous, je fus surtout plaqué), je la trouve quand même un rien culpabilisante (pour les deux ; comme quoi, je ne suis pas toujours de mauvaise foi...).

Je me demande si un couple, en théorie, après quelques années, n'est pas à peu près capable de surmonter n'importe quoi pourvu qu'il sache comment s'y prendre ?
(m'énerve ce point d'interrogation tout seul...)


Je parle bien de couple, pas des deux mecs différenciés qui forment un machin institutionnel qu'ils pensent être un couple parce qu'ils ont vu le même modèle dans Desperate Housewife.
Le couple est un dans mon esprit, et c'est cette unité qui gère les (in)fidélités, les problèmes de boulot, de fric, de lassitude...
Parfois, quand ça casse, et ce n'est ni de la faute à l'un, ni de la faute à l'autre, c'est qu'un des deux, ou les deux, ne sait pas gérer, ne sait pas comment faire. On n'a pas la clef : on ne sait pas comment redonner de la vie dans la routine, il ne sait pas comment expliquer que parfois il a envie de coucher ailleurs, il y a des craintes, des non dits, qui, à long terme, d'inoffensifs, deviennent redoutables.
Parfois, les problèmes qu'un couple doit surmonter le dépassent, tout simplement : la routine, principalement...

L'idée que la rupture, ce serait "à cause de ceci ou de cela", elle implique que l'un des deux mecs n'aurait pas été à la hauteur par rapport à l'autre, ce qui, d'emblée, établit une hiérarchie entre les deux mecs, ce qui est forcément mauvais. En général, le mec qui veut partir (sauf cas pathologiques : violences, domination malsaine, contamination, je ne sais pas) est bien embêté, parce qu'il ne sait pas comment faire autrement...
Il ne sait pas, et l'autre est tout aussi démuni. Quand un mec nous quitte, ou même quand on quitte un mec, il y a une petite part de remise en question (parfois une très grosse d'ailleurs), mais elle n'a pas de sens. On n'a pas tant changé que ça au cours de la relation, c'est la relation qui ne convient plus, c'est Le Couple qui ne sait plus ce qui ne convient plus, il n'y a pas de fautes....

Je dis ça pour rassurer un peu les lecteurs qui seraient en train de vivre une rupture, ou qui ont du mal pour s'en remettre. Il n'y a pas de raisons à chercher... C'est très humain de chercher des raisons, mais c'est caricatural. C'est un peu comme si vous disiez : je suis perdu en forêt parce que je ne sais pas lire un plan, donc je suis perdu en forêt parce que je suis une gourde et je ne saurai plus jamais comment me promener en forêt...
Non ! En fait, vous êtes perdu en forêt parce qu'il commence à faire nuit, qu'avec le temps, vous vous y emmerdez copieusement dans cette forêt-là, alors qu'au début, vous trouviez ça génial, c'est aussi parce que vous n'êtes pas (plus ?) familiarisé avec ce milieu, parce que certaines parties ne sont pas sur votre plan, parce que finalement, vous préféreriez marcher au bord de la plage, parce que vous n'avez pas encore bien appris à vous servir d'une boussole, parce qu'il y a des nuages qui obscurcissent le ciel... Il y a plein de raisons, et vous n'en maîtrisez qu'une infime partie.
Si vous êtes en train de rompre, j'espère que ce billet vous aura mis un peu de baume au coeur... Sachez que le temps arrange tout. Nous en reparlerons, et je vous résumerai quand même le livre de Pat, parce qu'il y a de bonnes choses !
Bon vent!

Mal d'amour

vendredi 25 juillet 2008

Le petit chic en plus...

Maria Callas parlait de son petit chic ; un carré Hermès qui la distinguait immédiatement du commun des mortels. Souvent, dès la première rencontre, il y a chez un mec des petits chics qui nous émeuvent plus que d'autres. Liste non exhaustive et subjective de ces premiers instants immortels, ceux qui durent, qui durent, et qui resteront, malgré tout ce qui suivra (peut-être)... :

Il a un léger accent étranger ;
Il vous dit qu'il n'est pas libre ce week-end parce qu'il doit voir sa grand-mère ;
Il a manqué la dernière marche de l'escalier en sortant de boîte et s'est rattrapé à vous ;
Il vous prête un livre, ou un DVD, ou je ne sais quoi lors de votre première rencontre, sans avouer que c'est pour être sûr de vous revoir (qui ne l'a jamais fait ? hein ? hein ?) ;
Il est arrivé avec 20 minutes d'avance à votre premier rendez-vous ;
Sans le faire exprès, il a cassé une tasse au petit déjeuner et il ne sait pas comment s'excuser ;
Il est embêté, parce qu'il vous a offert des fleurs, vu qu'il ne connaît ni vos goûts musicaux, ni ce que vous aimez en général, et il sait qu'il a l'air con ;
Il a oublié son portefeuille chez vous et court à toute vitesse le récupérer avant de louper son train ;
Il a choisi un bar pendant deux heures pour votre premier rendez-vous ;
Le bar est fermé, vous vous rétractez sur le PMU du coin, il est tout désolé ;
Il vous explique qu'il n'est pas parti en vacances l'été dernier parce qu'il était tout seul, et que bon, partir seul, parfois, bof... ;
Il vous dit qu'il ne cherche pas de mec, mais que bon, si vous insistez un peu...

En rédigeant ce post, je me rends compte que toutes ces phrases (sauf la première, rhaaaaaa, les étrangers) peuvent aussi bien attendrir que faire fuir. Moralité : nous ne tombons pas amoureux de ce que l'autre fait, mais juste de ce qu'il est....

