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lundi 16 juin 2008

Musicothérapie

Il arrive que dans les moments un petit peu difficiles l'on se réfugie dans la musique. Moi, c'est chronique. Il y a les chansons quand je rencontre un mec, les chansons quand je me pose des questions sur un mec, les chansons quand je suis séparé d'un mec. Inutile de vous dire que ma discothèque regorge des stars les plus kitsch de la création.
Michelle Torr, Lynda Lemay, Pétula Clark ont chanté des choses incroyables sur l'amour, et très honnêtement, une grande part de tout cela s'adresse subliminalement à l'internationale pédale...
Par hasard, je suis retombé sur une vieille cassette d'Anne Sylvestre que j'écoutais quand j'étais petit...

C'est une chanson pour les petits, les fabulettes, un cadeau de ma Mamie (la pauvre, si elle s'était doutée), mais je la trouve emplie de sagesse et pleine d'optimisme. Je rajouterais, connaissant un peu la loustique, qu'elle a dû écrire cela en pensant un peu aux adultes. Bon, je ne vous fais pas un dessin, Anne Sylvestre, elle est pas hétéro, hétéro non plus... (ah ! la chanson Gay gay marions-nous : "Vous ma voisine, que je trouve si byzantine... grimpez-donc sur mes genoux, c'est la première étape, ça va pas plaire au pape !!!!"). Anne, je t'aime !!! Les paroles de cette chanson sont un hymne à l'amour lesbien et pédé.

Ici, la chanson s'appelle Bel escalier
C'est une sorte de cheminement personnel pour passer de l'état de pauvre fille larguée que personne n'aime plus à l'état extatique de la rencontre amoureuse (quoi, j'idéalise, et alors ???)


Voili-voilou :

Bel escalier, puis-je monter ? - Mais oui, madame, il faut payer. A la première marche que dois-je vous donner ? - Donnez, donnez, Madame, tout ce que vous voudrez. Je n'ai que mon mouchoir, me le faut pour pleurer. - Donnez votre mouchoir, plus jamais pleurerez.

Bel escalier, puis-je monter ? - Mais oui, madame, il faut payer. A la deuxième marche que dois-je vous donner ? - Donnez, donnez, Madame, tout ce que vous voudrez. Je n'ai que ma barrette, mes cheveux vont tomber. - Donnez votre barrette, je vous recoifferai.

Bel escalier, puis-je monter ? - Mais oui, madame, il faut payer. A la troisième marche que dois-je vous donner ? - Donnez, donnez, Madame, tout ce que vous voudrez. Je n'ai que mes sandales, me les faut pour marcher. Donnez donc vos sandales, nous avons balayé.

Bel escalier, puis-je monter ? - Mais oui, madame, il faut payer. A la quatrième marche que dois-je vous donner ? - Donnez, donnez, Madame, tout ce que vous voudrez. Je n'ai plus que trois billes, les autres sont cassées. - Donnez donc vos trois billes, nous aimons y jouer.

Bel escalier, puis-je monter ? - Mais oui, madame, il faut payer. A la cinquième marche que dois-je vous donner ? - Donnez, donnez, Madame, tout ce que vous voudrez. Je n'ai plus que ma corde, mais j'aime bien sauter. - Donnez donc votre corde, je vous la prêterai.

Bel escalier, puis-je monter ? - Mais oui, madame, il faut payer. A la sixième marche que dois-je vous donner ? - Donnez, donnez, Madame, tout ce que vous voudrez. Je connais une histoire, je peux la raconter. - Racontez votre histoire, nous aimons bien rêver.

Bel escalier, puis-je monter ? - Mais oui, madame, il faut payer. A la septième marche que dois-je vous donner ? - Donnez, donnez, Madame, tout ce que vous voudrez. Je n'ai que mon sourire, je vous le donnerai. - Gardez votre sourire, ici tout le monde est gai.

Bel escalier, puis-je monter ? - Mais oui, madame, il faut payer. A la dernière marche que dois-je vous donner ? - Donnez, donnez, Madame, tout ce que vous voudrez. Je n'ai plus que mon cœur, après je n'ai plus rien. - Donnez donc votre cœur, nous vous aimerons bien.