Bon vent !

dimanche 20 juillet 2008

Coucher avec un touriste

De temps en temps, au coin d'une rue, il existe des preuves tangibles que le monde gay existe, qu'il est solidaire, qu'il porte en lui une empathie, un partage...
Juillet est un mois merveilleux ; à Paris, les visages changent, de nouvelles têtes font leur apparition, on se surprend à reparler anglais, allemand, espagnol. Un flot de touristes pénètrent la Marais. On les reconnaît facilement : ils ont le même plan, ils fréquentent les mêmes lieux : Le Dépôt, le Central, l'Open, ces établissements qui sont dans tous les guides.
Ils prennent un verre, et nous regardent du coin de l'oeil. Hier, j'en ai rencontré un. J'aime bien les étrangers, je me suis toujours dit que mon prochain mari (oui, je suis contre le mariage gay, et pourtant je dis "mari", il y a une nuance...) ne parlerait pas ma langue. Il y a quelque chose chez ces mecs : de la douceur, la soif d'apprendre, le sourire, l'échange ; et puis, il leur manque cette musique névrotique très française dont il faudra que nous causions un jour.... On se sent également plus à l'aise avec eux, l'impression d'avoir moins de choses à justifier, à expliquer, je ne sais pas... Immédiatement, on sort des lieux communs, on parle de pays, de cultures, et dans le même temps -et c'est ce qui fait la magie de notre communauté- on se rend compte que nous avons eu la même vie, les mêmes questions, sur nous-mêmes, nos ex, notre tronche, notre estime de soi.
Ce touriste venait de Sacramento, il vote Obama, il était paumé, sans hôtel. Evidemment, je suis une tapette intégrale et triomphante ; pas sûr que s'il avait eu 60 balais, des cheveux blancs, une sale tronche, je lui aurais proposé de dormir chez moi, mais que celui qui n'a jamais péché etc. etc. Je l'ai raccompagné, on a parlé, un peu dîné. Ce qui est fascinant avec les touristes, c'est qu'on touche du doigt une véritable internationale gay, une communauté au sens le plus humain du terme. Il y a des gestes, des expressions, des mimiques, des sourires, des craintes, des complexes, qui montrent que nous sommes tous faits du même bois, qui montrent que le magnifique petit papillon arc en ciel nous a tous survolés quand nous étions dans notre berceau. J'ai passé une belle nuit, et cet inconnu aussi. Là est l'essentiel, mais il y a aussi le principal : chaque type est unique, mais chaque type est également membre d'une bien belle famille, qui est prête à nous accueillir les bras ouverts, pour peu qu'on se force un peu la main.

Nota bene : sur Adventice, Trouver un Mec en 10 leçons a enfin dépassé le Big Penis Book, l'amour dépasse la grosse queue, on est sur la bonne voie, non ? Merci à vous...

Bon vent !

mardi 8 juillet 2008

Correspondance interrompue 2

Paris, le 19 mars 2008

Cher Y,

Tu vois, je n'ai pas téléphoné, j'ai su attendre, j'ai certes beaucoup pleuré, je me suis bien pris la tête, mais j'ai trouvé la force de ne pas te harceler de questions qui ne cessent de me tourmenter. Que te répondre ? Je te comprends.. Je ne comprends pas, mais te comprends. C'est un peu bizarre, je sais, disons que je me mets bien à ta place, je comprends ta lassitude, mais je ne comprends pas pourquoi elle s'est installée sans qu'on ne remarque quoi que ce soit.
Il faut croire que ces choses-là demandent un peu d'expérience, nous ne savions pas, nous nous faisions confiance, sans doute un peu trop, et nous n'avons pas vu que peu à peu, les liens se distendaient. Nous faisions des choses ensemble, mais étions-nous ensemble ? La nuance est là, je n'arrive pas trop à mettre des mots dessus mais je suis persuadé que c'est à ce stade que le bât blesse.
Je ne vais pas t'ennuyer longtemps, il n'y a pas grand chose à dire. Nous nous séparons et il faudra que je t'oublie. Dans une histoire, on ne souffre jamais en même temps. Desproges disait qu'il y en avait toujours un qui souffrait et l'autre qui s'emmerdait, j'étais le premier, toi le second. Je ne sais que te dire de plus, il y a des regrets, mais paradoxalement, je ne regrette rien....

Impossible de te dire que nous nous reverrons.

Je t'embrasse, prends soin de toi !

X


Dans quelques mois, nous verrons ce que ces deux jeunes garçons sont devenus, ils se donneront quelques nouvelles, à suivre donc... Je me suis dis que le style épistolaire était sans doute celui qui parlait le mieux de la rupture et de la question du pourquoi... Maintenant, comme on dit à l'ORTF (c'est de saison), nous allons reprendre le cours de nos programmes habituels... Bon vent !