J'aime beaucoup cette chanson, et en ce moment, elle me fait vraiment écho. Sors de ton chagrin, ose un peu, donne ce que tu es, sois-en fier, et peu à peu, l'amour sera au bout du chemin.

C'est tout choubidou d'amour, non ??? :-D


Les chansons de la belle Anne (dont "gay gay marions-nous", aussi ; je ne comprends d'ailleurs pas que ce truc ne soit pas chanté à la Pride, ça changerait de cette merde de techno...), vous pourrez les écouter légalement sur ce site :

http://www.deezer.com/#music/result/anne%20sylvestre

samedi 7 juin 2008

Méditations célibataires

En relisant les différents posts depuis que ce blog est ouvert, je me suis rendu compte que nous vous avions assez mal informé des motivations de cette petite respiration virtuelle. Le blog est construit à deux, sans que nous ne concertions sur le contenu ; selon le temps que chacun de nous, moi ou Philippe, pouvons y consacrer, nous éditons un post sur la recherche amoureuse, sur l'amour pédé (je hais le politiquement correct, tout comme le mot homosexuel, et je n'y connais rien en lesbiennes).
L'objectif, en tous les cas le mien (je laisse à Philippe le soin de vous éclairer sur les siens), c'est dédramatiser, rassurer, servir d'épaule. On a tous eu (mais peut-être me trompè-je) des périodes de doutes, après une rupture, après une dispute, ou après un énième rateau : le lecteur devrait trouver ici un peu de réconfort. En partageant une expérience, en racontant une histoire, en extirpant le sens d'une expression ou d'une croyance, je cherche à montrer que tous les atouts, vous les avez en vous, que chacun a de la valeur, le tout est de prendre conscience de sa propre valeur. Cette valeur, c'est vous seul qui serez à même de la comprendre, pas un mec avec lequel vous souhaiteriez vivre. Parfois, pour trouver une personne avec laquelle partager sa vie, ça prend un peu de temps. Nous essaierons de comprendre ce qu'il faut faire de ce temps, pourquoi il est nécessaire, comment cultiver son jardin intérieur pour lui permettre d'être suffisamment accueillant à un alter ego à venir.

Bien évidemment, de nombreux lecteurs n'ont pas besoin de tous ces conseils, de tous ces partages d'expériences, et ils n'ont sans doute que peu d'intérêt à suivre ce blog, rien ne les empêche de laisser une remarque, un commentaire. M'est assez chère l'idée d'agora, où chacun d'entre nous construit une réflexion, où chacun se sert et rend une petite expérience, une agora qu'un jour, on peut quitter, parce qu'on y a pris ce dont on avait besoin. Nous essaierons de le faire avec humour, en français, avec attention et affection...

Aujourd'hui, le samedi est gris, les démons du passé trouvent peut-être plus facilement un accès à notre petite personne et ces jours-là, on se dit qu'on serait sans doute mieux avec quelqu'un, peut-être, peut-être pas. Ces jours-là, sortir ou passer des heures sur le net ne sert à rien. Ces jours-là, on a toujours un peu de rangement à faire, une livre de fraises à acheter, un thé à déguster, un temps pour soi. Dans ces moments-là, il faut faire. Finir ce livre qui traîne, commencer celui qu'on nous a offert, écouter ce disque qu'on connaît mal, faire sa cuisine...

Une petite chose peut changer le monde, une petite action : ranger, nettoyer, faire une course, se promener calmement, tout ne vous amènera pas forcément un mec, mais vous aurez été un peu plus heureux, et cette petite parcelle de bonheur vaut mieux qu'une sombre obscurité.

"Si tu t'affliges pour une cause extérieure, ce n'est pas elle qui t'importune, c'est le jugement que tu portes sur elle. Or, ce jugement, il dépend de toi de l'effacer à l'instant." Marc Aurèle, IIIème siècle.

jeudi 22 mai 2008

En attendant...

Un nouveau voisin s'est installé en face de chez moi il y a peu. Mon studio est orienté sur une petite cour et il y a un vis-à-vis qui en est presque indécent. Ainsi, malgré moi, il m'arrive donc de le voir, sans voyeurisme excessif, je vous rassure. Disons que lorsque je suis à la fenêtre, je ne peux pas le manquer... Visiblement, ce gars est triomphalement hétéro, ça se sent ces choses là, et puis il n'est pas mon genre. Donc, non, désolé ;-) , ce post n'est pas destiné à alimenter un énième fantasme ou à raconter un pathétique plan cul. D'autres maisons doivent exister pour cela.

Ce nouveau voisin, jeune, plutôt joli garçon, m'a en réalité inspiré une réflexion. La nuit, quand je me relève pour prendre une tisane, ou aller aux toilettes, parfois très tard, sa lumière demeure allumée. Il travaille devant son ordi. La journée aussi d'ailleurs, j'ai pu le constater aujourd'hui, étant en congé, le week-end également. Il ne surfe pas sur internet mais construit des maquettes, des figurines, des petits personnages qui, à vue de nez, doivent alimenter des jeux de rôle. Je le regarde parfois, non pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il fait. J'ai toujours adoré regarder les gens travailler de leurs mains. Dans le métro, si une dame tricote, fait du crochet ou se maquille, je me mets en face, juste pour admirer ses mains. J'apprécie vraiment de voir des gens fabriquer des choses ; j'insiste là-dessus pour dire encore une fois que ce n'est pas le type en soi qui m'intéresse.

Il y passe un temps considérable, un soin évident. Il semble inspiré et comme il fait sécher ses petites oeuvres sur la fenêtre, je peux affirmer qu'il est doué. En rentrant ce soir, là, en ce moment, il y est encore. Ce garçon semble heureux, il a des amis, une vie sociale, mais la plupart du temps, d'après ce que je constate, il reste enfermé chez lui, à fabriquer ses petites figurines. Il a une passion, la cultive, tranquillement. C'est son jardin secret, sans doute, et je suis bien peu respectueux de parasiter cette vie qui semble calme, tranquille, et constructive en vous en dévoilant une partie. Mais tout cela reste anonyme, donc...

M'est venue une comparaison à l'esprit. Moi, qui ai un nombre considérable de passions, qu'il est inutile de dévoiler ici, je ne supporte pas, presque physiquement, de rester chez moi, alors qu'il serait plus calme, plus intéressant d'aller jusqu'au bout du roman qui traîne sur ma table, de regarder l'émission qui certainement m'intéresserait et que j'ai enregistrée il y a trois mois, de m'occuper de mes plantes, de terminer mon roman, enfin, tout ça. Je ne reste pas chez moi pour une raison simple : comment rencontrer quelqu'un en restant chez soi ? Alors je dépense une énergie considérable à faire quelque chose qui m'ennuie la plupart du temps, traîner dans les bars, tenir les mêmes conversations, draguer de faux plans, tandis que je serais bien plus heureux à faire ce que j'aime faire à la maison... J'en serai non seulement heureux, mais je me dis que le Prochain (Prochain, si tu me lis...), préfèrera sans doute quelqu'un qui fasse ce qu'il aime vraiment au lieu d'un type qui s'oblige à faire ce qu'il ne lui plaît pas...

Ce garçon reste chez lui, fait ce qu'il aime et a suffisamment compris l'existence pour savoir que les choses viennent sans agir. Il est lui-même, conserve son soi intérieur intact, n'en démord pas. Je suis persuadé que ce garçon a une copine, ou, s'il n'en a pas, que ça ne lui pose pas de problèmes, qu'il se dit que ça viendra...

Alors, en attendant le prochain, que faut-il faire ? Ne pas attendre, faire, tout simplement. Ne pas être autre chose que ce qu'on est.

dimanche 27 avril 2008

Augustin et son amant

Le passé n'est pas toujours bon conseilleur. S'y lover et nourrir le regret, les remords, les amertumes, ce n'est pas bon, c'est même dangereux. Cette vérité est légitime lorsqu'il s'agit de son passé, mais se pencher sur le passé des hommes peut aider à y voir plus clair... Il est des moments où le passé, l'histoire, éclairent et édifient. Des moments où il est rassurant de voir que nos petites questions ont déjà été posées il y a bien longtemps, qu'elles n'ont pas toujours été résolues. Cela nous remet à notre place, aide à relativiser, et à y croire. Il a été beaucoup écrit sur les ruptures sentimentales, des choses bonnes, d'autres un peu gnan-gnan, une chose est vraie, ce n'est pas un moment anodin dans une vie, ce n'est ni bien, ni mal, c'est une brique de l'existence. Les quelques lignes qu'un vieil homme de près de 70 ans, se penchant sur sa jeunesse et son amant décédé viennent nous montrer que l'amour, les peines de coeur, la soif d'être soi-même, sont vieux comme le monde.