dimanche 6 juillet 2008

Correspondance interrompue 1

Paris, le 12 mars 2008

Cher X,

Je t'écris pour te dire que c'est terminé.
Voilà quatre années que nous partageons nos vies respectives, et j'ai envie d'arrêter. C'est dit bizarrement : "j'ai envie d'arrêter", comme si je faisais un régime ou que je ne voulais plus fumer, mais il n'en est rien . Il va m'être difficile de trouver des mots, d'ailleurs, autant te prévenir, je n'aurai pas les mots qu'il faut. Mais je te connais, je te connais bien, il te faut des réponses ; il m'aurait été plus facile de te rendre tes clefs, les mettre dans ta boîte aux lettres et laisser le temps faire son office. Tu aurais été un autre, c'est sans doute ce que j'aurais fait, non par manque de respect, mais parce que c'est plus facile pour les deux mecs. On se quitte, on ne se voit plus, on rumine, tranquillement, dans le deuil et le souvenir, jusqu'au jour où tout repart comme avant. Parce que s'il est une chose dont je suis certain, c'est que tout, pour toi, comme pour moi, repartira comme avant... Aussi, puisque je te connais bien, et je sais que tu vas m'appeler pour avoir des réponses que je n'ai pas, je vais essayer d'expliquer, du mieux que je pourrai. Je te préviens, les mots choisis n'auront sans doute pas le même sens pour toi comme pour moi, je ferai au mieux, mais je te connais, tu vas pinailler !
Une chose : il n'y a ni mépris, ni griefs. Certes, j'aurai pu te reprocher de nombreuses choses, et toi aussi. Par exemple, tu n'étais pas assez sûr de toi, c'est souvent moi qui prenait les décisions, tu avais une mauvaise foi que je n'ai jamais rencontré chez aucune créature terrestre avant toi, un égo bien placé, tu aimes être au centre des choses, qu'on te remarque et tu es doué d'une susceptibilité en acier trempée. Moi, de mon côté, je suis, j'étais (la grammaire est compliqué dans ces situations) trop peu affectif, peut-être (moi, je ne trouvais pas, mais toi, sans doute, si, un peu), tu me trouvais certainement un peu froid, distant, lointain, certainement pas assez à ton écoute. Tu vois, des griefs, nous en avions, mais bizarrement, ces défauts, que j'ai et que tu as, ils nous ont construits, moi, en tous les cas, ils m'ont séduits. Alors, je ne pense pas que ce soit à cause d'eux que les choses s'arrêtent, que la lassitude s'est installée...
Pourquoi, alors ? Je ne sais pas. peu à peu, tu n'étais plus X, mais un garçon qui vivait avec moi et pour lequel j'ai fini par ne plus rien éprouver. Tu n'y es pour rien, et comme tu es un affectif presque télépathe, avec un flair qui me laisse pantois ("monsieur je fais les questions et les réponses, et j'interprète tout ;)"), je suis sûr que tu t'étais douté de quelque chose, mais, dans le même temps, comme la solitude doit t'effrayer, ou tout du moins le rejet, j'ai fait des efforts, je me suis forcé, pour toi, pour nous deux. Mais rien à faire, je n'étais plus amoureux de toi. On ne sait pas pourquoi on tombe amoureux, on ignore tout autant pourquoi on ne l'est plus. Un écrivain que nous aimons bien toi et toi disait que le seul mot de toute la langue française qui devrait être interdit dans les romans est "indicible" ; selon lui, tout peut être dit. Je n'en suis pas si certain, en matière d'amour, en tous les cas, de trop nombreuses choses sont difficiles à dire. Il nous manque sans doute l'expérience, va savoir ?
Cette petite lettre est une bien malhabile tentative pour t'expliquer ce que moi-même je ne comprends pas. Je t'aimais, c'est une évidence, et j'étais bien avec toi, sinon, ces quatre années n'auraient jamais eu lieu. Tu es un type incroyable, amoureux, gentil, chiant des fois (très chiant même), mais à l'évidence, un mec bien, comme moi d'ailleurs, comme beaucoup d'entre nous. Il arrive, dans la vie, que des mecs bien ne se sentent plus bien ensemble. Ils se sont rencontrés, ils se sont mutuellement construits, et ils se séparent, avec leur nouveau personnage. Tu laisseras une part non négligeable de toi dans ma vie, et je pense que de mon côté, il en sera de même. Tu m'as appris l'humour, la déconne, les soirées arrosées, les délires et le rire ; moi, je t'ai appris à écouter, à attendre, à te tranquilliser. Nos deux personnes se sont rencontrées et se sont aimées, elles peuvent donc poursuivre leur chemin.
Sans doute ai-je des choses à apprendre, sans doute aurions-nous pu rester ensemble si j'avais eu un peu plus d'expérience, mais quand la lassitude et la routine te prennent à la gorge et que tu ne sais t'en défaire, il vaut mieux baisser les armes que lutter. De ton côté, tu vas peut-être apprendre à dire non, à exister différemment dans le couple (je te rassure, tu existes :-)), et du mien, j'apprendrai sans doute à plus écouter, ou tout du moins, à mieux montrer que j'écoutais...
Ce ne sera pas avec toi, ni toi avec moi, mais avec d'autres.
Je souhaite que tu ailles bien, merci pour ce moment de vie que nous nous sommes offerts.

J'attends de tes nouvelles, Y

Note de l'écouteur aux portes : encore un billet tristounet après celui-ci (la réponse), et ça va rigoler à nouveau... ; bon vent !

jeudi 3 juillet 2008

Parlons de la chose...

Chose promise, chose due.
Petit point étymologique : dans homosexuel, il y a sexuel ; c'est peu dire d'affirmer que ce sujet nous préoccupe gravement, nous autres, garçons sensibles et interlopes. L'idée du post m'est venue après une conversation assez inouïe sur le réseau téléphonique avec un petit bonhomme de 17 ans. Je rappelle, pour les jeunes, que cette forme de drague était courante avant l'explosion d'internet. Le principe est simple : on appelle un numéro (aujourd'hui non surtaxé), on utilise sa voix la plus langoureuse, on décrit en 10 secondes ce qu'on veut : généralement, c'est assez simple : "passif dans le 17ème cherche queue à sucer" ; "actif, 30 ans, dans le 20ème cherche son trou", et on attend le client. Généralement, on ne donne pas son âge directement, ou alors, on ment un peu, parce que plus on est vieux, moins on a de chances d'être appelé. Je le confesse, je dis trente ans, ça passe mieux, bizarrement, quand je suis honnête et que je donne mon vrai âge, ça mord moins bien... Mais là n'est pas le sujet, même si de l'âge, il faudra en parler un jour...
Ce jeune mec avait laissé ce message sur la BAL : "il a baisé avec moi sans capote, je ne sais pas quoi faire"... J'ai mis mes hormones de côté, ai remballé mon attirail proéminent et d'un seul coup d'un seul, ma conscience militante n'a fait qu'un saut : je l'ai contacté, parce que des conversations avec des mecs qui arrêtent la capote, j'en ai eues pas mal, et très souvent, je sais qu'il y a derrière plusieurs sentiments, entremêlées : de la détresse, du cynisme, du "à quoi bon", de la lassitude, et souvent aussi, de la solitude, beaucoup.
Ce mec me dit qu'il a 17 ans, qu'il sort avec un mec de 38, il ne sait pas si ce type est amoureux de lui mais ils adorent baiser ensemble. Et puis, dernièrement, le mec (le vieux de 38 ans) a enlevé la capote avant de l'enfiler. Mon interlocuteur avait la trouille. Trouille légitime...
Je fais donc ma Mère Thérésa, lui explique que dans ces cas-là, il faut de toute urgence faire une prise de sang, un test rapide, afin de commencer un traitement (qui, au bout de cinq ou six rapports non protégés, n'est plus un traitement post exposition, mais un véritable protocole), un test de vérif est fait au bout d'un mois et là, la vie bascule définitivement.
Je lui explique tout ça, il me remercie. Me promet qu'il va aller à Saint Louis (c'est gentil de me promettre, je ne le connais pas). Une question me titille, avant de raccrocher ; je lui dis, en substance : "mais tu sais, tu t'apprêtes à vivre les années les plus bouleversantes et les plus fastes de ta vie sentimentale, de belles années, et sache au moins une chose, dans un couple, vous êtes deux, tu as ton mot à dire, surtout quand ta vie est en danger ; ton mec, même si tu l'aimes, n'a pas le droit de t'imposer ça." Il me répond le truc classique : "j'étais excité, j'en avais envie". Serge Hefez, un brillant psychiatre spécialiste de la sexualité homosexuelle, a très bien décrit ce processus d'excitation, qui dans de nombreux cas, nous pousse à commettre l'irréparable. C'est difficile de lutter contre ça, je ne suis pas une mère la morale, je sais que parfois, il est dur de se raisonner, surtout quand on a 17 ans, surtout quand on est amoureux, surtout quand on veut garder son mec. Un de mes ex est mort de ça, exactement le même schéma...
Là, il me répond un truc qui m'a mis sur le cul (je m'étais renculotté entre temps) : "tu sais, je suis passif, c'est lui qui décide..."
Le rapport de force, la soumission, le rôle de l'actif et du passif dans le couple. Quelle question ! La tradition antique a répandu dans nos consciences cette insondable connerie : Socrate, le vieil homme mûr, actif, et l'éphèbe, celui qui apprend, celui qui reçoit, le passif. Chez les Romains, le propriétaire de l'esclave devait toujours être actif et l'esclave passif, dans le cas contraire, on l'insultait ou le brocardait. George Steiner, un philosophe, a écrit un très beau livre : l'art de la transmission, qui parle de pédagogie. Il commence, de manière un peu provocante, par expliquer que l'acte de transmettre est assez proche de l'acte sexuel : celui qui délivre le savoir est actif, celui qui le reçoit est passif. Il prend des tas d'exemples chez les Grecs. Je résume outrancièrement sa pensée, c'est plus complexe. Lisez Steiner quand vous aurez un moment, c'est un mec brillant, et des mecs de cette valeur, par les temps qui courent, c'est rare... Chez les Asmat de Nouvelle-Guinée, les jeunes hommes, dans la maison des hommes, sucent leurs aînés et avalent leur sperme, parce qu'ils reçoivent ainsi la force et la connaissance. Encore de temps en temps, on entend des bêtises du genre : le soumis est passif, le domi est actif ; on sait qui fait l'homme et qui fait la femme, et autres âneries...