"Au début de mon enseignement dans la municipalité où je suis né, je m'étais fait un ami. Notre ardente compagnie me l'a rendu infiniment cher. Nous avions le même âge, et nous partagions les fleurs de l'adolescence. Enfant, il avait grandi avec moi, nous étions allés ensemble à l'école et nous avions joué ensemble... notre amitié était plus douce que de raison, mûrie par la ferveur des passions communes... Avec moi, ce jeune homme perdait l'esprit. Et sans lui mon esprit était perdu. Son amitié pour moi n'avait pas plus d'un an, amitié d'une douceur, me semblait-il, supérieure à toutes les douceurs de ma vie jusque-là.

Tourmenté par des fièvres, mon ami gisait depuis longtemps sans connaissance dans une sueur létale. Il était dans un état désespéré, on l'a baptisé inconscient. Je ne me suis pas fait de souci sur le moment. Je pensais que son âme retiendrait tout ce qu'il avait reçu de moi plutôt que ce qu'on faisait subir à son corps inconscient. Mais les choses ne se sont pas passées comme ça. Il est revenu à la vie et à recouvré la santé. Aussitôt, dès que j'ai pu parler avec lui, ce que j'ai pu faire assez vite, et dès que lui-même en a été capable, puisque je ne me séparais jamais de lui et que nous étions éperdument pendus l'un à l'autre, j'ai voulu me moquer avec lui, pensant que ce serait réciproque, du baptême qu'il avait reçu totalement inconscient et insensible... Mais alors je lui ai fait horreur, comme un ennemi. Il m'a prévenu, avec une franchise extraordinaire et inattendue, que si je voulais être son ami, je devais arrêter de lui parler ainsi. Stupéfait et troublé, j'ai remis à plus tard l'expression de mes pensées. Il devait d'abord reprendre des forces et être suffisamment en forme pour que je puisse faire avec lui ce que je voulais...

Quelques jours plus tard, en mon absence, il est repris de fièvres et meurt.

Cette douleur a noirci mon coeur. Dans tous mes regards, il y avait la mort. La patrie était mon supplice et la maison paternelle un étrange malheur. Tout ce que j'avais eu en commun avec lui se retournait sans lui en torture monstrueuse. Mes yeux le réclamaient partout et on ne me le donnait pas. Je haïssais tout parce que tout était privé de lui et que rien autour de moi ne pouvait plus me dire : le voici, il arrive, comme de son vivant quand il était absent. ... Seuls les pleurs m'étaient doux et avaient pris la place de mon ami dans les plaisirs de mon coeur.

Maintenant, c'est déjà loin... et la blessure s'est calmée. J'étais malheureux. L'âme est malheureuse, garrottée par l'amitié des choses mortelles, et lacérée quand elle les perd. Le malheur qu'elle éprouve était déjà son malheur avant même de les perdre. Je me trouvais exactement dans cet état. Je pleurais amèrement et je trouvais mon repos dans l'amertume. Oui, j'étais malheureux. Mais je tenais à cette vie de malheurs plus qu'à mon ami. J'aurais bien voulu la changer mais je n'aurais pas voulu la perdre à sa place. Je ne sais si j'aurais voulu la perdre pour lui, comme la tradition, ou plutôt la fiction, d'Oreste et Pylade qui auraient voulu mourir ensemble l'un pour l'autre. Ne pas vivre ensemble était pour eux pire que la mort. Mais en moi, je ne sais quel sentiment extrêmement paradoxal s'était levé. A la fois un immense dégoût de vivre et la peur de mourir. Je crois que plus je l'aimais, plus j'éprouvais pour la mort, qui me l'avait emporté comme une ennemie très féroce, de la haine et de la peur. Elle viendrait soudain à bout de tous les hommes, j'imaginais, puisqu'elle avait pu l'avoir. Je m'étonnais que le reste des mortels vive alors que celui que j'avais adoré comme s'il n'eût pas dû mourir était mort.... J'ai moi-même éprouvé que mon âme et son âme ne faisaient qu'une seule âme dans deux corps différents. Je ne voulais pas vivre à moitié, et en même temps, je ne voulais pas mourir... Sans doute parce que je ne voulais pas que celui que j'avais tant aimé meurt tout entier...