Ce rapport de forces amoureux est un truc très répandu chez nous les pédales ; à titre perso je suis bien meilleur actif quand le garçon avec lequel je baise est plus jeune, apprend des choses de moi ou s'intéresse à ma dérisoire personne (c'est très con, mais je n'y peux rien du tout), au contraire, je n'y arrive pas lorsque je suis impressionné ou que le type est froid comme un glaçon : ce truc m'a coûté trois ans d'hypnothérapie, et il est à peine en train de se régler...
Le cul, c'est donc très très compliqué. Ce n'est pas simplement une question de feeling : entrent en jeu des personnes, leurs inconscients, leur estime d'eux-mêmes, l'image qu'ils se font de leur partenaire, leur évolution....
Lorsque je parlais de la Pride, je disais, peut-être un peu violemment, que notre communauté avait créé des schémas, ses propres schémas, qui, d'une certaine manière, pouvaient nous faire du mal. Cette histoire de rapport de forces en est un. Dans le couple, il ne doit pas exister, ou alors, il doit être assumé par les deux partenaires, mais chacun doit pouvoir s'exprimer. Je ne crois guère au compromis dans ce domaine. Le cul est une affaire trop personnelle : renoncer à une pratique, c'est renoncer à une partie de soi. C'est difficile d'assumer ce que nous sommes, nous avons tous des fantasmes plus ou moins avouables et quand on est amoureux, il est difficile de proposer à son mec des trucs qu'il pourrait trouver bizarres (uro, SM, crad, fétichisme, plans à plusieurs, ce que je sais).
De cette difficulté à parler naîtront des frustrations, qui, à la longue, peuvent causer une rupture. Lorsqu'on a très envie de quelque chose d'inavouable (pense-t-on), et qu'on n'ose l'évoquer avec son mec, s'installe le compromis. Celui-ci permet, un temps, de tenir, mais à moyen ou long terme, ce compromis tisse une emprise sur la relation, s'apparente à de la frustration, à un renoncement, de soi-même et de son couple. On ne peut forcer le naturel. Je suis persuadé, pour prendre une image forte, qu'un mec qui tripe de se faire pisser dessus ne pourra pas se contenter d'une relation avec un type qui est dégoûté par cette pratique. Les deux mecs ont leur légitimité, aucun ne doit renoncer à ce qu'il aime. Le rapport de force ne doit pas exister...

Ce qui est vrai, mais c'est difficile, c'est qu'assez tôt, les désirs, les envies, les pulsions, doivent être communiquées, et pour y parvenir, il faut de la bouteille. Mon petit mec n'avait que 17 ans, un gosse, bon Dieu, et il tombe sur un connard... S'il avait eu 25 ans de plus, quelques expériences, il aurait (peut-être) pu échapper à cette angoisse : à son âge, la seule angoisse légitime, c'est celle de rater son bachot. Nous, les vieux pédés avons une lourde responsabilité, là est le sens profond de la communauté ; c'est à cela qu'elle devrait servir la soi-disant marche des Fiertés (faudra m'expliquer ce pluriel qui pue le politiquement correct...), mais je m'arrête, sinon, je vais reparler de la Lesbian and Bisexual and Drunk Straight and (Sometimes) Gay Pride...

Nos anciens, les vieux gays, que j'aime bien, parce qu'ils sont un peu nos pères spirituels, ont cette charge, à mon avis. Ils doivent nous aider, nous rassurer, nous expliquer que c'est normal d'avoir mal au cul quand on se fait enculer la première fois, que c'est normal de débander alors qu'on a du désir pour un mec, que c'est normal de ne pas se faire prendre si on n'a pas envie, que c'est normal de ne pas avoir envie de sodo si on n'aime pas ça ou si ça fait peur, que c'est normal d'en avoir peur, que c'est normal de se réserver quand on est jeune avant de coucher avec le premier type venu....
Un vieux pote, à la sexualité plus qu'extrême, un mec bien, me disait qu'il rencontrait beaucoup de jeunes types sur les réseaux scato (chacun son truc, no judgement darling, please). Lui a 50 ans, et ça l'étonne, parce qu'il a franchi le pas il y a seulement une dizaine d'années. C'est une sexualité qui demande pas mal d'expérience, de recul, qui oblige à mettre ses appréhensions de côté... Il s'éclate vraiment, avec des mecs qui s'éclatent, et il me disait : "tu vois Jérôme, le mec de 18 ans qui se fait fister et qui se fait chier dessus, il passe à côté d'années de découverte du sexe, il vient d'avoir le permis de conduire et on le met aux commandes d'un Concorde." Cette phrase me fait réfléchir, il n'a pas tort.

Apprendre à baiser, c'est apprendre à aimer, c'est n'être pas trop fragile pour éviter les confusions entre amour et sexe, confusions qui sont courantes avant 30 ans (peut-être même après). Je sais, perso, que j'ai plein de trucs à apprendre sur moi-même avant de prendre mon pied, et je commence, à peine, à savoir ce que je veux quand je suis au pieux avec un mec, avant, j'imitais et je faisais ce qu'il aimait ; je le faisais bien au demeurant, mais ne nous égarons pas :D.

Ce post n'est peut-être pas très clair, mais j'aimerais que nous, les pédales, soyons suffisamment solidaires pour éviter que des petits mecs se fassent plomber, qu'ils sachent dire non, et qu'ils soient heureux. Puisque nous pensons tous avec notre queue, pensons bien, soyons généreux, et de sexe, et d'affection, et d'empathie. Cette générosité nous sera rendue, un jour, quand nous serons vieux, parce que, peut-être, grâce à cela, nous ne serons pas vieux seuls.

Bon vent, et même si c'est con à dire, chiant à déballer et parfois difficile à mettre, enfilez des capotes, par pitié. La vie est belle, aussi, et vous méritez de vivre.


dimanche 15 juin 2008

La carte amoureuse de John Gottman

Revenons à du léger...
Nous cherchons tous le secret du couple qui dure : on est à l'affût de recettes, d'autres regarderont leurs amis, en essayant de déceler l'apparent mystère de leur amour durable, d'autres encore verront beaucoup de films, liront des romans, certains reproduiront aussi, malgré eux, ce qu'ils ont pu connaître chez leurs parents. Homo ou Hétéros, je ne pense pas qu'il y ait de spécificités amoureuses chez l'un ou l'autre genre...
On va me répondre : oui, mais nous, les pédés, on a plus envie de coucher et on est plus volage... Je ne suis pas sûr que les hétéros le soient moins, mais comme ils ont tout un tissu institutionnel à se farcir (mariage, visite chez les beaux-parents, gamins...), ils peuvent sans doute moins se permettre de courir... Raison pour laquelle je reste personnellement dubitatif sur le mariage gay, mais c'est une autre discussion, dont nous pourrons débattre un jour, d'ailleurs.
Retenons un point : notre idée du couple, qui est propre à chacun de nous, et plurielle. Elle s'est nourrie au cours de notre vie par nos expériences antérieures, par des mythologies (les films, les contes de fées), par notre modèle parental (je ne sais pas s'il existe des études là-dessus, mais j'ai constaté autour de moi que les mecs qui avaient eu des parents formant un couple authentique avaient plus d'histoires durables : je n'énonce aucun lien de causalité, encore moins de déterminisme, mais c'est un simple constat, qui vaut pour quelques personnes...).
Je pense que si on a eu une enfance heureuse au sein d'un couple serein, même en étant pédé, on aura eu un accès sans doute plus direct à la définition du couple (logique, on en a une sous la main), et, vraisemblablement, on passera moins de temps à passer par des expériences successives.
Tout cela n'engage que moi : ce qui est sûr, c'est que tous, nous avons la capacité physique, psychologique, intellectuelle, de vivre avec quelqu'un. Parfois, nous aurons nos vies à construire, ou à reconstruire, et l'on pourra alors être moins disponible, mais là encore, rien n'empêche une rencontre fortuite, qui pourra nous aider à nous accomplir.
Laissons-là des scénarios subjectifs et revenons à notre question de départ : le secret du couple qui dure...
Je n'ai pas la réponse, bien évidemment, sinon, je ne serais pas célibataire :-), mais quelques psychologues se sont emparés de la question : parmi eux, Winnicott, spécialiste des enfants, et John Gottman, dont on va parler aujourd'hui.

Premier point : le couple qui fonctionne bien, d'après ses observations, est celui où les deux partenaires ne cherchent aucunement à être approuvé, ou félicité par l'autre. Je sais, à titre personnel, et je connais, des mecs qui me disent : "il ne me fait jamais de compliments, il ne me dit jamais qu'il m'aime, il ne m'avoue jamais être heureux avec moi..." En fait, si on suit Gottman, c'est normal et même bon signe.
Un couple où un partenaire chercherait sans arrêt une reconnaissance est voué à l'échec. Votre mec vous prend comme vous êtes, et vous en faites de même, ce n'est pas un examen de passage, ni une quête narcissique (regarde comme je suis beau et intelligent, tu as tant de chance de m'avoir rencontré..). Si vous attendez des compliments de votre mec, et si vous passez votre temps à lui en faire : vous vous consacrez exclusivement au présent, qui, à la longue deviendra du passé, qui, à son tour, laissera la place à la nostalgie, puis aux rancoeurs, puis à la rupture. Selon Gottman : il existe une différence entre attendre des compliments et s'accomplir. Pensez à votre travail : exercez-vous pour que votre chef soit content de vous, ou pour être heureux dans un job où vous vous sentez bien et qui vous construit ? Un peu des deux, peut-être, mais à long terme, c'est le second point qui a la primeur, sinon, vous êtes à la merci du moindre changement de conjoncture (le chef change, vous êtes mutés, vous êtes virés).

Second point : Les deux partenaires ne doivent pas chercher à être admirés ou reconnus par l'autre, mais en revanche, ils doivent accepter de se laisser connaître, de se dévoiler progressivement. C'est le concept de carte amoureuse : avec les années, chacun des deux mecs dessine une carte de son partenaire, comble les vides, emplit les zones d'ombres. Ce processus : "laisser connaître" et "chercher à connaître" est infini, illimité. Il ira se nourrir des vies de chacun, des expériences individuelles, professionnelles, intellectuelles, sportives, associatives, etc. D'après Gottman, et sur la foi d'un échantillon statistique (aux Etats-Unis, principalement hétéros...), les couples durables sont ceux qui découvrent de nouvelles parcelles de l'autre, année après année. Deux pièges : il ne s'agit pas d'accumuler les expériences pour que l'autre découvre sans arrêt des nouveautés, il ne s'agit pas non plus de passer son temps à scruter l'autre. Il faut, toujours d'après Gottman, simplement veiller à vivre pour soi, en toutes circonstances, sans penser à son partenaire, mais sans oublier non plus de garder de l'intérêt pour lui, pour ce qu'il fait et ce qu'il est.
Vous allez me dire : oui, c'est un peu découvrir la lune tout cela. Pas si sûr... Très souvent, on considère que la découverte de l'autre tient dans les trois premières années, qui sont celles de la passion et du rapprochement, et ensuite, on laisse la routine s'installer. Là, la routine existe mais en gardant ses projets personnels, en pensant et se repliant sur soi, paradoxalement, on suscite un regain d'intérêt chez l'autre (à condition que l'autre en fasse de même). Réfléchissez bien à ce dernier point, ce n'est pas si évident...