... J'ai fui la patrie. Mes yeux chercheraient moins mon ami où ils n'avaient pas l'habitude de le voir. De la ville de Tagaste, je suis ainsi venu à Carthage..."

Augustin d'Hippone (354-430), les Confessions, livre IV.

Tout est là : l'absence, les traces de celui qu'on a aimé dans les moindres détails, dans un objet, un paysage, une parole, une odeur. Tout est là encore : l'envie de mourir pour rejoindre celui qu'on a aimé, mais la peur de mourir et par conséquent de faire mourir, une seconde fois, l'amant disparu.

Augustin est finalement parti à Carthage, où il s'est converti au christianisme, et il est devenu Saint Augustin, le plus grand penseur de l'Occident de la fin de l'empire romain. Il vivait au quatrième siècle, il a écrit ces lignes poignantes à la fin de sa vie, alors qu'il était un évêque et un philosophe reconnu, adulé. Certes, Augustin n'avait visiblement pas tout digéré : il est devenu le papa du péché originel, du péché de chair et de la chasteté chez les prêtres. Si ce jeune homme, dont il parle, avait vécu plus longtemps, la face du monde eût peut-être bien changé !

Vous trouverez une version superbe des Confessions, plus lisible que la traditionnelle dans la traduction très réussie de Frédéric Boyer : Les Aveux, POL-2008

augustin d'HIppone

mardi 1 avril 2008

Y croire, encore et toujours

Aujourd'hui, c'est le Premier avril... La première blague à la con qui m'est venue avec les collègues, c'est : "les filles, j'ai trouvé un mari". Je dis mari, il paraît que c'est pécher... Oui, dire un mari, ça fait peur, ça fait fuir, pis encore, ça fait possessif et pauvre fille qui n'a pas résolu ses problèmes. Et alors ? depuis quand faudrait-il avoir résolu ses problèmes pour admettre une vie de couple à peu près tranquille ? Dire mari, chez une pédale, ce n'est pas reproduire un schéma hétéro à deux balles, c'est admettre que dans sa vie, on a un mec, qui compte, qui est là, qui dure, qui nous supporte, et qu'on aime... Dire j'ai un mari, c'est tout le mal que l'on puisse souhaiter à n'importe quelle pédé ordinaire. Un pédé ordinaire, j'en suis. Donc : ça ne fait aucun doute, je cherche un mari. La vanne était un peu grosse, personne n'y a cru. C'est que la méthode Coué ne suffit pas, il ne sert à rien de le vouloir : si vous le voulez, vous ferez peur, et si vous faites peur, vous faites fuir, c'est mathématique, expérimenté par des générations de folles. Certains disent mon mec, d'autres mon ami, d'autres l'appellent simplement Christophe, Stéphane, Alexis ou Sébastien. C'est votre homme, celui qui compte et comptera pour vous, ou celui qui a compté... Comment être prêt ? Comment savoir si on l'est vraiment ? Simplement ne plus se poser la question, aller de l'avant, sortir, un peu, sans se forcer, regarder, ne plus envisager les autres comme un gigantesque théâtre d'ombres chinoises mais entrer dans le manège, entrer dans le jeu de natation synchronisée comme dit Vincent Delerm (quoi, on a les références qu'on peut non ??). Etre prêt, c'est ne plus se torturer pour savoir si on l'est vraiment. C'est faire le point, vivre normalement, en sentant, en reniflant, en ayant l'air au vent. C'est le printemps, domptons nos narines. Il est là, quelque part, il attend, comme nous, nous l'attendons, et de pied ferme. Aujourd'hui premier avril, j'ai plaisanté en criant que j'avais un mari, et si ça se trouve, je n'ai même pas regardé dans mon dos pour voir si quelque chose y était accroché... Pensons de temps en temps à nous retourner, à sourire. Quand on aime, on ne démérite jamais.

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