Troisième et dernier point Beaucoup de gens pensent qu'il faut trouver le "bon" partenaire pour vivre heureux. Cette idée est fausse, et nous vient des mythes hollywoodiens qui présentent seulement les débuts des passions et des rencontres (c'est souvent là que s'arrête le film, lorsque les deux héros se rencontrent et décident d'entamer leur histoire). En fait, le plus important n'est pas dans la recherche du "bon" (qui change de toute façon en fonction de nos âges, de nos envies, de nos expériences : je ne suis plus, à 35 ans, attiré par les mêmes mecs que lorsque j'en avais 20), mais dans le fait de cultiver la relation qu'on a choisi. Qu'on a choisi Ce point est essentiel.

Conclusion : tout cela a l'air bien théorique, mais il y a une multitude d'événements qui doivent vous faire écho. Je vous conseille de prendre un crayon, un papier, 15 à 20 minutes, et de vous demander clairement :

Comment puis-je aider mon mec (qu'il existe ou non) à mieux me connaître ?
(si vous êtes déjà en couple) "Comment puis-je mieux connaître mon copain ?
"Pour moi, être amoureux, c'est...
"Pour être un meilleur ami, je pourrais...
"Pour qu'il y ait de l'amour dans ma vie...
"Si je prends davantage sur moi pour satisfaire mes aspirations...

Ce jeu des petites phrases à compléter est très serein, il vous oblige à vous poser quelques secondes, et à clarifier votre propre carte amoureuse, car ce qui est vrai, c'est qu'avant de bien connaître l'autre, il faut se connaître et s'aimer soi-même, un minimum...

Je vous renvoie à deux livres qui m'ont beaucoup servi pour ce post :
John Gottman. Les couples heureux ont leurs secrets : les sept lois de la réussite. Pocket évolution, 2006.
Gottman

Tan Ben-Shahar. L'apprentissage du bonheur. Belfond. 2008.
shahar

Bon vent !

mardi 3 juin 2008

Le mec : mode d'emploi

Avertissement :
Ce Mec répond à toutes les normes de garantie exigées par la Commission de vérification des Mecs, des ex, des belles mamans, des filles à pédés, des amants de passage et des coups d'un soir. Si toutefois vous n'en étiez que faiblement satisfait, il vous est tout à fait possible de l'abandonner là dans le bar à cul le plus proche. Nous espérons néanmoins que notre modèle vous donnera entière satisfaction.

Compatibilité :
Ce mec est compatible avec tous les autres modèles : âges, passions diverses et névroses éventuelles pouvant toutefois faire leur apparition à l'usage. Nous vous conseillons néanmoins de le manipuler avec précaution, de ne pas culpabiliser inutilement, au moins dans les premiers temps. Certains utilisateurs ont en effet pu constater une phase de rodage somme toute assez normale. Celle-ci leur garantira une utilisation maximale. La phase de rodage se manifeste souvent par les signes suivants : hésitations, rappels au téléphone très intermittents, surdéveloppement de la boîte vocale et du répondeur... Si ces signes de rodage venaient à perdurer au-delà de quelques semaines, envisagez néanmoins de changer de modèle.

Installation de votre Mec :
D'une prise en main en apparence aisée, le Mec devra être parfaitement étudié avant d'envisager son utilisation maximale. Vérifiez donc que les différents panneaux de commande soient opérationnels : attentif à votre conversation, intéressé, soucieux de vous revoir. En cas de défaillance, dans les premiers jours, n'hésitez pas à solliciter fréquemment le système, il se peut qu'au démarrage, vous ne soyez pas pleinement convaincu de son efficience. Si les doutes persistent, il vous est encore possible de changer d'interface. Attendez donc quelques jours.
Le Mec est installé et pleinement opérationnel si vous vous sentez en confiance à ses côtés. Attention toutefois, il se peut que le système ne soit pour sa part qu'incomplètement en confiance, n'hésitez pas, encore une fois, à changer de modèle si vous sentez que vous-même, vous ne lui donnez pas entière satisfaction. En cas de surcharge en effet, le Mec peut griller et devenir inopérant (il répondra en général : "on se rappelle, tu me tiens au courant"). L'installation demande patience, doigté et savoir-faire.
Divers utilisateurs ont remarqué que plus on avait eu à faire avec des Mecs par le passé, plus on savait comment initialiser un nouveau modèle, sachez néanmoins que des surprises demeurent possibles et que rien n'est acquis.

Configuration de votre Mec
Le Mec doit être un minimum configuré avec votre mode de vie, si vous l'avez choisi, vous l'avez de toute façon fait en connaissance de cause. Nos modèles sont toutefois suffisamment variés et intelligents pour garder un peu de libre arbitre. Quelques conseils pour une configuration optimale :

  • Prévoyez quelques dîners amoureusement préparés.
  • Envisagez assez rapidement un aspect sexuel, sans omettre le préservatif.
  • Veillez constamment à être à son écoute.
  • Veillez également à ce qu'il soit lui aussi à votre écoute.

Nous nous refusons à toutes garanties si ces quelques conditions prérequises ne sont pas établies. En cas de réclamations ou si notre produit ne vous avait pas donné entière satisfaction, laissez-vous un peu de temps avant de changer de modèle.

Bon vent !

vendredi 2 mai 2008

Cerveau gauche, cerveau droit

Une fois n'est pas coutume, un peu de sciences et de culture dans ce monde pétri d'hormones, de paillettes, de talons et de muscles ne va pas faire de mal.

D'aucun nous demande : "mais dites-nous, Philippe et Jérôme, vous qui savez tout de l'amour, quel est le grand secret ? Celui qui permet d'être certain que le mec qu'on va rencontrer, il va durer longtemps ?" Nous nous grattons la tête, prenons une pose inspirée et répondons : "attends deux minutes mon petit lapin, on va y réfléchir, en attendant, laisse nous des commentaires au lieu de venir nous rendre visite sans même nous dire qui tu es... (message inside)"

Deux réponses à cette question : l'une est philosophique, l'autre plus physiologique. Et vous allez voir que ces réponses, si elles dégrossissent la question, si elles donnent des pistes, ne vont pas vous donner la clef, ce serait trop simple, non ?

Philosophiquement, et ça remonte à Platon et son Banquet. Platon distingue deux Eros, l'Eros classique (celui qui lance sa flèche, Cupidon), autrement appelé céleste, et celui qu'on appelle communément l'Eros vulgaire. Ces deux Eros jouent avec nous comme un marionnettiste, mais de manières différentes.

L'Eros vulgaire, c'est le papillon, celui qui s'attache avant tout au corps, à l'acte, à la baise. Quand on va au bordel, c'est pour satisfaire notre Eros vulgaire, on le nourrit assez vite, et il se contente. Cet Eros-là fait partie de chacun d'entre nous, il ne faut pas en avoir honte, il ne faut pas se poser trop de questions.

Contrairement à ce que disent les psychanalystes, l'Eros vulgaire n'est pas une pulsion, c'est simplement une part de notre individu qui n'a besoin d'être amoureux que charnellement. C'est une forme d'amour, mais un amour au hasard, sans que n'entre en considération l'avenir. C'est un amour présent, attiré par le corps et la beauté. Point barre. C'est donc essentiellement notre part esthétique qui entre en action, et non notre part spirituelle.

Notre Eros vulgaire, on le perçoit plus nettement après une rupture sentimentale, quand on a l'esprit occupé à notre travail, à nos occupations, à nos amis. C'est celui qui est le plus en surface, qui n'a pas besoin de faire d'efforts pour se manifester, tout simplement parce qu'il se meut surtout grâce au hasard. C'est en effet le hasard son principal moteur. L'image, c'est celle de grains de poussières qui volettent dans l'air et qui s'associent. Nous vivons dans une sorte de mouvement brownien, et, au pif, on s'agrège. Pour Platon, au moment où nous nous agrégeons pourra intervenir l'Eros céleste. Une remarque avant de passer à la suite : les chrétiens ont confondu l'Eros vulgaire avec l'homosexualité, c'est la raison pour laquelle aux yeux de ces braves gens, nous passons pour des pervers, des brutes, des animaux, des créatures contre-nature. Cette part d'amour "vulgaire" (au sens étymologique, "qui nous concerne tous" : vulgo, are signifie "répandre dans le public", me dit mon Gaffiot, le seul mec qui me comprenne en ce moment), elle nous oblige à mettre le nez dehors, à nous fier à nos sens, à notre intuition. Elle est nécessaire, sans quoi nous serions purs esprits, et comme les deux faces d'une même pièce, elle est intimement liée à l'Eros céleste, celui qui nous intéresse tous.

Venons-en à l'Eros céleste, c'est là qu'il entre en jeu : c'est celui qui nous guide vers des amours et des êtres que Platon juge plus "intelligents", plus "purs", résumons en disant que l'Eros céleste nous fait voir au-delà du corps. Si on simplifie : l'Eros vulgaire fait les présentations, nous oblige à sortir, c'est un peu notre fille à pédé à nous, et l'Eros céleste parachève la rencontre. Ce sont les points communs, les affects, les différences, bref, c'est le sentiment amoureux. Pour Platon, nous avons besoin des deux : le vulgaire nous extériorise, nous fait essayer, nous fait nous planter, et nous fait admettre notre intérêt pour le corps de l'autre, l'Eros céleste vient parfois à la rescousse pour approfondir la question.

C'est alors l'amour with a big A !!

Evidemment, si l'Eros céleste se manifestait sans arrêt, nous tomberions d'épuisement, sans avoir le temps d'expérimenter, sans avoir le temps de prendre le temps, d'aller à la rencontre. L'amour céleste permanent : c'est l'amour platonique, au sens propre du terme : un amour spiritualisé à outrance, sans issues. De même, seulement dynamisé par notre Eros vulgaire, on passerait son temps à baguenauder de corps en corps, au hasard, sans nous poser.

Or, et c'est-là le génie de Platon, l'Eros céleste doit intervenir, parce qu'existe dans le monde notre deuxième moitié, que notre Eros vulgaire nous oblige à chercher, et que notre Eros céleste nous fait découvrir.

Il est donc, d'un point de vue philosophique, normal d'avoir parfois envie d'aller voir ailleurs, il est normal de n'avoir envie que de cul, comme il est normal d'aspirer à un amour plus stable, plus fort. L'un amène l'autre.

Ce qui est passionnant avec cette histoire de deux moitiés, c'est que des psychologues et des spécialistes du cerveau la retrouvent, indirectement. Ils ne seront peut-être pas d'accord avec les raccourcis que je vais faire, mais le blog étant un épanchement de soi, allons-y de notre théorie personnelle. C'est passionnant.

Que disent les neuro-sciences sur la théorie des deux moitiés ?

Notre cerveau se compose de deux hémisphères : gauche et droit. Le cerveau gauche, c'est celui de l'analyse, c'est "la bosse des maths" si on veut, c'est le rationnel, le logique, le carré, l'argument ; le cerveau droit (mon préféré) a une autre capacité : celle de faire des liens très rapides entre des choses qui apparemment n'ont aucun sens, c'est le cerveau du traitement simultané des informations, de l'analogie, de l'intuition, c'est le siège des pensées divergentes (qui sortent de l'opinion commune), c'est aussi le siège des émotions. Une personne cerveau gauche sera calme, prudente, analytique ; une personne cerveau droit plus affective, plus difficile à suivre, plus empathique, plus à fleur de peau. Dans notre personnalité, une hémisphère est plus développée qu'une autre. En gros, 50% de la population est cerveau gauche, et 50 % est cerveau droit. Regardez les couples qui durent autour de vous : c'est souvent un cerveau gauche et un cerveau droit, l'un un peu fofolle, l'autre plus raisonnable, l'un plus anxieux, l'autre plus rassurant, l'un casanier, l'autre chien fou. Rimbaud et Verlaine : deux cerveaux droits : ils se sont autodétruits. Sartre, Beauvoir : cerveau droit chez Monsieur, gauche chez Madame, ç'a donné quelque chose de pas mal. Les deux moitiés de Platon existent dans les faits.

Ainsi, revenons à nos moutons. Comment savoir que le mec rencontré est le bon ?

De une, philosophiquement comme physiologiquement, l'idée du "bon" existe : les moitiés de Platon, les deux hémisphères du cerveau.

Dans le banquet, Platon n'envisage pas la séparation, il pense que le mec pour la vie, c'est une réalité. Il considère deux hypothèses : parfois, une moitié homme et une moitié femme se retrouvent : ce sont alors les androgynes, ils font des bébés et accouchent d'une autre moitié qui gravitera dans le monde, à la recherche de sa moitié, in saecula saeculorum (pour les siècles des siècles, NdT). Parfois, et là, on frétille, nous autres, dindes : deux moitiés hommes se rencontrent.

Pour Platon, c'est la forme d'amour la plus pure, la plus aboutie, celle qui accouche non d'un humain (et pour cause), mais de l'esprit. Or, dans la perspective platonicienne, l'esprit est immortel (c'est pour cela qu'il était bien vu des chrétiens, parce que vu comme le précurseur de l'immortalité de l'âme, mais je diverge...).

Les neurosciences confirment donc les deux moitiés, mais nous expliquent en revanche, ces connasses, que l'attachement amoureux est provisoire, liée uniquement au souci de reproduction des espèces. Physiologiquement, en effet, le sentiment amoureux intense ne durerait que trois années pour les neurosciences. Quand nous sommes "in love", le cerveau libère des hormones, nos zones cérébrales liées à l'empathie sont plus développées, notre degré d'attention à l'autre fonctionne à plein régime pendant trois ans, et puis ça se tasse. C'est pour cela que souvent, on raconte qu'après trois ans, ça passe ou ça casse... Ca se tasse pour de bêtes raisons de sélection naturelle : au bout de trois ans, on a eu le temps théorique de faire un petit.

Conclusion : l'hypothèse des neurosciences et celle de Platon se rejoignent sur un point. Deux fonctionnements, deux esprits différents, se complètent. C'est dans le devenir de cette union que les choses divergent.

Pour Platon, ces deux esprits accouchent d'un véritable esprit, durable, immortel. Les créateurs homosexuels, Marais et Cocteau, Michel Ange et ses élèves, Socrate et Platon, Charpini et Brancato, Omar et Fred, etc. Pour les neurosciences, notre attachement amoureux est en revanche provisoire : nous nous complétons, mais juste pour faire des bébés. Là, c'est génial, parce que nous ne faisons pas de bébés, nous autres, et pourtant, parfois, on se sépare quand même : on dira alors qu'on n'est plus sur la même longueur d'onde, qu'on ne se comprenait plus, et c'est vrai. Nos deux cerveaux ne se comprennent plus, au sens strict.

Conclusion bis : Vous avez donc bel et bien votre alter ego, un mec vous attend quelque part, c'est une certitude, et philosophique, et physiologique. Il y en a eu avant, mais vous vous êtes transformé, votre cerveau a changé, et le nouveau y sera adapté. Votre Eros vulgaire vous pousse à le trouver. Et le bon, vous le sentirez, vous saurez que c'est lui.

Allez, bon vent.

Pour en savoir plus Théorie des moitiés, amour platonique : Platon, le Banquet, G. Flammarion, poche. 9 €

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Neurosciences, cerveaux gauche et droit : Jeanne Siaud-Facchin, Trop intelligent pour être heureux ? l'adulte surdoué, Odile Jacob 21,90 €

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lundi 31 mars 2008

Ma part d'adolescence

Je le rencontre sur le réseau, dans le couloir sans fin d’une boîte, ou dans les vapeurs d’un sauna. Un regard, un sourire, un mot. On se prend la main, on s’embrasse.
C’est lui. Je le sais. Celui avec qui je vais vivre une longue histoire.
Quelques caresses, des baisers. Et en moi une certitude. Nous allons être heureux ensemble. Il y a des signes qui ne trompent pas. L’étreinte. Encore des caresses. Des baisers. Et toujours cette certitude. Cette sensation d’accord entre nous deux. Alors je donne. Tout ce que je peux donner.
Il en est toujours ainsi. Que la rencontre dure quelques minutes, quelques heures, quelques jours ou quelques mois, c’est toujours la même flamme qui s’allume en moi. Elle brûle, quelques minutes, quelques heures, quelques jours ou quelques mois. J’y crois toujours. Sincèrement. Naïvement peut-être. Le désir n'est jamais seulement désir physique. Il est aussi désir d'amour, et de belle histoire. Ce sentiment s'empare de moi comme si j'avais 15 ans. Chaque garçon que j'embrasse m'offre quelques instants d'amour. Que je lui rends, avec le plus grand bonheur.
S’il est vrai que l’on garde une part d’enfance en soi, il faut admettre que l’on garde également une grande part d’adolescence. Pour le meilleur.

dimanche 30 mars 2008

Bon sang, mais, mais, mais… C’est le printemps !

Youpi, joie, allégresse et oiseaux qui chantent. C’est le printemps ! La saison mirifique où on ressort ses tee-shirt de l’an dernier, où on vérifie que ses petits muscles tout bien préparés cet hiver à la salle de sport ressemblent à quelque chose. La saison où les jeunes sportifs se remettent à courir dans les parcs, où les terrasses se remplissent à nouveau de non fumeurs, où les vitrines de fringues s’égayent de choses multicolores et immettables. Bref, c’est la saison des amours. Bon, certes, la météo est pourrie. Mais vous vous en fichez, vous lisez ce blog, vous allez être prêt avant tout le monde, donc, ce 30 mars, c’est le moment de vous préparer au grand saut et d’assurer : -Virez vos compils mortifères de Barbara et achetez l’intégrale d’Annie Cordy. -Vérifiez vos Tee-Shirt, ne gardez que les couleurs vives et joyeuses. La mode est au rouge, cette année, paraît-il… -Sortez : deux expos par mois minimum, un troquet par semaine, lâchez le réseau et traînez dans les rues, les folles ressortent, on les revoie, et les petits minets du printemps nouveaux sont arrivés. -Ravivez vos réseaux, vos ex, vos amis, invitez-vous, élargissez votre terrain de chasse. C’est le printemps, la saison des amoureux, soyez prêt. Il est au coin de la rue, si ça se trouve, en se penchant de sa fenêtre, il vous voit… Ne vous inquiétez pas, on va vous aider, vous n'entrez pas en terrain hostile, bien au contraire !